Évident de soi – Pourquoi l'athéisme est contre nature
Self-evident – Why Atheism Is Unnatural
Imaginez un soir, vous recevez un appel de David, l'un de vos anciens camarades de classe avec qui vous étiez assis pendant les cours de sciences. Vous ne lui avez pas parlé depuis des années, mais vous vous souvenez des questions bizarres qu'il avait l'habitude de vous poser. Bien que vous le trouviez agréable, vous n'étiez pas adepte de ses idées. À contrecœur, vous répondez au téléphone. Après un bref échange de salutations, il vous invite à déjeuner avec lui. Vous acceptez son invitation sans grand enthousiasme. Pendant le déjeuner, il demande : « Puis-je te dire quelque chose ? » Vous répondez positivement, et il commence à vous exprimer quelque chose que vous n'avez jamais entendu auparavant : « Tu sais, le passé — comme ce que tu as fait hier, l'année dernière, et remontant jusqu'à ta naissance — n'est pas réellement arrivé. C'est juste une illusion dans ta tête. Alors, ma question est la suivante : crois-tu que le passé existe ? » En tant que personne rationnelle, vous n'êtes pas d'accord avec son affirmation et vous répondez : « Quelles preuves as-tu pour prouver que le passé n'existe pas ? » Maintenant, rembobinez la conversation et imaginez que vous avez passé tout le repas à essayer de prouver que le passé est quelque chose qui s'est réellement produit. Quel scénario préférez-vous ?
Imagine one evening you receive a call from David, one of your old school friends you used to sit next to during science lessons. You haven’t spoken to him for years, but you remember the weird questions he used to ask you. Although you found him pleasant, you were not a fan of his ideas. Reluctantly you answer the phone. After a brief exchange of greetings, he invites you to have lunch with him. You half-heartedly accept his invitation. During lunch he asks, “Can I tell you something?” You reply positively, and he begins to express to you something that you haven’t heard before: “You know, the past— like what you did yesterday, last year, and all the way back to your birth—didn’t really happen. It’s just an illusion in your head. So, my question to you is do you believe the past exists?” As a rational person you do not agree with his assertion and you reply, “What evidence do you have to prove that the past does not exist?” Now rewind the conversation, and imagine you spent the whole meal trying to prove that the past is something that really happened. Which scenario do you prefer?
La raison pour laquelle vous préférez le premier scénario est que vous — comme le reste des personnes raisonnables — considérez la réalité du passé comme une vérité évidente en soi. Comme pour toutes les vérités évidentes en soi, si quelqu'un les conteste, la charge de la preuve incombe à celui qui les a remises en question. Appliquons maintenant cela à un dialogue entre un théiste et un athée.
The reason you prefer the first scenario is because you—like the rest of the reasonable people out there—regard the reality of the past as a self-evident truth. As with all self-evident truths, if someone challenges them, the burden of proof is on the one who has questioned them. Now let’s apply this to a theist-atheist dialogue.
Un théiste invite son ami athée à dîner et, pendant le repas, l'athée affirme : « Tu sais, Dieu n'existe pas. Il n'y a aucune preuve de son existence. » Le théiste répond par une rafale de différents arguments en faveur de l'existence de Dieu. Cependant, le théiste a-t-il adopté la bonne stratégie ? Avant de présenter un cas positif pour l'existence de Dieu, ne devrions-nous pas chercher à comprendre pourquoi la remise en question de l'existence de Dieu est considérée comme la question par défaut ? La question ne devrait pas être : Dieu existe-t-il ? Elle devrait plutôt être : Quelles raisons avons-nous de rejeter Son existence ? Maintenant, ne vous méprenez pas sur mes propos. Je crois que nous avons de nombreux bons arguments qui soutiennent la croyance en Dieu, et ceux-ci sont abordés dans ce livre. Le point que je soulève ici est que s'il n'y a pas d'arguments contre l'existence de Dieu, alors la position rationnelle par défaut est la croyance en la Divinité. Autrement, cela reviendrait à remettre en question la réalité du passé sans aucune bonne raison de le faire. De ce point de vue, l'athéisme est contre nature.
A theist invites his atheist friend for dinner, and during the meal the atheist asserts, “You know, God does not exist. There’s no evidence for his existence.” The theist replies with a barrage of different arguments for God’s existence. However, has the theist adopted the right strategy? Before we present a positive case for God’s existence, shouldn’t we be probing why questioning God’s existence is the assumed default question? It shouldn’t be: Does God exist? Rather, it should be: What reasons do we have to reject His existence? Now, do not get me wrong. I believe we have many good arguments that support a belief in God, and these are discussed in this book. The point I am raising here is that if there are no arguments against God’s existence, then the rational default position is the belief in the Divine. Otherwise, it would be tantamount to questioning the reality of the past without any good reason to do so. From this perspective atheism is unnatural.
Vérités évidentes.
Self-evident truths.
Nous considérons que de nombreuses croyances sont manifestement vraies. Cela signifie que la croyance peut être décrite comme naturelle ou vraie par défaut. Certaines d'entre elles incluent :
We consider many beliefs to be self-evidently true. This means the belief can be described as natural or true by default. Some of them include:
• L'uniformité de la nature.
• The uniformity of nature.
• La loi de causalité.
• The law of causality.
• La réalité du passé.
• The reality of the past.
• La validité de notre raisonnement.
• The validity of our reasoning.
• L'existence d'autres esprits.
• The existence of other minds.
• L'existence d'un monde extérieur.
• The existence of an external world.
Lorsque quelqu'un remet en question ces vérités, nous n'acceptons pas aveuglément ses conclusions, et nous répondons généralement : « Quelle preuve avez-vous pour les rejeter ? ».
When someone questions these truths, we do not blindly accept their conclusions, and we usually reply, “What evidence do you have to reject them?”.
Ces vérités sont évidentes en soi car elles se caractérisent par le fait d'être :
These truths are self-evident because they are characterised by being:
• Universel : Ce n'est pas le produit d'une culture spécifique, ils sont transculturels. Cela n'implique pas que tout le monde croit en la vérité, ou qu'il existe une sorte de consensus. La vérité évidente ne naît pas de conditions sociales spécifiques.
• Universal: Not a product of a specific culture, they are cross-cultural. This doesn’t imply that everyone believes in the truth, or that there is some kind of consensus. The self-evident truth is not born out of specific social conditions.
• Non enseignés : Ne reposent pas sur un transfert d'informations. Ils ne sont pas acquis via des informations externes à votre introspection et à vos sens. En d'autres termes, ils ne s'apprennent pas par l'acquisition de connaissances.
• Untaught: Not based on information transfer. They are not acquired via information external to your introspection and senses. In other words, they are not learnt via acquiring knowledge.
• Naturel : Formé en raison du fonctionnement naturel du psychisme humain.
• Natural: Formed due to the natural functioning of the human psyche.
• Intuitif : L'interprétation la plus simple et la plus complète du monde.
• Intuitive: The simplest and most comprehensive interpretation of the world.
Appliquons les caractéristiques ci-dessus à la croyance selon laquelle le passé est réel.
Let’s apply the above features to the belief that the past is real.
La réalité du passé est une vérité évidente en soi car elle est universelle, non enseignée, naturelle et intuitive. C'est une vérité universelle parce que la plupart des cultures — sinon toutes — ont la croyance en un passé, selon le point de vue que le passé fut autrefois le présent. Cela montre clairement que cette croyance n'est pas le résultat de circonstances sociales spécifiques. La croyance en le passé est également non enseignée, car lorsque quelqu'un réalise pour la première fois que le passé était un état de fait réel, cela ne repose pas sur le fait que quelqu'un le lui ait dit ou sur un quelconque type d'apprentissage. Personne ne grandit en se faisant dire par ses parents que le passé était réel. Cette croyance est acquise via sa propre expérience. La réalité du passé est également naturelle. Les personnes dotées de facultés rationnelles normales s'accordent à dire que le passé est constitué de choses qui se sont produites.
The reality of the past is a self-evident truth because it is universal, untaught, natural and intuitive. It is a universal truth because most—if not all—cultures have a belief in the past, from a point of view that the past was once the present. This clearly shows that the belief is not a result of specific social circumstances. The belief in the past is also untaught, because when someone first realises that the past was an actual state of affairs, it is not based on someone telling them or any type of learning. No one grows up being told by his or her parents that the past was real. This belief is acquired via their own experience. The reality of the past is also natural. People with normal rational faculties agree that the past consists of things that happened.
Enfin, la croyance selon laquelle le passé a un jour existé est l'interprétation la plus simple et la plus complète de nos expériences, et elle repose sur une compréhension innée du monde. Prétendre que le passé est une illusion soulève plus de problèmes qu'elle n'en résout. Cela n'explique pas de manière exhaustive nos souvenirs, notre expérience de la profondeur temporelle et l'histoire enregistrée.
Finally, the belief that the past once happened is the simplest and most comprehensive interpretation of our experiences, and it is based on an innate understanding of the world. To claim that the past is an illusion raises more problems than it solves. It doesn’t comprehensively explain our memories, our experience of temporal depth and recorded history.
Dieu : une vérité évidente.
God: a self-evident truth.
Tout comme la croyance selon laquelle le passé fut autrefois le présent, l'existence de Dieu est également une vérité évidente en soi. Ce que l'on entend par « Dieu » dans ce chapitre est le concept fondamental d'un créateur, d'une cause personnelle non humaine ou d'un concepteur. Cela ne fait pas référence à une conception religieuse particulière d'une divinité ou de Dieu. La discussion suivante explique pourquoi la croyance en cette idée fondamentale de Dieu est universelle, non enseignée, naturelle et intuitive. Veuillez noter que ce chapitre ne vise pas à prouver l'existence de Dieu. Il vise plutôt à souligner que la position par défaut d'une croyance en un créateur ou en une cause ultime est plus cohérente que la position de l'athée.
Just like the belief that the past was once the present, the existence of God is also a self-evident truth. What is meant by ‘God’ in this chapter is the basic concept of a creator, a nonhuman personal cause or designer. It does not refer to a particular religious conception of a deity or God. The following discussion explains why the belief in this basic idea of God is universal, untaught, natural and intuitive. Please note, this chapter does not aim to prove God’s existence. Rather, it aims to highlight that the default position of a belief in a creator or an ultimate cause is more coherent than the atheist’s position.
Universel.
Universal.
L'idée fondamentale sous-jacente d'un créateur, ou d'une cause surnaturelle pour l'univers, est transculturelle. Elle ne dépend pas de la culture, mais la transcende, tout comme la croyance en la causalité et en l'existence d'autres esprits. Par exemple, l'idée que d'autres personnes possèdent un esprit existe dans toutes les cultures, une croyance partagée par la plupart des personnes rationnelles. L'existence de Dieu ou d'une cause surnaturelle est une croyance universellement tenue et n'est pas le produit d'une culture spécifique. Différentes conceptions de Dieu sont détenues dans diverses cultures, mais cela n'annule pas l'idée de base d'un créateur ou d'une cause personnelle non humaine.
The basic underlying idea of a creator, or a supernatural cause for the universe, is cross-cultural. It is not contingent on culture, but transcends it, like the belief in causality and the existence of other minds. For example, the idea of other people having minds exists in all cultures, a belief held by most rational people. The existence of God or a supernatural cause is a universally held belief and not the product of one specific culture. Different conceptions of God are held in various cultures, but this does not negate the basic idea of a creator or nonhuman personal cause.
Malgré le nombre d'athées dans le monde, la croyance en Dieu est universelle. Une croyance universelle ne signifie pas que chaque personne sur la planète doit y croire. Un consensus transculturel est une preuve suffisante pour étayer l'affirmation selon laquelle les gens croient universellement en l'existence de Dieu, et par conséquent, cela n'est pas dû à des conditions sociales spécifiques. Évidemment, il y a bien plus de théistes que d'athées dans le monde, et cela est le cas depuis le début de l'histoire enregistrée.
In spite of the number of atheists in the world, the belief in God is universal. A universal belief does not mean every single person on the planet must believe in it. A cross-cultural consensus is enough evidence to substantiate the claim that people universally believe in God’s existence, and therefore, it is not due to specific social conditions. Evidently, there are many more theists than atheists in the world, and this has been the case from the beginning of recorded history.
Non instruit.
Untaught.
Les vérités évidentes n'ont pas besoin d'être enseignées ou apprises. Par exemple, pour que je sache ce qu'est le spaghetti, j'ai besoin d'informations sur la cuisine occidentale et la culture italienne. Je ne peux pas savoir ce qu'est le spaghetti simplement en y réfléchissant. En revanche, vous n'avez besoin d'aucune information, qu'elle soit issue de la culture ou de l'éducation, pour savoir qu'un créateur des choses existe. C'est peut-être la raison pour laquelle les sociologues et les anthropologues soutiennent que même si des enfants athées étaient échoués sur une île déserte, ils finiraient par croire que quelque chose a créé l'île.91 Notre compréhension de Dieu diffère, mais la croyance sous-jacente en une cause ou un créateur est basée sur nos propres réflexions.
Self-evident truths do not need to be taught or learnt. For example, for me to know what spaghetti is, I require information of western cuisine and Italian culture. I cannot know what spaghetti is merely by reflecting on it. By contrast, you do not require any information, whether from culture or education, to know a creator for things exists. This may be the reason why sociologists and anthropologists argue that even if atheist children were stranded on a desert island, they would come to believe that something created the island.91 Our understanding of God differs, but the underlying belief in a cause or creator is based on our own reflections.
Certains athées s'exclament : « Croire en Dieu n'est pas différent de croire au monstre de spaghetti ». Cette objection est manifestement fausse. Les vérités évidentes par elles-mêmes ne nécessitent pas d'informations externes. L'idée que les monstres existent, ou même que les spaghettis existent, nécessite un transfert d'informations. Personne n'acquiert la connaissance des monstres ou des spaghettis par ses propres intuitions ou par l'introspection. Par conséquent, le monstre de spaghetti n'est pas une vérité évidente par elle-même ; ainsi, la comparaison avec Dieu ne peut être établie. En détournant notre attention du contexte de ce chapitre, cette objection échoue également, car il existe de nombreux bons arguments pour l'existence de Dieu et aucun bon argument pour l'existence d'un monstre de spaghetti.
Some atheists exclaim, “Believing in God is no different than believing in the spaghetti monster”. This objection is obviously false. Self-evident truths do not require external information. The idea that monsters exist, or even that spaghetti exists, requires information transfer. No one acquires knowledge of monsters or spaghetti by their own intuitions or introspection. Therefore, the spaghetti monster is not a self-evident truth; thus, the comparison with God cannot be made. Diverting our attention from the context of this chapter, this objection also fails, as there are many good arguments for God’s existence and no good arguments for the existence of a spaghetti monster.
Naturel.
Natural.
La croyance en une sorte de concepteur ou de cause surnaturelle repose sur le fonctionnement naturel du psychisme humain. Les gens trouvent naturellement absurde l'idée d'un tableau sans peintre ou d'un bâtiment sans constructeur. Il en va de même pour l'ensemble du cosmos. Le concept de l'existence évidente de Dieu a été un sujet de discussion érudit dans la tradition intellectuelle islamique. Le savant classique Ibn Taymiyya a expliqué que « l'affirmation d'un Créateur est fermement enracinée dans le cœur de tous les hommes... elle fait partie des nécessités contraignantes de leur création... ». 92 Le savant du XIIe siècle Al-Raghib al-Asfahani affirme de la même manière que la connaissance de Dieu « est fermement enracinée dans l'âme ».93 Outre la position islamique, une multitude de recherches dans divers domaines soutiennent la conclusion que nous sommes destinés à voir le monde comme étant créé et conçu.
Belief in some type of supernatural designer or cause is based on the natural functioning of the human psyche. People naturally find the idea of a painting without a painter or a building without a builder absurd. This is no different for the entire cosmos. The concept of God’s self-evident existence has been a topic of scholarly discussion in the Islamic intellectual tradition. The classical scholar Ibn Taymiyya explained that “affirmation of a Maker is firmly-rooted in the hearts of all men… it is from the binding necessities of their creation….” 92 The 12th century scholar Al-Raghib al-Asfahani similarly asserts that knowledge of God “is firmly-rooted in the soul”.93 As well as the Islamic position, a wealth of research in various fields supports the conclusion that we are meant to see the world as created and designed.
Preuves psychologiques.
Psychological evidence.
L'universitaire Olivera Petrovich a mené des recherches concernant les origines des choses naturelles, telles que les plantes et les animaux, et elle a constaté que les enfants d'âge préscolaire étaient environ sept fois plus susceptibles de dire que Dieu les a créés plutôt que les humains.94 Dans ses entretiens populaires, y compris dans la correspondance privée que j'ai eue avec elle, Petrovich conclut que la croyance en un Dieu non anthropomorphique semble être naturelle, et que l'athéisme est une position cognitive acquise.95 Petrovich a publié un livre intitulé Natural-Theological Understanding from Childhood to Adulthood qui approfondit cette question. Le psychologue Paul Bloom soutient que les découvertes récentes en psychologie cognitive indiquent que deux aspects clés de la croyance religieuse — la croyance en un concepteur et la croyance au dualisme corps-esprit — sont naturels chez les jeunes enfants.96 Dans l'article Are Children ‘Intuitive Theists’? La professeure Deborah Kelemen a exploré des recherches suggérant que les jeunes enfants ont une propension à penser les objets naturels en termes de but et d'intention. Bien que davantage de recherches soient nécessaires, et que cela ne suggère que provisoirement des preuves pour soutenir le « théisme intuitif », le résumé de Kelemen indique plus avant les conclusions que nous avons discutées dans ce chapitre :
The academic Olivera Petrovich conducted research concerning the origins of natural things, such as plants and animals, and she found that pre-schoolers were about seven times more likely to say God created them rather than humans.94 In her popular interviews, including private correspondence I have had with her, Petrovich concludes that the belief in a non-anthropomorphic God seems to be natural, and that atheism is an acquired cognitive position.95 Petrovich has published a book called Natural-Theological Understanding from Childhood to Adulthood that elaborates further on this issue. Psychologist Paul Bloom argues that recent findings in cognitive psychology indicate that two key aspects of religious belief—belief in a designer, and belief in mind-body dualism—are natural to young children.96 In the article Are Children ‘Intuitive Theists’? Professor Deborah Kelemen explored research that suggested young children have a propensity to think about natural objects in terms of purpose and intention. Although more research is required, and it only tentatively suggests evidence to support ‘intuitive theism’, Kelemen’s summary further indicates the conclusions we have been discussing in this chapter:
« Un examen des recherches récentes sur le développement cognitif révèle que, vers l'âge de 5 ans, les enfants comprennent que les objets naturels ne sont pas d'origine humaine, peuvent raisonner sur les états mentaux d'agents non naturels et démontrent la capacité de percevoir les objets en termes de dessein. Enfin, des preuves provenant d'enfants de 6 à 10 ans suggèrent que l'attribution de buts par les enfants à la nature est liée à leurs idées concernant la causalité non humaine intentionnelle. Ensemble, ces résultats de recherche suggèrent que l'approche explicative des enfants peut être décrite avec précision comme un théisme intuitif. » Des recherches récentes menées par Elisa Järnefelt, Caitlin F. Canfield et Deborah Kelemen, intitulées *The divided mind of a disbeliever: Intuitive beliefs about nature as purposefully created among different groups of non-religious adults*, ont conclu qu'il existe une propension naturelle à voir la nature comme étant conçue.98 Cette conclusion s'appuyait sur trois études. L'étude 1 était basée sur un échantillon de 352 adultes nord-américains. L'échantillon comprenait des participants religieux et non religieux. La procédure impliquait une tâche de création accélérée qui était « une procédure basée sur des images conçue pour mesurer les tendances automatiques et réflexives des adultes à approuver les phénomènes naturels comme étant faits intentionnellement par un être »99. Les participants étaient assignés de manière aléatoire soit à une condition accélérée, soit à une condition non accélérée. Tous les participants se sont vu présenter 120 images sur un ordinateur. Ils devaient ensuite juger si « un être avait fait intentionnellement la chose sur l'image » et répondre par oui ou par non en appuyant sur les touches correspondantes d'un clavier.100
“A review of recent cognitive developmental research reveals that by around 5 years of age, children understand natural objects as not humanly caused, can reason about non-natural agents’ mental states, and demonstrate the capacity to view objects in terms of design. Finally, evidence from 6- to 10- year-olds suggests that children’s assignments of purpose to nature relate to their ideas concerning intentional nonhuman causation. Together, these research findings suggest that children’s explanatory approach may be accurately described as intuitive theism.” Recent research by Elisa Järnefelt, Caitlin F. Canfield and Deborah Kelemen, titled The divided mind of a disbeliever: Intuitive beliefs about nature as purposefully created among different groups of non-religious adults, concluded that there is a natural propensity to see nature as designed.98 This conclusion was grounded in three studies. Study 1 was based on a sample of 352 North American adults. The sample included religious and non-religious participants. The procedure involved a speeded creation task which was “a picture-based procedure devised to measure adults’ automatic and reflective tendencies to endorse natural phenomena as purposefully made by some being”99. The participants were randomly assigned either to a speeded or an unspeeded condition. All of the participants were presented with 120 pictures on a computer. They were then to judge whether “any being purposefully made the thing in the picture” and respond yes or no by pressing the relevant keys on a keyboard.100
L'étude 2 était basée sur 148 adultes nord-américains « qui ont été recrutés via les listes de diffusion par courriel d'associations et d'organisations athées et d'autres explicitement non religieuses »101. La même tâche de création rapide que celle de l'étude 1 a été soumise aux participants de l'étude 2. L'étude 3 était basée sur 151 adultes athées finlandais « recrutés via les listes de diffusion par courriel d'associations et d'organisations étudiantes partout en Finlande »102. Ce groupe a reçu une tâche de création rapide similaire. Les résultats étaient fascinants. Dans leur discussion, les universitaires concluent que les athées percevaient les choses comme ayant été faites de manière intentionnelle :
Study 2 was based on 148 North American adults “who were recruited via the email lists of atheist and other explicitly non-religious associations and organizations”101. The same speeded creation task of Study 1 was given to the participants in Study 2. Study 3 was based on 151 Finnish atheist adults “recruited via the email lists of student associations and organizations all around Finland”102. This group was given a similar speeded created task. The results were fascinating. In their discussion the academics conclude that atheists saw things as purposefully made:
« En cohérence avec l'Étude 1 et l'Étude 2, l'Étude 3 a révélé que les participants non religieux dans le nord de la Finlande, où la non-religion n'est pas un problème et où le discours culturel théiste n'est pas présent de la même manière qu'aux États-Unis, ont tendance par défaut à considérer les phénomènes naturels, qu'ils soient vivants ou non vivants, comme ayant été créés de manière intentionnelle par un être non humain lorsque leur traitement cognitif est restreint. Curieusement, les comparaisons entre les différents groupes de participants non religieux dans les trois études ont montré que, malgré l'absence d'un discours culturel théiste prédominant, les participants finlandais non religieux étaient plus susceptibles que les athées nord-américains de ne pas parvenir à réprimer leur niveau global d'adhésion à la création. Ce schéma de résultats montre que le discours culturel théiste ambiant n'est donc pas le seul facteur qui explique la tendance des gens à adhérer à une création intentionnelle dans la nature. »
“Consistent with Study 1 and Study 2, Study 3 revealed that non-religious participants in Nordic Finland, where non-religiosity is not an issue and where theistic cultural discourse is not present in the way it is in the United States, default to viewing both living and non-living natural phenomena as purposefully made by a non-human being when their processing is restricted. Interestingly, comparisons across the different groups of non-religious participants in all three studies showed that, despite the absence of prominent theistic cultural discourse, non-religious Finnish participants were more likely than North American atheists to fail in suppressing their overall level of creation endorsement. This pattern of results shows that ambient theistic cultural discourse is therefore not the only factor that explains people’s tendency to endorse purposeful creation in nature.”.
Les conclusions générales de cette recherche incluent le fait que les résultats « apportent un soutien empirique à la proposition selon laquelle la non-croyance religieuse demande un effort cognitif »104 et que « les conclusions actuelles suggèrent qu'il existe une tendance naturelle profondément enracinée à considérer la nature comme étant conçue ».105 En d'autres termes, la non-croyance est intellectuellement épuisante, et le fait de percevoir les choses comme étant conçues fait partie de ce qui nous rend humains. L'étude suggère que le théisme est inné. Cependant, comme pour la plupart des recherches, « de nombreuses questions subsistent concernant les liens possibles entre ces intuitions de conception qui se développent tôt ».106
The general conclusions of this research include the fact that the results “lend empirical support to the proposal that religious non-belief is cognitively effortful”104 and that “the current findings suggest that there is a deeply rooted natural tendency to view nature as designed”.105. In other words, non-belief is intellectually exhausting, and seeing things as designed is part of what makes us human. The study suggests that theism is innate. However, as with most research, “many questions remain regarding possible connections between these early developing design intuitions”.106.
Des recherches bien plus approfondies sont nécessaires, tant en psychologie cognitive que développementale, pour former des conclusions définitives. Cependant, les études susmentionnées soutiennent l'idée que la croyance en Dieu est naturelle. Certains objecteurs pourraient citer des recherches suggérant que les enfants issus de milieux religieux ont des difficultés à distinguer la réalité de la fantaisie à un jeune âge. Ces recherches ne peuvent pas infirmer les conclusions précitées, car les études se sont concentrées uniquement sur les récits religieux et non sur le concept de choses nécessitant un concepteur ou un créateur.107 Même ainsi, le fait que les enfants religieux puissent avoir des difficultés à distinguer la réalité de la fiction reste métaphysiquement neutre, car suggérer que cela soutient l'athéisme plutôt que le théisme revient à présupposer que l'athéisme est vrai et que le théisme est une fiction. De telles recherches n'invalideraient pas les conclusions mentionnées ci-dessus. Il convient de souligner qu'une partie des recherches que j'ai présentées ci-dessus a des implications transculturelles, ce qui signifie que, quels que soient les antécédents théistes ou athées des participants, ils avaient une tendance à avoir des intuitions de type théiste.
Much more research is required in both cognitive and developmental psychology to form any definitive conclusions. However, the above studies support the view that the belief in God is natural. Some objectors may cite research that suggests that children from religious backgrounds have difficulty distinguishing between reality and fantasy at a young age. This research cannot undermine the aforementioned conclusions, because the studies only focused on religious narratives and not the concept of things requiring a designer or creator.107 Even so, the fact that religious children may have difficulty distinguishing between reality and fiction is still metaphysically neutral, because to suggest that it supports atheism rather than theism assumes that atheism is true and theism is fiction. Such research would not invalidate the findings mentioned above. It must be pointed out that some of the research I have presented above has cross-cultural implications, which means that regardless of the participants’ theist and atheist backgrounds, they had a tendency to have theist-like intuitions.
Une autre contention soutient que, puisque certaines recherches montrent que l'athéisme est cognitivement exigeant — ce qui implique qu'une réflexion plus approfondie est nécessaire — cela indiquerait qu'il s'agit de la position la plus rationnelle. Cette objection repose sur une inférence erronée. Les preuves peuvent également suggérer que l'athéisme nécessite l'adoption de suppositions fausses concernant le monde physique (voir le Chapitre 12) ; par conséquent, il devient mentalement éprouvant en conséquence.
Another contention includes that since some of the research shows that atheism is cognitively effortful—which implies that more thought is required—then it indicates that it is the most rational position. This objection is based on a false inference. The evidence can also suggest that atheism requires adopting false assumptions about the physical world (see Chapter 12); hence it becomes mentally taxing as a result.
Je n'ai pas inclus ici toutes les recherches pertinentes. Les discussions peuvent être assez complexes et bien qu'il existe des études contradictoires, elles sont — à mon avis — moins concluantes. L'objectif principal de cette discussion est de montrer une tendance croissante dans la recherche qui soutient l'idée que la croyance en l'existence de Dieu est naturelle.
I have not included all of the relevant research here. The discussions can be quite complex and although there are contradictory studies, they are—in my view—less conclusive. The main objective of this discussion is to show a growing trend in the research that supports the view that the belief in God’s existence is natural.
Preuves sociologiques et anthropologiques.
Sociological and anthropological evidence.
Les recherches du professeur Justin Barrett dans son livre, *Born believers: the science of children’s religious belief*, ont porté sur le comportement et les affirmations des enfants. Il en a conclu que les enfants croyaient en ce qu'il appelle la « religion naturelle ». Il s'agit de l'idée qu'il existe un Être personnel qui a créé l'univers entier. Cet Être ne peut être humain — il doit être divin, surnaturel :
Professor Justin Barrett’s research in his book, Born believers: the science of children’s religious belief, looked at the behaviour and claims of children. He concluded that the children believed in what he calls “natural religion”. This is the idea that there is a personal Being that created the entire universe. That Being cannot be human—it must be divine, supernatural:
« La recherche scientifique sur le développement de l'esprit des enfants et les croyances surnaturelles suggère que les enfants acquièrent normalement et rapidement des esprits qui facilitent la croyance en des agents surnaturels. Particulièrement durant la première année suivant la naissance, les enfants distinguent les agents des non-agents, comprenant les agents comme étant capables de se mouvoir eux-mêmes de manière intentionnelle pour poursuivre des objectifs. Ils sont impatients de trouver une agentivité autour d'eux, même en présence de preuves minces. Peu de temps après leur premier anniversaire, les bébés semblent comprendre que les agents, mais pas les forces naturelles ou les objets ordinaires, peuvent créer de l'ordre à partir du désordre... Cette tendance à voir une fonction et un but, ajoutée à la compréhension que le but et l'ordre proviennent d'êtres dotés d'un esprit, rend les enfants susceptibles de percevoir les phénomènes naturels comme étant créés intentionnellement. Qui est le Créateur ? Les enfants savent que les humains ne sont pas de bons candidats. Cela a dû être un dieu... les enfants naissent croyants de ce que j'appelle la religion naturelle... »108
“Scientific research on children’s developing minds and supernatural beliefs suggests that children normally and rapidly acquire minds that facilitate belief in supernatural agents. Particularly in the first year after birth, children distinguish between agents and non-agents, understanding agents as able to move themselves in purposeful ways to pursue goals. They are keen to find agency around them, even given scant evidence. Not long after their first birthday, babies appear to understand that agents, but not natural forces or ordinary objects, can create order out of disorder… This tendency to see function and purpose, plus an understanding that purpose and order come from minded beings, makes children likely to see natural phenomena as intentionally created. Who is the Creator? Children know people are not good candidates. It must have been a god… children are born believers of what I call natural religion….”108
Intuitif.
Intuitive.
L'existence d'un créateur est l'interprétation la plus intuitive du monde. C'est l'explication la plus simple et la plus complète de l'univers et de notre existence. Elle est également facile à comprendre sans instruction explicite. Les êtres humains ont une tendance naturelle à attribuer des causes aux choses en tout temps, et le cosmos entier est l'une de ces choses (voir Chapitres 5 et 6). Toutes les intuitions ne sont pas vraies, mais des preuves sont nécessaires pour amener quelqu'un à s'écarter de ses intuitions initiales concernant les choses. Par exemple, lorsque quelqu'un perçoit un dessein et un ordre dans l'univers, la conclusion intuitive est qu'il y a un concepteur (voir Chapitre 8). Pour amener cette personne à changer d'avis, des preuves valides sont nécessaires pour justifier la vue contre-intuitive. La croyance en un Dieu, un créateur, un concepteur ou une cause surnaturelle est une vérité évidente. Elle est universelle, non enseignée, naturelle et intuitive. Sous cet angle, la bonne question à poser n'est pas : Dieu existe-t-il ? La bonne question devrait être : Pourquoi rejetez-vous l'existence de Dieu ? De cette manière, vous aurez renversé la situation, et à juste titre ; l'athéisme est contre nature. La charge de la preuve incombe à celui qui conteste une vérité évidente. Lorsque quelqu'un affirme que le passé est une illusion ou que les autres personnes n'ont pas d'esprit, il ou elle doit assumer la charge de la preuve. Les athées ne sont pas différents. Ils doivent justifier leur rejet d'une cause ou d'un créateur pour l'univers.
The existence of a creator is the most intuitive interpretation of the world. It is the simplest and most comprehensive explanation of the universe and our existence. It is also easy to understand without explicit instruction. Human beings have an affinity to attribute causes to things all the time, and the entire cosmos is one of those things (see Chapters 5 and 6). Not all intuitions are true, but evidence is required to make someone depart from their initial intuitions about things. For example, when someone perceives design and order in the universe, the intuitive conclusion is that there is a designer (see Chapter 8). To make that person change their mind, valid evidence is required to justify the counter-intuitive view. The belief in a God, creator, designer or supernatural cause is a self-evident truth. It is universal, untaught, natural and intuitive. In this light, the right question to ask is not: Does God exist? The right question should be: Why do you reject God’s existence? This way you will have turned the tables and rightly so; atheism is unnatural. The onus of proof is on someone who challenges a self-evident truth. When someone claims that the past is an illusion or that other people do not have minds, he or she would have to shoulder the burden of proof. Atheists are no different. They have to justify their rejection of a cause or creator for the universe.
« L'athéisme est une vérité évidente » Certains athées soutiennent que l'athéisme est vrai par défaut. Cependant, le rejet d'une cause ou d'un créateur n'est pas une évidence. Bien que l'athéisme soit désormais une position universelle (et l'a peut-être toujours été depuis le début de l'histoire écrite), il s'apprend et est contre-intuitif. Les gens doivent apprendre à rejeter le concept d'un créateur ou d'une cause pour les choses. Nier l'existence d'un créateur pour l'univers n'est pas l'explication la plus simple et la plus complète. Cela peut être simple, mais cela ne fournit pas une explication exhaustive. En réalité, cela crée bien plus de problèmes que cela n'en résout. Par exemple, comment l'univers aurait-il pu apparaître à partir de rien (voir le Chapitre 5) ? Comment cet univers contingent pourrait-il n'avoir aucune explication pour son existence (voir le Chapitre 6) ? L'athée peut répondre en disant qu'il existe des explications alternatives pour les origines et la nature de l'univers. C'est vrai. Cependant, ces explications ne sont pas évidentes. Elles ne sont pas la position par défaut ; ce sont des positions acquises. Comme mentionné précédemment, afin de rejeter ce qui est considéré comme une évidence, il faut fournir des preuves. Je ne rejette pas les explications alternatives concernant l'existence du cosmos, je souligne simplement quelle est la position par défaut. Puisque l'idée fondamentale d'un créateur est vraie par défaut, la première question que nous devrions poser est : de quelles preuves disposons-nous pour rejeter l'existence d'un créateur ?
“Atheism is self-evidently true” Some atheists argue that atheism is true by default. However, the rejection of a cause or a creator is not self-evident. Although atheism is now also a universal position (and may have been since the beginning of recorded history), it is taught and is counter-intuitive. People have to learn to reject the concept of a creator or cause for things. Denying a creator for the universe is not the simplest and most comprehensive explanation. It may be simple, but it does not provide a comprehensive explanation. It actually creates far more problems than it solves. For instance, how could the universe come into existence from nothing (see Chapter 5)? How could this contingent universe have no explanation for its existence (see Chapter 6)? The atheist may respond by saying that there are alternative explanations for the origins and nature of the universe. This is true. However, these explanations are not self-evident. They are not the default; they are acquired positions. As mentioned previously, in order to reject what is considered self-evident, one must provide evidence. I am not dismissing alternative explanations for the existence of the cosmos, I am merely pointing out what is the default position. Since the basic idea of a creator is true by default, the first question we should ask is: What evidence do we have to reject the existence of a creator?.
La disposition innée : fitrah.
The innate disposition: fitrah.
Dieu en tant que vérité évidente se rapporte au concept théologique islamique concernant la fitrah. Le mot provient de la racine trilatérale arabe fa ṭa ra (qui se rapporte à des mots tels que fatrun et fatarahu), signifiant une chose créée ou faite. D'un point de vue lexical, la fitrah fait référence à quelque chose qui a été créé en nous par Dieu. Théologiquement, la fitrah est l'état naturel ou la disposition innée de l'être humain qui a été créé par Dieu avec une connaissance innée de Lui et avec l'affinité pour adorer le Divin.109 Cela est basé sur la parole authentique du Prophète Muhammad ﷺ qui déclare : « chaque enfant naît dans un état de fitrah. Ensuite, ses parents font de lui un Juif, un Chrétien ou un Magien... ».110
God as a self-evident truth relates to the Islamic theological concept concerning the fitrah. The word comes from the Arabic trilateral stem fa ṭa ra ( which relates to words such as fatrun and fatarahu), meaning a created or made thing. From a lexical point of view, the fitrah refers to something that has been created within us by God. Theologically, the fitrah is the natural state or the innate disposition of the human being that has been created by God with innate knowledge of Him and with the affinity to worship the Divine.109 This is based on the authentic statement of the Prophet Muhammad صلى الله عليه وسلم which states, “every child is born in a state of fitrah. Then his parents make him a Jew, a Christian or a Magian….”110
Cette tradition prophétique enseigne que chaque être humain possède cette disposition innée, mais que des influences externes telles que l'éducation parentale et, par extension, la société, transforment l'être humain en quelqu'un qui adopte des croyances et des pratiques qui ne sont pas en adéquation avec la connaissance innée de Dieu. De nombreuses discussions érudites ont eu lieu sur le concept de la fitrah. Par exemple, le théologien du XIe siècle Al-Ghazali soutient que la fitrah est un moyen que les gens utilisent pour acquérir la vérité de l'existence de Dieu et qu'Il est digne de notre adoration. Il a également soutenu que la connaissance de Dieu est quelque chose que « chaque être humain possède au plus profond de sa conscience ».111 Ibn Taymiyya, le savant du XIVe siècle, décrit la disposition innée comme quelque chose que Dieu a créé au sein de Sa création et qui contient une connaissance ancrée de Dieu :
This Prophetic tradition teaches that every human being has this innate disposition, but external influences such as parenting and by extension society—change the human being into someone who adopts beliefs and practices that are not in line with the innate knowledge of God. There have been numerous scholarly discussions on the concept of the fitrah. For example, the 11th century theologian Al-Ghazali argues that the fitrah is a means that people use to acquire the truth of God’s existence and that He is entitled to our worship. He also maintained that knowledge of God is something “every human being has in the depths of his consciousness”.111 Ibn Taymiyya, the 14th century scholar, describes the innate disposition as something God created within His creation that contains ingrained knowledge of God:
« ...l'existence d'un Créateur parfait est connue par la fitrah, et cette connaissance est ancrée, nécessaire et évidente. »112
“…the existence of a perfect Creator is known from the fitrah, and this knowledge is ingrained, necessary, and obvious.”112
Bien que la fitrah soit un état naturel, elle peut être « voilée » ou « altérée » par des influences extérieures. Ces influences, comme l'indique la tradition prophétique ci-dessus, peuvent inclure l'éducation parentale, la société et la pression des pairs. Ces influences peuvent obscurcir la fitrah et empêcher quelqu'un de reconnaître la vérité. Ibn Taymiyya soutient que lorsque l'état naturel est obscurci par d'autres influences, la personne peut avoir besoin d'autres preuves de l'existence de Dieu :
In spite of the fact that the fitrah is a natural state, it can be ‘veiled’ or ‘spoiled’ by external influences. These influences, as indicated by the above Prophetic tradition, can include parenting, society and peer pressure. These influences can cloud the fitrah and prevent someone from acknowledging the truth. Ibn Taymiyya argues that when the natural state is clouded with other influences, the person may require other evidences for God’s existence:
« L'affirmation d'un Créateur et de Sa perfection est innée et nécessaire pour celui dont la disposition innée demeure intacte, même si, parallèlement à une telle affirmation, il existe de nombreuses autres preuves à son sujet ; et souvent, lorsque la disposition innée est altérée... beaucoup de gens peuvent avoir besoin de ces autres preuves. »
“Affirmation of a Creator and His perfection is innate and necessary with respect to one whose innate disposition remains intact, even though alongside such an affirmation it has many other evidences for it as well, and often when the innate disposition is altered… many people may be in need of such other evidences.”.
Ces autres preuves peuvent inclure des arguments rationnels. Ibn Taymiyya n'était pas un fervent défenseur des arguments rationnels pour l'existence de Dieu. Il soutenait que la fitrah était le moyen principal d'affirmer le Divin. Cependant, il ne rejetait pas les preuves rationnelles saines concernant l'existence de Dieu.114 Néanmoins, ces arguments rationnels doivent être conformes à la théologie islamique et ne pas adopter de prémisses (ou d'hypothèses) qui la contredisent. Du point de vue de l'épistémologie islamique, il est important de savoir que la conviction en l'existence de Dieu ne découle pas uniquement d'un type de preuve inductive, déductive, philosophique ou scientifique. Au lieu de cela, ces preuves éveillent et dissipent les nuages sur la fitrah afin que l'être humain puisse reconnaître la connaissance innée de Dieu. La vérité de l'existence de Dieu et le fait qu'Il soit digne de notre adoration sont déjà connus par la fitrah. Cependant, la fitrah peut être obscurcie par la socialisation et d'autres influences externes. Par conséquent, le rôle des arguments rationnels est de nous « rappeler » la vérité que nous connaissons déjà. Pour illustrer ce point, imaginez que je nettoie le grenier de ma mère. En déplaçant de vieux sacs et en jetant des objets inutiles, je trouve mon jouet préféré avec lequel je jouais quand j'avais 5 ans. On me rappelle quelque chose dont j'ai déjà la connaissance. Dans mon esprit, je me dis : « Ah oui. Je me souviens de ce jouet. C'était mon préféré. » La vérité de la croyance en Dieu et le fait qu'Il soit digne de notre adoration ne sont pas différents. Les arguments rationnels servent d'éveils spirituels et intellectuels pour réaliser la connaissance qui est contenue dans notre fitrah.
These other evidences can include rational arguments. Ibn Taymiyya was not a strong advocate of rational arguments for God’s existence. He maintained that the fitrah was the main way of affirming the Divine. However, he did not dismiss sound rational proofs for God’s existence.114 Nevertheless, these rational arguments must conform to Islamic theology and not adopt premises (or assumptions) that contradict it. From the perspective of Islamic epistemology, it is important to know that conviction in the existence of God is not solely inferred from some type of inductive, deductive, philosophical or scientific evidence. Instead, these evidences awaken and uncloud the fitrah so the human being can recognise the innate knowledge of God. The truth of God’s existence and the fact that He is worthy of our worship is already known by the fitrah. However, the fitrah can be clouded by socialisation and other external influences. Therefore, the role of rational arguments is to ‘remind’ us of the truth that we already know. To illustrate this point, imagine I am cleaning my mother’s loft. As I move old bags around and throw away unwanted objects, I find my favourite toy that I used to play with when I was 5 years old. I am reminded about something that I already have knowledge of. In my mind I think, “Oh yeah. I remember this toy. It was my favourite.” The truth of believing in God and the fact that He is worthy of our worship is no different. Rational arguments serve as spiritual and intellectual awakenings to realise the knowledge that is contained in our fitrah.
D'autres moyens de dissiper les nuages qui obscurcissent la fitrah incluent l'introspection, les expériences spirituelles, la réflexion et la méditation. Le Coran encourage à questionner et à réfléchir profondément aux choses :
Other ways the fitrah can be unclouded include introspection, spiritual experiences, reflection and pondering. The Qur’an promotes questioning and thinking deeply about things:
« C'est ainsi que Nous expliquons en détail les signes pour ceux qui réfléchissent. »115
“Thus do We explain in detail the signs for who give thought.”115
« En vérité, il y a là un signe pour un peuple qui réfléchit. »116
“Indeed in that is a sign for a people who give thought.”116
« Ou bien ont-ils été créés sans rien, ou bien sont-ils les créateurs [d'eux-mêmes] ? Ou bien ont-ils créé les cieux et la Terre ? Bien au contraire, ils ne sont pas certains. »117
“Or were they created by nothing? Or were they the creators [of themselves]? Or did they create the heavens and the Earth? Rather, they are not certain.”117
L'épistémologie islamique considère les arguments rationnels comme des moyens et non des fins. Ils servent de moyen pour éveiller ou dissiper les nuages de la fitrah. C'est pourquoi il est très important de noter que la guidance ne vient que de Dieu, et qu'aucune quantité de preuves rationnelles ne peut convaincre le cœur d'une personne de réaliser la vérité de l'Islam. Dieu rend cela très clair : « Certes, tu ne guides pas celui que tu aimes, mais Dieu guide qui Il veut. Et Il est Celui qui connaît le mieux ceux qui sont [bien] guidés. »118 La guidance est une question spirituelle qui repose sur la miséricorde, la connaissance et la sagesse de Dieu. Si Dieu veut que quelqu'un soit guidé à travers des arguments rationnels, alors rien n'empêchera cette personne d'accepter la vérité. Cependant, si Dieu décide que quelqu'un ne mérite pas la guidance — en vertu d'une sagesse Divine — alors, peu importe le nombre d'arguments convaincants qui sont présentés, cette personne n'acceptera jamais la vérité.
Islamic epistemology views rational arguments as means and not ends. They serve as a way of awakening or unclouding the fitrah. This is why it is very important to note that guidance only comes from God, and no amount of rational evidence can convince one’s heart to realise the truth of Islam. God makes this very clear: “Indeed, you do not guide whom you like, but God guides whom He wills. And He is most knowing of the [rightly] guided.”118 Guidance is a spiritual matter that is based on God’s mercy, knowledge and wisdom. If God wills that someone is guided through rational arguments, then nothing will stop that person from accepting the truth. However, if God decides that someone does not deserve guidance—based on a Divine wisdom— then regardless of how many cogent arguments that are presented, that person will never accept the truth.
Pour conclure, la croyance en l'existence de Dieu est une vérité évidente en soi. Comme pour toutes les vérités évidentes, lorsque quelqu'un les conteste, la charge de la preuve lui incombe. La seule façon de saper la croyance en Dieu est de présenter une preuve positive de la non-existence du Divin. Cependant, comme ce livre le montrera, les rares arguments que les athées opposent à l'existence de Dieu sont faibles et philosophiquement superficiels (voir les chapitres 11 et 12). La vérité évidente de Dieu a été abordée dans le Qur'an il y a plus de 1 400 ans :
To conclude, the belief in God’s existence is a self-evident truth. As with all self-evident truths, when someone challenges them, the onus of proof is on them. The only way the belief in God can be undermined is if there is any positive evidence for the non-existence of the Divine. However, as this book will show, the few arguments that atheists have against the existence of God are weak and philosophically shallow (see Chapters 11 and 12). The self-evident truth of God was addressed in the Qur’an over 1,400 years ago:
« Peut-il y avoir un doute sur Dieu, Créateur des cieux et de la Terre ? »119
“Can there be doubt about God, Creator of the heavens and Earth?”119
Pour conclure ce chapitre, le savant islamique Wesam Charkawi explique de manière appropriée que l'existence de Dieu est en adéquation avec notre disposition naturelle :
To end this chapter, Islamic scholar Wesam Charkawi aptly explains that God’s existence is in line with our natural disposition:
« En vérité, le premier sentiment au plus profond d'une personne, si elle contemple en elle-même et dans le monde qui l'entoure, est le sentiment d'une puissance supérieure qui règne sur le monde avec le commandement de disposer de la vie et de la mort, de la création et de l'annihilation, du mouvement et de l'immobilité, ainsi que de tous les différents types de changements méticuleux qui s'y produisent. Sans équivoque, l'humanité ressent cette réalité et y croit profondément, que l'on soit capable de produire des preuves pour vérifier la vérité de ce sentiment ou non. C'est un instinct naturel ou la disposition naturelle de l'humanité, ce qui constitue en effet une preuve précise et exacte... De plus, nous ressentons en nous la présence de la compassion, de l'amour, de la haine, de l'encouragement et de l'aversion, bien que quelle soit la preuve de son existence, alors même qu'elle frémit en nous ? Quelqu'un est-il capable d'apporter une preuve supérieure à ce qu'il ressent et perçoit, alors que c'est réel sans aucun doute ? On ressent de l'excitation et on perçoit la douleur, pourtant est-on incapable d'établir une preuve de son existence au-delà de ce que l'on ressent ? Sans aucun doute, c'est la voie naturelle [fitrah] ou l'instinct sur lequel l'humanité a été créée, et ce sont les sentiments profonds qui ont été ancrés en nous. Ils ne sont pas en nous sans raison ou en vain, mais il s'agit plutôt d'une vérité naturelle qui correspond au monde. »120
“Indeed, the first sense in the depth of a person if he contemplates within himself and in the world around him is the sense of a higher power that reigns over the world with the command to dispose over life and death, creation and annihilation, motion and stillness and all the different types of meticulous changes that occur in it. Unequivocally, mankind senses this reality and believes in it deeply, regardless of whether one is able to produce evidence to verify the truth of this feeling or is unable. This is a natural instinct or the natural disposition of mankind, which is indeed a precise and exact evidence… In addition, we feel in ourselves the presence of compassion, love, hate, encouragement and dislike, though what is the proof that it exists, even while it flutters within us? Is one able to bring forth evidence more than that which he feels and senses, and yet it is real without doubt? One feels excitement and senses pain, yet is one unable to establish evidence to prove it exists with more than what he feels? Without doubt, this is the natural way [fitrah] or instinct on which mankind has been created, and these are the deep feelings that have been embedded within us. They are not within us for no reason or in vain, rather it is a natural truth that corresponds to the world.”120