8. L'ascension de l'Allemagne nazie : « un problème juif » - De citoyens à parias exclus
8. The Rise Of Nazi Germany: “a Jewish Problem” - From Citizens To Othered Outcasts
Alfred Rosenberg était un personnage important dans la formation de l'idéologie nazie et au sein de la direction nazie. Bien qu'il ne fût pas si politiquement pertinent, c'est son œuvre séminale, Der Mythus des 20. Jahrhunderts (Le Mythe du 20ème siècle), qui a présenté une stratégie de déshumanisation approfondie et de grande envergure pour laquelle il a acquis sa mauvaise réputation. À la racine de la vision du monde du National-Socialisme se trouve une vision historique d'un monde nouveau, une vision du monde qui positionnait la compréhension de soi humaine comme étant caractérisée par la race et la lutte pour la domination ethnique. Le livre décrit :
Alfred Rosenberg was an important character in the formation of Nazi ideology and within the Nazi leadership. Though he was not so politically relevant, it was his seminal work, Der Mythus des 20. Jahrhunderts (The Myth of the 20th Century), which came to present a thorough and far-ranging strategy of dehumanisation for which he earned his disrepute. At the root of the worldview of National Socialism is a historical vision of a new world, a worldview that positioned human self-understanding as characterised by race and struggle for ethnic domination. The book describes:
« Le présent et le passé apparaissent soudainement sous un nouveau jour et, par conséquent, nous avons une nouvelle mission pour l'avenir. Les actions de l'histoire et du futur ne signifient plus la lutte des classes ou la guerre entre les dogmes de l'Église, mais plutôt le conflit entre le sang et le sang, la race et la race, les peuples et les peuples. Et cela signifie un combat entre des valeurs spirituelles. »64
“Present and past are suddenly appearing in a new light, and as a result we have a new misson for the future. The actions of history and the future no longer signify class struggle or warfare between Church dogmas, but rather the conflict between blood and blood, race and race, people and people. And this means combat between spiritual values.”64
L'œuvre de Rosenberg a façonné l'image de la personne juive comme un « parasite », la définissant comme une « anti-race » qui n'était pas pleinement humaine et ne pouvait faire partie d'une identité sociale allemande ou même mondiale. Les Juifs étaient en outre, soutenait-il, dépourvus de dimension métaphysique et culturelle et ne pouvaient être rattachés à une race humaine, ce qui les rendait plutôt semblables à des animaux. Les Juifs étaient dès lors souvent comparés à des rats dans la propagande nazie — y compris dans des œuvres d'art, des affiches, des discours et des films. Les mêmes types d'imagerie animaliste étaient prévalents au Rwanda lorsque les Tutsis étaient qualifiés de « cafards », tout comme les esclaves noirs dans les Amériques, considérés comme des animaux subhumains. Curieusement, dans tous les cas mentionnés précédemment, nous observons un modèle de référence à des animaux qui sont pour la plupart craints, tels que les serpents, les rats et les lézards. C'était cette altérisation, ce blâme des autres comme des entités jetables et moins que humaines, qui a à la fois rendu possible et accéléré le développement de tendances génocidaires. Les *untermenschen* pour les nazis n'étaient pas une description pour décrire ceux qui étaient comme des entités subhumaines, mais pour décrire ceux qui étaient subhumains. Le procureur principal Telford Taylor de 1946
Rosenberg’s work formed an image of the Jewish person as a “parasite”, defining them as an ‘anti-race’ who were not fully human and could not be part of a German or even global social identity. Jews were furthermore devoid, he argued, of a metaphysical and cultural dimension and could not be prescribed to a human race, rendering them instead animal-like. Jews were henceforth often compared to rats in Nazi propaganda - including art pieces, posters, speeches and films. The same kinds of animalistic imagery were prevalent in Rwanda when Tutsis were called “cockroaches” and so too were black slaves in the Americas, viewed as subhuman animals. Interestingly, in all the aforementioned instances, we observe a pattern of referencing animals that are mostly feared, such as snakes, rats and lizards. It was this Othering, such a castigating of others as disposable and less-than-human entities that both made possible and accelerated the development of genocidal tendencies. The untermenschen for the Nazis was not a description to describe those who were like subhuman entities, but to describe those who were subhuman. Principal prosecutor Telford Taylor of the 1946
Le procès des médecins de Nuremberg s'est ouvert par cette déclaration :
Nuremburg doctors’ trial opened with this statement:
« Les prévenus dans cette affaire sont accusés de meurtres, de tortures et d'autres atrocités commises au nom de la science médicale. Les victimes de ces crimes se comptent par centaines de milliers. Seule une poignée est encore en vie ; quelques-uns des survivants comparaîtront dans cette salle d'audience. Mais la plupart de ces misérables victimes ont été massacrées purement et simplement ou sont mortes au cours des tortures auxquelles elles ont été soumises... Pour leurs meurtriers, ces malheureux n'étaient pas du tout des individus. Ils arrivaient en lots de gros et étaient traités pire que des animaux. »65
“The defendants in this case are charged with murders, tortures and other atrocities committed in the name of medical science. The victims of these crimes are numbered in the hundreds of thousands. A handful only are still alive; a few of the survivors will appear in this courtroom. But most of these miserable victims were slaughtered outright or died in the course of the tortures to which they were subjected ... To their murderers, these wretched people were not individuals at all. They came in wholesale lots and were treated worse than animals.”65
Les deux dernières phrases s'attaquent à la politique horrible de déshumanisation des Juifs par les nazis durant l'Holocauste. Un programme d'extermination aussi sophistiqué ne peut cependant être expliqué de manière adéquate en quelques mots ou en se référant à un seul architecte. C'est un changement de pensée à l'échelle industrielle qui fixe l'ordre du jour de l'action, et la conception de l'être humain comme étant moins qu'humain qui a ouvert la voie aux atrocités indicibles que Taylor a décrites. Une fois que les Juifs et les Tsiganes sont devenus, dans l'esprit du public, les *untermenschen*, et ainsi exclus du système normal de droits moraux qui lient les humains entre eux. Les gens avaient été conditionnés à penser que les Juifs et les Tsiganes n'étaient plus des humains, mais des rats infectés dont l'élimination était une nécessité sociale.
The last two sentences strike at the horrific policy of Nazi dehumanisation of Jews in the Holocaust. Such a sophisticated program of extermination cannot however be adequately explained in a few words or with reference to a single architect. It is a changed thinking on an industrial scale that sets the agenda for action, and the thinking of humans as less than human that paved the way for the unspeakable atrocities that Taylor described. Once the Jews and Gypsies became, in the public mind, the untermenschen, and thus excluded from the normal system of moral rights that bind humans together. People had been conditioned to think that Jews and Gypsies were no longer human but infected rats whose disposal was a social necessity.
À la lumière de ce qui précède, il est très important pour le musulman d'avoir une bonne compréhension historique des peuples avec lesquels il ou elle interagit. La connaissance d'événements ayant une immense importance socio-historique pour les peuples peut ouvrir des voies à l'empathie et à une meilleure compréhension. Nos contextes historiques ont une influence évidente sur nos attitudes envers le monde et envers les autres ; ils font partie de notre caractère et de notre personnalité. Comprendre la douleur que d'autres ont endurée peut mieux faciliter la prise de perspective et favoriser l'appréciation. On a beaucoup appris des procès de Nuremberg sur la psychologie de l'altérisation et de la déshumanisation des victimes de l'Holocauste, ainsi que sur la psychologie des auteurs. L'abus flagrant de pouvoir se reflète dans les témoignages des auteurs nazis qui avaient insisté sur une politique de dévalorisation des Juifs en tant que question de politique sociale. Leur dégradation était une composante fondamentale de ce qui commença par l'intolérance et l'abus pour devenir une altérisation généralisée, culminant dans leur meurtre de masse.
In light of the above, it is very important for the Muslim to have a good historical understanding of the peoples with who he or she engages. Knowing of events that have immense socio-historical importance for people can open avenues for empathy and better understanding. Our historical contexts have an obvious bearing on our attitudes towards the world and towards others; they form part of our characters and personalities. Understanding the pain that others have endured can better facilitate perspective taking and harness appreciation. Much was learnt from the Nuremburg Trials about the psychology of Othering and dehumanising of the Holocaust victims, as well as the psychology of the perpetrators. The gross abuse of power is reflected in the testimonies of Nazi perpetrators who had insisted on a policy of debasing Jews as a matter of social policy. Their degrading was a fundamental component of eliciting what began as intolerance and abuse into a widespread othering, culminating in their mass murder.
Lors des procès, Gitta Sereny a demandé à Stangl : « s'ils allaient de toute façon les tuer, quel était l'intérêt de toute cette humiliation, pourquoi cette cruauté ? » Stangl a répondu : « Pour conditionner ceux qui devaient réellement mettre en œuvre les politiques. Pour leur rendre possible ce qu'ils ont fait. »66
In the trials, Gitta Sereny asked Stangl, “if they were going to kill them anyway, what was the point of all the humiliation, why the cruelty?” Stangl replied, “To condition those who actually had to carry out the policies. To make it possible for them to do what they did.”66
Ce que les gardes nazis ont révélé, c'est que l'identité humaine de leurs victimes devait être effacée. Elles devaient devenir « inhumaines », « animales », et leur comportement devait correspondre à la caricature qu'ils avaient promulguée dans leur environnement social – dans les médias, dans les écoles et parmi la population civile. Ce que cette politique révèle de plus, c'est l'horreur naturelle et innée du meurtre. Il n'était pas si facile de commettre des meurtres à une échelle aussi industrielle, et l'esprit devait donc être programmé, conditionné pour croire que le canon ne pointe que vers un rongeur, un nuisible, et non vers un être humain égal.
What the Nazi guards revealed was that the human identity of their victims needed to be effaced. They needed to become ‘unhuman’, ‘animal-like’ and their behaviour needed to fit the caricature they had promulgated in their social environment – in the media, in schools and among the lay population. What the policy further reveals is the natural, innate abhorrence to murder. It was not so easy to commit murder on such an industrial scale and so the mind had to be programmed, conditioned to believe that the barrel points only at a rodent, a pest and not at an equal human being.
Il est essentiel pour le musulman d'être conscient des contextes plus larges de l'histoire humaine, de savoir quand et où faire preuve de sensibilité et comment comprendre un contexte spécifique à la lumière de ses résonances plus vastes. Il est assez facile, dans n'importe quel contexte relationnel, y compris celui entre musulmans, de parfois aller au-delà de ce qui est requis et de franchir les limites de ce qui est décent et acceptable. En échouant à faire des distinctions entre les personnes, nous pouvons courir le risque de les caricaturer complètement et de manière très générale, au point de voir les autres comme intrinsèquement et de façon permanente comme l'« Autre », malgré leur appartenance à la même foi. Avec un tel état d'esprit, l'engagement avec les autres est problématisé puisque nous tombons dans le même problème que celui que les autres ont envers les musulmans — celui de voir les autres tels qu'ils ont été endoctrinés et conditionnés à nous voir.
It is essential for the Muslim to be aware of the broader contexts of human history, to know when and where to be sensitive and how to understand a specific context in light of its broader resonances. It is quite easy, in any relational context, including one between Muslims, to sometimes go beyond what is required and to overstep the boundaries of what is decent and acceptable. In our failing to make distinctions between people, we can run the risk of caricaturing them completely and in very general terms to the point where we see others as inherently and permanently Othered despite belonging to the same faith. With such a frame of mind, engaging with others is problematised since we fall into the same problem that others have of Muslims - of seeing others as they have been indoctrinated and conditioned to see us.
L'histoire des deux fils d'Adam est révélatrice non seulement de ce qu'elle décrit concernant l'impulsion qui pourrait pousser une personne au meurtre, mais aussi de ce que ce meurtrier peut ressentir, de ce que la conscience exprime au moment où le crime est commis. L'étude de Milgram et son ouvrage *Obedience to Authority* nous permettent de bien comprendre la relation entre la commission d'actes de mal et l'obéissance, ainsi que la relation entre la commission d'actes de cruauté et l'indifférence. L'un des participants aux études sur l'obéissance de Milgram s'est souvenu : « C'est drôle de voir comment on commence vraiment à oublier qu'il y a un homme là-bas, même si on peut l'entendre. Pendant longtemps, je me suis contenté de me concentrer sur l'action d'appuyer sur les interrupteurs et de lire les mots. »67
The story of the two sons of Adam is revealing not only for what it describes of the impulse that might drive a person to murder, but also about what that murderer can feel, what the conscience speaks as the crime is committed. Milgram’s study and work Obedience to Authority provides us with a good understanding of the relationship between committing acts of evil and of obedience, as well as the relationship between the committing of acts of cruelty and of indifference. One of the participants in Milgram’s obedience studies recalled: “It’s funny how you really begin to forget that there’s a guy out there, even though you can hear him. For a long time, I just concentrated on pressing the switches and reading the words.”67
Le champ cognitif entre l'auteur et sa victime est rétréci, de sorte que les sentiments de détachement et d'indifférence permettent à l'acte de paraître moins odieux et plus acceptable.
The cognitive field between the perpetrator and his victim is narrowed and so feelings of detachment and indifference enable the act to appear less heinous and more acceptable.
À l'inverse, lorsqu'il existe une proximité entre la victime et l'auteur, ce dernier est plus conscient des codes humains de reconnaissabilité – la douleur, le sang, le malaise et les sentiments de peur. Il peut voir et observer sa victime et, en elle, il peut commencer à identifier certains aspects de lui-même – le terreau de l'empathie. Cela est repris par le Colonel Barry Bridges dans l'affirmation suivante :
Contrastingly, when there is proximity between victim and perpetrator the latter is more conscious of human codes of recognisability – pain, blood, unease, and feelings of fear. He can see and observe his victim and in him he can begin to relate to some of himself – the breeding ground of empathy. This is echoed by Colonel Barry Bridges in the following statement:
« Je ferais une distinction entre le fait d'être un aviateur de combat et le fait d'être quelqu'un qui combat l'ennemi face à face au sol. Dans l'environnement aérien, c'est très clinique, très propre, et ce n'est pas si personnalisé. Vous voyez un avion ; vous voyez une cible au sol – vous n'êtes pas œil dans l'œil avec la sueur et les émotions du combat, et ainsi cela ne devient pas si émotionnel pour vous et donc si personnalisé. Et je pense que c'est plus facile à faire dans ce sens – vous n'êtes pas affecté. »68 (Colonel Barry Bridges de l'U.S. Air Force)
“I would draw one distinction between being a combat aviator and being someone who is fighting the enemy face-to-face on the ground. In the air environment, it’s very clinical, very clean, and it’s not so personalized. You see an aircraft; you see a target on the ground – you’re not eyeball to eyeball with the sweat and the emotions of combat, and so it doesn’t become so emotional for you and so personalised. And I think it is easier to do in that sense – you’re not affected.”68 (Colonel Barry Bridges of the U.S. Air Force)
En relation avec ce qu'un auteur pourrait ressentir lorsque de tels crimes sont commis par proximité et l'impact que cela a sur la conscience humaine, Christopher Browning explore, dans son étude très révélatrice sur ce qui a changé chez les Allemands ordinaires qui ont permis la Shoah, *Ordinary Men: Reserve Police Battalion 101 and the Final Solution in Poland* (London, 1992). Qu'est-ce qui a changé dans le cœur de dizaines de milliers de soldats et de policiers ordinaires, d'hommes d'affaires, de chauffeurs de camion, d'écrivains et d'enseignants, dont seule une minorité était membre du parti nazi ? Ces personnes qui ont rassemblé et exécuté méthodiquement des millions de Juifs ? Browning décrit le rassemblement de 1 800 Juifs dans le village de Józefów, dans l'est de la Pologne centrale. Lors de l'opération, les Juifs en âge de travailler devaient être envoyés dans un camp à Lublin, tandis que les femmes, les enfants et les personnes âgées devaient être fusillés sur place. Beaucoup ont refusé l'ordre ce jour-là. Le lieutenant Heinz Buchmann en faisait partie. Il avait rejoint les nazis en 1937 et, en 1942, était commandant du premier peloton de la première compagnie. En apprenant le massacre imminent de civils, Buchmann a protesté en affirmant qu'il « ne participerait en aucun cas à une telle action, dans laquelle des femmes et des enfants sans défense sont fusillés ».69
In relation to what a perpetrator might feel when such crimes are committed from proximity and the bearing this has on a human conscience, Christopher Browning explores in his very revealing study about what changed in the ordinary Germans who made the Holocaust happen, Ordinary Men: Reserve Police Battalion 101 and the Final Solution in Poland (London, 1992). What changed in the hearts of tens of thousands of ordinary soldiers and policemen, businessmen, truck drivers, writers and teachers, only a minority of who were members of the Nazi party? These people who rounded up and methodically executed millions of Jews? Browning describes the rounding up of 1,800 Jews in the village of Józefów, east-central Poland. In the operation, Jews of working age were to be sent to a camp in Lublin whilst the women, children and elderly were to be shot on the spot. Many refused the order that day. Lieutenant Heinz Buchmann was one of them. He had joined the Nazis in 1937 and by 1942 was commander of the First Platoon of First Company. When hearing of the impending massacre of civilians, Buchmann protested that he “would in no case participate in such an action, in which defenceless women and children are shot.”69
Une dizaine à douze autres hommes braquèrent également leurs fusils, soit une douzaine d'hommes sur 500. Les ordres ce jour-là étaient de tirer sur ceux trop faibles pour marcher jusqu'au marché et sur quiconque tentait de se cacher, bien que dans de nombreux cas, les hommes aient hésité à tirer sur des nourrissons durant l'opération. Alerte à l'horreur de la scène et à la culpabilité émotionnelle, un policier a déclaré que « ...parmi les Juifs fusillés dans notre secteur de la ville, il n'y avait ni nourrissons ni jeunes enfants. J'aimerais dire que, presque tacitement, tout le monde s'est abstenu de tirer sur les nourrissons et les jeunes enfants. » Un autre policier a également noté que « ...tacitement, la fusillade de nourrissons et de jeunes enfants a été évitée par presque tous les hommes impliqués. Durant toute la matinée, j'ai pu observer que, lorsqu'elles étaient emmenées, beaucoup de femmes portaient des nourrissons dans leurs bras et menaient de jeunes enfants par la main. »70
Some ten to twelve other men also turned in their rifles, a dozen men out of 500. The orders that day were to shoot those too frail to walk to the marketplace and anyone trying to hide, though in many cases men shied from shooting infants during the operation. Alert to the ghastliness of the scene and emotional guilt, one policeman said that “…among the Jews shot in our section of town there were no infants or small children. I would like to say that almost tacitly everyone refrained from shooting infants and small children.” Another policeman likewise noted that “…tacitly the shooting of infants and small children was avoided by almost all the men involved. During the entire morning I was able to observe that when being taken away many women carried infants in their arms and led small children by the hand.”70
Un policier a avoué avoir constaté qu'aucune des victimes – femmes, personnes âgées, malades, nourrissons – ne rentrerait vivante chez elle ce jour-là. Les hommes n'interviennent pas. Certains ont toutefois regretté de ne pas avoir refusé plus tôt, qualifiant les massacres de « répugnants ».⁷¹ Certains ont plaidé qu'ils étaient eux aussi des pères avec des enfants et qu'ils étaient incapables de continuer. Il y en avait d'autres encore qui ont cherché l'évasion ce jour-là. Des sous-officiers armés de mitraillettes étaient connus pour avoir « tiré à côté » de leurs victimes.⁷² Pendant l'opération, d'autres hommes se sont cachés dans le jardin d'un prêtre catholique, d'autres ont traîné autour d'un marché, en raison de leur réticence à rassembler les Juifs ; d'autres ont retardé leur participation en passant du temps supplémentaire à fouiller les maisons afin de pouvoir éviter les marchés dans lesquels ils auraient dû participer aux pelotons d'exécution. Un chauffeur chargé d'emmener les Juifs dans la forêt n'a effectué qu'un seul trajet avant de demander à être remplacé. De nombreux hommes se sont plaints ce jour-là de ne pas pouvoir tirer sur des femmes et des enfants, et par conséquent, beaucoup ont été déchargés de l'opération. Un soldat, Walter Niehaus, a reçu l'ordre de tirer sur une femme âgée et a été incapable de continuer après son meurtre : « mes nerfs étaient totalement épuisés par ce tir ». D'autres ont dénoncé : « J'étais devenu si malade que je ne pouvais tout simplement plus continuer » ; « toute cette affaire était devenue si répugnante pour moi que je suis retourné voir mon chef de peloton pour lui dire que j'étais malade et lui demander d'être libéré ».73
One policeman confessed to finding that none of the victims – women, elderly, sick, infants, would return home alive that day. The men did not intervene. Some however regretted not having refused earlier, describing the killings as “repugnant.”71 Some pleaded they too were fathers with children and were unable to continue. There were others still who sought evasion on that day. Non-commissioned officers armed with submachine guns were known to have “shot past” their victims.72 During the operation, other men hid in a Catholic priest’s garden, others hung around a marketplace, because of their reluctance to round up Jews; others delayed their participation by spending additional time in the searching of houses so they could avoid the marketplaces in which they would participate in the firing squads. A driver assigned to take Jews to the forest made only one trip before he asked to be relieved. Many men complained that day that they could not shoot at women and children, and consequently many were relieved from the operation. One soldier, Walter Niehaus was instructed to shoot an elderly woman and was unable to continue after her murder, “my nerves were totally finished from this one shooting.” Others decried, “I had become so sick that I simply couldn’t anymore”; “the entire business was now so repugnant to me that I returned to my platoon leader and told him that I was sick and asked for my release.”73
L'un des récits les plus évocateurs cités par Browning décrit Franz Kastenbaum qui a avoué plus tard sa participation condamnable au Bataillon de la police de réserve 101 :
One of the most evocative accounts cited by Browning describes Franz Kastenbaum who confessed later to his damning participation with Reserve Police Batallion 101:
« Le fait de tirer sur ces hommes m'était si répugnant que j'ai manqué le quatrième homme. Il ne m'était tout simplement plus possible de viser avec précision. J'ai soudainement eu des nausées et je me suis enfui du lieu de la fusillade. Je me suis mal exprimé à l'instant. Ce n'était pas que je ne pouvais plus viser avec précision, mais plutôt que la quatrième fois, j'ai manqué intentionnellement. Je me suis ensuite précipité dans les bois, j'ai vomi et je me suis assis contre un arbre. Pour m'assurer que personne ne se trouvait à proximité, j'ai appelé bruyamment dans les bois, car je voulais être seul. Aujourd'hui, je peux dire que mes nerfs étaient totalement épuisés. Je pense être resté seul dans les bois pendant environ deux ou trois heures. »74
“The shooting of the men was so repugnant to me that I missed the fourth man. It was simply no longer possible for me to aim accurately. I suddenly felt nauseous and ran away from the shooting site. I have expressed myself incorrectly just now. It was not that I could no longer aim accurately, rather that the fourth time I intentionally missed. I then ran into the woods, vomited, and sat down against a tree. To make sure that no one was nearby, I called loudly into the woods, because I wanted to be alone. Today I can say that my nerves were totally finished. I think that I remained alone in the woods for some two or three hours.”74
64 A. Rosenberg, Race and Race History, op. cit., 33 f. Mythus, op. cit., 1 f.
64 A. Rosenberg, Race and Race History, op. cit., 33 f. Mythus, op. cit., 1 f.
65 https://www.ushmm.org/information/exhibitions/online-exhibitions/special-focus/doctors-trial/opening-statement.
65 https://www.ushmm.org/information/exhibitions/online-exhibitions/special-focus/doctors-trial/opening-statement.
66 Gitta Sereny, Into That Darkness: From Mercy Killings to Mass Murder (Pimlico, London: 1974), p. 101.
66 Gitta Sereny, Into That Darkness: From Mercy Killings to Mass Murder (Pimlico, London: 1974), p. 101.
67 S. Milgram, Obedience to Authority (London, Printer & Martin Ltd: 2013), p. 39.
67 S. Milgram, Obedience to Authority (London, Printer & Martin Ltd: 2013), p. 39.
68 D. Grossman, On Killing: The Psychological Costs of Learning to Kill in War and Society (New York, Back Bay Books:
68 D. Grossman, On Killing: The Psychological Costs of Learning to Kill in War and Society (New York, Back Bay Books:
2009), p 110.
2009), p 110.
69 Christopher Browning, Ordinary Men: Reserve Police Battalion 101 and the Final Solution in Poland (London, 1992), p.
69 Christopher Browning, Ordinary Men: Reserve Police Battalion 101 and the Final Solution in Poland (London, 1992), p.
56.
56.
70 Ibid, p. 59.
70 Ibid, p. 59.
71 Ibid, p. 69.
71 Ibid, p. 69.
72 Ibid, p. 62.
72 Ibid, p. 62.
73 Ibid, p. 67.
73 Ibid, p. 67.
74 Ibid, pp. 68-69.
74 Ibid, pp. 68-69.