La distorsion de l'histoire de la science et de la religion par les nouveaux athées
New Atheist’s Distortion of the History of Science and Religion
Compte tenu de toutes ces nuances, il est difficile d'affirmer la généralisabilité du NOMA (magistères non empiétants), tout comme il est difficile de légitimer la conception du conflit propre aux Nouveaux Athées. Sur ces points, il est vital que les chefs religieux chrétiens et musulmans soient conscients des arguments du Nouvel Athéisme, leur permettant ainsi de les contrer par une recherche interdisciplinaire qui inclut, sans s'y limiter, la compréhension de l'histoire des sciences. Par conséquent, il peut être utile d'évaluer initialement certaines des affirmations globales des Nouveaux Athées. Dans une simplification frappante de l'histoire, Grayling écrit :
Considering all these nuances it is difficult to affirm generalisability of NOMA (non-overlapping magisteria) just as it is difficult to legitimise the New Atheist treatment conception of conflict. On these points, it is vital that Christian and Muslim faith leaders are aware of New Atheism’s arguments, thereby allowing them to counter them through inter-disciplinary research that includes, but is not limited to, understanding the history of science. Consequently, it may be useful to initially assess some of the New Atheists’ overarching claims. In a striking oversimplification of history Grayling writes:
Quoi que l'on puisse penser d'autre de l'histoire mouvementée de la relation entre la science et la religion, au moins une chose est claire : elles sont bel et bien en compétition pour la vérité concernant l'origine de l'univers, la nature des êtres humains et la question de savoir si l'univers manifeste des preuves d'un dessein intelligent (Grayling, 2014, p.108).
Whatever else one might think about the chequered history of the relation between science and religion, at least one thing is clear: that they do indeed compete for truth about the origin of the universe, the nature of human beings and whether the universe manifests evidence of intelligent design (Grayling, 2014, p.108).
La plupart des historiens scientifiques considèrent ce modèle de conflit comme insoutenable. En utilisant divers exemples, Ahmed Dallal soutient cette thèse pour l'Islam en montrant comment des savants tels qu'Al-Biruni, Ibn Taymiyyah et Al-Ghazali avaient tous des approches positives envers l'entreprise scientifique (Dallal, 2010, p.116). De manière importante, il met en lumière les écrits d'al Iji, qui déclare : « Toutes les sciences (religieuses) puisent dans le kalām, alors que celui-ci ne puise dans aucune. » (Dallal, 2010, p.118). Essentiellement, la discipline entière du Kalam ne pouvait pas commencer par une présupposition de Dieu puisqu'elle concernait principalement la preuve de Son existence. Malgré la critique de certains aspects du Kalam, celui-ci a tout de même représenté un élément fondamental de la culture et de la tradition musulmanes à travers les siècles. Dallal soutient qu'aucune raison unique ne dicte le déclin scientifique dans le monde musulman ; au contraire, il est attribué à une variété de facteurs civilisationnels, y compris les confrontations militaires avec l'Europe à une époque d'expansion coloniale européenne rapide (Dallal, 2010, p.152-6). Syed Nomanul Haq note une gamme de considérations jurisprudentielles, incluant le calcul des heures de prière, comme un incitatif pour l'astronomie musulmane entre les années 800 et 1300 (Haq, 2009, p.35).
Most scientific historians consider this conflict model untenable. Using various examples, Ahmed Dallal makes this case for Islam showcasing how scholars like Al-Biruni, Ibn Taymiyyah and Al-Ghazali all had positive approaches to scientific enterprise (Dallal, 2010, p.116). Importantly, he highlights the writings of al Iji, who states, ‘All (religious) sciences draw from kalām, whereas it draws from none.’ (Dallal, 2010, p.118). Essentially, the entire Kalam discipline could not start with an assumption of God since it mostly concerned proving His existence. Despite the critique of certain aspects of Kalam, it still represented a staple part of Muslim culture and tradition throughout the centuries. Dallal argues that no single reason dictates scientific decline in the Muslim world, rather, it is attributed to a variety of civilizational factors including military confrontations with Europe at a time of rapid European colonial expansion (Dallal, 2010, p.152-6). Syed Nomanul Haq notes a range of jurisprudential considerations, including calculating prayer times, as an incentive for Muslim astronomy from the years 800-1300 (Haq, 2009, p.35).
En ce qui concerne l'histoire scientifique et religieuse de l'Église catholique (ou du christianisme), la « théorie du conflit » n'est plus non plus acceptable comme une explication universelle. Évoquant le cas de Galilée, John Hedley Brooke affirme :
Regarding the Catholic church’s (or Christianity’s) scientific and religious history, the ‘conflict theory’ is also no longer acceptable as an all-purpose explanation. Mentioning the case of Galileo, John Hedley Brooke claims:
La combinaison de l'histoire de Galilée avec des preuves d'un stimulus protestant pour la science peut facilement donner l'impression que l'Église catholique était généralement hostile à l'innovation scientifique. Cette impression serait fausse sur au moins trois points. Premièrement, l'Église a joué un rôle crucial dans le mécénat des sciences... Deuxièmement, l'ordre des Jésuites au sein de l'Église comprenait des astronomes, des mathématiciens et des physiciens éminents qui s'engageaient également à enseigner les sciences dans leurs programmes éducatifs. Troisièmement, certains des scientifiques les plus grands et les plus influents du dix-septième siècle étaient catholiques. Galileo, Mersenne, Gassendi et Descartes ont tous joué des rôles de premier plan dans la mécanisation de la nature (Brooke, 2010, p.12).
The combination of the Galileo story with evidence for a Protestant stimulus to science can easily give the impression that the Catholic Church was generally hostile to scientific innovation. This impression would be false on at least three counts. First, the Church had played a crucial role in the patronage of the sciences… Second, the Jesuit order within the Church contained outstanding astronomers, mathematicians, and physicists who were also committed to teaching the sciences in their educational programs. Third, some of the greatest and most influential scientists of the seventeenth century were Catholics. Galileo, Mersenne, Gassendi, and Descartes all played prominent roles in the mechanization of nature (Brooke, 2010, p.12).
L'impact du protestantisme (et du puritanisme en particulier) a fait l'objet d'études sociologiques significatives. Une étude de Robert Merton, qui dépendait fortement des données du Dictionary of National Biography, a examiné les informations de 29 120 biographies de figures notables du dix-septième siècle (parmi d'autres ensembles de données importants), concluant que le puritanisme (qui, pour Merton, encourageait une sorte d'utilitarisme théologique) a fourni une impulsion pour la découverte scientifique.
The impact of Protestantism (and Puritanism in particular) has been one of significant sociological study. One study by Robert Merton was highly dependent on data from the Dictionary of National Biography, and examined information from 29,120 biographies of notable figures in the seventeenth century (among other important data sets) concluding that Puritanism (which, to Merton, encouraged a kind of theological utilitarianism) provided an impetus for scientific discovery.
En conséquence, Merton déclare :
Accordingly, Merton states:
De cette manière directe, la religion a sanctionné la science, augmentant l'estime sociale de ceux qui poursuivaient l'investigation scientifique, avec l'intensification et la propagation associées de l'intérêt pour de telles quêtes (Merton, 2002, p.431).
In this direct fashion, religion sanctioned science raising the social estimation of those who pursued scientific investigation, with the associated intensification and spread of interest in such pursuits (Merton, 2002, p.431).
Merton distingue l'attitude protestante de l'attitude catholique en affirmant :
Merton distinguishes the Protestant attitude from the Catholic one by claiming:
Cette comparaison entre les académies puritaines en Angleterre et les développements éducatifs protestants sur le Continent est tout à fait justifiée. Les académies protestantes en France accordaient beaucoup plus d'attention aux sujets scientifiques et utilitaires que ne le faisaient les institutions catholiques (Merton, 2002, p.478-9).
This comparison of the Puritan academies in England and Protestant educational developments on the Continent is well warranted. The Protestant academies in France devoted much more attention to scientific and utilitarian subjects than did the Catholic institutions (Merton, 2002, p.478-9).
Merton examine d'autres facteurs contributifs à l'intérêt croissant pour la science, notamment des facteurs militaires ; en particulier le nouvel intérêt pour l'armement balistique (Merton, 2002, p.543).
Merton discusses other contributory factors to the increased interest in science, including military factors; especially new interest in ballistic weaponry (Merton, 2002, p.543).
Par conséquent, on réalise la similitude entre la thèse de Merton et la théorie de Max Weber dans *The Protestant Ethic and the Spirit of Capitalism* (2013). En réalité, bon nombre des arguments utilisés contre la thèse de Weber pourraient également être utilisés contre celle de Merton, ce qui peut inclure soit l'incapacité de Merton, soit celle de Weber, à rendre compte d'autres nations (notamment le Japon) qui ont connu à la fois le capitalisme et le progrès technologique sans le protestantisme comme catalyseur. On pourrait proposer une explication alternative au protestantisme par un utilitarisme non religieux (peut-être une formulation lockéenne ou hobbesienne), comme l'a envisagé Merton (Merton, 2002, p.589). Dans l'ensemble, il est difficile de désigner le protestantisme ou le puritanisme comme un facteur décisif du progrès scientifique, dans la mesure où il serait difficile de les blâmer (ou le catholicisme) pour avoir généralement entravé la science. Les nouveaux athées invoquent souvent Darwin comme le point de rupture. Il n'existe cependant aucune preuve que Darwin ait apostasié du christianisme en raison de sa théorie de la sélection naturelle. Sur ce point, James Moore affirme :
Consequently, one realises the similarity between the Merton thesis and Max Weber’s theory in the Protestant Ethic and the Spirit of Capitalism (2013). In reality, many of the arguments used against Weber’s thesis may also be used against Merton’s which may include either Merton or Weber’s inability to account for other nations (most notably Japan) which underwent both capitalism and technological advancement without Protestantism as a catalyst. One may provide an alternative explanation to Protestantism through non-religious utilitarianism (perhaps a Lockian or Hobbesian formulation), as was contemplated by Merton (Merton, 2002, p.589). Overall, it is difficult to pin-point Protestantism or Puritanism as a decisive factor in scientific progress inasmuch as it would be difficult to blame it (or Catholicism) for generally inhibiting science. New Atheists often invoke Darwin as the turning point. There is no evidence, however, that Darwin apostatised from Christianity because of his theory of natural selection. On this point, James Moore claims:
Son propre témoignage est rarement pris en compte : « Je n'ai jamais abandonné le christianisme avant l'âge de quarante ans. » Darwin a eu quarante ans en 1849, bien après avoir développé sa théorie de l'évolution par la sélection naturelle (Moore, 2010, p.143) et Brooke convient que :
His own testimony is seldom heeded: “I never gave up Christianity until I was forty years of age.” Darwin turned forty in 1849, long after developing his theory of evolution by natural selection (Moore, 2010, p.143) and Brooke agrees that:
Les principales raisons invoquées par Darwin pour justifier son incrédulité ne découlaient pas du rôle qu'il attribuait aux causes naturelles pour expliquer l'origine des espèces. Comme d'autres penseurs de l'époque victorienne, Darwin a réagi avec force contre la prédication chrétienne évangélique sur le ciel et l'enfer (Brooke, 2010, p.228).
The main reasons Darwin gave for his unbelief derived not from the role he gave natural causes in explaining the origin of species. Like other Victorian thinkers, Darwin reacted strongly against evangelical Christian preaching on heaven and hell (Brooke, 2010, p.228).
*Origin of Species* a été publié en 1859, durant la période ottomane post-Tanzimat, alors que la majeure partie du monde musulman était colonisée. En conséquence, il est difficile d'évaluer la réponse des États musulmans au darwinisme. Néanmoins, il est clair qu'un conflit exégétique a eu (et continue d'avoir) lieu.
Origin of Species was published in 1859 during the post-Tanzimaat Ottoman period when most of the Muslim world was colonised. Accordingly, it is difficult to assess a Muslim state response to Darwinism. Nevertheless, it is clear that exegetical conflict did (and continues to)
présente au moins sur l'aspect de l'évolution humaine, de manière similaire au monde chrétien. Par conséquent, les modèles de conflit entre toute la « science » et toute la « religion » (étant donné que seules deux religions sont mentionnées) sont tout simplement ahistoriques.
feature at least on the aspect of human evolution, similar to the Christian world. Therefore, models of conflict between all of ‘science’ and all of ‘religion’ (considering only two religions are mentioned) are simply ahistorical.