7. L'altérité structurelle dans la poésie, Auschwitz, Hebron, Brian Haw, Rachel Corrie
7. Structural Otherness In Poetry, Auschwitz, Hebron, Brian Haw, Rachel Corrie
Il existe de nombreux types d'Altérité qui favorisent des expressions « structurelles » de l'« Altérisation ».
There are many types of Otherness which advance ‘structural’ expressions of “Othering”.
Les distances entre nous, comme le « gouffre élevé » dans le poème de Lawrence Ferlinghetti dans lequel « Two Scavengers In A Truck » se retrouvent à proximité immédiate de « Two Beautiful People In A Mercedes » :
The distances between us, like the “high gulf” in Lawrence Ferlinghetti’s poem in which “Two Scavengers In A Truck” come into close proximity with “Two Beautiful People In A Mercedes”:
« Et le plus jeune des deux/Également avec des lunettes de soleil et les cheveux longs/À peu près du même âge que le conducteur de la Mercedes/Et tous deux, des charognards, regardant vers le bas/Comme depuis une grande distance/Le couple de gens branchés/Comme s'ils regardaient une publicité télévisée sans odeur/Dans laquelle tout est possible/Et la lumière très rouge pendant un instant/Tenant les quatre de très près/Comme si quoi que ce soit était possible/Entre eux ».
“And the younger of the two/Also with sunglasses and long hair/About the same age as the Mercedes driver/And both scavengers gazing down/As from a great distance/At the cool couple/As if they were watching some odorless TV ad/In which everything is possible/And the very red light for an instant/Holding all four close together/As if anything at all were possible/Between them”.
Le poème décrit un « camion poubelle brillant avec deux éboueurs portant des vestes en plastique rouge », les hommes regardent vers le bas dans « une élégante Mercedes décapotable avec un couple élégant à l'intérieur ». Les hommes sont « voûtés/Ressemblant à une sorte de/Gargouille Quasimodo », tandis que l'homme riche dans la Mercedes a des « cheveux blonds aux épaules et des lunettes de soleil ». Son opposé apparent, « l'Autre » par nos perceptions de ceux qui existent aux marges des classes sociales, se voit attribuer une description plus banale. L'altérité structurelle, le fait de séparer et de désigner à cet Autre un espace de vie de qualité inférieure, l'édification de barrières physiques pour tenir à l'écart les « indomptés », est frappante dans le paysage de Hebron en Palestine. Il y a deux routes menant à la mosquée al-Khalil (Abraham Mosque) séparées par une clôture et du fil de fer barbelé. L'une des routes est propre et pavée d'asphalte, facilement accessible pour les personnes âgées et les enfants, gardée et agréable. Cette route est destinée aux colons juifs. L'autre route est un sentier de terre inégal, jonché de détritus, étroit et inapproprié pour la marche, particulièrement pour les personnes handicapées et les personnes âgées. Le contraste est flagrant. Les routes désignées pour les Palestiniens sont restreintes par des dizaines de points de contrôle et de barrières, retardant sévèrement l'accès. Les entrées des points de contrôle ressemblent à l'avant d'une prison de haute sécurité.
The poem describes a “bright garbage truck with two garbage men in red plastic blazers”, the men look down into “an elegant open Mercedes with an elegant couple in it.” The men are “hunched back/Looking like some/Gargoyle Quasimodo”, while the wealthy man in the Mercedes has “shoulder-length blond hair & sunglasses”. His apparent opposite, Othered by our perceptions of those who exist on the margins of social class yards, is afforded a more plain description. Structural otherness, the separating and designating to that Other a substandard living space, an erecting of physical barriers to keep out the ‘untamed’ is vivid in the landscape of Hebron in Palestine. There are two roads leading to Masjid al-Khalil (Abraham Mosque) separated by a fence and barbed wire. One of the roads is clean and asphalt-paved, easily accessible for the elderly and children, guarded and pleasant. This road is for Jewish settlers. The other road is an uneven dirt path, littered and narrow and unsuitable for walking particularly for the disabled and elderly. The contrast is glaring. Roads designated for Palestinians are restricted by dozens of checkpoints and barriers, severely delaying access. The entrances to the checkpoints resemble the front of a maximum-security prison.
L'apartheid en Afrique du Sud qui a imposé la ségrégation des Noirs en Amérique du Nord au vingtième siècle, le mur de séparation d'Israël, les « routes de l'apartheid » à Hebron sont tous conçus pour écarter les autres du cercle de la préoccupation humaine. Ceci vise à transmettre le message que ces Autres ne font pas partie de la société, ne font pas partie de ce que « nous sommes ». Chacun est une expression structurelle disant « vous n'appartenez pas », créant une position structurelle d'altérisation au sein de la société.
Apartheid in South Africa which forced segregation of Blacks in North America in the twentieth century, the Israel’s separation wall, the “Apartheid roads” in Hebron are all designed to remove others from the circle of human concern. This is to relay the message that those Others are not part of the society, not a part of who “we are”. Each is a structural expression of saying “you don’t belong”, creating an Otherised structural position within society.
Le Prophète ﷺ nous a enseigné que la grandeur ne réside pas nécessairement dans l'étendue de la richesse d'une personne, particulièrement si cette richesse n'est pas utilisée de manière responsable, mais que la grandeur réside dans la richesse du cœur d'une personne. Le musulman ne doit jamais juger une personne avec laquelle il est en contact par ses vêtements, par son apparence physique ou par toute anomalie apparente qu'elle pourrait manifester. Chacun de ces éléments est superficiel par rapport au fonctionnement du cœur de cet individu. Il était de la pratique de nombreux compagnons du Prophète ﷺ de faire preuve de simplicité dans leur apparence malgré leur rang social élevé. Le Qur'ān enseigne en fait que :
The Prophet (peace be upon him) taught us that greatness does not lie necessarily in the extent of a person’s wealth, particularly if that wealth is not used in a responsible way, but that greatness lies in the richness of a person’s heart. The Muslim must never judge a person he comes into contact with by his clothing, by his physical appearance or any seeming abnormality he might exhibit. Each of these is superficial in contrast to the workings of that individual’s heart. It was the practice of many of the Prophet’s companions to exhibit a simplicity in their appearances despite their lofty social standings. The Qur’ān in fact teaches that:
17:37 « Ne marche pas sur la terre avec arrogance : tu ne pourras ni la fendre, ni atteindre la hauteur des montagnes. » Et 25:63 « Les serviteurs du Tout Miséricordieux sont ceux qui marchent humblement sur la terre, et qui, lorsque les ignorants s'adressent à eux, répondent : "Paix" ».
17:37 “Do not strut arrogantly about the earth: you cannot break it open, nor match the mountains in height.” And 25:63 “The servants of the Lord of Mercy are those who walk humbly on the earth, and who, when the foolish address them, reply, ‘Peace’”.
Il convient de ne pas se comporter de manière hautaine ni d'adopter un esprit d'arrogance qui empêcherait d'approcher, de communiquer ou de fréquenter ceux qui vivent en marge de la société. Le Prophète ﷺ a d'ailleurs été magnifiquement décrit par Abū Hāmid al-Ghazālī de la manière suivante :
It is befitting one to not carry himself in an exalted way nor to adopt a spirit of arrogance which would inhibit his approaching, communicating with or keeping company with those who exist on the margins of society. The Prophet (peace be upon him) in fact was described beautifully by Abū Hāmid al-Ghazālī in the following way:
« Il était l'homme le plus indulgent, l'homme le plus courageux, l'homme le plus juste et l'homme le plus chaste. Sa main n'avait jamais touché la main d'une femme, à moins qu'il ne l'ait possédée comme esclave, qu'il ne soit marié à elle ou qu'elle ne soit un membre de sa famille proche (mahram). »
“He was the most forbearing of people, the most courageous of people, the most just of people, the most chaste of people. His hand never touched the hand of any woman unless he owned her as a slave or was married to her or was closely related to her by blood (mahram).
Il était l'homme le plus généreux, qui ne gardait jamais un dinar ou un dirham avec lui d'une nuit à l'autre.
He was the most generous of people, who never kept a dinar or a dirham with him overnight.
S'il lui restait quelque chose et qu'il ne trouvait personne à qui le donner avant la tombée de la nuit, il ne rentrait pas chez lui avant de l'avoir donné à quelqu'un qui en avait besoin. Il ne prenait rien de ce qu'Allāh lui avait accordé, excepté une réserve annuelle des provisions les plus simples, des dattes et de l'orge, donnant tout cela pour l'amour d'Allāh. On ne lui demandait jamais rien sans qu'il ne le donne, puis il retournait à ses provisions annuelles et en donnait à ceux qui en avaient plus besoin, au point qu'il pouvait en manquer avant la fin de l'année. Il réparait ses propres sandales et raccommodait ses propres vêtements, et il aidait sa famille à la maison et coupait la viande pour eux. Il était l'homme le plus modeste et ne regardait personne droit dans les yeux. Il répondait aux invitations des esclaves comme des hommes libres, et acceptait un cadeau même s'il ne s'agissait que d'une tasse de lait, et il en récompensait la personne. Il ne mangeait pas de nourriture qui avait été donnée en charité, et il répondait aux femmes esclaves et aux pauvres lorsqu'ils lui demandaient quelque chose. Il se mettait en colère pour l'amour de son Seigneur, mais il ne se mettait pas en colère pour son propre intérêt. Il s'attachait à la vérité même si cela entraînait un préjudice pour lui-même ou pour ses compagnons. Il trouva l'un de ses meilleurs compagnons tué dans une région où vivaient des Juifs, mais il ne se montra pas dur envers eux et ne fit pas plus que ce qui est prescrit par la charia.
If he had anything left over and he could not find someone to give it to before night came, he would not go home until he had donated it to someone who needed it. He did not take anything from that which Allāh had bestowed upon him except one year’s supply of the simplest provisions, dates and barley, giving all of that for the sake of Allāh. He was never asked for anything but he gave it, then he would go back to his annual supplies and donate from them to those who needed it more, then he might run out before the year ended. He used to repair his own sandals and mend his own clothes, and he would help his family in the home and cut meat for them. He was the most modest of people and would not look anyone straight in the eye. He would respond to the invitations of slave and free alike, and accept a gift even if it was a cup of milk, and he would reward a person for it. He did not eat food that had been given in charity, and he would respond to slave women and the poor when they asked him for something. He got angry for the sake of his Lord but he did not get angry for his own sake. He would adhere to the truth even if that resulted in harm for himself or his companions. He found one of the best of his companions slain in an area where Jews lived, but he did not treat them harshly or do more than what which is prescribed by sharīʿah.
Plutôt, il paya pour lui une diyah de cent chameaux, alors même que certains de ses compagnons étaient dans un besoin désespéré d'un seul chameau. Il attachait une pierre à son ventre pour calmer les douleurs de la faim, il ne refusait aucune nourriture licite (Halal) et il ne mangeait ni en étant incliné, ni à une table.
Rather he paid a diyah for him of one hundred camels even though some of his companions were in desperate need of just one camel. He would tie a rock to his stomach to ward off hunger pangs, and he did not refuse halal food or and he would not eat reclining or at a table.
Il ne mangea jamais à sa faim pendant trois jours consécutifs jusqu'à ce qu'il rencontre Allāh, qu'Il soit exalté, car il préférait donner ce qu'il possédait plutôt que de manger à sa faim, non par pauvreté ou par avarice. Il acceptait les invitations à des repas, rendait visite aux malades et assistait aux funérailles. Il marchait seul parmi ses ennemis sans garde. Il était l'homme le plus humble et le plus calme sans être arrogant, le plus éloquent sans être verbeux, le plus radieux de visage. Il ne se souciait pas des affaires mondaines. Il portait ce qu'il trouvait, et laissait son esclave ou d'autres monter derrière lui sur sa monture. Il montait ce qui était disponible, parfois un cheval, parfois un chameau, parfois une mule et parfois un âne. Parfois, il marchait pieds nus, sans manteau, ni turban, ni calotte, rendant visite aux malades dans les parties les plus reculées de Madina. Il aimait le parfum et détestait les mauvaises odeurs. Il s'asseyait avec les pauvres, offrait de la nourriture et mangeait avec les nécessiteux, honorant les vertueux et adoucissant le cœur des gens de rang en les traitant avec bonté. Il entretenait les liens de parenté sans favoriser ses proches par rapport à ceux qui étaient meilleurs qu'eux, et il ne traitait personne avec dureté. Il acceptait les excuses de ceux qui lui présentaient des excuses ; il plaisantait mais ne disait que la vérité, et il souriait sans rire à haute voix.
He never ate his fill of bread for three days in a row until he met Allāh, may He be exalted, as he would prefer to give away what he had rather than eat his fill, not because of poverty or miserliness. He would accept invitations to meals, visit the sick, and attend funerals. He walked alone among his enemies without a guard. He was the most humble and quiet of people without being arrogant, the most eloquent without being long-winded, the most cheerful of countenance. He did not worry about worldly matters. He wore whatever he found, and let his slave or others ride behind him on his mount. He rode whatever was available, sometimes a horse, sometimes a camel, sometimes a mule and sometimes a donkey. Sometimes he walked barefoot, with no cloak, turban or cap, visiting the sick in the furthest parts of Madina. He loved perfume and hated foul smells. He would sit with the poor and offer food to and eat with the needy, honouring the virtuous and softening the hearts of people of status by treating them kindly. He upheld ties of kinship without favouring his relatives over those who were better than them, and he did not treat anyone harshly. He accepted the excuses of those who apologized to him; he would joke but he only spoke the truth, and he would smile without laughing out loud.
S'il voyait un jeu permis, il ne le dénonçait pas, et il faisait la course avec son épouse. Lorsque des voix s'élevaient contre lui, il endurait cela avec patience. Il avait des esclaves, hommes et femmes, mais il ne mangeait pas et ne s'habillait pas mieux qu'eux. Il ne perdait pas son temps sans lutter pour l'amour d'Allāh ou sans faire ce qui était essentiel pour s'améliorer. Il ne méprisait aucun pauvre à cause de sa pauvreté ou d'une maladie chronique, et il ne craignait aucun roi à cause de son pouvoir. Il appelait l'un et l'autre à Allāh sur un pied d'égalité.55
If he saw permissible play he did not denounce it, and he raced with his wife. When voices were raised against him, he bore that with patience. He had slaves, male and female, but he did not eat or dress any better than they did. He did not waste time without striving for the sake of Allāh or doing that which was essential to better himself. He did not look down on any poor person because of his poverty or chronic sickness, and he did not fear any king because of his power. He called both of them to Allāh on equal terms.”55
Ainsi, dans la vision d'un monde différent, un monde dans lequel les espaces et les frontières peuvent affirmer une identité propre, un sentiment d'appartenance, nous devons apprécier le fait que ceux-ci existent également pour l'Autre et non en dépit de l'Autre. Faire cela implique une empathie fondée sur la reconnaissance du privilège que l'« espace » accorde. Là où la guerre et les conflits ont trait à l'espace et aux lieux de l'espace, ceux qui résistent se situent également au sein d'un espace défini par ce qu'ils perçoivent des conflits qu'ils contestent. Brian Haw, en 2003, a choisi de faire de la scène de sa protestation anti-guerre un site sur le sol pavé à l'extérieur de Parliament Square. La raison de son campement était de protester contre la guerre en Irak et, en particulier, contre la manière dont la guerre a donné naissance à de nombreux orphelins en Irak. Nous voyons dans son auto-confinement une actualisation de l'Autre auquel il s'identifiait ; l'empathie qu'il a stimulée est discernable non seulement dans les restrictions d'« espace », mais aussi dans sa manière de « prendre la place » de l'Autre. Dans sa protestation, nous apprécions comment il a cherché à « montrer » à ses spectateurs non seulement son acte de protestation, mais aussi les démarcations élargies du soi et de l'Altérité, dans lesquelles la disparité de taille entre le Parlement et sa tente, entre la structure et le tissu, pourrait être liée à ce qu'il considérait comme la disparité entre la victime et l'agresseur.
So, in the viewing of a different world, a world in which spaces and boundaries can assert a self-identity, a sense of belonging, we must appreciate these also exist for the Other and not in spite of the Other. Doing this, involves an empathy founded on acknowledging the privilege that ‘space’ accords. Where war and conflict have to do with space and locations of space, those who resist also situate themselves within space defined by what they perceive about the conflicts they challenge. Brian Haw in 2003 chose to make the scene of his anti-war protest a site on the paved floor outside Parliament Square. The reason for his encampment was to protest against the war in Iraq and in particular how the war gave birth to many orphans in Iraq. We see in his self-confinement an actualising of the Other he identified with; the empathy he stimulated is discernible not only in ‘space’ restrictions, but in its way of ‘taking the place’ of the Other. In his protest, we appreciate how he sought to ‘show’ his spectators not only his act of protest, but also the broadened demarcations of self and Otherness in which the disparity in size between Parliament and his tent, between structure and cloth might connect to what he viewed as the disparity between victim and aggressor.
Dans un sentiment similaire, au mémorial de l'Holocauste à Auschwitz, les témoignages photographiques sont disposés de manière à symboliser l'individualité et le rassemblement, et à compenser la dépersonnalisation nazie de ses victimes. Des entrées individualisées peuvent exister dans un espace aménagé pour refléter l'ampleur de la souffrance collective, l'expérience collectivisée des prisonniers juifs, ainsi que pour mettre l'accent sur leurs noms et professions individuels. L'espace entremêle ainsi un passé collectif imaginé pour les visiteurs du musée avec une connexion visuelle individualisée avec chaque prisonnier. On est confronté à une annulation de ce qui avait déshumanisé ces prisonniers. Leurs vêtements, chaussures, valises, les traits physiques de leurs cheveux, leur écriture, tout sert à rapprocher ce qui avait été nié, abstrait et distancé. Le site et l'espace du musée sont bien entendu pleinement présents dans l'accentuation de la mémoire de l'Holocauste, bien qu'Auschwitz lui-même fût tout sauf un espace isotrope. Il était au contraire fragmenté par le mouvement incessant des prisonniers provenant des sous-camps. Chaque portrait photographique du prisonnier est exposé avec son nom, sous lequel figurent son numéro d'écrou et des détails sur son ethnicité, sa date de naissance, sa profession avant l'emprisonnement, sa date de déportation et sa date de décès. La disposition des portraits suggère la solidarité, ainsi qu'une égalité dans le statut de victime et dans la finalité de la mort à Auschwitz. Ils servent de témoignage d'une vie « présente », souillée bien que toujours complète et pas encore physiquement, émotionnellement et mentalement décimée par la vie en camp. Le mur de portraits compense d'autres photographies et dessins qui dépeignent graphiquement cette dernière. Rachel Aliene Corrie, qui était une activiste américaine pour la paix travaillant avec le groupe de défense des droits de l'homme et de résistance non-violente dirigé par les Palestiniens, l'International Solidarity Movement (ISM désormais), a défié une altérité structurelle dans son travail pour défendre les foyers des agriculteurs palestiniens. Elle s'est rendue en Israël en janvier 2003, puis en Cisjordanie où elle a reçu une formation de l'ISM. Elle se réunissait fréquemment avec plusieurs militants américains et britanniques s'opposant à la démolition de maisons palestiniennes. Le 16 mars 2003, pendant la Seconde Intifada, elle s'était rassemblée avec d'autres militants devant la maison d'un pharmacien palestinien lorsqu'elle a été écrasée et tuée sous un bulldozer blindé de l'IDF (Israeli Defence Forces). Ses déclarations, qui jettent une lumière très importante sur les considérations du « soi » et de « l'autre » et la manière dont elles se rapportent à l'espace, à l'identité et à l'identification, sont tirées de *Let Me Stand Alone: The Journals of Rachel Corrie*, composé d'entrées de journal et d'e-mails sélectionnés plus tard pour publication par ses parents.
In a similar sentiment, at the holocaust memorial in Auschwitz, photographic testimony is positioned in a way that symbolises individuality and togetherness and offsets Nazi depersonalisation of its victims. Individualised entries can exist in a space arranged to reflect the scale of collective suffering, the collectivised experience of Jewish prisoners, as well as to emphasise their individual names and occupations. The space thus meshes an imagined collective past for the museum visitors with an individualised visual connection with single prisoners. One is confronted with an undoing of what had dehumanised those prisoners. Their clothes, shoes, suitcases, physical features of hair, handwriting, all serve to bring into proximity what was denied, abstracted and distanced. The site and space of the museum is of course altogether present in accentuating the memory of the holocaust though Auschwitz itself was anything but an isotropic space. It was instead fragmented with the endless movement of prisoners from sub-camps. Each displayed a photographic portrait of the prisoner including his or her name, under which is the prison number and details of ethnicity, date of birth, occupation before imprisonment, date of deportation and date of death. The arrangement of the portraits suggests solidarity, as well as an equalising in victimhood and the finality of death at Auschwitz. They serve as a testimony to a ‘present’ life, sullied though still complete and not yet physically, emotionally and mentally decimated by camp life. The wall of portraits offsets other photographs and drawings which do graphically portray the latter. Rachel Aliene Corrie who was an American peace activist working with the Palestinian-led human rights and non-violent resistance group International Solidarity Movement (ISM henceforth) challenged a structural otherness in her work to defend the homes of Palestinian farmers. She travelled to Israel in January 2003 and then to the West Bank where she received training from the ISM. She would frequently gather with several American and British activists resisting the demolition of Palestinian homes. On March 16, 2003 during the Second Intifada she gathered with other activists outside the home of a Palestinian pharmacist when she was crushed to death under an armoured IDF (Israeli Defence Forces) bulldozer. Her statements which shed very important light on ‘self’ and ‘other’ considerations and the way they relate to space, identity and identification are taken from Let Me Stand Alone: The Journals of Rachel Corrie, made up of journal entries and emails later selected for publication by her parents.
Le 29 janvier 2003, alors que Corrie était stationnée à Gaza, elle a observé et commenté comment les limitations d'espace, les restrictions de mouvement, la relation sensorielle avec la terre et la manière dont les enfants sont affectés par la violence finissent par avoir une influence importante sur le paysage et l'aménagement paysager pour les Palestiniens. C'est une prison que les gardiens ont jugée trop grande, alors maintenant ils la rétrécissent. Les gens ici vivent dans l'odeur de l'océan, mais ils ne peuvent plus aller le voir. « Qu'est-ce qu'il y a de beau ? Nous pouvions aller voir l'océan. Une chose belle. Maintenant, je ne peux plus voir l'océan. Qu'est-ce qu'il y a de beau pour les enfants ? Un enfant de huit ans nommé Ali est mort la veille de mon arrivée. Il voulait juste regarder le char – voir le char – et ils lui ont fait exploser la tête. »56 L'étendue de l'océan s'oppose à la terre restreinte de Gaza. La souffrance de son peuple est exacerbée par le déni de la vision d'un paysage qu'ils estiment être intrinsèquement le leur. Alors que le « paysage » de n'importe quelle terre est constitué des mêmes processus sociétaux, l'« aménagement paysager » compris comme un verbe concerne la manière dont la terre est transformée par l'action humaine, créant des espaces uniques sur lesquels se situent des sites.57
On January 29, 2003 whilst Corrie was stationed in Gaza she observed and commented on how limitations of space, restrictions of movement, of sensory relationship with land and the way children are affected by violence come to have an important bearing on landscape and landscaping for the Palestinians. This is a jail that the jailkeepers decided was too big, so now they are squeezing it smaller. The people here live within the smell of the ocean but they can’t go see it anymore. “What is there beautiful? We could go see the ocean. One thing beautiful. Now I cannot see the ocean. What is for the children that is beautiful? An eight-year old named Ali died the day before I came. He just wanted to look at the tank – see the tank – and they explode his head.”56 The expanse of the ocean is set against the constricted land of Gaza. The suffering of its people is exacerbated through their denial of vision of a landscape that they believe is inherently theirs. While ‘landscape’ of any land is made up of the same societal processes, ‘landscaping’ understood as a verb is about the way in which land is transformed by human agency, creating unique spaces upon which sites are located.57
Pour les habitants de Gaza, cela signifie que bien qu'ils puissent « sentir » l'océan, ils ne peuvent pas le « voir », et c'est cette incapacité des autochtones à permettre à leurs enfants de profiter de ce qui est beau qui informe sa perspective empathique.58 Les démarcations du Soi et de l'Altérité pour Rachel sont ici réceptives ; elle ne prône pas la mutualité dans les relations entre elle et les Palestiniens, celles-ci sont au contraire unilatérales. L'inclusion par Rachel de l'enfant victime Ali dans son récit sert à juxtaposer l'incapacité de voir l'océan avec la vision « du char – et ils lui font exploser la tête ». Elle utilise sa lettre pour accentuer la destruction de ce qu'elle observe en juxtaposant le naturel et le mécanique.
For the residents of Gaza, this means that though they can ‘smell’ the ocean they cannot ‘see’ it and it is this inability of natives to enjoy ‘what is’ beautiful for their children that informs her empathetic outlook.58 Demarcations of Self and Otherness for Rachel here are receptive; she does not espouse mutuality in relations between her and the Palestinians, it is instead unilateral. Rachel’s inclusion of child victim Ali in her account serves to juxtapose the failing to see the ocean with seeing ‘the tank – and they explode his head.’ She uses her letter to accentuate destruction in what she observes by juxtaposing the natural with the mechanical.
L'impression qui s'en dégage est que rien n'est « vu », la beauté et la cruauté étant entremêlées dans un domaine où les choses ne sont que ressenties. Rachel réfléchit à son privilège en tant que personne à la « peau blanche » qui peut voir et témoigner, et dont les sentiments imposent un dépassement des frontières entre le Soi et l'Autre. La ville de Gaza que Corrie décrit est en réalité « perdue » « dans le champ de vision », délocalisée dans la vision et la mémoire. Puisque les enfants de Gaza savent que l'océan est là, mais ne peuvent pas le voir, ils ont un attachement visuel délocalisé mais conservent tout de même la ville par l'attachement sensoriel de l'odorat et par des points de paysage qu'ils considèrent comme intrinsèquement palestiniens. Nous nous demandons si nous pouvons savoir si Corrie reflète le point de vue d'Ali ? Quelle est l'odeur de l'océan pour Ali en comparaison de celle de Corrie ?
The impression is that nothing is ‘seen’, both beauty and cruelty are meshed together into a domain in which things are only felt. Rachel reflects on her privilege as a ‘white-skinned’ person who can see and witness, and whose feelings mandate a transcending of Self/Other boundaries. The Gaza City that Corrie describes is actually ‘lost’ ‘in the field of vision’, dislocated in vision and memory. Since the Gazan children know the ocean is there, but cannot see it, they have a dislocated visual attachment but still retain the city through sensory attachment of smell, and points of landscaping they believe are inherently Palestinian. We question whether we can know if Corrie mirrors Ali’s vantage point? What is Ali’s smell of the ocean in comparison to Corrie’s?
Corrie juxtapose à nouveau la manière dont l'espace et ses temporalités sont considérés par les Palestiniens qu'elle observe pendant qu'ils jouent : « Des enfants jouent derrière nous et nous crions : "La ! La !" lorsqu'ils essaient de s'aventurer parmi les décombres pour jouer avec nous – parce que, d'une certaine manière, même si vous êtes né dans une cage et que vous n'avez jamais vécu sans des tirs toute la nuit, vous êtes toujours capable de jouer. »59
Corrie again juxtaposes the way space and its temporalities are considered by the Palestinians she observes whilst they play: “Children play behind us and we yell, “La! La!” when they try to wander out into the rubble to play with us – because somehow even though you are born in a cage and you have never lived without shooting all night, you are still able to play.”59
Sa description d'une « cage » dénote une restriction ; dans le confinement physique dont elle est témoin, elle est capable de juxtaposer la « cage » et les « tirs » avec le « jeu », s'appuyant sur les codes iconiques mutuels par lesquels son public peut s'identifier aux enfants. La description de Corrie concernant les enfants qui entretiennent une relation sensorielle avec une terre devenue « imaginée » et semblable à une cage est révélatrice de ce qu'elle nous apprend sur les perceptions du Soi et de l'Autre. Ces deux récits descriptifs sont ses propres perceptions, et une perception d'adulte, de ce que les enfants à Gaza sont en train de vivre.
Her description of a ‘cage’ denotes restriction; in the physical confinement that she witnesses she is able to juxtapose ‘cage’ and ‘shooting’ with ‘play’, drawing on the mutual iconic codes by which her audience can relate to children. Corrie’s description of children who have a sensory relationship to a land that has become ‘imagined’ and cagelike is insightful for what it tells us about Self/Other perceptions. Both descriptive accounts are her own perceptions, and an adult perception, of what children in Gaza are experiencing.
Dans une lettre à sa mère datée du 19 janvier 2003, Corrie parvient à transcender davantage le discours dominant de la souffrance et de la victimisation en inversant les frontières entre le « soi » et l'« autre » :
In a letter to her mother dated January 19, 2003, Corrie is able to further transcend the dominant discourse of suffering and victimisation by inverting ‘self’ and ‘other’ boundaries:
« Je pense que les Blancs souffrent parfois aux États-Unis d'un système qui nous privilégie encore par rapport aux personnes de couleur ; les hommes souffrent d'un système qui les privilégie par rapport aux femmes ; et les Israéliens juifs souffrent (bien plus que les Blancs et les hommes aux États-Unis) d'un système en Israël qui les privilégie par rapport aux Israélo-Palestiniens et aux Palestiniens des Territoires Occupés. Néanmoins, le système demeure un système raciste. »60
“I think white people sometimes suffer in the United States from a system that still privileges us over people of color; men suffer from the system that privileges them over women; and Jewish Israelis suffer (much more than white people and men in the U.S.) from a system in Israel that privileges them over Palestinian-Israelis and Palestinians in the Occupied Territories. Nevertheless, the system remains a racist one.”60
Les paroles de Corrie, une représentation de l'unipolarité entre dominant et subordonné, semblent découler de considérations empathiques informées par son discours scolaire de CM2 dans lequel elle enseignait : « Ils sont nous, nous sommes eux. »61 Elle voit cette normalisation du Soi et de l'Autre comme un prérequis aux considérations empathiques. Le vivre-ensemble que Corrie décrit est un motif saillant dans l'œuvre des militants qui réalisent la nécessité de transcender les temporalités géopolitiques pour remodeler les perceptions du « soi » et de « l'autre ». Dans le commentaire suivant, Corrie construit l'identité Soi/Autre à travers la création de lieux (place-making) où la destruction de « vergers, de serres et d'arbres fruitiers » permet une considération empathique à un niveau particulièrement personnel ; en s'appuyant sur « Oncle Craig » et « Grand-mère » : « Je pense à cela particulièrement quand je vois des vergers, des serres et des arbres fruitiers détruits - juste des années de soin et de culture. Je pense à vous et au temps qu'il faut pour faire pousser les choses et à quel travail d'amour cela représente. Je pense vraiment que, dans une situation similaire, la plupart des gens se défendraient du mieux qu'ils pourraient. Je pense que l'Oncle Craig le ferait. Je pense que Grand-mère le ferait probablement. Je pense que je le ferais. »62
Corrie’s words, a representation of unipolarity between dominant and subordinate, seem to stem from empathetic considerations informed in her 5th grade school speech in which she instructed: “They are us, we are them.”61 She sees this normalising of Self and Other as prerequisite to empathetic considerations. The togetherness that Corrie describes is a salient motif in the work of activists who realise the need to transcend geo-political temporalities to reshape ‘self’ and ‘other’ perceptions. In the following comment, Corrie constructs Self/Other identity through place-making wherein the destruction of ‘orchards and greenhouses and fruit trees’ allows for an empathic consideration at a particularly personal level; by drawing on ‘Uncle Craig’ and ‘Grandma’ “I think about this especially when I see orchards and greenhouses and fruit trees destroyed - just years of care and cultivation. I think about you and how long it takes to make things grow and what a labour of love it is. I really think, in a similar situation, most people would defend themselves as best they could. I think Uncle Craig would. I think probably Grandma would. I think I would.”62
Corrie cherche à convaincre sa mère en fusionnant les réponses de conflit des binaires Soi/Autre.
Corrie seeks to convince her mother by merging conflict responses of Self/Other binaries.
Le fait que Corrie rassemble des paysages mentaux issus de contextes palestiniens et américains empêche l'adoption d'un système idéalisé comme une simple mode culturelle. En s'alignant sur ces deux paysages, nous ne ressentons pas de « distance » vis-à-vis des causes de la destruction environnementale qu'elle décrit. Corrie explique que toute considération du paysage sacré de Gaza nécessiterait une réflexion sur les responsabilités écologiques de ceux qui y vivent. Les références de Corrie à son grand-père reflètent la nécessité de l'expérience comme déterminant de l'empathie.
Corrie’s drawing together mental landscapes from Palestinian and American settings disallow an embracing of an idealised system as a mere cultural fashion. By aligning herself with both landscapes, we do not sense a ‘distance’ from the causes of the environmental destruction she describes. Corrie describes how any consideration of the sacred landscape of Gaza would necessitate a reflection of the ecological responsibilities of those who live there. Corrie’s references to her grandfather reflect the necessity of experience as a determinant of empathy.
Elle soutient que « Grand-mère » pourrait très bien comprendre la détresse des Palestiniens, puisqu'elle sait ce qu'ils peuvent ressentir lors de la perte de leurs oliviers.
She submits that ‘Grandma’ could well understand the plight of the Palestinians since she has experience of what they might feel at the loss of their olive trees.
Dans sa lettre, elle engage également la réalité théorique et pratique des corps se déplaçant à travers des zones, des lieux et des obstacles en situant les résidents autochtones de Gaza, elle-même et ses proches comme des acteurs présents et absents. Le langage que Corrie utilise pour décrire les sentiments d'injustice et le droit des Palestiniens à la résistance s'appuie largement sur ses propres réponses ou sur ce qu'elle considère comme des réponses universelles aux droits d'appartenance. Corrie insinue donc que, tant pour les Palestiniens que pour les Américains, il existe un sentiment émotionnel d'appartenance aux paysages agricoles, « le soin », « la culture » et « la croissance » devenant des mots-clés qui façonnent la forme politique de sa solidarité. Le « travail d'amour » qu'elle décrit comme nécessaire pour « faire croître les choses » est une description intéressante à la lumière de la manière dont elle corrèle avec le symbolisme maternel utilisé par les agriculteurs palestiniens.63
In her letter, she also engages the theoretical and practical reality of bodies moving through areas, locations and obstacles by situating native residents of Gaza, herself and her relatives as present and absent actors. The language Corrie uses to describe feelings of injustice and the right of the Palestinians to resist draws extensively on her own or what she considers universal responses to rights of belonging. Corrie therefore intimates that for both Palestinians and Americans, there is an emotional sense of belonging to agricultural landscapes, ‘care’, ‘cultivation’ and ‘grow’ becoming keywords that shape the political form of her solidarity. The ‘labour of love’ she describes required to ‘make things grow’ is an interesting description in light of how it correlates with the maternal symbolism used by Palestinian farmers.63
55 Iḥyā’ ‘ulūm al-dīn 2/430-442.
55 Iḥyā’ ‘ulūm al-dīn 2/430-442.
56 R. Corrie, Let Me Stand Alone: The Journals of Rachel Corrie (Granta Books, London: 2008), p. 233.
56 R. Corrie, Let Me Stand Alone: The Journals of Rachel Corrie (Granta Books, London: 2008), p. 233.
57 G. Fields, ‘Landscaping Palestine: reflections of enclosure in a historical mirror’, Int. J. Middle East Stud. 42 (2010), p.
57 G. Fields, ‘Landscaping Palestine: reflections of enclosure in a historical mirror’, Int. J. Middle East Stud. 42 (2010), p.
64.
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58 O. Latiff : ‘Landscaping otherness and challenging frames of ‘nothingness’ in contemporary Palestine’, Space and Polity, 20:3 (2016), pp. 249-262.
58 O. Latiff: ‘Landscaping otherness and challenging frames of ‘nothingness’ in contemporary Palestine’, Space and Polity, 20:3 (2016), pp. 249-262.
59 R. Corrie, Let Me Stand Alone: The Journals of Rachel Corrie (Granta Books, London: 2008), p. 234.
59 R. Corrie, Let Me Stand Alone: The Journals of Rachel Corrie (Granta Books, London: 2008), p. 234.
60 Ibid, p. 226.
60 Ibid, p. 226.
61 ‘Discours de Rachel Corrie en 5ème année - Je suis ici parce que je m'en soucie’ https://www.youtube.com/watch?v=pDq32EgMxb8.
61 ‘Rachel Corrie 5th Grade Speech - I’m here because I care’ https://www.youtube.com/watch?v=pDq32EgMxb8.
62 R. Corrie, Let Me Stand Alone: The Journals of Rachel Corrie (Granta Books, London: 2008), pp. 272-273.
62 R. Corrie, Let Me Stand Alone: The Journals of Rachel Corrie (Granta Books, London: 2008), pp. 272-273.
63 O. Latiff : ‘Landscaping otherness and challenging frames of ‘nothingness’ in contemporary Palestine’, Space and Polity, 20:3 (2016), pp. 250-253.