L'Islam et le féodalisme
Islam And Feudalism
Récemment, lorsque j'ai appris qu'un étudiant avait rédigé une thèse dans laquelle il « prouvait » que l'Islam était un système féodal et qu'il avait obtenu son Master, j'ai été profondément surpris. La performance de l'étudiant ainsi que celle des professeurs qui lui ont décerné le diplôme était tout aussi déconcertante. Mais l'étudiant pourrait tout à fait être excusé sous prétexte qu'il ignorait soit ce sur quoi il écrivait, soit qu'il l'a fait par malveillance envers l'Islam, mais qu'en est-il des enseignants érudits ? Comment devons-nous justifier leur conduite, leur connaissance du système socio-économique de l'Islam et leur compréhension de l'histoire ?
Recently when I heard that a student wrote a thesis wherein he "proved" that Islam was a feudalistic system and received his Master's Degree, I was deeply surprised. The performance of both the student as well as the professors awarding him the degree was equally mystifying. But the student might well be excused on the plea that he was either ignorant of what he was writing about or did so out of ill-will towards Islam, but what about the learned teachers? How are we to account for their conduct, their knowledge of the socio-economic system of Islam, and their understanding of history?
Mais je ne m'étonnais plus en me rappelant qui étaient ces enseignants érudits. N'étaient-ils pas les membres d'une communauté séduite par les exploiteurs étrangers et façonnée selon un modèle intellectuel qui leur était utile ? Ne sont-ils pas les personnes qui intéressaient particulièrement M. Dunlop1 ? Ils avaient été envoyés à l'étranger ostensiblement pour acquérir des connaissances, mais, en fait, ce n'était qu'une partie d'un complot visant à faire d'eux des parfaits étrangers à leur propre culture et à leur propre civilisation ; à les amener à mépriser leur religion, leur propre personne, leur histoire, leur foi, et à suivre, au lieu de cela, les traces de leurs enseignants occidentaux. Il n'est donc pas étonnant qu'ils aient permis une telle perversion monstrueuse de l'histoire et de la vérité ! Voyons toutefois ce que le mot féodalisme signifie en fait et quelles sont ses caractéristiques. À cette fin, nous reproduisons ci-dessous des extraits d'un livre, "Communism" par Dr. Rashid-al-Barawy, qui a été récemment publié en Europe. Parlant de la féodalité, l'auteur dit : « La féodalité est un mode de production, dont le signe distinctif est l'existence d'un système perpétuel de servage. C'est un système dans lequel le propriétaire terrien ou son représentant a le droit de recevoir une part fixe de la production et jouit de certains droits économiques spécifiques, entraînant avec eux le privilège de contraindre leurs locataires à les servir ou, à la place de cela, de recevoir des paiements de leur part en espèces ou en nature. Pour expliquer cela, nous pouvons dire que la société féodale est divisée en deux classes de personnes : (1) les propriétaires de terres féodales, et (2) les locataires, qui peuvent à leur tour varier selon leurs rangs, agriculteurs, ouvriers agricoles et esclaves, le nombre de certains d'entre eux diminuant plus rapidement que celui des autres. Ce sont les agriculteurs, les producteurs directs, cependant, qui jouissent du droit de posséder des terres et d'avoir une part de la production qui leur est si nécessaire pour subvenir aux besoins de leurs familles et d'eux-mêmes, en plus du droit de construire des fermes sur les terres cultivées. » En contrepartie de ces avantages, ils sont tenus de servir le propriétaire chaque semaine en rendant des services gratuits dans ses champs, en travaillant avec leur propre bétail et leurs propres outils, tout en effectuant pour lui un certain nombre d'autres services au moment de la récolte et du fenaison, et en lui offrant, à l'occasion des fêtes, tous les cadeaux et présents qu'ils peuvent. Il est également attendu d'eux qu'ils fassent moudre leurs céréales et presser leurs raisins dans ses moulins à farine et ses pressoirs.
But I no longer wondered as I remembered who these learned teachers were. Weren't they the members of a community enticed by the foreign exploiters and fashioned after an intellectual pattern serviceable to them? Aren't they the people in whom Mr. Dunlop1 was particularly interested? They were sent abroad ostensibly to acquire knowledge, but, in fact, it was just a part of a conspiracy to turn them into complete strangers to their own culture and civilization; to make them look down upon their religion, their own selves, their history, their faith, and, instead, follow in the footsteps of their western teachers. No wonder then that they allowed such a monstrous perversion of history and truth! Let us, however, see what the word feudalism means in fact and what are its characteristics. For this purpose we reproduce below extracts of a book, "Communism" by Dr. Rashid-al-Barawy, that has recently been published in Europe. Speaking about feudalism, the author says: "Feudalism is a way of production, the distinguishing mark of it being the existence of a perpetual system of serfdom. It is a system wherein the landlord or his representative is entitled to receive a fixed share of production and enjoys certain specific economic rights, carrying with them the privilege to make their tenants serve them or, instead thereof, receive payments from them in cash or kind. As an explanation of this, we may say that the feudal society is divided into two classes of people: (I) the owners of feudal lands, and (2) the tenants, who may again vary in their grades, farmers, agricultural workers, and slaves, the number of some of them dwindling off more rapidly than that of others. It is the farmers, the direct producers, however, who enjoy the right to possess land and have a share in the produce that is so necessary for them to support their families and themselves, besides the right to build farm-houses on the tillage. Against these benefits, they are required to serve the landlord every week by rendering free services in his fields working with their own cattle and instruments, along with performing for him a number of other services at the time of harvesting and reaping, and offering him on the occasion of festivals whatever gifts and presents they can. They are also expected to get their food-grains and grapes milled and pressed in his flour mills and pressing machines.
« Le propriétaire exerce également les pleins pouvoirs exécutifs et judiciaires sur ses locataires vivant dans les limites de ses terres féodales. »
"The landlord also exercises full executive and judicial powers over his tenants living within the bounds of his feudal lands.
« Le véritable producteur sous le féodalisme ne jouissait pas de la liberté telle que nous la connaissons actuellement ; il ne possédait pas la terre, et ne pouvait ni la vendre, ni l'hériter, ni la donner librement à autrui. Il était contraint à un travail forcé sur les terres de son maître, même au détriment de ses propres gains matériels ou de ses intérêts. De plus, en signe d'obéissance envers le maître, il devait lui payer des taxes dont le montant et l'étendue étaient illimités. »
"The real producer in feudalism did not enjoy freedom in the sense we know at present; he did not own the land, nor could he sell, inherit or give it as a free gift to others. He was compelled to a forced labor in the lands of his master even at the expense of his own material gains or considerations thereof. Moreover, as a mark of his obedience to the master he had to pay him taxes that were unlimited in amount as well as extent.
Avec la terre, il changeait lui aussi de maître, passant de l'un à l'autre, car il n'avait pas le droit de se déplacer de sa propre volonté d'un fief à un autre en quête de travail ou même de se mettre au service d'un autre maître encore. En ce sens, le vilain féodal constitue le lien de jonction entre les esclaves des temps anciens et les tenanciers libres des temps modernes.
With the land he too changed masters passing from one to the other, for he did not have the right to shift of his own free will from one fief to another in search of work or even join the service of still another master. As such, the feudal villain forms the connecting link between the slaves of olden times and the free tenants of the modern times.
C'était le maître qui fixait l'étendue de la terre qu'il devait donner au paysan.
"It was the master who fixed the extent of the land to be given by him to the peasant.
Il décidait également des services qu'il attendait de ses locataires sans être tenu à l'obligation de prendre en considération les droits des autres propriétaires terriens ou les besoins des paysans lors de telles décisions cruciales. L'auteur poursuit en disant : « Au treizième siècle, s'ensuivit le grand mouvement migratoire illégal qui se termina finalement par l'émergence des travailleurs agricoles. Ce mouvement, connu sous le nom de "fuite des paysans", poussa les propriétaires terriens à réclamer leurs locataires fugitifs ; ils convinrent entre eux que chaque propriétaire serait pleinement autorisé à capturer tous les travailleurs qui transgresseraient par hasard son domaine féodal. Mais comme le phénomène — la fuite des paysans — devenait rapidement une caractéristique commune de l'époque, les propriétaires terriens furent contraints de dépendre et, par conséquent, de faire appel de plus en plus à de la main-d'œuvre salariée pour le labour de leurs terres. Leurs accords mutuels perdirent progressivement toute importance, ce qui entraîna une diminution constante de leur coopération. De là découla un autre résultat inévitable : les salaires des travailleurs étaient payés en espèces au lieu d'exiger d'eux un travail forcé sans aucune rémunération. »
He also decided about the services that he expected his tenants to render him without being under any obligation to have a consideration for the rights of the other landowners or the needs of the peasants while making such momentous decisions" The writer goes on to say: "In the thirteenth century there ensued the great illegal migration movement that finally ended with the emergence of agricultural workers. This movement known as "the running away of peasants" caused the landowners to claim back their fugitive tenants, they among themselves agreed that every landowner would be fully authorized to capture all the workers happening to transgress into his feudal domain. But as the phenomenon-the running away of the peasants-was fast becoming a common feature of the times the landowners were forced to depend on and consequently engage more and more of hired labor for the tilling of their lands, Their mutual agreements gradually lost all significance which meant a steady decrease in their co-operation. From this proceeded still another inevitable result: wages to the workers were paid in cash in place of exacting forced labor out of them without any payment.
« De nombreux paysans ont progressivement prospéré, contrairement aux besoins de la noblesse et des propriétaires terriens qui se sont considérablement multipliés et sont ainsi devenus un lourd fardeau économique pour eux. Les circonstances ont favorisé les paysans et ils ont racheté leur liberté. »
"Many of the peasants gradually prospered as against the needs of the nobility and landowners that were greatly multiplied and hence became a great burden on them economically. The circumstances favored the peasants and they bought off their freedom.
Cela continua jusqu'au quatorzième siècle, lorsque la liberté des travailleurs agricoles fut enfin reconnue comme telle par tous. Cependant, le changement important qui s'opéra à cette époque fut que la base sur laquelle reposait toute la structure féodale commençait à s'effriter ; les siècles suivants furent témoins de son abolition complète.1
This continued till the fourteenth century when the freedom of the agricultural workers was at last recognized as such by all. However, the important change that came over the times was that the basis on which the whole feudal structure rested was beginning to give way; the following centuries witnessed its complete abolition".1
Ce sont les caractéristiques du féodalisme ; nous avons reproduit ces extraits ci-dessus en détail car nous voulons être lucides quant au féodalisme et à ses caractéristiques, et ne pas les confondre avec d'autres manifestations apparemment similaires.
These are the characteristics of feudalism, we have reproduced these extracts above in detail as we want that we should become clear-headed about feudalism and its characteristics and not confuse them with other seemingly similar manifestations.
En gardant à l'esprit toutes ces caractéristiques d'une société féodale, nous pouvons nous demander : quand et où un tel féodalisme a-t-il été observé dans l'histoire de l'Islam ?
Bearing all these characteristics of a feudalistic society in mind, may we ask: when and where was such feudalism ever witnessed in the history of Islam?
Peut-être que l'apparence extérieure qui s'est avérée être un obstacle pour de nombreux chercheurs ou qui a donné aux opportunistes une excuse pour jeter l'opprobre sur l'Islam est le fait qu'au début, la société islamique consistait, pour le moment, en deux classes de personnes : les propriétaires terriens et les paysans qui travaillaient sur leurs terres. Mais cela n'était rien de plus qu'une simple apparence extérieure. Cela ne justifie en rien la confusion entre l'Islam et le féodalisme. Afin de faciliter une comparaison entre l'Islam et le féodalisme, nous pouvons résumer les caractéristiques fondamentales du féodalisme comme suit :
Perhaps the outward semblance that has proved a stumbling block for many a research worker or has given the opportunists an excuse to cast aspersions on Islam, is the fact that in the beginning, the Islamic society for the time being consisted of two classes of people: the landowners and the peasants who worked in their lands. But this was nothing more than a mere .outward semblance. It in no wise justifies the confusion of Islam with feudalism. In order to facilitate a comparison between Islam and feudalism we may sum up the basic characteristics of feudalism as follows:
(l) Une servitude perpétuelle.
(l) A perpetual serfdom.
(2) Les devoirs que le paysan remplissait envers son maître consistaient en :
(2) The duties which the peasant discharged towards his master consisted of:
(a) une journée entière de travail gratuit et forcé sur les terres de son seigneur féodal une fois par semaine ; (b) des services gratuits et forcés rendus par lui à son maître lors des saisons particulières de récolte, etc. ; (c) la présentation de cadeaux lors d'occasions religieuses et d'autres festivités similaires, nonobstant sa pauvreté ou l'opulence du riche propriétaire terrien bénéficiaire ; (d) l'obligation de faire moudre ses céréales dans les moulins du propriétaire. (Nous passons sous silence son obligation de faire presser ses raisins pour son seigneur féodal afin d'en faire du vin, car le vin est interdit en Islam).
(a) a whole day's free and forced labor in the lands of his feudal lord once a week; (b) free and forced services rendered by him to his master in special seasons of harvesting, etc.; (c) presenting gifts on religious and other similar occasions of festivities, notwithstanding his poverty or the opulence of the recipient rich landlord; (d) an obligation to get his food-grains milled in the mills of the landlord. (We pass over his obligation to get his grapes pressed for his feudal lord as wine is prohibited in Islam).
(3) Le droit du propriétaire terrien de décider, selon ses caprices ou ses désirs, de l'étendue de la terre qui sera détenue par le paysan, des services qui lui seront demandés et des taxes qu'il devra payer.
(3) The right of the landlord to decide as his whims or desires might dictate as to the extent of the land to be held by the peasant, the services required of him and the taxes to be paid by him.
(4) L'exercice de tous les pouvoirs judiciaires et exécutifs par le propriétaire terrien, non pas conformément à une loi fixe du pays, mais selon ses propres caprices et désirs ; (5) L'obligation pour les paysans de racheter leur liberté par des paiements en espèces lorsque, finalement, le féodalisme a cédé la place et qu'un processus de sa dégénérescence s'est installé.
(4) The exercise of all judicial-cum-executive powers by the landlord not in accordance with a fixed law of the land but according to his own whims and desires; (5) The obligation of the peasants to buy off their freedom with cash payments when in the end feudalism gave way and a process of its degeneration set in.
Que les lecteurs examinent d'abord ceux-ci, puis parcourent l'ensemble de l'histoire de l'Islam pour y trouver des caractéristiques similaires. Ils seront certainement déçus, car l'Islam n'a rien à voir avec elles.
Let the readers first look at these and then glance over the whole history of Islam to find similar characteristics therein. They will surely be disappointed, for Islam has nothing to do with them.
Il n'y a pas de servage en Islam car il ne reconnaît aucune autre forme de servitude que celle de l'esclavage, dont nous avons déjà traité les causes, les conditions ainsi que les moyens d'en être libéré dans le chapitre précédent. L'Islam n'admet aucun asservissement découlant du fait qu'un fermier soit lié à la terre. Les seuls esclaves dont nous ayons connaissance en Islam étaient ceux capturés lors de guerres, ce qui est tout à fait suffisant pour prouver que, dans la société islamique primitive, le nombre d'esclaves était bien moindre par rapport au nombre total de ses citoyens libres.
There is no serfdom in Islam as it recognizes no other form of servitude save that of slavery, the causes and conditions whereof and the means or freedom from which we have already dealt with in the preceding chapter. Islam admits of no bondage arising out or a tenant's being bound to the soil. The only slaves that we know of in Islam were those captured in wars which are quite sufficient to prove that in the early Islamic society the number of slaves was far less in comparison with the total numbers of its free citizens.
Ils travaillaient sur la terre de leurs maîtres jusqu'à ce qu'ils soient libérés volontairement ou qu'ils prennent eux-mêmes l'initiative d'exiger par écrit une (Mukatabah) de leur liberté auprès de leurs maîtres. Mais il n'existe aucun parallèle de ce genre dans l'histoire du féodalisme européen, car celui-ci visait principalement l'assujettissement des paysans ainsi que des travailleurs agricoles plutôt que de les encourager à réclamer leur liberté. C'est pourquoi les paysans en Europe étaient considérés comme des serfs liés à la terre et transférables d'un maître à un autre avec celle-ci.
They worked on the soil of their masters till they were freed voluntarily or they themselves took the initiative and demanded as writing of (Mukatabah) their freedom of their masters. But there exists no such parallel in the history of the European feudalism as it primarily aimed at the subjection of the peasants as well as the agricultural workers rather than encourage them to demand freedom. That is why the peasants in Europe were looked upon as serfs bound to and transferable with the land from one master to another.
Ainsi, ils ne pouvaient ni quitter la terre qu'ils travaillaient, ni se libérer de l'obligation qui leur incombait envers leurs propriétaires terriens.
As such, they could neither leave the soil they worked on, nor free themselves from the obligation devolving upon them towards their landlords.
L'Islam n'est pas du tout familier avec ce type de servage ou de malfaiteurs, car il s'oppose en principe à toutes les formes de servitude, sauf celle rendue par l'homme à son Dieu, le Créateur de toute vie. Il n'y a aucune disposition en son sein pour la soumission de certaines créatures à d'autres créatures semblables à elles. Chaque fois qu'un tel état anormal de soumission de certains hommes à d'autres est constaté en raison de certaines causes externes sans aucune initiative de l'Islam, il s'agit toujours d'un phénomène temporaire ou de transition, qu'il s'efforce de supprimer avec tous les moyens possibles à sa disposition, en encourageant les esclaves à gagner leur liberté, tout en tenant l'État pour responsable de leur apporter toute l'aide possible à cette fin.
Islam is not at all familiar with this type of serfdom or villains as it is in principle opposed to all forms of servitude save that rendered by man unto his God, the Creator of all life. There is no provision in it for the subjection of some creatures to other creatures like them. Whenever such an abnormal state-subjection of some men to others is found due to certain external causes without any initiative from Islam, it always is a temporary or a transitional phenomenon, which it strives to do away with, with all the possible resources at its disposal, encouraging the slaves to earn their freedom besides holding the state responsible to render to them all possible help towards that end.
En économie également, l'Islam ne reconnaît aucune servitude de l'homme envers d'autres hommes semblables à lui. Le système de l'esclavage auquel nous avons fait allusion plus haut est une exception, car il n'existait aucune autre alternative économique avant l'Islam à cette époque. L'Islam l'a toléré jusqu'à ce que les esclaves soient libérés spirituellement et jusqu'au moment où ils furent capables d'assumer leurs responsabilités en tant que membres libres de la communauté, moment auquel l'Islam les a activement aidés à reconquérir leur liberté perdue.
In economics too Islam does not recognize any bondage of man to other men like him. The system of slavery to which we have alluded above is an exception as there was no other economical alternative before Islam at that time. Islam tolerated it till the slaves were freed spiritually and till the time they were able to shoulder their responsibilities as free members of the community, whereupon Islam actively helped them in winning back their lost freedom.
L'Islam fonde sa structure économique sur la liberté d'action couplée à une relation de coopération complète et d'échange de services mutuels entre tous les individus. Le gouvernement islamique agit, en tant que tel, comme un protecteur et un tuteur pour toutes les personnes qui se retrouvent en retard dans la lutte pour la vie pour une raison quelconque et se voient refuser toutes les commodités d'une vie décente. Ainsi, avec toutes les ressources de l'État à son appui dans une communauté islamique, aucun homme n'a besoin de se laisser devenir l'esclave des propriétaires terriens. L'Islam pourvoit à tous ses besoins fondamentaux sans le dégrader ni lui faire perdre son indépendance, son respect de soi ou son honneur.
Islam bases its economic structure on freedom of action coupled with a relationship of a complete co-operation and exchange of mutual services among all individuals. The Islamic government as such acts as a guardian and custodian of all such people as happen to lag behind in the struggle of life for some reason and are denied all amenities of a decent living. Thus with all the resources of the state at his backing in an Islamic community no man needs let himself become a bondsman to the landowners. Islam provides for all his basic needs without degrading him or making him lose his independence, self-respect or honor.
Ainsi, tant sur le plan spirituel qu'économique, l'Islam s'oppose au féodalisme. Il a apporté aux hommes la liberté face au féodalisme avant même qu'ils ne soient pris dans les chaînes du servage.
Thus both spiritually and economically Islam is opposed to feudalism. It brought to men freedom from feudalism even before they were caught up in the shackles of serfdom.
En ce qui concerne les obligations du paysan envers son seigneur féodal, il n'existe aucune preuve de leur existence dans toute l'étendue de l'histoire islamique.
So far as the obligations of the peasant towards his feudal lord are concerned there is no evidence whatever of their existence in the whole range of Islamic history.
Il est tout à fait exempt de telles absurdités. À cet égard, l'Islam est tout à fait unique. Dans le cas où un paysan est reconnu coupable d'un crime, il permet au propriétaire de la terre de s'en débarrasser et de donner la terre à un autre. Mais il ne s'agit pas d'encourager l'oppression ; c'est plutôt une étape vers l'éradication du servage. L'Islam vise l'établissement d'une relation libre entre le propriétaire terrien et le locataire.
It is quite free of such nonsense. In this respect, Islam stands quite unique. In case a peasant is found guilty of some crime, it allows the owner of the land to discard him and give away the land to another one. But this is not to encourage oppression; it is rather a step towards the eradication of serfdom. Islam aims at the establishment of a free relationship between the landlord and the tenant.
La seule relation qu'Islam reconnaît comme licite entre le paysan et le propriétaire terrien est soit celle du contrat, soit celle basée sur le métayage. Dans le premier cas, le paysan est tenu de verser au propriétaire une somme fixe à titre de loyer pour la terre, proportionnelle à sa production, et après cela, il reste tout à fait libre dans sa culture et ses dépenses, ainsi que dans l'acquisition de toute la production de la terre pour sa propre consommation personnelle. S'il s'avère être un métayer, il partagera la production de la terre à la fin de chaque année avec le propriétaire. Dans un tel cas, toutes les dépenses sont supportées par le propriétaire ; le paysan ne fournit que la main-d'œuvre. Dans ces deux cas, il n'y a pas de place pour le travail forcé, les privilèges dictatoriaux ou toute autre obligation incombant au paysan de servir son maître sans rien recevoir en retour. Les deux parties jouissent plutôt d'une pleine égalité en matière de liberté, de leurs droits ainsi que de leurs devoirs, avec une réciprocité de relation de donnant-donnant mutuel. Le paysan est, en premier lieu, tout à fait libre de choisir la terre qu'il souhaiterait louer ou le propriétaire avec lequel il préférerait travailler en tant que métayer. Deuxièmement, il est sur un pied d'égalité avec le propriétaire et jouit d'autant de liberté pour décider ou convenir du montant du contrat qu'il devra verser au propriétaire. S'il ne trouve pas l'accord rentable, il est libre de s'en retirer et de ne pas accepter le contrat, le propriétaire n'ayant aucun pouvoir ni droit de lui en tenir rigueur. En tant que métayer, le paysan jouit d'autant de privilèges juridiques que son propriétaire.
The only relationship that Islam recognizes as lawful between the peasant and the landlord is either that of contract or that based on tenancy. In the former case, the peasant is required to pay to the landlord a fixed amount as the rent of the land proportionate to its produce and after that he remains quite free in his cultivation and expenditure as well as in the acquiring of all the produce of the land for his own personal consumption. If he happens to be a tenant he will share the produce of the land at the end of every year with the landlord. In such a case all the expenses are borne by the landlord; the peasant provides the labor only. In both of these cases there is no place for forced labor, dictatorial privileges or any other obligation incumbent on the peasant to serve his master without getting anything in return. Both parties rather enjoy full equality in freedom, in their rights as well as duties with a reciprocity of mutual give-and-take relationship. The peasant is, in the first place, quite free to choose the land he would like to hire or the landlord he would prefer to work with as a tenant. Secondly, he is on a par with the landlord and enjoys as much freedom to decide or agree to the amount for the contract to be paid by him to the landlord. If he does not find the bargain profitable he is free to back out of it and not agree to the contract, the landlord having no power or right to take him to task for that. As a tenant the peasant enjoys as much legal privileges as his landlord.
Ils se partagent le profit qui en découle de manière égale.
They divide the profit thereof equally between themselves.
En plus de cela, nous constatons qu'à l'inverse de ce qui s'est produit dans l'histoire du féodalisme européen, la pratique couramment répandue en Islam était tout à fait différente. C'était le riche propriétaire terrien et non le pauvre paysan qui faisait des présents et accordait de généreux cadeaux à ses locataires lors des occasions de l'Aïd et d'autres fêtes. Cela est particulièrement vrai pour les mois de ramadan, un mois d'une grande importance et d'une grande portée religieuse en Islam.
Besides this, we also find that contrary to what happened in the history of European feudalism, the practice commonly prevalent in Islam was quite different. It was the rich landlord and not the poor peasant who gave presents and bestowed bountiful gifts upon his tenants on the occasions of Eid and other festivals. This is specially true about the months of Ramadhan, a month of great importance and religious significance in Islam.
Durant ce mois, les amis et les proches se rendaient visite et étaient reçus lors de festins, tout en offrant de généreux cadeaux aux pauvres et aux nécessiteux de leur communauté. Cela signifie, en d'autres termes, que les riches et les personnes aisées avaient pour habitude de dépenser leurs richesses pour les autres plutôt que d'exiger des cadeaux coûteux de la part des pauvres, comme c'était la coutume dans l'Europe « civilisée ».
During this month, friends and relations paid visits to each other and were entertained with feasts along with bestowing bountiful gifts upon the poor and needy ones of their community. It means, in other words, that the rich and well-to-do people were wont to spend their riches on others rather than exact costly gifts from the poor people as was the custom in "civilized" Europe.
Il ressort de cela clairement que les devoirs dont les paysans étaient accablés sous le féodalisme, et qui ont dégénéré en travail forcé, n'ont pas leur place dans le système de vie islamique. Celui-ci a plutôt établi une relation libre entre le propriétaire terrien et le paysan, avec un respect réciproque et une parfaite égalité. En ce qui concerne les devoirs accomplis par les seigneurs féodaux en Europe envers leurs tenanciers, en guise de compensation pour leur travail forcé injustifiable et leur esclavage abject à leur égard, sous la forme de la défense contre autrui et de la sauvegarde de leurs droits, dans la société islamique, les riches accomplissaient volontairement des devoirs similaires envers leurs tenanciers sans rien attendre d'eux en retour. En rendant ces services à leurs semblables, ils ne cherchaient rien d'autre que le plaisir de Dieu. C'est ce qui distingue un système de vie fondé sur un credo élevé de celui qui en est dépourvu. Dans le premier, les services sociaux rendus par un homme envers autrui revêtent le caractère d'un acte d'adoration par lequel il se rapproche de son Dieu, tandis que dans l'autre, ils ne sont rien de plus qu'une entreprise commerciale, chaque partie s'efforçant de s'emparer de la part du lion et anxieuse de ne céder à l'autre que ce qui dépasse ses capacités de rétention, avec pour résultat qu'en fin de compte, c'est la partie la plus puissante, plutôt que celle qui en est légitimement méritante, qui émerge victorieuse et repart avec tous les profits.
From this it is clear that the duties that the peasants were encumbered with in feudalism and which degenerated into forced labor have no place in the Islamic system of life. It established rather a free relationship between the landowner and the peasant with a reciprocal respect and perfect equality. As regards the duties discharged by the feudal lords in Europe towards their tenants as a recompense for their unjustifiable forced labor and abject slavery to them in the form of defending them from others and safe guarding their rights, in Islamic society the rich people discharged voluntarily similar duties with regard to their tenants without expecting anything from them in return. In rendering these services to their fellowmen they sought nothing save God's pleasure. This is what distinguishes a system of life based on a lofty creed and the one devoid of it. In the one the social services rendered by a man towards others assume the character of a worship whereby he is brought closer to his God, whereas in the other they are nothing more than a commercial enterprise, each party striving hard to get hold of the lion's share and anxious to yield to the other nothing but that which is beyond its power to hold longer, with the result that in the end the most powerful party rather than the one rightfully deserving emerges victorious and gets away with all the profits.
La troisième caractéristique du féodalisme, à savoir le droit du seigneur féodal de décider de l'étendue de la terre à accorder au fermier et de prescrire les devoirs à accomplir par ce dernier et attendus de lui, est une chose propre au concept européen de seigneurie et de servage uniquement. Un tel concept n'a jamais existé dans l'histoire de l'Islam, qui ne reconnaît ni la suzeraineté du seigneur féodal, ni la condition de serf du paysan envers lui. Le seul facteur qui restreint le choix d'un paysan concernant l'acquisition d'un bail foncier en Islam est son propre libre arbitre et son potentiel financier. Le bailleur ne jouit d'aucun privilège à ce sujet, si ce n'est celui de réclamer au paysan le loyer convenu pour la terre. De même, en matière de fermage, l'étendue de la terre à cultiver par un fermier est déterminée par sa propre capacité physique ou par le nombre de mains d'œuvre (constituée généralement de ses fils) dont il peut disposer. Les devoirs qui lui sont imposés dans le cadre du fermage ne sont rien de plus que ce que la mise en valeur de la terre acquise peut nécessiter. La terre, dans un tel cas, est considérée comme la propriété commune du paysan et du propriétaire foncier jusqu'à ce qu'elle produise ses récoltes. Quant aux terres du propriétaire autres que celles détenues par le fermier en fermage, le fermier n'est pas censé avoir affaire à celles-ci, et n'est soumis à aucune obligation d'y travailler, quelle que soit la forme ou la nature d'un tel travail ou service.
The third characteristic of feudalism, that is, the right of the feudal lord to decide as to the extent of the land to be given to the tenant and prescribe the duties to be discharged by and expected of him, is a thing peculiar to the European concept of lordship and serfdom only. Such concept had never existed in the history of Islam which does not recognize the over-lordship of the feudal lord or the serf-hood of the peasant to him. The only factor which does restrict the choice of a peasant with regard to his acquiring a lease of land in Islam is his own free will and financial potentiality. The lesser enjoys no privileges against this save that of claiming the agreed upon rent of the land from the peasant. Similarly in tenancy the extent of the land to be farmed by a tenant is determined by his own physical ability or the number of the helping hands (consisting of his sons generally) he can get hold of. The duties imposed on him in tenancy are no more than what the rehabilitation of the land acquired by him may necessitate. The land in such a case is considered as a common property of the peasant and the landowner till it brings forth its produce. As to the land of the landlord other than that held by the tenant in tenancy, the tenant is not supposed to have anything to do with that, nor is he under any obligation to work therein whatever the form or nature of such a work or service might be.
Le point de différence le plus frappant entre l'Islam et le féodalisme est toutefois la prérogative judiciaire et exécutive dont jouit le seigneur dans le féodalisme. Dans le système féodal, lui seul contrôle et régule toute la vie sociale et politique dans les limites de ses fiefs.
The most striking point of difference between Islam and feudalism, however, is the judicial-cum-executive prerogative enjoyed by the landlord in feudalism. He alone in feudalism controls and regulates all social and political life within the bounds of his fiefs.
L'Islam s'oppose diamétralement à une telle prérogative, car il vise son abolition, plutôt que son maintien, dans le monde des relations humaines.
Islam is diametrically opposed to such a prerogative as it aims at the abolition, rather than its retention, in the world of human relationships.
Les nations européennes ne possédaient aucune loi du pays au sens véritable du terme concernant la relation propriétaire-locataire mentionnée ci-dessus. Le droit romain, qui a plus tard constitué la base de toute la législation européenne ultérieure, a conféré aux seigneurs féodaux le droit de devenir de véritables dictateurs dans leurs zones respectives, de promulguer des lois pour le peuple, d'exercer des pouvoirs judiciaires parmi eux et de faire appliquer leurs décisions comme ils le jugeaient bon. Ainsi, ils détenaient en leur personne les pouvoirs législatif, judiciaire et exécutif, tous en un et au même moment. Chacun d'entre eux formait un gouvernement au sein d'un gouvernement. Le gouvernement n'intervenait pas dans les affaires intérieures des monarchies féodales tant qu'elles continuaient à remplir leurs obligations financières et militaires envers lui en cas de besoin.
The European nations did not possess any law of the land in the real sense of the word with regard to the above-mentioned landlord-tenant relationship. The Roman Law, which later on formed the basis of all subsequent European legislation, conferred upon the feudal lords the right to become virtual dictators in their respective areas, make laws for the people, hold judicial powers among them, and enforce their decisions as they might think fit. Thus they held in their persons legislative, judicial and executive powers all in one and at the same time. Each one of them formed a government within a government. The government did not interfere with the internal affairs of the feudal monarchies so long as they continued to carry out their financial and military obligations towards it at the hour of need.
Rien de tel ne se trouve en Islam. Il possédait son propre gouvernement central avec sa propre loi du pays qu'il s'efforçait d'appliquer dans la vie de tous ceux qui vivaient à l'intérieur de ses frontières. Des juges étaient nommés pour faire appliquer la loi du pays dans toutes les parties du pays. Tous étaient rendus égaux devant la loi ; nul ne jouissait d'une priorité sur les autres. L'individu n'était appelé à rendre des comptes que lorsqu'il commettait une erreur ou agissait mal.
Nothing of the sort is to be found in Islam, It had its own central government with its own law of the land which it strove to enforce in the lives of all those living within its boundaries, Judges were appointed to enforce the law of the land in all parts of the country. All were made equal before law, None enjoyed any priority over others. The individual was called to account only when he committed a mistake or acted wrongly.
Plus tard, lorsque, contrairement aux enseignements de l'Islam, le gouvernement dégénéra en une monarchie héréditaire, il conserva néanmoins certaines caractéristiques islamiques. Ainsi, par exemple, le gouvernement continua d'exercer une autorité de supervision sur tous les différents peuples et individus vivant dans sa sphère d'influence. La loi du pays était une et la même pour toutes les personnes vivant au sein de ses vastes territoires. La seule exception semble être les divergences des juristes entre eux sur certains points juridiques, ce qui n'est rien de plus que ce que l'on rencontre dans presque tous les systèmes de droit existant sur la face de la terre. C'est cette primauté de la loi qui a fourni un garde-fou aux paysans contre l'oppression des seigneurs féodaux ainsi que contre leur cupidité, leur luxure ou leurs caprices. Ils étaient gouvernés conformément à la loi divine plutôt qu'aux caprices et aux désirs des seigneurs féodaux. Cela considérait non seulement les propriétaires terriens et les locataires comme des égaux, car tous deux étaient désormais devenus des hommes libres, mais traitait également tous les hommes de la même manière et de façon identique.
Later on when contrary to the teachings of Islam, the government degenerated into a hereditary monarchy it still retained some Islamic characteristics. Thus, for instance, the government continued exercising a supervisory authority over all the different peoples and individuals that lived within its sphere of influence. The law of the land was one and the same for all people living within its vast territories. The only exception appears to be differences of the jurists among themselves on certain legal points, which is no more than what is met with in almost all the systems of law found on the face of the earth. It was this rule of the law that provided a safeguard for the peasants against the oppression of the feudal lords as well as their greed, lust or whim. They were ruled in accordance with the divine law rather than the whims and wishes of the feudal lords. It held not only the landlords and the tenants as equals as both of them were now made free men but also treated all men alike and in the same manner.
Bien entendu, l'on trouve également certains incidents malheureux dans l'histoire des Musulmans, où l'on voit que des juges ont rendu des jugements contraires à leur propre conscience ainsi qu'en violation de l'esprit de la loi afin de s'attirer les faveurs des seigneurs féodaux ou des gouvernants, mais ces incidents n'étaient rien de plus que certains cas isolés. Ils ne sont que des exceptions, comme le montrent les faits historiques dont même les érudits européens témoignent de la véracité. Par opposition à ces quelques cas isolés d'injustice, il existe de très nombreux exemples dans l'histoire islamique qui montrent que des juges ont rendu des jugements en faveur d'hommes extrêmement pauvres, non seulement contre des propriétaires terriens, des gouverneurs ou des ministres, mais même contre le calife lui-même — le calife qui détenait l'autorité et le pouvoir absolus. Mais, malgré cela, aucun juge ne fut démis de ses fonctions, et le gouvernant ne chercha aucune vengeance contre lui.
Of course there are found certain unfortunate Incidents in the history of Muslims as well, wherein we see that judges gave judgments contrary to their own conscience as well as in contravention of the spirit of the law in order to win favor with the feudal lords or the rulers, but these incidents were no more then certain stray instances. They are merely exceptions as is shown by the historical facts to the veracity of which even the European scholars bear witness. As against these few stray case of injustice there are a great many instances in Islamic history which show that judges gave judgments in favor of extremely poor men against not only landlords, governors or ministers but even against the caliph himself-the caliph who wielded absolute authority and power. But, in Spite of this, neither any judge was dismissed from his post, nor did the ruler seek any revenge against him.
De même, il n'y a eu aucun mouvement de fuite des paysans rencontré dans l'histoire islamique comme ce fut le cas en Europe. Cela s'explique par le fait que les paysans jouissaient non seulement du droit de se déplacer librement d'une ferme à une autre, mais aussi d'un pays à un autre à l'intérieur des frontières du vaste Empire islamique. Rien ne les empêchait de passer d'un endroit à un autre, si ce n'est leur propre penchant ou leur attachement à une parcelle de terre particulière, comme ce fut, par exemple, le cas des agriculteurs égyptiens. Les paysans d'autres parties du monde islamique, cependant, ont pleinement profité de cette liberté de mouvement, car ils n'étaient pas aussi attachés à leurs zones particulières que leurs homologues égyptiens et qu'aucun obstacle ne se dressait sur leur chemin pour empêcher leur mouvement, contrairement à ce qui bloquait la voie des paysans européens sous la forme du servage et des diverses obligations dont ils étaient accablés.
Similarly, there is not any escape movement of the peasants met with in the Islamic history as was witnessed in Europe. This was so because the peasants enjoyed not only the rights to move freely from one farm to the other but also from one country to another within the boundaries of the vast Islamic Empire. Nothing prevented them from shifting from place to place except their own fondness for or attachment to a particular tract of land as was, for instance, the case with the Egyptian farmers. The peasants in other parts of the Islamic world, however, fully availed themselves of this freedom of movement as they did not happen to be so attached to their particular areas as their Egyptian counterparts were and as no obstacles were hurled in their way to prevent their movement such as blocked the way in the case of the European peasants in the form of serfdom and the various obligations they were encumbered with.
Les paysans, dans l'histoire du féodalisme européen vers sa phase finale, ont dû racheter leur liberté. Cela n'a également aucun parallèle dans l'histoire des peuples islamiques pour la simple raison que, parmi eux, les paysans jouissaient d'autant de liberté que n'importe quelle autre section de la communauté. Ils n'avaient donc pas besoin de racheter la liberté qu'ils possédaient déjà. De plus, on peut également ajouter que dans le monde islamique, un grand nombre de petits États ont existé tout au long de son histoire. Ces États assuraient la subsistance de leurs possesseurs, les aidaient à mener divers types de commerce maritime ou terrestre et soutenaient les divers métiers industriels. Mais en Europe, tout cela fut complètement balayé par la montée du féodalisme. C'est alors qu'une nuit noire d'ignorance spirituelle et d'obscurité intellectuelle s'abattit sur l'Europe. Elle fut éclairée par l'Islam, d'abord lorsqu'elle entra en contact avec le monde islamique durant les croisades, et à nouveau, lorsque les deux se rencontrèrent en Espagne. Ces rencontres mirent l'Europe sur le chemin de la Renaissance et ainsi l'Europe sortit progressivement de cette nuit noire de stagnation intellectuelle et spirituelle.
The peasants in the history of the European feudalism towards its final phase had to buy off their freedom. This too has no parallel in the history of the Islamic peoples for the simple reason that among them peasants enjoyed as much freedom as any other section of the community did. They as such had no need to buy off the freedom they already possessed, Moreover, it may also be added that in the Islamic world a large number of small states existed throughout its history. These states provided livelihood to their possessors, helped them carry out various kinds of sea or land trade and support the various industrial crafts. But in Europe all of these were completely swept away by the upsurge of feudalism. It was then that a dark night of spiritual ignorance and intellectual darkness settled on Europe. It was shown light by Islam, first when it came into contact with the Islamic world during the crusades, and again, when the two encountered each other in Spain. These encounters set Europe onto the path of the Renaissance and so Europe gradually climbed out of that dark night of intellectual and spiritual stagnation.
Ainsi, nous constatons que le féodalisme en tant que tel n'a jamais existé dans le monde de l'Islam tant que l'Islam est resté dominant dans les terres musulmanes, car son système spirituel et économique, ainsi que son dogme, ses principes et ses lois fondamentaux, s'opposent tous au féodalisme. Non seulement cela, mais il élimine également toutes les causes propices à sa croissance. Quel que soit le semblant de féodalisme dont on a été témoin durant les périodes Ommeyyade et Abbasside, il était limité dans sa sphère, sans compter le fait qu'il n'a jamais prospéré au point de devenir une caractéristique commune de la vie sociale des Musulmans.
Thus we find that feudalism as such did never exist in the world of Islam so long as Islam remained dominant in the Muslim lands because its spiritual and economic system as well as its basic creed, principles and laws are all opposed to feudalism. Not only this but it also does away with all the causes conducive to its growth. Whatever semblance of feudalism was witnessed during the Ommayad and Abbaside periods was limited in its sphere, besides the fact that it never flourished so as to become a common feature of the social life of the Muslims.
Bien entendu, nous trouvons le féodalisme dans les pays islamiques au cours de l'histoire moderne, vers la fin de l'Empire Ottoman, lorsque les sources de la foi islamique s'étaient asséchées dans les cœurs des musulmans et que le pouvoir politique était passé entre les mains de ceux qui ne connaissaient rien de l'Islam si ce n'est son nom. Le tableau devint d'autant plus sombre lorsque la civilisation européenne, athée, matérialiste et agressive, marcha en triomphe contre le monde islamique. Elle organisa des occupations militaires, détruisit toutes les valeurs spirituelles et mit fin à l'esprit de coopération, remplaçant ceux-ci par les formes les plus hideuses de l'exploitation capitaliste et une misère perpétuelle pour les pauvres. Ce système féodale, importé tel quel d'Europe, continue encore de subsister dans certaines terres musulmanes avec toutes les caractéristiques qui définissaient son parent : le féodalisme européen. Il est tout à fait clair que l'Islam n'a pas à s'excuser de sa présence dans le monde islamique contemporain, et qu'il n'est en aucun cas responsable de son émergence ou de son existence. Il ne pourrait en être tenu responsable que s'il était une puissance régnante dans les terres musulmanes. Certains dirigeants musulmans gouvernent actuellement leurs peuples conformément aux constitutions et aux lois importées de divers pays européens plutôt que selon les lois islamiques. Ils demeurent les plus fidèles disciples de leurs maîtres occidentaux que l'on ait jamais vus sur la face de la terre.
Of Course we do find feudalism in the Islamic countries in the modern history towards the end of the Ottoman Empire when headsprings of Islamic faith had dried up in the hearts of Muslims and the political power had passed into the hands of those who knew nothing as regards Islam save its name. The picture became all the more dark when the Godless, materialistic and aggressive European civilization marched in triumph against the Islamic world. It staged military occupations, destroyed all spiritual values and put an end to the spirit of co-operation, replacing these with the most hideous forms of capitalistic exploitation and a life-long misery to the poor. This feudalistic system imported as it was from Europe still continues to linger in some of the Muslim lands with all those features that characterized its parent-the European feudalism. It is quite clear that Islam owes no apology for the presence of it in the contemporary Islamic world, nor is it in any way responsible for its emergence or existence. It could be held responsible only if it were a ruling power in the Muslim lands. Some Muslim rulers are at present ruling their peoples in accordance with the constitutions and laws imported from various European countries rather than according to the Islamic laws. They remain the most faithful followers of their western masters that were ever witnessed on the face of the earth.
De la discussion qui précède, certains faits se dégagent clairement et sont devenus le centre du conflit idéologique qui fait rage dans le monde moderne. Parmi ceux-ci, les faits suivants peuvent être soulignés :
From the above discussion certain facts stand out clearly that have become a centre of the ideological conflict raging in the modern World. Of these the following facts may be pointed out:
(1) Ce n'est pas le facteur de la propriété en tant que tel qui ouvre inexorablement la voie à la croissance du féodalisme sans que la volonté humaine n'ait de part dans son accroissement. C'est plutôt la manière de posséder et la nature de la relation entre les propriétaires de la terre et ceux qui n'ont pas de terre en leur possession qui favorisent sa croissance. C'est pourquoi la propriété existait dans le monde islamique et pourtant le féodalisme n'existait pas, car l'idéologie de l'Islam ainsi que ses diverses applications à la vie pratique établissent entre les individus des relations telles qu'elles ne favorisent pas la croissance du féodalisme.
(1) It is not the factor of ownership as such that inexorably paves the way for the growth of feudalism with human will having no part in its enhancement. It is rather the manner of possessing and the nature of relationship between the owners of the land and those who have no land in their possession that favor its growth. That is why ownership was there in the Islamic world and yet feudalism did not exist because the ideology of Islam as well as its various applications to practical life establish between the individuals such relationships as do not favor the growth of feudalism.
(2) Si l'Europe fut condamnée au féodalisme, ce n'est pas parce que le féodalisme est une étape essentielle de l'évolution sur le chemin de l'évolution que l'humanité ne pourrait jamais contourner, même si elle le souhaitait. L'Europe en a plutôt souffert en raison du fait qu'elle ne possédait aucun système ou credo qui aurait pu réguler les relations humaines et offrir une orientation intellectuelle saine. S'il y avait eu un tel credo et une telle idéologie, comme c'était le cas dans le monde de l'Islam, pour guider et organiser leurs relations socio-économiques, aucun féodalisme n'aurait jamais pu surgir ou prospérer en Europe.
(2) If Europe was condemned to feudalism it was not because feudalism is an essential stage of evolution on the path of evolution that can never be bypassed by mankind even if it should so desire. Europe suffered from it rather because of the fact that it did not possess any system or creed such as might have regulated human relationships and offered a sound intellectual guidance. Had there been present such a creed and ideology as was the case with the world of Islam, to guide and organize their socioeconomic relationships, no feudalism could ever have sprung up or flourished in Europe.
(3) Les différentes étapes de l'évolution économique — la première société communiste, l'esclavage, le féodalisme, le capitalisme et enfin la société communiste finale — que les matérialistes dialectiques décrivent comme un phénomène commun dans l'histoire de l'humanité, n'ont en réalité aucune existence en dehors de l'histoire européenne. Ces étapes n'ont jamais été franchies par aucun peuple en dehors de l'Europe. Le monde de l'Islam n'est jamais passé, dans toute son histoire, par l'étape du féodalisme ; il n'est pas non plus parvenu, en tant que tel, jusqu'à l'étape du communisme jusqu'à présent, et il n'atteindra jamais cette étape.
(3) The different stages of economic evolution-first communist society, slavery, feudalism, capitalism and then the final communist society-which the dialectical materialists describe as a common phenomenon in the history of mankind, really have no existence whatsoever outside the European history. These stages were never passed through by any people outside Europe. The world of Islam never in its whole history passed through the stage of feudalism; it has never also as such till now come to the stage of communism, nor will it ever reach that stage.
1 Dunlop était le fonctionnaire britannique chargé par les autorités coloniales britanniques de planifier et de superviser la politique éducative en Égypte.
1 Dunlop was the British official entrusted by British colonialist authorities to plan and supervise educational policy in Egypt.
1 An-Nizam-ul-Ishliraki "Communism"-pp, 22-23.
1 An-Nizam-ul-Ishliraki "Communism"-pp, 22-23.