1.5.1 Économie virtuelle
1.5.1 Virtual Economy
Avant de décrire les aspects de l'économie virtuelle, permettez-moi de tracer un concept parallèle qui existe dans les systèmes informatiques. L'analogie aide à comprendre l'ampleur et l'importance du problème.
Before describing the aspects of the virtual economy, let me draw a parallel concept which exists in computer systems. Analogy helps understand the scope and the significance of the problem.
Aux premiers jours des systèmes informatiques, les dispositifs de mémoire étaient très coûteux et leurs capacités étaient relativement faibles. Par exemple, 1 mégaoctet de mémoire (RAM) coûtait plus de 10 000 $ ! Il était presque impossible de construire un système informatique doté, par exemple, de 100 mégaoctets (la mémoire coûterait alors plus d'un million de dollars). Les architectes ingénieux des systèmes informatiques ont inventé la notion de mémoire virtuelle. L'idée était de créer l'illusion que la mémoire était virtuellement grande (disons 100 gigaoctets). Cette illusion est rendue possible par l'utilisation de l'espace de stockage relativement peu coûteux et de grande capacité fourni par le disque dur.
In the earlier days of computer systems, memory devices were very expensive and their sizes were relatively small. For example, 1 megabyte of memory (RAM) cost more than $10,000! It was almost impossible to build a computer system with say 100 megabytes (memory would cost more than $1 million). The smart architects of computer systems invented the notion of virtual memory. The idea was to create the illusion that the memory was virtually large (say 100 gigabytes). The illusion is made possible by using the relatively inexpensive and large storage provided by hard disk space.
Le concept de mémoire virtuelle repose sur l'hypothèse que les programmes utilisateur n'ont pas besoin de résider en permanence dans la mémoire réelle principale (coûteuse). Une petite partie du programme résidera dans la mémoire principale, tandis que le reste du programme et ses données résideront sur l'espace disque, peu coûteux mais vaste. Au fil du temps, des morceaux du programme et des données seront échangés de l'aller-retour entre la mémoire et le disque. L'utilisateur ne saura jamais que la mémoire est trop petite pour contenir son programme. Pour l'utilisateur, la mémoire a une taille virtuellement grande. Elle est satisfaite et peut exécuter des programmes plus volumineux en utilisant une mémoire réelle bien plus petite ; c'est une illusion, mais une belle illusion. Bien entendu, le système informatique peut planter lorsqu'un programme gourmand commence à utiliser plus de mémoire réelle que le système n'en possède réellement. Ce concept est connu des architectes informatiques sous le nom de « thrashing » (écroulement par excès de pagination) ; ils en sont parfaitement conscients et ont élaboré différentes manières de faire face à ce problème ou de l'empêcher totalement. Maintenant, où se trouve l'analogie dans le système économique ?
The concept of virtual memory works under the assumption that user programs do not need to reside in the main (expensive) real memory all the time. A small portion of the program will reside in main memory, while the rest of the program and its data reside on the cheap but large disk space. Over time, pieces of the program and data will be swapped back and forth between the memory and the disk. The user will never know that the memory is too small to hold her program. For the user, the memory has a virtually large size. She is happy and can execute larger programs using much smaller real memory; it is an illusion, but a nice one. Of course the computer system may crash when a greedy program begins to use more real memory than the system actually has. This concept is known for computer architects as thrashing and they are well aware of it and have come up with different ways to cope with it or prevent it altogether. Now, where is the analogy in the economic system?
L'analogie économique et financière la plus simple au concept de mémoire virtuelle est le système de carte de crédit. Prenons l'exemple d'une famille ayant un revenu mensuel de 3 000 $. La famille paie 2 500 $ comme paiement minimum sur le solde de sa dette, qui pourrait s'élever à 360 000 $, incluant les paiements pour une maison, deux voitures et les achats de vacances. La richesse réelle effective de la famille est de 36 000 $ par an (36 mégaoctets dans l'analogie informatique) ; cela équivaut à 360 000 $ sur dix ans (similaire à 360 mégaoctets de stockage virtuel). Au lieu d'utiliser la richesse réelle de 36 000 $ par an, la famille utilise la richesse étendue (virtuelle) de dix ans (360 000 $). En réalité, les 360 000 $ n'existent pas au moment où la famille commence à utiliser cet argent virtuel important.
The simplest financial economic analogy to the virtual memory concept is the credit card system. Take the example of a family with a monthly income of $3,000. The family pays $2,500 as a minimum payment on their debt balance, which could be $360,000 including the payments on a house, two cars, and holiday shopping. The actual real wealth of the family is $36,000 a year (36 megabytes in computer analogy); this amounts to $360,000 over ten years (similar to 360 megabytes of virtual storage). Instead of using the real wealth of $36,000 a year, the family uses the extended (virtual) wealth of ten years ($360,000). In reality, the $360,000 does not exist at the time when the family begins to use this large virtual money.
La banque soutenue par la Federal Reserve intervient et alloue cette somme importante d'argent dans l'anticipation que cet argent sera réellement généré au fil du temps. Si tout se passe bien, la famille continue de gagner 3 000 $ par mois et continue d'effectuer ses paiements minimaux ; alors tout se déroule sans accroc et la différence entre ce qui est virtuel et ce qui est réel ne fera pas surface pour causer de problème. La famille continue de vivre heureuse avec l'illusion d'une richesse virtuelle de 360 000 $.
The bank supported by the Federal Reserve steps in and allocates the large amount of money in anticipation that this money will actually be generated over time. If all goes well, the family continues to earn $3,000 a month and continues to pay their minimum payments; then everything goes smooth and the difference between what is virtual and what is real will not surface to cause any problem. The family continues to happily live with the illusion of $360,000 virtual wealth.
Mais lorsque quelque chose tourne mal, comme le licenciement du membre actif de la famille, ce qui n'est pas rare, ou qu'un problème de santé grave survient et consomme plus d'argent que ce que la compagnie d'assurance verse, entraînant ainsi davantage de dettes de santé, ou pour toute autre raison, alors un déchaînement se produit. La capacité virtuelle de la famille s'évapore, et les actifs acquis avec la mémoire virtuelle peuvent également disparaître. En fait, l'effondrement de la richesse virtuelle de la famille peut affecter la richesse réelle absolue de la famille, telle qu'une terre possédée par héritage ! Ce type de scénario se produit tout le temps, et nous connaissons tous de nombreux exemples de la vie réelle. Un exemple frappant, qui a été rapporté dans les médias, est le cas du milliardaire Donald Trump. Il a l'habitude de diriger des projets s'élevant à des milliards de dollars, et lorsqu'il ne parvient pas à répondre aux exigences des créanciers, il dépose le bilan135.
But when something goes wrong, such as a layoff of the working member of the family, which is not uncommon, or a serious health condition occurs and consumes more money than what the insurance company pays resulting on more healthcare debt, or any other reason, then thrashing will take place. The virtual capacity of the family evaporates, and the assets acquired with virtual memory may also vanish. In fact, the collapse of the virtual wealth of the family may affect the absolute real wealth of the family, such as a land owned through inheritance! This type of scenario occurs all the time, and we all know many real-life examples. One outstanding example, which was reported in the media, is the case of the billionaire Donald Trump. He is used to running projects sizing in billions of dollars, and when he fails to meet the demands of the creditors, he files for bankruptcy135.
La figure 22 montre la croissance de la richesse virtuelle (proportionnelle à la dette), tandis que la richesse réelle (proportionnelle au revenu) est restée presque stable pendant plus de treize ans. Notez comment la dette liée au logement est passée de 120 000 $ à 183 000 $ par famille, alors que le revenu correspondant est resté inchangé au cours de la même période.
Figure 22 shows the growth of the virtual wealth (proportional to the debt), while the real wealth (proportional to income) remained almost steady for more than thirteen years. Note how the home-related debt has increased from $120,000 to $183,000 per family while the corresponding income remained unchanged over the same period.
À l'échelle plus large de l'économie, où les entreprises, les usines et tous les types d'entreprises interagissent et fonctionnent, le concept de richesse virtuelle est similaire aux exemples ci-dessus mais à une échelle beaucoup plus vaste. Au fil des ans, l'économie virtuelle sous le capitalisme est devenue la partie la plus dominante de l'économie, ce qui a presque totalement masqué l'économie réelle. En fait, l'économie virtuelle est devenue si prédominante que le leadership politique met en garde contre la possibilité de faire chuter l'économie des valeurs virtuelles vers ses valeurs plus réelles.
At the larger scale of the economy, where corporations, factories, and all types of enterprises interact and function, the concept of virtual wealth is similar to the examples above but much larger in scale. Over the years, the virtual economy under capitalism became the most dominant part of the economy which has almost totally masked the real economy. In fact, the virtual economy has become so prominent that the political leadership warns against the possibility of pushing the economy down from the virtual values to its more real values.
Dans une déclaration faite à un comité du Congrès le 3 avril 2008, le chef de la Fed Reserve Bernanke a déclaré99,
In a statement made to a congressional committee on April 3, 2008, the Fed Reserve chief Bernanke said99,
Si Bear Stearns avait été autorisé à faire faillite, cela aurait entraîné un débouclage chaotique des investissements de Bear Stearns détenus par des particuliers et d'autres institutions financières. De plus, l'impact défavorable d'un défaut de paiement ne se serait pas limité au système financier, mais se serait fait sentir largement dans l'économie réelle à travers ses effets sur la valeur des actifs et la disponibilité du crédit.
If Bear Stearns had been allowed to fail, it would have led to a chaotic unwinding of Bear Stearns investments held by individuals and other financial institutions. Moreover, the adverse impact of a default would not have been confined to the financial system but would have been felt broadly in the real economy through its effects on asset values and credit availability.
Notez comment Bernanke fait allusion à la protection de l'économie réelle comme l'objectif cité pour protéger Bear Stearns de la faillite.
Note how Bernanke alludes to the protection of the real economy as the objective cited for protecting Bear Stearns from failing.

Dans un article publié par Newsweek, le 11 octobre 2008, Daniel Gross écrit : « En 2002, l'action d'Apple se négociait bien en dessous du niveau de liquidités inscrites à ses bilans, attribuant une valeur de zéro à ses marques et ses produits, contre plusieurs milliards au plus fort du boom. » Notez comment cette déclaration fait référence à l'existence de deux visions de l'économie : une économie réelle qui est reflétée par le niveau de liquidités dans les bilans des entreprises, et une vision gonflée et exagérée qui est reflétée par les valeurs boursières actuelles du marché ; dans ce cas, il a été observé que la valeur virtuelle était inférieure à la valeur réelle.
In an article published by the Newsweek, October 11, 2008, Daniel Gross writes100, “Back in 2002, Apple’s stock was trading far below the level of cash on its books, ascribing a value of zero to its brands and products, compared with several billion at the height of the boom.” Note how the statement refers to the existence of two views of the economy: a real economy which is reflected by the level of cache on corporate books and an inflated, exaggerated view which is reflected in the current stock values of the market; in this case the virtual value was observed to be below the real value.
L'économie virtuelle (EV) est étroitement liée à l'échec du système capitaliste financier tel qu'on l'observe aujourd'hui. L'EV permet à l'économie de paraître bien plus grande que sa taille réelle. Comme dans le cas de la mémoire virtuelle des ordinateurs, l'économie virtuelle repose sur l'hypothèse que l'argent réel ne sera pas sollicité, et qu'il est donc possible de traiter avec une valeur (virtuelle) supposée plus importante pour l'argent.
Virtual economy (VE) is strongly related to the failure of the financial capitalist system as being witnessed today. VE allows the economy to appear much larger than its real size. As in the case of virtual memory computers, virtual economy is based on the assumption that the real money will not be tapped into, and therefore, it is possible to deal with an assumed larger (virtual) value for the money.
Rappelez-vous que l'un des principes fondamentaux du capitalisme est lié à la définition de la valeur des produits. Sous le capitalisme, la valeur d'un produit est une mesure de l'avantage relatif d'un produit donné ou de sa valeur d'échange relative par rapport à l'avantage d'autres choses ; dans le cas où la valeur d'échange est relative à l'argent, la valeur est connue sous le nom de prix. Par conséquent, le fondement du capitalisme permet l'existence d'une valeur relative virtuelle pour les produits au lieu d'une valeur réelle à laquelle les gens peuvent toujours se référer. À ce titre, dans l'économie de marché, il est possible que la valeur d'un segment donné du marché, tel que le pétrole, fluctue entre deux extrêmes sur une courte période. La définition de la valeur sous le capitalisme permet cette fluctuation en fonction des conditions actuelles. Les conditions économiques, politiques et sociales agiraient comme un déclencheur qui provoque la fluctuation des valeurs de divers produits et segments de marché, créant une turbulence qui peut potentiellement causer un effondrement total.
Les marchés boursiers et l'économie virtuelle
Stock Markets and the Virtual Economy
Les activités boursières au début du XXe siècle ont créé un nouveau phénomène dans l'économie, où la richesse associée à la valeur des actions a crû à un taux bien plus élevé que la richesse associée à l'économie réelle. Lorsque la bourse s'est effondrée à New York en octobre 1929, les économistes ont attribué le krach à la grande différence entre les valeurs gonflées des actions et la valeur des actifs réels de l'économie. Bien que les économistes ne s'accordent pas sur la cause du krach boursier de 1929-1932, ils admettent tous que les prix des actions des services publics ont grimpé trop haut.
The stock market activities at the start of the twentieth century created a new phenomenon in the economy, where the wealth associated with stock values grew at much higher rate than the wealth associated with the real economy. When the stock market collapsed in New York in October 1929, the economists attributed the crash to the great difference between the inflated values of stocks and the values of the real assets of the economy. Although economists may not agree on the cause of the 1929-1932 stock market crash, they all admit that the utility stocks prices drove up too high.
Le magazine The Economist a insisté, le 2 novembre 1929, sur le fait que les cours boursiers étaient trop élevés et a écrit134 : « Il y a lieu d'espérer que la déflation du ballon exagéré des valeurs boursières américaines sera pour le bien du monde. » En d'autres termes, les valeurs boursières étaient hautement gonflées. Pour approfondir cette question, il a été constaté que les valeurs boursières sur le marché financier ont augmenté entre 1925 et 1929 de 120 %, tandis que la croissance économique pour la même période n'a pas dépassé 17 % (une moyenne de 3,5 % par an). En 1932, lorsque le marché s'est finalement effondré, il a perdu plus de 90 % de sa valeur. Le marché est revenu à sa valeur réelle qui était manifestement bien inférieure à ce que le marché boursier indiquait (101, 134).
The Economist magazine insisted on November 2, 1929, that the stock prices were too high and wrote134, “There is warrant for hoping that the deflation of the exaggerated balloon of American stock values will be for the good of the world.” In other words, the stock values were highly inflated. To elaborate further on this issue, it was found that the stock values in the financial market increased during the period between 1925 and 1929 by 120%, while the economic growth for the same period has not exceeded 17% (an average of 3.5% per year). In 1932, when the market finally collapsed, it lost over 90% of its value. The market returned to its real value which was obviously much lower than what the stock market indicated (101, 134).
Le président Herbert Hoover a convenu que les prix du marché boursier étaient extraordinairement élevés et qu'ils n'étaient rien d'autre qu'une bulle spéculative causée par les erreurs du Federal Reserve Board. Hoover a expliqué : « L'un de ces nuages était une vague d'optimisme américaine, née du progrès continu au cours de la décennie, que le Federal Reserve Board a transformée en la Mississippi Bubble de la bourse »102. Ainsi, le point de vue commun était que les cours boursiers étaient trop élevés.

Par exemple, supposons que la valeur réelle d'une certaine entreprise équivaut à 10 % de sa valeur virtuelle totale ; cela n'est pas rare dans le domaine de l'économie virtuelle. En pratique, la somme qui peut être convertie en argent réel ne peut excéder 10 % du capital virtuel total représenté par la valeur boursière de l'entreprise ; le reste est égal à rien. Lorsque les détenteurs d'actions de la société (ou actionnaires) remarquent qu'un investisseur majeur commence à vendre ses avoirs (pour les convertir en argent réel), une panique commence à se propager parmi les actionnaires ; ils se précipitent pour vendre leurs avoirs dans l'espoir de réaliser un peu d'argent réel avant que leurs actions ne perdent de la valeur. Un effondrement se produit alors et ramène la valeur virtuelle de l'entreprise à sa valeur de base plus réaliste.
As an example, assume that the real value of some company is equivalent to 10% of its total virtual value; this is not uncommon in the realm of virtual economy world. Practically, the amount that can be turned into real money can be no more than 10% of the total virtual capital given by the stock value of the company; the rest is equal to none. When the owners of the company shares (or stockholders) notice that a major investor begins to sell his possessions (to convert them to real money), a panic among shareholders begin to propagate; they rush to sell their possessions hoping to cache in some real money before their stocks lose value. Then a collapse takes place and brings down the virtual value of the company to its more realistic basic value.
Examinons l'exemple plus en détail en utilisant une analyse et un calcul simples afin de ne pas confondre les lecteurs (figure 23). Supposons qu'il y ait mille actions dans une entreprise. Supposons également que chaque action vaille 100 $. Ainsi, la valeur boursière virtuelle de l'entreprise est de 100 000 $. Pour l'argumentation, supposons que la valeur réelle de l'entreprise, basée sur ses actifs et sa production, est de 10 000 $. En d'autres termes, la valeur réelle de l'entreprise représente 10 % de sa valeur virtuelle. Supposons maintenant qu'un investisseur majeur vende cinquante actions à 100 $ et encaisse 5 000 $. Si le reste des actionnaires commence à vendre ses actions dans l'espoir d'obtenir de l'argent réel de l'entreprise, ils ne pourront obtenir au mieux pas plus de 5 000 $, ce qui correspond à la part restante de la valeur réelle de l'entreprise. Cela se traduit par 5 000/950, soit environ 5,25 $ par action. Maintenant, si une personne de plus parvient à agir plus vite que les autres et vend cinquante actions à, disons, 50 $ et encaisse 2 500 $, alors le reste de la foule devra se partager les neuf cents actions restantes pour pas plus de 2 500 $ ; c'est-à-dire 2,75 $ par action si toutes les actions sont vendues d'un coup. Supposons que deux cents actions supplémentaires soient échangées à 10 $ l'action, ce qui représente 2 000 $. Ce qu'il reste de la valeur de l'entreprise est de 500 $ répartis sur sept cents actions. La valeur boursière de cette entreprise tombera à 0,71 $. Finalement, lorsque les 10 000 $ auront disparu, l'action tombera à zéro. Les actions restantes perdront complètement leur valeur.
Les banques, l'usure et l'économie virtuelle
Banks, Usury, and the Virtual Economy
L'usure (Riba) est la deuxième cause majeure de la création de richesse virtuelle qui fait paraître l'économie beaucoup plus grande qu'elle ne l'est en réalité. L'usure est définie dans le dictionnaire Merriam-Webster comme « le prêt d'argent avec une charge d'intérêt pour son utilisation » ; cela provient du latin médiéval *usuria*, qui signifie intérêt. Une modification a été apportée au sens de l'usure pour indiquer le taux d'intérêt prélevé au-dessus d'un taux prédéterminé. Cette modification a été faite afin de légitimer la perception d'intérêts sur l'argent. Dans la culture et la religion islamiques, le mot usure est associé au mot riba. Le riba provient du mot augmentation. Lorsqu'il est appliqué au concept d'usure, il signifie l'augmentation de l'argent aux dépens de l'argent d'autrui. Cette définition est basée sur le verset coranique :
Usury is the second major cause for the creation of virtual wealth which causes the economy to appear much larger in size than its real value. Usury is defined in Merriam-Webster dictionary as “the lending of money with an interest charge for its use”; this comes from the Medieval Latin usuria, which means interest. A modification was made to the meaning of usury to indicate the interest rate charged above a predetermined rate. This modification was made in order to legitimize the charging of interest on money. In the Islamic culture and religion, the word usury is mapped to the word riba. Riba comes from the word increase. When applied to the concept of usury, it means the increase of money at the expense of the money of other people. This definition is based on the Quranic verse:
Ce [usure-riba] que vous multipliez pour obtenir un accroissement par le biais de l'argent des gens n'aura aucun accroissement auprès d'Allah. (Coran 30:39)
That [usury-riba] which you lay out for increase through the money of other people will have no increase with Allah. (Quran 30:39)
L'usure, ou le taux d'intérêt comme on l'appelle le plus fréquemment, est une pierre angulaire des politiques financières sous le capitalisme. Elle est utilisée par la Réserve fédérale pour ajuster les fluctuations du marché et de l'économie. Pendant une récession, la Banque de la Réserve fédérale réduit le taux d'intérêt (la valeur de l'usure) afin d'encourager l'emprunt et d'augmenter la demande de biens et de services. À l'inverse, elle augmente la valeur de l'usure pour freiner l'inflation lors d'une croissance économique excessive. Le point ici est de comprendre que l'usure dans l'économie politique capitaliste est l'un des outils les plus importants utilisés pour le contrôle des hauts et des bas de l'économie. Peut-être que la caractéristique la plus unique de l'économie capitaliste est l'utilisation généralisée d'institutions financières qui offrent des prêts aux individus, aux entreprises, aux institutions, et même aux gouvernements eux-mêmes.

Le montant et le taux d'argent qui circulent en direction des investisseurs et des clients seront certainement inférieurs au montant et au taux d'argent qui circulent en direction des banques. Au fil du temps, les banques accumulent plus de richesse que la richesse totale collectée par le marché, que ce soit par le biais de prêts bancaires ou par la production de biens et de services. La différence entre la richesse accumulée par les banques et la richesse soutenue par le marché fournit une autre raison aux doubles visions de l'économie : l'économie réelle et l'économie virtuelle. Pour illustrer davantage ce phénomène, considérons les deux cas suivants.
The amount and rate of money which flows in the direction of investors and customers will certainly be less than the amount and rate of money which flows in the direction of the banks. Over time, the banks accumulate more wealth than the total wealth collected by the market either through loans from the banks or through production of goods and services. The difference between the wealth accumulated by the banks and the wealth sustained by the market provides another reason for the dual views of the economy: the real and the virtual. To further illustrate this phenomenon, consider the following two cases.
Considérons le cas du prêt, où la banque accorde un prêt à un investisseur. Supposons que la banque ait accordé un prêt de 100 millions de dollars avec un usure de 5 % pour une durée d'un an. Supposons également que l'inflation durant cette période ait été de 2 % ; la valeur réelle du taux d'intérêt devient 3 % après ajustement à l'inflation. Supposons en outre que l'investisseur qui a emprunté l'argent ait pu utiliser les fonds empruntés pour produire des biens et des services et générer un profit de 2 % à la fin de la période du prêt. Désormais, le montant total d'argent à rembourser à la banque est de 103 millions de dollars, tandis que l'argent réel disponible en raison du prêt, de l'investissement et du profit est de 102 millions de dollars. Cela signifie qu'il y a 1 million de dollars sur le compte bancaire qui ne correspond à aucune valeur réelle sur le terrain. Ce surplus est l'usure ; il représente la croissance pure de l'argent qui ne correspond à aucune croissance de l'économie. L'économie a crû de 2 millions de dollars ; l'argent a crû de 3 millions de dollars. Seuls 2 millions de dollars de la croissance de l'argent correspondent à la croissance de la richesse réelle économique. C'est ce que le Coran désigne comme la croissance de l'argent aux dépens de l'argent d'autrui : « Ce que vous donnez pour obtenir une augmentation [par l'usure-riba] dans la richesse des gens n'augmente point auprès d'Allah » (Coran 30:39).
Consider the loan case, where the bank provides a loan for an investor. Let’s assume that the bank provided a loan of $100 million with 5% usury for one year. Let’s assume also that the inflation during this period was 2%; the actual value of the interest rate becomes 3% after inflation adjustment. Assume further that the investor who borrowed the money was able to use the borrowed money to produce goods and services and generate 2% profit at the end of the loan period. Now the total amount of money to be paid back to the bank is $103 million, while the real available money due to the loan, investment, and profit is $102 million. This means that there is $1million in the bank account which does not correspond to any real value on the ground. This surplus is the usury; it represents the pure growth of money which does not correspond to any growth in the economy. The economy grew by $2 million; the money grew by $3 million. Only $2 million of the money growth corresponds to economic real wealth growth. This is what the Quran refers to as money growth at the expense of other people’s money: “That [usury-riba] which you lay out for increase through the money of other people will have no increase with Allah” (Quran 30:39).

La figure 25 montre comment la Federal Reserve Bank injecte de l'argent dans son propre compte sans tenir compte de la croissance économique sur le terrain107. Les données montrent comment les réserves monétaires ont été multipliées par plus de quatre entre 1994 et 2008 ; la réserve totale de devises et de réserves a doublé en moins de quatre mois après l'effondrement de la banque Lehman Brothers. Les réserves de devises sont passées de 850 milliards de dollars le 10 septembre 2008 à 1 702 milliards de dollars le 31 décembre 2008. Il va sans dire qu'au cours de cette période (112 jours), l'économie n'aurait pas pu croître de 200 %.
Figure 25 shows how the Federal Reserve Bank pumps money into its own account without consideration to the economic growth on the ground107. The data shows how the money reserves multiplied more than four times between 1994 and 2008; the total cache currency and reserves doubled in less than four months after the collapse of the Lehman Brothers Bank. The currency reserves rose from $850 billion on September 10, 2008, to $1,702 billion on December 31, 2008. It is needless to say that during this period (112 days), the economy could not have grown 200%.
La pratique de la Federal Reserve contribue à l'explosion de la richesse virtuelle au lieu de s'efforcer de la contrôler. Au lieu de contenir le phénomène de croissance de la richesse virtuelle aux dépens de la croissance de l'économie réelle, la Fed l'aggrave.
The practice of the Federal Reserve contributes to the explosion of virtual wealth instead of working to control it. Instead of containing the phenomenon of virtual wealth growth at the expense of real economy growth, the Fed aggravates it.
À l'échelle mondiale, la dette des États et des gouvernements portant intérêt est choquante. Le montant total des dettes de soixante pays a dépassé les 65 billions de dollars à la fin de 2008112. Les intérêts payés sur cette dette dépassent les 3 billions de dollars par an ; ces intérêts à eux seuls représentent plus que la somme d'argent nécessaire pour sortir le monde de la profonde récession dans laquelle il a plongé.
Worldwide, the interest baring debt of states and governments is shocking. The total amount of debts for sixty countries exceeded $65 trillion at the end of 2008112. The interest paid on this debt exceeds $3 trillion a year; this interest alone is more than the amount of money required to pull the world out of the deep recession it plunged in.
Au niveau mondial, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM) exercent un rôle similaire à celui joué par la Réserve fédérale aux États-Unis. Le FMI et la BM accordent des prêts avec intérêts à presque tous les pays du monde ; le FMI et la BM imposent à nombre de leurs emprunteurs des conditions qui impactent la croissance économique réelle de chaque pays ainsi que les réserves et les valeurs de change. La dette extérieure envers le FMI des vingt-cinq pays les plus pauvres a atteint 129,3 milliards de dollars à la fin de 2008.
L'étalon Or/Argent et l'économie virtuelle
Gold/Silver Standard and the Virtual Economy
L'étalon-or/argent fait référence au système monétaire dans lequel la monnaie d'une nation est adossée à un métal précieux tel que l'or et/ou l'argent. Lorsque la monnaie, telle que le dollar, est adossée à l'or ou à l'argent, il serait presque impossible de faire croître les finances du pays jusqu'à des limites si élevées que le pays risquerait l'épuisement de ses réserves d'or ou d'argent. L'économie virtuelle, qui prospère dans le monde du capitalisme aujourd'hui, n'aurait pu devenir une réalité si la monnaie principale (par exemple, le dollar américain) était restée liée à l'étalon-or.
Gold/silver standard refers to the monetary system where the currency of a nation is backed by a precious metal such as the gold and/or silver. When the currency such as the dollar is backed by gold or silver, it would be almost impossible to grow the finances of the country to such high limits where the country risks the depletion of its gold or silver reserves. The virtual economy, which thrives in the world of capitalism today, could not have become a reality, if main currency (e.g. US dollar) remained linked to the gold standard.
Jusqu'à la Première Guerre mondiale, l'or régnait en tant qu'étalon monétaire de tous les principaux pays commerciaux du monde. Chaque pays indexait sa monnaie sur l'or à un taux constant et immuable. Sous l'étalon-or, les systèmes monétaires internationaux ont connu une période de stabilité et de prospérité sans précédent. En substance, l'étalon-or assurait une discipline monétaire. La quantité de monnaie qu'un pays pouvait imprimer était limitée par la quantité d'or dans ses réserves, car les pays pouvaient être confrontés à l'obligation de convertir leur monnaie en or. Les taux de change entre les monnaies de différentes nations restaient assez constants dans le système classique de l'étalon-or.
Until World War I, gold ruled as the monetary standard of all the major trading countries in the world. Each country pegged its currency to gold at a constant and unchanging rate. Under the gold standard, the international monetary systems enjoyed a period of unprecedented stability and prosperity. In essence, the gold standard provided monetary discipline. The amount of currency a country could print was limited by the amount of gold in their reserves, because countries could have faced the requirement to convert their money to gold. Exchange rates between currencies of different nations remain fairly constant in the classical gold system.
L'ère de l'étalon-or fut brusquement interrompue lors de la Première Guerre mondiale. Les pays en guerre décidèrent d'imprimer de la monnaie sans la garantir par de l'or afin de financer les coûts extrêmement élevés de la guerre. Une quantité énorme de liquidités fut injectée dans les marchés sans garantie solide pour la monnaie, donnant lieu à une inflation élevée. Cette situation se poursuivit tout au long de la guerre et au-delà. L'Allemagne dut rembourser 132 milliards de marks dans le cadre d'un plan de réparations et fut tenue de garantir ce montant par de l'or. Évidemment, cette exigence n'avait pas pu être satisfaite par l'Allemagne ; l'Allemagne ne pouvait pas dépenser son or pour payer des crimes de guerre. Les alliés européens avaient emprunté trop d'argent aux États-Unis, qui exigèrent le remboursement de leurs prêts. L'incapacité de l'Allemagne à se conformer au plan de réparations de l'après-guerre et l'échec des pays alliés à remplir leurs obligations de prêt envers les États-Unis constituèrent un prétexte pour la Seconde Guerre mondiale.

Le choix entre deux formes d'économie se trouvait entre les mains des décideurs de la politique financière des États-Unis. Une économie réelle soutenue par des monnaies basées sur l'or, qui croît lentement mais sûrement. Ou une économie virtuelle caractérisée par des monnaies de papier pur (puis numériques) sans aucun soutien par un quelconque métal précieux, l'or ou l'argent. L'option de l'économie virtuelle permet une liquidité virtuellement importante, permet une croissance de la richesse sans précédent, permet une supériorité inégalée sur le camp des socialistes soviétiques, et permet la préservation des réserves d'or des États-Unis. Aussi attrayante que cette option puisse être, elle est devenue la première pierre de la tombe de l'économie capitaliste.
The choice was in the hands of US financial policy makers between two forms of economy. A real economy backed by gold-based currencies, which grows slowly but surely. Or a virtual economy characterized by pure-paper (and later digital) currencies without any backup from any precious metal, gold or silver. The virtual economy option allows for a virtually large liquidity, allows for an unprecedented wealth growth, allows unparalleled superiority over the Soviet Socialists camp, and allows the preservation of the US gold reserves. As attractive as this option could be, it became the first brick in the grave of the capitalist economy.
La guerre froide et la lutte acharnée contre le socialisme soviétique ont fourni l'environnement propice à l'épanouissement de cette option et ont constitué le bouclier qui a empêché les décideurs politiques d'évaluer soigneusement les dangers d'une telle option. La cupidité des institutions financières responsables de la fourniture des liquidités, en particulier le consortium de la Réserve fédérale des États-Unis, a poussé cette option vers l'avant avec une avidité et un empressement considérables. Le chemin était ainsi tracé pour la révocation de l'acte de Bretton Woods.
The cold war and the fierce struggle with the Soviet socialism provided the suitable environment for this option to flourish and provided the shield which prevented policy makers from carefully evaluating the dangers of such option. The greed of the financial institutions which were responsible for providing the liquidity, in particular the US Federal Reserve Consortium pushed this option forward with great avidity and eagerness. The path was thus paved for the revocation of Bretton Woods Act.
La crise de la convertibilité du dollar en or était évidente au regard de la quantité de dollars détenus dans les banques centrales d'Europe. En 1966, l'Europe détenait dans ses banques centrales plus de 14 milliards de dollars. Les États-Unis ne possédaient que 13,2 milliards de dollars en réserves d'or, dont 10 milliards étaient nécessaires pour soutenir les besoins du marché intérieur américain. Si les gouvernements et les banques centrales étrangères tentaient de convertir ne serait-ce qu'un quart de leurs avoirs en une seule fois, les États-Unis ne seraient pas en mesure d'honorer leurs obligations. Le prix relativement bas de l'or, fixé à 35 dollars l'once selon les accords de Bretton Woods, a tenté les spéculateurs, les marchands d'or et les entités riches d'acheter et de thésauriser l'or, augmentant ainsi le taux d'épuisement de l'or sur les marchés mondiaux.

Pour la première fois dans l'histoire, l'or est officiellement devenu une simple marchandise, dont le prix est soumis aux règles et réglementations du marché. La Figure 26 montre la hausse des prix de l'or et leur fluctuation sur la base des London Spot Gold Prices117. Les prix de l'or sont restés presque stables jusqu'en 1972, lorsque les États-Unis ont abandonné l'étalon-or. Après la crise financière de 2008, le prix de l'or a dépassé les 1 200 $ l'once.
For the first time in history, the gold officially became just a commodity, whose price is subject to market rules and regulations. Figure 26 shows the rise of gold prices and their fluctuation based on the London Spot Gold Prices117. The gold prices remained almost stable until 1972 when the United States relinquished the gold standard. After the financial crisis in 2008, the price of gold exceeded $1,200 per ounce.
Depuis l'effondrement de Bretton Woods en 1971 et la fin de l'étalon-or, le dollar est devenu la monnaie de réserve internationale par défaut. Durant les vingt années précédant 1970, les réserves internationales en dollars n'avaient augmenté que d'environ 55 %, à un taux de 2,7 % par an. Entre 1971 et 2001, avec l'adoption du dollar à la place de l'étalon-or, les réserves ont augmenté de plus de 2 000 %, à un taux de plus de 66 % par an118. La figure 27 montre la croissance de la richesse mondiale depuis 1972. Une telle croissance n'aurait pas été possible sous l'étalon-or. Mais lorsque les États-Unis se sont retournés contre l'Accord de Bretton Woods et ont rompu le lien entre le dollar et l'or, cela a libéré le dollar du frein de l'or et a déchaîné son potentiel de croissance virtuelle.
Since the breakdown of Bretton Woods in 1971 and the end of the gold standard, the dollar has become the default international reserve currency. The twenty years prior to 1970, international dollar reserves increased only about 55%, at a rate of 2.7% a year. Between 1971 and 2001, with the adoption of the dollar instead of gold standard, reserves have increased over 2,000%, at a rate of more than 66% a year118. Figure 27 shows the growth of the world wealth since 1972. Such growth could not have been possible under the gold standard. But when United States turned against Bretton Woods Agreement and broke the link between the dollar and the gold, it freed the dollar from the rein of the gold and unleashed its potential for virtual growth.
Après la fin de l'Accord de Bretton Woods, l'or ne pouvait plus fixer de limites au taux de croissance de l'économie basée sur le dollar ; pourtant, il y avait une autre contrainte attachée au dollar, qui l'empêchait de monter en flèche à des taux exponentiels, comme l'indique la figure 27. Cette contrainte était un ensemble de réglementations et de restrictions imposées aux institutions financières après la Grande Dépression de 1929. Des restrictions furent introduites dans les années 1930 par des dirigeants politiques afin de prévenir une autre dépression à l'avenir. En substance, ces restrictions limitaient la capacité des institutions financières à accroître leur richesse en accordant de plus en plus de prêts et en générant de plus en plus d'intérêts sur ces prêts. Les emprunteurs étaient tenus par la réglementation de verser un apport personnel important lorsqu'ils empruntaient pour financer l'achat d'une maison. Cela rendait la partie du prêt portant intérêt relativement plus petite.