Objections et points à considérer
Objections And Points To Consider
« Il n'y a pas de consensus sur la nature du défi coranique ».
“There is no consensus on the nature of the Qur’ānic challenge”.
Il existe une divergence d'opinion concernant le défi coranique. Certains savants soutiennent que le défi porte sur le sens, plutôt que sur les caractéristiques littéraires ou les procédés linguistiques.
There is a difference of opinion concerning the Qur’ānic challenge. Some scholars maintain that the challenge is about the meaning, rather than the literary features or linguistic devices.
D'autres soutiennent que le défi fait référence à Dieu empêchant les gens d'être capables de produire quoi que ce soit de semblable au Qur’ān, une doctrine défendue par les Al-Mu‘tazila, l'école « rationaliste » de la théologie islamique. Malgré la divergence d'opinions parmi les savants, aucun d'entre eux n'a nié qu'il y avait quelque chose de spécial dans la nature littéraire et linguistique du discours qur’ānique. Il est important de noter que l'argument exprimé dans cet essai ne dépend d'aucune doctrine formelle. L'argument ne tente pas de prouver qu'une doctrine est vraie, il vise à étudier linguistiquement l'inimitabilité du chapitre le plus court du Qur’ān. Puisqu'il peut être illustré que le chapitre le plus court du Qur’ān est linguistiquement remarquable, on doit envisager la possibilité qu'il y ait quelque chose de spécial dans le discours qur’ānique. Le fait qu'une doctrine soit plus cohérente qu'une autre n'est pas d'une importance primaire, l'objectif est de — en exposant la nature linguistique et littéraire remarquable d'Al-Kawthar — encourager l'engagement envers le Qur’ān, ce qui facilitera la miséricorde et la guidance Divines.
Others argue that the challenge refers to God preventing people from being able to produce anything like the Qur’ān, a doctrine espoused by the Al-Mu‘tazila, the ‘rationalist’ school of Islamic theology. Notwithstanding the difference of opinion amongst the scholars, none of them denied that there was something special about the literary and linguistic nature of the Qur’ānic discourse. It is important to note that the argument expressed in this essay is not dependent on any formal doctrine. The argument does not attempt to prove any doctrine to be true, it aims to linguistically investigate the inimitability of the Qur’ān’s shortest chapter. Since it can be illustrated that the Qur’ān’s shortest chapter is linguistically remarkable, one should stand in the possibility that there is something special about the Qur’ānic discourse. Whether one doctrine is more coherent than the other is not of primary importance, the objective is to—through exhibiting the remarkable linguistic and literary nature of Al-Kawthar—encourage engagement with the Qur’ān, which will facilitate Divine mercy and guidance.
« La poésie préislamique et classique peut être analysée de la même manière. »
“Pre-Islamic and classical poetry can be analysed in the same way”.
Il existe quelques raisons fondamentales pour lesquelles le Qur’ān ne peut être comparé à la poésie préislamique ou à la poésie classique, telle que celle du très acclamé poète Al-Mutanabbi. En ce qui concerne son incomparabilité avec la poésie préislamique, il est important de noter que les Arabes du VIIe siècle avaient atteint une maîtrise linguistique et littéraire inégalée, pourtant ils n'ont pas réussi à défier le Qur’ān, et les plus grands experts de l'époque ont témoigné des caractéristiques inimitables du Qur’ān. L'un des meilleurs linguistes de l'époque, Walīd ibn al-Mughīra, s'est exclamé :
There are a few key reasons why the Qur’ān cannot be compared to pre-Islamic poetry or classical poetry, like that of the highly acclaimed poet Al-Mutanabbi. With regards to being incomparable to pre-Islamic poetry, it is important to note that the Arabs of the 7th century achieved unparalleled linguistic and literary mastery, yet they failed to challenge the Qur’ān, and the leading experts of the time testified to the inimitable features of the Qur’ān. One of the best linguists of the time, Walīd ibn al-Mughīra, exclaimed:
« Et que puis-je dire ? Car je jure par Dieu, il n'y en a aucun parmi vous qui maîtrise la poésie aussi bien que moi, et nul ne peut rivaliser avec moi en composition ou en rhétorique — pas même dans la poésie des djinns ! Et pourtant, je jure par Dieu, la parole de Muhammad ﷺ [signifiant le Coran] ne présente aucune similitude avec ce que je connais, et je jure par Dieu, la parole qu'il prononce est très douce, et elle est parée de beauté et de charme. »71.
“And what can I say? For I swear by God, there is none amongst you who knows poetry as well as I do, nor can any compete with me in composition or rhetoric—not even in the poetry of jinns! And yet, I swear by God, Muhammad’s speech [meaning the Qur’an] does not bear any similarity to anything I know, and I swear by God, the speech that he says is very sweet, and is adorned with beauty and charm.”71.
De manière significative, les polythéistes arabes au VIIe siècle ont initialement accusé le Prophète ﷺ d'être un poète. C'était une chose plus facile à faire que de partir en guerre et de combattre les Musulmans. Les Arabes, qui maîtrisaient parfaitement l'usage de la langue arabe et de la poésie, étudiaient pendant des années auprès d'un maître.
Significantly, the Arab polytheists in the 7th century initially accused the Prophetصلى الله عليه وسلمof being a poet. This was an easier thing to do than going to war and fighting the Muslims. The Arab’s who perfected their use of the Arabic language and poetry studied for years under a master.
Aucun d'entre eux n'est sorti pour dénoncer Muhammad ﷺ comme étant l'un de leurs élèves. Le fait même que Muhammad ﷺ ait réussi dans son message démontre qu'il a réussi à montrer aux poètes et aux linguistes de l'époque que le Qur’ān est effectivement miraculeusement inimitable. Si le Qur’ān n'était pas inimitable, n'importe quel poète ou linguiste aurait pu produire quelque chose de meilleur ou de similaire au discours coranique. L'expert en études islamiques Navid Kermani précise ce point :
None of them came out to expose Muhammadصلى الله عليه وسلمas being one of their students. The very fact that Muhammadصلى الله عليه وسلمwas successful in his message demonstrates that he succeeded in showing the poets and linguists of the time, that the Qur’ān is indeed miraculously inimitable. If the Qur’ān was not inimitable, any poet or linguist could have produced something better or similar to the Qur’ānic discourse. Expert in Islamic studies Navid Kermani makes this point clear:
« Évidemment, le Prophète ﷺ a réussi dans ce conflit avec les poètes, sinon l'Islam ne se serait pas propagé comme une traînée de poudre. »72.
“Obviously, the Prophet succeeded in this conflict with the poets, otherwise Islam would not have spread like wildfire.”72.
En fait, le poète préislamique Labīd ibn Rabī’ah, l'un des célèbres poètes des Sept Odes, a embrassé l'Islam en raison de l'inimitabilité du Qur’ān. Une fois qu'il eut embrassé l'Islam, il cessa de composer de la poésie. Les gens furent surpris, car « il était leur poète le plus distingué ».73 Ils lui demandèrent pourquoi il avait cessé de composer de la poésie ; il répondit : « Quoi ! Même après la révélation du Qur’ān ? »74.
In fact, the pre-Islamic poet Labīd ibn Rabī’ah, one of the famous poets of the Seven Odes, embraced Islam due to the inimitability of the Qur’ān. Once he embraced Islam, he stopped composing poetry. People were surprised, for “he was their most distinguished poet”.73 They asked him why he stopped composing poetry; he replied, “What! Even after the revelation of the Qur’an?”74.
En ce qui concerne la comparaison du Coran aux maîtres de la poésie classique tels qu'Abu at-Tayyib Ahmad ibn al-Husayn al-Mutanabbi al-Kindi, il est important de noter qu'Al-Mutanabbi était considéré comme un génie poétique inégalé par de nombreux Arabes. Certains ont soutenu que bien que d'autres poètes aient utilisé le même genre panégyrique et le même mètre poétique que le grand poète, ils n'ont pas été en mesure d'égaler son niveau d'éloquence et de variété stylistique. Si cela est vrai, cela pourrait remettre en cause l'inimitabilité du Coran. Cependant, cette acclamation d'Al-Mutanabbi est infondée.
Concerning, the Qur’ān being compared to the classical poetic masters such as Abu at-Tayyib Ahmad ibn al-Husayn al-Mutanabbi al-Kindi, it is important to note that Al-Mutanabbi was considered an unmatched poetic genius by many Arabs. Some have argued that although other poets have used the same panegyric genre and poetic metre as the great poet, they have not been able to match his level of eloquence and stylistic variance. If this is true, then it may undermine the Qur’ān’s inimitability. However, this acclamation of Al-Mutanabbi is unfounded.
La première chose à noter est que cette affirmation est vague. Al-Mutanabbi n'a pas écrit un livre de plus de soixante-dix mille mots, comme le Qur’ān. Son recueil de poèmes contient des poèmes qui n'ont aucun lien entre eux et qui ne sont pas organisés en chapitres. De plus, il y a eu des imitations de l'œuvre d'Al-Mutanabbi par les poètes juifs Moses ibn Ezra et Solomon ibn Gabriol.
The first thing to note is that this contention is vague. Al-Mutanabi did not write a book of over seventy-thousands words, like the Qur’ān. His collection of poems contains poems that are unrelated to each other and not placed into chapters. Also, there have been imitations of Al-Mutanabbi’s work by the Jewish poets Moses ibn Ezra and Solomon ibn Gabriol.
Curieusement, le poète andalou Ibn Hani’ al-Andalusi était connu comme étant le Al-Mutanabbi de l'Occident.75
Interestingly, the Andalusian poet Ibn Hani’ al-Andalusi was known as the Al-Mutanabbi of the West.75.
Un point important est que la poésie arabe médiévale n'a pas créé de nouveaux genres littéraires. Cela était dû au fait qu'elle dépendait des œuvres poétiques précédentes. L'universitaire Denis E. McAuley écrit que la poésie médiévale reposait largement « davantage sur le précédent littéraire que sur l'expérience directe ».76 Dans la poésie arabe classique, il n'était pas inhabituel qu'un poète tente d'égaler le poème d'un prédécesseur en en écrivant un nouveau selon le même mètre poétique, la même rime et le même thème. Cela était considéré comme une pratique normale.77 Il n'est pas surprenant que le professeur de religion Emil Homerin ait exploré l'expression littéraire d'Ibn al-Farid, et ait décrit son œuvre comme des « improvisations très originales sur al-Mutanabbi ».78
One significant point is that medieval Arabic poetry did not create new literary genres. This was due to the fact that it depended on previous poetic work. The academic Denis E. McAuley writes that medieval poetry largely hinged “more on literary precedent than on direct experience.”76 In classical Arabic poetry, it was not unusual for a poet to attempt to match a predecessor’s poem by writing a new one in the same poetic metre, rhyme and theme. This was considered normal practice.77 It is not surprising that Professor of Religion Emil Homerin explored the literary expression of Ibn al-Farid, and described his work as “very original improvisations on al-Mutanabbi”.78.
Pour souligner davantage le fait qu'Al-Mutanabbi peut être imité, il a révélé avoir emprunté des œuvres à un autre poète, Abu Nuwas.79 De nombreux critiques littéraires arabes médiévaux tels qu'Al-Sahib ibn ‘Abbad et Abu Ali Muhammad ibn al-Hasan al-Hatimi ont écrit des critiques sur Al-Mutanabbi.
To highlight further the fact that Al-Mutanabbi can be emulated, he disclosed that he borrowed work from another poet, Abu Nuwas.79 Many medieval Arab literary critics such as Al-Sahib ibn ‘Abbad and Abu Ali Muhammad ibn al-Hasan al-Hatimi wrote criticisms of Al-Mutanabbi.
Ibn ‘Abbad a écrit al-kashf ‘an masawi’ shi’r al-Mutanabbi et Al-Hatimi a écrit un récit biographique de sa rencontre avec Al-Mutanabbi dans son al-Risala al-Mudiha fi dhikr sariqat Abi al-Tayyib al-Mutanabbi.80 Les conclusions de ces critiques littéraires impliquent que bien que son œuvre soit le produit du génie, elle peut être imitée. Al-Hatimi présente une polémique plus forte contre Al-Mutanabbi et soutient que sa poésie ne possède pas un style unique et contient des erreurs. Le professeur Seeger A. Bonebakker, qui a étudié la critique littéraire d'Al-Hatimi à l'égard d'Al-Mutanabbi, conclut que son « jugement est souvent bien fondé et l'on finit presque par avoir le sentiment que Mutanabbi était, après tout, un poète médiocre qui manquait non seulement d'originalité, mais possédait également une compétence insuffisante en grammaire, en lexicographie et en rhétorique, et faisait parfois preuve d'un goût incroyablement mauvais. »81
Ibn ‘Abbad wrote al-kashf ‘an masawi’ shi’r al-Mutanabbi and Al-Hatimi wrote a biographical account of his encounter with Al-Mutanabbi in his al-Risala al-Mudiha fi dhikr sariqat Abi al-Tayyib al-Mutanabbi.80 The conclusions of these literary criticisms imply that although his work is the product of genius, they can be emulated. Al-Hatimi presents a stronger polemic against Al-Mutanabbi and argues the case that his poetry does not have a unique style and contains errors. Professor Seeger A. Bonebakker, who studied Al-Hatimi’s literary criticism of Al-Mutanabbi, concludes that his “judgement is often well-founded and one almost ends up feeling that Mutanabbi was, after all, a mediocre poet who was not only lacking in originality, but also had insufficient competence in grammar, lexicography, and rhetoric, and sometimes gave evidence of incredibly bad taste.”81.
« Si Shakespeare est un génie littéraire sans égal, alors l'inimitabilité du Qur’ān est une entreprise humaine ».
“If Shakespeare is an unparalleled literary genius, then the Qur’ān’s inimitability is a human endeavour”.
William Shakespeare est sans doute le plus grand dramaturge anglais ayant jamais vécu. Une objection courante à l'argument de cet essai est que Shakespeare semble sans égal dans l'histoire de la langue anglaise, il est donc inimitable. En considérant ses compétences littéraires et linguistiques inégalées, l'inimitabilité du Qur’ān peut être expliquée par référence à un génie littéraire.
Willam Shakespeare is arguably the greatest English playwright that ever lived. A common objection to the argument in this essay is that Shakespeare seems to be unmatched in the history of the English language, therefore he is inimitable. Considering his unparalleled literary and linguistic skills, the Qur’ān’s inimitability can be explained in reference to a literary genius.
Il y a quelques raisons pour lesquelles cette objection est mal placée.
There are a few reasons why this objection is misplaced.
Premièrement, l'inimitabilité d'Al-Kawthar est très différente des chefs-d'œuvre de Shakespeare.
Firstly, the inimitability of Al-Kawthar is very different from Shakespeare’s masterpieces.
La fréquence et la nature des caractéristiques littéraires et linguistiques d'Al-Kawthar sont incomparables aux trois vers que Shakespeare a pu écrire. Compte tenu de la manière dont Al-Kawthar a été révélée, du contexte historique, de l'intertextualité, de sa structure et de l'interrelation optimale entre le style et le sens, ce point n'est pas controversé.
Al-Kawthar’s frequency and nature of literary and linguistic features are incomparable to any three lines that Shakespeare has written. Considering how Al-Kawthar was revealed, the background context, the intertextuality, its structure, its optimal interrelation between style and meaning, this point is not controversial.
Deuxièmement, Shakespeare ne faisait pas preuve d'une éloquence inégalée et constante, ni d'expressions inimitable qui auraient été formulées sans aucun amendement ou révision. Mark Forsyth soutient que les capacités de Shakespeare se sont développées au fil du temps :
Secondly, Shakespeare did not display sustained matchless eloquence, or inimitable expressions that were expressed without any amendments or revisions. Mark Forsyth argues that Shakespeare’s abilities developed over time:
« Shakespeare n'était pas un génie. Il était, sans l'ombre d'un doute, l'écrivain le plus merveilleux qui ait jamais respiré. Mais pas un génie. Aucun ange ne lui a dicté ses vers, aucune fée n'a relu ses textes pour lui. Au lieu de cela, il a appris des techniques, il a appris des astuces, et il les a bien apprises... Shakespeare devenait de mieux en mieux et de mieux en mieux, ce qui était facile car il avait mal commencé, comme la plupart des gens qui débutent un nouveau travail. »82.
“Shakespeare was not a genius. He was, without the distant shadow of a doubt the most wonderful writer who ever breathed. But not a genius. No angels handed him his lines, no fairies proofread for him. Instead, he learnt techniques, he learnt tricks, and he learnt them well…. Shakespeare got better and better and better, which was easy because he started badly, like most people starting a new job.”82.
En fait, les premières œuvres de Shakespeare étaient, selon Forsyth, « ... pas très bonnes ».83
In fact, Shakespeare’s initial works were, according to Forsyth, “… not very good.”83
Troisièmement, les formes littéraires de Shakespeare ne sont pas uniques. Ses sonnets sont écrits principalement dans un mètre fréquemment utilisé appelé le pentamètre iambique, un schéma de rimes dans lequel chaque vers du sonnet se compose de dix syllabes. Les syllabes sont divisées en cinq paires appelées iambes ou pieds iambiques.84
Thirdly, Shakespeare’s literary forms are not unique. His sonnets are written predominantly in a frequently used metre called the iambic pentameter, a rhyme scheme in which each sonnet line consists of ten syllables. The syllables are divided into five pairs called iambs or iambic feet.84
Enfin, puisque le schéma directeur de l'œuvre de Shakespeare est disponible, il n'est pas surprenant que le dramaturge anglais Christopher Marlowe ait un style similaire, et que Shakespeare ait été comparé à Francis Beaumont, John Fletcher et d'autres dramaturges de son époque.85
Finally, since the blueprint of Shakespeare’s work is available, it is not surprising that the English dramatist Christopher Marlowe has a similar style, and that Shakespeare has been compared to Francis Beaumont, John Fletcher and other playwrights of his time.85