1.3. Pourquoi ces malentendus
1.3. Why the Misapprehensions
La raison pour laquelle les malentendus suggérés ci-dessus ont vu le jour est d'ordre historique. Lorsque le Qur'ān fut présenté pour la première fois aux Arabes, ils savaient tous ce que signifiaient *ilaah* ou *rabb*, car ces deux mots étaient déjà courants dans leur langue. Ce n'étaient pas de nouveaux termes, et aucune nouvelle signification ne leur avait été attribuée. Ils connaissaient parfaitement leurs connotations et ainsi, lorsqu'il fut dit qu'Allah seul est l'Ilaah et le Rabb, et que nul n'a la moindre part dans les qualités et les attributs que ces mots désignent, ils en comprirent immédiatement la pleine portée, comprenant totalement, sans aucun doute ni incertitude, ce qui était spécifiquement déclaré comme appartenant exclusivement à Allah et ce qui était par conséquent nié aux autres. Ceux qui s'opposaient à ce précepte avaient très clairement en tête les implications du fait de nier à d'autres qu'Allāh جل جلاله d'être des *ilaahs* ou des *rabbs*, en quelque sens que ce soit, tandis que ceux qui l'acceptaient savaient tout aussi bien ce qu'ils devraient abandonner par leur acceptation et ce qu'ils renonceraient à posséder.
The reason why the misapprehensions hinted at above have come into existence is a historical one. When the Qur'ān was first presented to the Arabs they all knew what was meant by ilaah or rabb as both the words were already current in their language. They were not new terms, nor were any new meanings put upon them. They knew fully well what the connotations were and so, when it was said that Allah alone is the Ilaah, and the Rabb and that no one has the least share in the qualities and attributes which the words denote, they at once comprehended the full import, understood completely without any doubt or uncertainty as to what specifically was being declared to Pertain to Allah exclusively and what was being hence denied to others. Those who opposed the precept were very clear in their minds as to the implications of denying others than Allāh جل جلاله to be ilaahs or rabbs, in any sense, while those who accepted it knew equally well what they would have to give up by their acceptance and what they would forgo.
De même, les mots ’ibadah et deen étaient couramment utilisés, et les gens savaient ce que l'on entendait par ’abd, quel état était impliqué par ’uboodiyyah (l'état d'être un ’abd), quel genre de conduite était désigné lorsque le mot ’ibadah était utilisé, et quel était le sens du terme deen. Ainsi, lorsqu'on leur a dit d'abandonner l'’ibadah de tous les autres et de la réserver exclusivement à Allah, et d'abandonner toutes les autres religions et d'entrer uniquement dans la religion (Deen) d'Allah, ils ne ressentirent aucune difficulté à conclure ce que l'appel à l'islam (Da’wah) coranique impliquait et la révolution radicale dans leur mode de vie qu'il cherchait à instaurer.
Similarly, the words ’ibadah and deen were in common use, and the people knew what was meant by ’abd, what state was implied by ’uboodiyyah (the state of being an ’abd) what kind of conduct was referred to when the word ’ibadah was used, and what was the sense of the term deen. So, when they were told to give up the ’ibadah of all others and reserve it exclusively for Allah, and give up all other deens and enter into the Deen of Allah only, they felt no difficulty in concluding what the Qur'ānic da’wah (message) implied and the drastic revolution in their way of life it sought to bring about.
Mais au fil des siècles, les véritables significations de ces termes ont progressivement subi de subtils changements de sorte que, avec le temps, au lieu de leurs connotations complètes, ils n'ont fini par représenter que des significations très limitées ou des concepts restreints et plutôt vagues. L'une des raisons était le déclin progressif de l'intérêt pour la langue arabe, et l'autre était que les mots ont cessé d'avoir les mêmes significations pour les générations ultérieures de musulmans que celles qu'ils avaient pour les Arabes originels auxquels le Qur'ān avait été révélé. C'est pour ces deux raisons que, dans les lexiques et les commentaires plus récents, beaucoup de mots coraniques ont commencé à être expliqués non pas par leur sens originel, mais par ce qu'ils étaient devenus à cette époque, par exemple : • Le mot ‘ilaah’, tel qu'utilisé à l'égard d'autres que Dieu, est devenu synonyme d'idoles ou de dieux.
But as centuries passed, the real meanings of these terms gradually underwent subtle changes so that, in course of time, instead of the full connotations, they came to stand for only very limited meanings or restricted and rather vague concepts. One reason was the gradual decline of interest in the Arabic language and the other that the words ceased to have the same meanings for the later generations of Muslims that they had for the original Arabs to whom the Qur'ān had been revealed. It is for these two reasons that in the more recent lexicons and commentaries many of the Qur'ānic words began to be explained not by their original sense but by what they had by then come to stand for, e.g., • The word ‘ilaah’, as used in respect of others than God, came to be synonymous with idols or gods.
• Le mot « rabb » a fini par ne signifier que celui qui élève, éduque, nourrit autrui ou subvient à ses besoins mondains.
• The word ‘rabb’ came to mean only someone who brings up or rears or feeds another or provides for his worldly needs.
• L'« adoration (Ibadah) » a commencé à être comprise comme l'accomplissement d'un ensemble de rituels de culte.
• ‘Ibadah’ began to be understood as the performance of a set of rituals of worship.
• « Deen » a commencé à signifier une religion (Deen), ou la croyance en certains préceptes.
• ‘Deen’ began to mean a religion, or belief in some precepts.
• Et le mot « Taghoot » commença à être traduit pour signifier une idole ou le Diable.
• And the word ‘Taghoot’ began to be translated to mean an idol or the Devil.
Le résultat fut manifestement qu'il devint difficile pour les gens d'accéder au véritable message du Qur'ān. Le Qur'ān demande aux gens de ne considérer aucun autre qu'Allah comme un ilaah. Les gens pensaient que, puisqu'ils avaient réellement abandonné l'adoration des idoles ou d'autres considérés comme des dieux, ils avaient rempli les exigences, bien qu'en pratique ils aient en fait continué à traiter d'autres entités comme des dieux, sans que le moindre soupçon ne traverse leur esprit qu'ils étaient réellement en train de le faire. Le Qur'ān avait demandé que les hommes ne reconnaissent aucun autre que Dieu comme rabb. Les gens pensaient que, puisqu'ils ne professaient personne d'autre comme étant un rabb, ils avaient respecté l'intégralité des exigences du concept de l'unicité (Tawhid).
The result obviously was that it became difficult for people to get at the real message of the Qur'ān. The Qur'ān asks people not to regard any other than Allah as an ilaah. People thought that since they had actually given up the worship of idols or of others regarded as gods, they had fulfilled the requirements, although in practice they have in fact gone on treating others as gods, but without the least suspicion crossing their minds that they were actually doing so. The Qur'ān had asked that men should not acknowledge any other than God as rabb. The people thought that since they did not profess anyone else to be a rabb, they had complied with the full requirements of the concept of Tawhid.
Il est vrai que leurs professions orales ou même leur propre compréhension de leurs croyances et de leurs actes indiquaient que pour eux, Allah était l'unique et seul Rabb, mais ils réalisaient peu qu'en agissant ainsi, ils accordaient, selon beaucoup d'autres, le statut de rabb à bien d'autres encore.
True enough, their oral professions or even their own understanding of their beliefs and actions, denoted that for them Allah was the one and only Rabb, but they little realised that by their actions they were instead according to many another too the status of rabb.
Ils protestaient du fait qu'ils n'adoraient plus les idoles, qu'ils maudissaient le Diable et qu'ils se prosternaient uniquement devant Allah, et ainsi, ici aussi, ils faisaient tout ce que le Qur'ān exigeait d'eux. Et pourtant, comme ils étaient loin de cela ! Tout ce qu'ils avaient fait, c'était d'abandonner les idoles façonnées par les mains des hommes, mais pas l'un des autres taghoots. Et quant à l'adoration (Ibadah), ici aussi, à l'exception des formalités généralement associées au culte, ils continuaient à l'accorder à de nombreux autres en dehors d'Allah. Il en a été de même pour la religion (Deen). La réserver exclusivement à Allah en est venu à signifier le fait de professer uniquement la « religion de l'Islam », et non l'une des autres religions connues comme telles, et cela était tout ce qui était requis, et quiconque faisait cela avait satisfait au critère d'exclusivité, bien que lorsqu'on l'examine sous la connotation plus large du mot « Deen », la majorité est très, très loin de ce critère.
They protested that they no longer worshipped the idols, that they uttered curses on the Devil, and prostrated themselves before Allah only, and so here too they were doing all that the Qur'ān required of them. And yet, how far they were from that! All they did was to give up the idols shaped by the hands of men, but not any of the other taghoots. And as for ’ibadah, here too, except for the formalities generally associated with worship, they continued giving it to many others besides Allah. The same has been the case with deen. To reserve it exclusively for Allah came to mean to profess only the ‘religion of Islam,’ and not any of the other religions known as such, and this was all that was required and whosoever did this had satisfied the criterion of exclusiveness, although when looked at from the wider connotation of the word ‘deen’, the majority fall far, far short of the criterion.