La Connaissance Intuitive et la Connaissance Rationnelle
Intuitive Cognition And Rational Cognition
Dans les discussions théologiques, la question de l'existence d'Allah est une question centrale et d'une portée considérable. Elle constitue le fondement sur lequel repose tout discours théologique. En effet, elle est le critère fondamental qui distingue les positions. C'est à sa lumière que s'établit toute la vision théologique du croyant, concernant lui-même, sa vie et le monde qui l'entoure.
In theological discussions, the existence of Allah is an issue that’s central, and highly consequential. It is the foundation upon which all theological discourses are based. In fact, it is the fundamental delineator. It is in its light that the entire theological outlook of a believer is set up – for himself, his life, and the world around him.
Je voudrais croire que l'affirmation ci-dessus est évidente, et qu'elle fait partie des assertions théologiques de base du théisme qui n'exigent aucune preuve particulière. La foi en Allah est le pivot autour duquel gravitent toutes les conceptions du croyant. Il n'existe aucun concept religieux qui en soit dépourvu. C'est pourquoi il n'y a aucune divergence d'opinion parmi les adeptes de l'islam – des anciens aux contemporains – sur le fait que reconnaître Allah et affirmer Son existence constitue le plus important des fondements de la foi. Elle précède toutes les autres discussions théologiques. Sans elle, aucune autre croyance islamique – comme le monothéisme d'Allah dans l'adoration et la seigneurie, la croyance en la prophétie du Prophète ﷺ, et la croyance que le Coran est le Livre d'Allah – ne peut être atteinte. Bien que ce consensus existe parmi les musulmans, il existe une différence quant à la nature de cette affirmation, à sa source et à sa place dans l'âme. L'affirmation de l'existence d'Allah est-elle gravée dans l'âme, ou s'agit-il d'un savoir acquis qui exige l'analyse des preuves ?
I would hope to believe the statement above is obvious, and that it is part and parcel of the self-evident theological assertions of theism that require no specific proof. Having faith in Allah is the pivot, around which all the conceptualisations of a believer revolve. There is no religious concept that is void of this element. This is why there is no difference of opinion among the affiliates of Islam – from the ancients to the contemporaries – that recognising Allah and affirming His existence is the most important fundamental of faith. It precedes all other theological discussions. Without it, any other Islamic belief – such as the monotheism of Allah in worship and lordship, belief in the prophethood of the Prophet , and belief that the Qur’an is Allah’s Book – cannot be attained. Though the above consensus exists among Muslims, there is a difference in the nature of this affirmation, its source, and where it is positioned in the soul. Is the affirmation of Allah imprinted on the soul, or is it acquired knowledge that requires analysis of the evidence?
Examinons comment la révélation a traité cette question, ce qu'en ont dit les anciens savants musulmans, comment l'homme et sa nature sont constitués, et ce que nous trouvons instinctivement en nous-mêmes. Nous constaterons que la position correcte est que la connaissance du Divin est innée. La reconnaissance du Créateur représente une information instinctive et imprimée, fermement ancrée dans l'âme. Elle est semblable aux autres connaissances instinctives qui ne requièrent aucune preuve. Pourtant, cette disposition innée peut se corrompre et provoquer un déséquilibre dans la boussole intérieure de l'homme. Dans une telle situation, l'analyse et la preuve sont nécessaires pour rappeler à l'homme cette disposition innée, et non pour l'établir en lui. « Affirmer l'existence du Créateur relève d'une disposition innée, instinctive et évidente. Elle ne repose ni sur l'analyse ni sur la preuve. »11 Cependant, « bien que ce soit une connaissance instinctive pour ceux dont la disposition n'est pas corrompue, beaucoup de gens ont besoin de l'analyse. Parfois, l'homme n'en a pas besoin ; à d'autres moments, il en a besoin ».12
Let us look at how revelation dealt with this issue, what ancient Muslim scholars said about this, how man and his nature are constructed, and what we innately find in our own selves. We would find that the correct position is that knowledge of the Divine is innate. The recognition of the Creator represents instinctive and imprinted information that is firmly entrenched in the soul. It is like other instinctive knowledge that does not require any proof. Yet, this innate predisposition can become corrupted and cause an imbalance in man’s inner compass. In such a situation, analysis and proof would be required to remind man of that innate predisposition, not to establish it in him. ‘Affirming the Maker is innately predisposed, instinctive, and self-evident. It is not predicated on analysis or evidence.’11 However, ‘even though it is instinctively known to those with uncorrupted predispositions, many people need analysis. Sometimes, man is not in need of it; in other occasions, he is’.12
Ainsi, bien qu'admettant que « les aspects innés de la connaissance sont acquis lorsque la disposition naturelle est saine et non corrompue », cette disposition peut se corrompre et tomber malade, au point de lui faire voir la vérité comme une fausseté. Un exemple en est le corps lorsqu'il tombe malade : il peut trouver que quelque chose de sucré est aigre, ou souffrir de vision double. De tels cas doivent être traités pour éliminer la maladie »13. Partant de là, « quiconque acquiert la connaissance de Dieu ou la foi… sans analyse, il ne lui serait pas obligatoire de le faire ; pour ceux qui ne peuvent pas le faire, il leur serait obligatoire ».14
So, even though admitting that ‘the innate aspects of knowledge are gained when the predisposition is sound and uncorrupted, that predisposition can become corrupted and ill, leading it to see the truth as falsehood. An example of this is the body when it becomes ill – it might find that something sweet is sour, or it might suffer from double vision. Such instances would have to be treated to remove the illness’.13 Based on this, ‘whosoever gains gnosis or faith…without analysis, it would not be incumbent on him to do so; for those who cannot do so, it would be incumbent on them’.14
L'analyse et la capacité à produire des preuves de l'existence d'Allah ne font pas partie des obligations universelles, puisque la connaissance de celle-ci peut être atteinte par l'intuition de l'âme. Toutefois, cette obligation devient incombante à l'homme lorsque la reconnaissance du Divin est absente de sa disposition innée. Ce processus viserait alors à rappeler à l'âme ce que sa disposition aurait dû lui dicter. L'obligation d'analyse et de preuve jouerait ici le rôle d'un mécanisme permettant d'accomplir l'obligation première, celle d'affirmer l'existence d'Allah. Il n'est cependant pas fondé de prétendre que l'analyse et les preuves de l'existence d'Allah sont une obligation universelle. Une autre affirmation erronée est que la première obligation qui incombe à une personne responsable sur le plan religieux est :
Analysis and the ability to produce evidence for Allah’s existence are not from the universal obligations, as knowledge of this can be achieved by the soul’s intuition. However, it does become incumbent on man when the recognition of the Divine is absent from his innate predisposition. This process would be to remind the soul what its predisposition would have dictated. The obligation of analysis and evidence here would act as a mechanism to achieve the primary obligation of affirming the existence of Allah.It is, however, unsubstantiated to claim that analysis and evidence for Allah’s existence is a universal obligation. Another false claim is that the first obligation on a religiously liable person is:
• connaître l'existence d'Allah.
• to know of Allah’s existence.
• mener une analyse qui conduit à la connaissance.
• to conduct analysis that leads to cognition.
• avoir l'intention de mener une analyse, ou.
• to have the intention to conduct analysis, or.
• être partagé quant à l'existence d'Allah avant d'avoir l'intention de mener une analyse.
• to be in two minds about Allah’s existence before intending to conduct analysis.
L'homme peut reconnaître l'existence d'Allah par son penchant naturel (fitra). Quiconque est assailli par le doute à ce sujet doit s'efforcer de dissiper de telles incertitudes. La position vérifiée en la matière est celle qu'Ibn Taymiyyah a mentionnée : « La première obligation religieuse peut différer selon la diversité des situations des gens. Ce qui peut être la première obligation pour une personne ne l'est pas forcément pour une autre. »15 De même, restreindre les voies de raisonnement pour acquérir la connaissance à une seule ou à quelques méthodes est incorrect. Toute preuve valable qui conduit à cette connaissance est légiférée pour quiconque en a besoin. Le plus que ces preuves peuvent faire est de rappeler à une personne son penchant originel. Ibn Taymiyyah dit : « Comme les voies de reconnaissance et de reconnaissance d'Allah sont variées, divers groupes de théologiens ont adopté une méthode pour établir la connaissance de Lui, en croyant que leur méthode était la seule voie. C'est une grave erreur. C'est une position qui n'est pas fondée sur la connaissance. »16
Man can recognise the existence of Allah via his innate predisposition. Whoever is afflicted by doubt in this regard must work to expel such uncertainties. The verified position in this regard is that which Ibn Taymiyyah mentioned: ‘The first religious obligation can differ based on the variety of people’s situations. What might be the first obligation on one person might not be so on another.’15 Likewise, restricting the ways of analysis to acquire knowledge to one or a few methods is incorrect. Any proper evidence that leads to this knowledge is legislated for anyone who requires it. The most such evidence can offer is to remind a person of his original predisposition. Ibn Taymiyyah says, ‘As the ways of recognising and acknowledging Allah are varied, various groups of theologians adopted a method to ascertain knowledge of Him, believing that their method was the only way. This is a gross error. It is a position not grounded in knowledge.’16
Il ajoute : « Il n'y a aucun Messager qui, lorsqu'il a appelé pour la première fois son peuple, ait dit : "Il vous est ordonné de chercher la connaissance du Créateur, alors livrez-vous à l'analyse et tirez-en des preuves afin que vous puissiez Le reconnaître." Ils n'étaient pas tenus d'acquérir d'abord cette reconnaissance, ni d'accéder aux preuves qui conduisent à cette reconnaissance. Leurs cœurs Le connaissaient déjà et Le confirmaient. Tout nouveau-né naît sur la fitrah (la disposition innée et imprimée de l'âme). Toutefois, cette disposition peut être altérée. Lorsque l'homme est rappelé, il est rappelé à sa disposition naturelle. C'est pourquoi Allah a dit à Mūsā : "Parlez-lui avec douceur, peut-être se rappellera-t-il" la connaissance qui se trouve dans sa fitrah, ce qui lui permettra de connaître son Seigneur, la faveur dont Il l'a comblé, la bonté dont Il a fait preuve envers lui, et sa dépendance envers Lui. Cela l'invitera à la foi. »17
He adds: ‘There is no Messenger who, when he first called his people, said, “You are commanded to seek the recognition of the Creator, so conduct analysis and derive evidence for it so that you may recognise Him.” They were not made liable to first gain that recognition, nor were they made liable to access the evidence that led to that recognition. Their hearts already knew Him and affirmed Him. Every newborn is born upon the fiṭrah (innate and imprinted predisposition of the soul). However, this predisposition can be altered. When man is reminded, he is reminded of his predisposition. This is why Allah said to Mūṣā, “Speak to him gently, so perhaps he may be mindful” of the knowledge that is in his fiṭrah, which will enable him to know his Lord, how He favoured him, how He was good to him, and how he is dependent on Him. That will invite him to faith.’17
L'analyse et la recherche de preuves ont aussi un avantage supplémentaire. Lorsqu'elles sont menées de la manière religieuse appropriée, elles peuvent conduire à une foi plus grande et ancrer la fiṭrah dans le cœur. Abū al-Muẓaffar al-Samʿānī a dit : « Nous ne nions pas le type d'analyse approuvé par le Coran et la tradition prophétique, car il permet au croyant d'accroître sa foi, d'apaiser son âme et de trouver la tranquillité dans son cœur. »18
Analysis and deriving evidence have an additional benefit as well. If executed in the proper religious manner, this can lead to greater faith and entrench the fiṭrah in the heart. Abū al-Muẓaffar al-Samʿānī said, ‘We do not deny the type of analysis that is endorsed by the Qur’an and prophetic tradition, for this allows a believer to increase in faith, calm his soul, and gain contentment in his heart.’18
L'accroissement de la foi qu'apporte toute analyse juste ne se limite pas à affirmer simplement l'existence d'Allah. Il permet bien plutôt au serviteur d'acquérir une connaissance plus profonde des attributs parfaits de son Seigneur, et de reconnaître qu'Il est parfait dans Sa puissance, Sa volonté, Sa science, Sa sagesse, Sa miséricorde, et autres. Cette analyse et cette quiétude apportent quelque chose de semblable à ce qu'obtint Ibrāhīm al-Khalīl : « Mon Seigneur ! Montre-moi comment Tu rends la vie aux morts. » Allah répondit : « Ne crois-tu pas ? » Ibrāhīm répliqua : « Si fait, mais c'est pour que mon cœur soit apaisé. »19
The increase in belief brought about by any proper analysis is not limited to merely affirming the existence of Allah . Rather it allows a servant to gain an enhanced insight into the perfect characteristics of his Lord and acknowledge that He is complete in His power, will, knowledge, wisdom, mercy, and the like. This analysis and contentment offer similar to what Ibrāhīm al-Khalīl gained: ‘“My Lord! Show me how you give life to the dead.” Allah responded, “Do you not believe?” Ibrāhīm replied, “Yes I do, but just so my heart can be reassured.”’19
Grâce à une analyse rationnelle saine, le croyant peut acquérir une plus grande tranquillité du cœur. Cela est prescrit par la Législation et est d'autant plus recommandé lorsque des doutes et d'éventuelles objections tourbillonnent autour de la personne.
With sound rational analysis, a believer can acquire greater contentment for the heart. This is legislated and is further emphasised in situations when there are doubts and potential objections swirling around a person.
L'argument de la fiṭrah permet à l'homme d'acquérir une connaissance synoptique de son Seigneur. Cependant, la fiṭrah ne peut lui offrir une connaissance plus complète et plus achevée de Lui ; c'est ici que intervient le rôle de la révélation, qui révèle au serviteur les détails de Ses attributs parfaits et magnifiques, lui permettant d'avoir un lien plus profond avec son Seigneur.
The argument from fiṭrah allows man to obtain synoptic knowledge of His Lord . However, the fiṭrah is unable to offer him a more rounded and complete knowledge of Him; it is here that the role of revelation kicks into play, revealing to the servant the details of His perfect and magnificent attributes that allow him to have a deeper connection with His Lord .
L'argument de la Révélation en faveur de l'existence de l'élément de la disposition naturelle
Revelation’s argument for the existence of the natural predisposition element
Dans les preuves de la charia, il existe des indications de l'existence, dans l'âme, d'un élément de la fiṭrah, bien que ce qu'il exige et les significations qu'il recouvre demeurent ambigus. Ce qui est clair, c'est que ces textes de la charia le présentent comme une empreinte religieuse. Considérons ce qu'a dit Allah : {Dresse ton visage droit vers la religion en monothéiste pur, selon la fiṭrah que Dieu a donnée aux hommes. Il n'y a pas de changement à la création de Dieu. Telle est la religion droite, mais la plupart des gens ne le savent pas.}20
In the evidence of the Shariah, there are pointers to the element of the fiṭrah existing in the soul, albeit with ambiguity surrounding what this element requires and what meanings it comprises of. What is clear is that these texts of the Shariah depict it as a religious imprint. Consider what Allah said: ‘So be steadfast in faith in all uprightness O Prophet – the natural Way of Allah which He has instilled in all people. Let there be no change in this creation of Allah. That is the Straight Way, but most people do not know.’20
Ibn Kathīr a expliqué ceci : « Tourne donc ton visage vers la religion droite. Persévère dans ce qu'Allah t'a prescrit : la religion monothéiste d'Ibrāhīm, qu'Allah t'a guidé vers elle et qu'Il a parachevée pour toi. Par cela, attache-toi à ta fiṭrah saine, celle sur laquelle Allah a créé la création, car Il a créé Sa création afin qu'elle Le reconnaisse, Le tienne pour unique et croie qu'il n'y a de divinité que Lui. »21 Semblable au verset ci-dessus est le verset suivant : « C'est la voie naturelle d'Allah. Et qui est meilleur qu'Allah pour tracer une voie ? Et nous n'adorons que Lui. »22 Quant à la parole d'Allah « Il n'y a aucun changement dans la création d'Allah », Ibn Kathīr a dit dans son Tafsīr : « Certains ont dit qu'elle signifie : ne changez pas la création d'Allah. Les gens s'étaient écartés de la fiṭrah sur laquelle Allah les avait créés. Ce verset se lirait donc comme un ordre sous la forme d'une proposition, à l'image de « Quiconque y entre est en sécurité »23, c'est-à-dire : protégez ceux qui y entrent. C'est une interprétation saine et juste. D'autres ont dit qu'il s'agit d'une affirmation de fait, signifiant qu'Allah a rendu égale toute Sa création en la créant dans l'état non altéré de la fiṭrah, nul ne naissant sans que celle-ci ne lui soit inscrite, et qu'il n'existe aucune disparité entre les gens à cet égard. »24
Ibn Kathīr explained this: ‘So turn your face straight. Continue upon that which Allah legislated for you – the monotheistic religion of Ibrāhīm, which Allah has guided you to and perfected for you. With this, hold fast to your sound fiṭrah, upon which Allah created the creation, for He created His creation so they could recognise Him, consider Him to be one, and believe there is no god besides Him.’21 Similar to the above verse is the following verse: ‘This is the natural Way of Allah. And who is better than Allah in ordaining a way? And we worship none but Him.’22 As for Allah’s statement ‘Let there be no change in this creation of Allah’, Ibn Kathīr said in his Tafsīr, ‘Some said it means “Do not change the creation of Allah” – people had changed from the fiṭrah upon which Allah had created them. Therefore, this verse would be read as a command shrouded by a proposition, like “Whoever enters it is safe”23, i.e., protect those who enter it. This is a sound and proper interpretation. Others said that this is an actual statement of fact, which means that Allah equalised all His creation by creating them on the unadulterated condition of the fiṭrah, nobody is born without this being programmed into him, and there is no disparity between people in this regard.’24
Conceptualiser le caractère inné de la cognition
Conceptualising the innateness of cognition
Lorsque nous parlons de l'innéité de la connaissance du Divin, il n'est pas question de dire qu'elle est présente dans l'âme depuis la naissance de l'homme. Allah dit dans le Coran : « Et Allah vous a fait sortir des ventres de vos mères alors que vous ne saviez rien, et Il vous a donné l'ouïe, la vue et le cœur, afin que vous soyez reconnaissants. »31 Ce qui est visé par l'innéité de la connaissance est plutôt une empreinte dans l'âme, qui finit par se mettre en action une fois que les conditions de la reconnaissance d'Allah sont réunies et que les obstacles à celle-ci sont levés. Sans cette succession d'événements, il est possible que la fiṭrah ne se mette pas en action. Cela peut arriver à cause d'un élément extérieur qui corrompt l'âme. Le Prophète ﷺ a attiré l'attention sur ce fait : « Tout nouveau-né naît sur la fiṭrah. Ce sont ses parents qui en font un juif, un chrétien ou un mazdéen. » Expliquant cela, Ibn Taymiyyah dit : « Lorsqu'on dit qu'une personne naît sur la fiṭrah de l'islam, ou qu'elle est née monothéiste (ḥanīf), etc., cela ne signifie pas qu'elle connaît cette religion, ou qu'elle la désire, dès sa sortie du ventre de sa mère. Allah dit : "Et Allah vous a fait sortir des ventres de vos mères alors que vous ne saviez rien."32 Cependant, ce que fait la fiṭrah, c'est qu'elle engendre la foi en l'islam afin qu'il la reconnaisse et l'aime. Une âme sur la fiṭrah suscite la reconnaissance et l'amour de son Créateur, ainsi que la dévotion sincère de la foi envers Lui. Les exigences de la fiṭrah se réalisent progressivement selon le degré d'intégrité de la fiṭrah, c'est-à-dire selon la mesure dans laquelle elle a été préservée de tout ce qui la contredit. »33
When we say the innateness of cognition of the Divine, what is not intended is that it is present in the soul ever since man is born. Allah states in the Qur’an, ‘And Allah brought you out of the wombs of your mothers while you knew nothing, and gave you hearing, sight, and intellect so perhaps you would be thankful.’31 Rather, what is intended from the innateness of cognition is that it is an imprint on the soul, which would ultimately kick into action once the prerequisites of acknowledging Allah are met and the obstacles to that are removed. Without this sequence of events, it is possible that the fiṭrah does not kick into action. This can happen because of an external element corrupting the soul. The Prophet alerted people to this fact: ‘Every newborn is born on fiṭrah. It is his parents who make him into a Jew, Christian, or Magian.’ Explaining this, Ibn Taymiyyah said, ‘When it is said that a person is born on the fiṭrah of Islam, or that he was born a monotheist (ḥanīf), etc., it does not mean that he knows about – or wants – this religion from the moment he left his mother’s womb. Allah says, “And Allah brought you out of the wombs of your mothers while you knew nothing.”32 However, what his fiṭrah does is that it begets the faith of Islam in order for him to recognise it and love it. A soul upon the fiṭrah triggers an acknowledgement and love of its Creator, and the sincere devotion of faith for Him. The requirements of fiṭrah are gained gradually according to how perfectly intact the fiṭrah is, depending on to what extent it was safeguarded from anything that contradicts it.’33
Le témoignage de la réalité en faveur de l'innéité de la reconnaissance du Divin
Reality’s testimony for the innateness of recognising the Divine
La réalité témoigne que l'inclination de l'homme à la foi en Allah et son penchant au théisme sont des éléments fondamentaux qui résident en lui. Un indice de ce phénomène est le besoin et la vigilance de la fiṭrah face aux épreuves et aux moments difficiles. Chaque fois qu'une affliction ou une grande calamité frappe l'homme, un sentiment irrépressible se réveille dans son âme, qu'il ne peut repousser. Cela suggère qu'il existe une puissance supérieure capable de la repousser et de le sauver. Dans de telles situations, il ressent en lui-même le besoin d'implorer son Seigneur de le délivrer de cette calamité. Le Coran fait allusion à ce sens dans des versets tels que : {Quand un malheur touche les hommes, ils invoquent leur Seigneur en se tournant vers Lui seul.}34
Reality testifies that man’s inclination to faith in Allah , and the inclination to theism, are core elements inside him. One indicator of this phenomenon is the requirement and alertness of the fiṭrah when facing hardships and tough times. Whenever any affliction or major calamity befalls man, an incontrollable feeling is sparked in his soul that he cannot repel. This suggests that there is a higher power who is able to repel it and save him. In such situations, he would find within himself the need to beseech his Lord to deliver him from this calamity. The Qur’an points to this meaning in verses such as: ‘When one is touched with hardship, they cry out to their Lord, turning to Him alone.’34
« Et il arrive que vous soyez sur des navires, voguant avec un vent favorable, au grand plaisir des passagers. Soudain, les navires sont frappés par une tempête, et ceux qui sont à bord sont submergés par les vagues de toutes parts, et ils pensent qu'ils sont perdus. Ils invoquent Allah seul, avec une dévotion sincère, en disant : "Si Tu nous sauves de cela, nous serons certainement reconnaissants." »35
‘And it so happens that you are on ships, sailing with a favourable wind, to the passengers’ delight. Suddenly, the ships are overcome by a gale wind and those on board are overwhelmed by waves from every side, and they assume they are doomed. They cry out to Allah alone in sincere devotion, “If You save us from this, we will certainly be grateful.”’35
Après avoir mentionné les preuves de l'existence d'Allah, Rāzī dit : « Lorsque l'homme fait face à une grande épreuve ou à une calamité immense, il perd tout espoir, car il sent que personne dans la création ne peut venir à son secours. C'est comme s'il – en invoquant son état originel de création et l'exigence de sa nature fondamentale – suppliait Celui qui peut lui accorder la délivrance et le sortir de sa situation difficile. Ce n'est rien d'autre que le témoignage de la fiṭrah en lui, reconnaissant son besoin du Créateur, du Planificateur. »36 L'adage anglais dit : « Il n'y a pas d'athées dans les tranchées. » D'une manière générale, la plupart des savants – même les athées – affirment cette compréhension innée au fond de l'âme, bien que les athées ne la désignent évidemment pas comme la fiṭrah. Le théisme transcende le contexte environnemental de l'éducation de chacun ou les influences extérieures qui auraient pu façonner cette prédisposition. C'est en effet une caractéristique essentielle de l'homme. Les témoignages en ce sens sont nombreux et se manifestent dans différents aspects cognitifs de la vie. L'histoire humaine nous enseigne que la religion est un élément central de toutes les civilisations et de toutes les nations. Les études anthropologiques le soulignent en révélant que le phénomène religieux était répandu dans toutes les sociétés humaines. La psychologie, la sociologie et d'autres branches des sciences sociales affirment la même chose. En fait, il existe aujourd'hui des domaines d'étude spécialisés qui se consacrent précisément à ce phénomène. L'une de ces branches, qui ne s'est détachée que récemment des neurosciences, est la neuro-théologie. Elle examine la nature du lien entre la neuro-structure de l'homme et la religiosité. « La religion est câblée dans l'être humain » est une maxime largement connue dans ce domaine, signifiant que la religion est naturelle à l'homme et constitue une composante essentielle de l'humain. Une expression intéressante, qui joue sur le terme homo sapiens (l'humain sage), est celle qu'utilise Karen Armstrong dans son livre A History of God, où elle suggère que nous sommes en réalité homo religiosus (l'humain religieux). En fait, les études sont arrivées au point de chercher le gène réel responsable de la disposition religieuse chez l'homme. Le généticien américain Dean Hamer a publié en 2005 un livre intitulé The God Gene: How Faith Is Hardwired into our Genes. D'autres ont mené une recherche de la zone du cerveau responsable de cette disposition. Ils ont avancé un certain nombre d'hypothèses selon lesquelles il existe, à l'intérieur du cerveau, des centres responsables du côté spirituel de l'être humain. Parmi ces études figurent celles menées par le professeur Andrew Newberg, qui a donné à ce sujet un certain nombre d'entretiens, de débats et de conférences. Il a également co-écrit un livre avec Mark Robert Waldman, intitulé How God Changes Your Brain.
11 Bayān Talbīs al-Jahmiyyah, 4/570
11 Bayān Talbīs al-Jahmiyyah, 4/570
12 Dar' Ta'ārud al-'Aql wa al-Naql, 3/303.
12 Dar’ Taʿāruḍ al-ʿAql wa al-Naql, 3/303.
Dar' Taʿāruḍ al-ʿAql wa al-Naql, 3/306.
13 Dar’ Taʿāruḍ al-ʿAql wa al-Naql, 3/306.
14 Dar’ Taʿāruḍ al-ʿAql wa al-Naql, 3/306. Voir aussi al-Faṣl fī al-Milal wa al-Ahwā’ wa al-Niḥal, 5/246.
14 Dar’ Taʿāruḍ al-ʿAql wa al-Naql, 3/306. See also al-Faṣl fī al-Milal wa al-Ahwā’ wa al-Niḥal, 5/246.
15 Dar' Ta'ārud al-'Aql wa al-Naql, 8/16.
15 Dar’ Taʿāruḍ al-ʿAql wa al-Naql, 8/16.
Dar' Taʿāruḍ al-ʿAql wa al-Naql, 3/333.
16 Dar’ Taʿāruḍ al-ʿAql wa al-Naql, 3/333.
17 Majmūʿ al-Fatāwā, 16.338.
17 Majmūʿ al-Fatāwā, 16.338.
18 Al-Intiṣār li-Ahl al-Ḥadīth, p. 60.
18 Al-Intiṣār li-Ahl al-Ḥadīth, p. 60.
Al-Baqarah, 259.
19 Al-Baqarah, 259.
Al-Rūm, 30.
20 Al-Rūm, 30.
21 Tafsīr Ibn Kathīr, 6/313.
21 Tafsīr Ibn Kathīr, 6/313.
22 Al-Baqarah, 138.
22 Al-Baqarah, 138.
Āl ʿImrān, 97.
23 Āl ʿImrān, 97.
24 Tafsīr Ibn Kathīr, 6/314.
24 Tafsīr Ibn Kathīr, 6/314.
Rapporté par Bukhārī, hadith no 1359, et Muslim, hadith no 6926.
25 Narrated by Bukhārī, hadith no. 1359, and Muslim, hadith no. 6926.
Al-Rūm, 30.
20 Al-Rūm, 30.
21 Tafsīr Ibn Kathīr, 6/313.