Le Madh-hab Hanafee
The Hanafee Madh-hab
Le Fondateur : l'imam Abu Haneefah (703-767 CE)
The Founder: Imaam Abu Haneefah (703-767CE)
Ce Madh-hab tire son nom de son fondateur, Abu Haneefah, dont le véritable nom était Nu’maan ibn Thaabit. Il est né en l'an 702 de l'ère commune à Kufah, (Irak). Son père était un marchand de soie d'origine persane, qui accepta l'Islam durant le règne des Khulafaa Raashidoon (les califes bien guidés). Abu Haneefah commença ses premières études dans le domaine de la philosophie et de la dialectique connu sous le nom de ‘Ilm al-Kalaam, mais après avoir maîtrisé ses diverses disciplines, il l'abandonna pour se consacrer à une étude approfondie de la jurisprudence islamique (Fiqh) et du hadith. Il choisit pour principal enseignant Hammaad ibn Zayd, qui figurait parmi les plus grands savants du hadith de son époque. Abu Haneefah étudia auprès de lui pendant dix-huit ans. Durant cette période, il devint qualifié pour enseigner, mais resta l'élève de Hammad jusqu'à la mort de ce dernier en l'an 742 de l'ère commune. Après la mort de Hammaad, Abu Haneefah prit la fonction d'enseignant à l'âge de quarante ans et devint le savant le plus éminent de Kufah. À ce titre, il semblait être un prix précieux pour les califes omeyyades de l'époque. Ils lui proposèrent le poste de Qaadee (juge) de Kufah, mais il refusa le poste en dépit d'avoir été physiquement battu pour son refus par l'émir de Kufah, Yazeed ibn ‘Umar. De même, durant le règne des ‘Abbaasides, il refusa également une nomination royale, et fut par conséquent emprisonné à Baghdad par le calife Abu Ja’far al-Mansoor (754-775 de l'ère commune). Il resta emprisonné jusqu'à sa mort en 767 de l'ère commune. Abu Haneefah était considéré parmi les mineurs Taabi’oon (disciples des compagnons (Sahabah)), car il avait rencontré quelques compagnons (Sahabah) et avait rapporté certains hadiths d'eux. 128
This Madh-hab is named after its founding scholar, Abu Haneefah, whose actual name was Nu’maan ibn Thaabit. He was born in the year 702 CE. Kufah, (Iraq). His father was a silk merchan of Persian origin, who accepted Islaam during the reign of the Khulafaa Raashidoon (Righteous Caliphs). Abu Haneefah began his earlier studies in the field of philosophy and dialectics known as ‘Ilm al-Kalaam, but after mastering its various disciplines, he left it and went into an indepth study of Fiqh and Hadeeth. He chose as his main teacherk, Hammaad ibn Zayd, who was among the greatest scholars of Hadeeth of his time. Abu Haneefah studied under him for eighteen years. During this time he became qualified to teach, but instead remained Hammad’s student until the latter died in the year 742 CE. After Hammaad’s death Abu Haneefah took up the position of teacher at the age of forty and became the most outstanding scholar in Kufah. As such, he appeared to bea valuable prize to the Umayyad caliphs of that time. They offered him the position of Qaadee (judge) of Kufah, but he refused the post in spite of being physically beaten for his refusal by the Ameer of Kufah, Yazeed ibn ‘Umar. Similarly, during the rule of the ‘Abbaasids, he also refused royal appointment, and was consequently imprisoned in Baghdad by the Caliph Abu Ja’far al-Mansoor (754-775 CE). He remained imprisoned until his death in 767 CE. Abu Haneefah was considered among the minor Taabi’oon (students of the Sahaabah), because he had met a few of the Sahaabah and had related some Hadeeths from them. 128
Formation du Madh-hab Hanafee
Formation Of The Hanafee Madh-hab
L'imam Abu Haneefah basait sa méthode d'enseignement sur le principe de la consultation (Shura). Il présentait un problème juridique à ses étudiants pour débat et discussion, et leur demandait d'en consigner la solution dès qu'ils parvenaient à une position unifiée.
Imaam Abu Haneefah base his teaching method on the principle of Shoorah (group discussion). He would present a legal problem to his students for debate and discussion and tell them to record its solution whenever they arrived at a unified position.
En raison de cette approche interactive dans l'établissement des avis juridiques, nous pourrions dire que le Madh-hab Hanafee était tout autant le produit des efforts des étudiants d'Abu Haneefah que le produit de ses propres efforts.
Because of this interactive approach to making legal rulings, we could say that the Hanafee Madh-hab was as much a product of Abu Haneeafh’s students’ efforts as it was a product of his own efforts.
Ils débattaient également de problèmes hypothétiques et élaboraient des solutions, en se basant sur le principe de se préparer à un problème avant qu'il ne survienne. En raison de leur penchant pour la jurisprudence islamique (Fiqh) hypothétique, qui introduisait souvent une question par « et s'il arrivait ceci ou cela ? », ils devinrent connus sous le nom de ceux qui posent des hypothèses ou Ahl ar-Ra’i (les gens de l'opinion).
They would also debate on hypothetical problems and work out solutions, based on the principle of preparing for a problem before its occurrence. Because of their leaning towards hypothetical Fiqh which often introduced an issue with the question, “what if so and so happened?”, they became known as the what-iffers or Ahl ar-Ra’i (the opinion people).
Les sources de la loi utilisées par le Madh-hab Hanafi
Sources Of Law Used By The Hanafee Madh-hab
Les premiers juristes de ce Madh-hab ont déduit les lois islamiques des sources suivantes, qui sont énumérées par ordre d'importance :
The early jurists of this Madh-hab deduced Islamic laws from the following sources, which are listed in the order of their importance:
1. Le Qur’aan
1. The Qur’aan
Ils considéraient le Qur’aan comme la source primaire et incontestable de la loi islamique. En fait, il était utilisé pour déterminer l'exactitude des autres sources. Par conséquent, toute autre source qui contredisait le Qur’aan était considérée comme inexacte.
They considered the Qur’aan to be the primary unquestionable source of Islamic law. In fact it was used to determine the accuracy of the other sources. Accordingly any other source that contradicted the Qur’aan was considered inaccurate.
2. La sunna
2. The Sunnah
La sunna était consultée comme la deuxième source la plus importante de la loi islamique, mais avec certaines réserves quant à son utilisation. Ils stipulaient qu'il ne suffisait pas qu'un hadith soit authentique (Saheeh), mais qu'il devait également être largement connu (Mash-hoor), s'il devait être utilisé comme preuve juridique. Cette condition a été établie comme une protection contre les faux hadiths qui apparaissaient fréquemment dans cette région où seuls quelques compagnons (Sahabah) notables s'étaient installés (‘Alee et Ibn Mas’ood).
The Sunnah was consulted as the second most important source of Islamic law, but with some qualification as to its use. They stipulated that it was not suffcient that a Hadeeth be accurate (Saheeh), but it had to be also widely known (Mash-hoor), if it was to be used as a legal proof. This condition was laid down as a safeguard against false Hadeeths which were cropping up frequently in that region where only a few notable Sahaabah had settled (‘Alee and Ibn Mas’ood).
3. Le consensus (Ijma’) des compagnons (Sahabah)
3. Ijmaa’ Of The Sahaabah
Troisième en importance en tant que source de la loi islamique était l'opinion unanime des compagnons (Sahabah) sur tout point de droit non spécifié dans le Coran ou la sunna. C'est-à-dire le consensus (Ijma’) des compagnons (Sahabah) sur tout point de droit non spécifié dans le Coran ou la sunna. C'est-à-dire que le consensus (Ijma’) des compagnons (Sahabah) recevait la préséance sur les opinions personnelles d'Abu Haneefah et de ses étudiants dans leur déduction de la loi islamique. Le Madh-hab Hanafi reconnaissait également le consensus (Ijma’) des savants musulmans de toute époque comme étant valide et contraignant pour les musulmans.
Third in importance as a source of Islamic law was the unanimous opinion of the Sahaabah on any point of law not specified in the Qur’aan or the Sunnah. That is, Ijmaa’ of the Sahaabah on any point of law not specified in the Qur’aan or the Sunnah. That is, Ijmaa’ of the Sahaabah was given precedence over the personal opinions of Abu Haneefah and his students in their deduction of Islamic law. The Hanafee Madh-hab also recognized the Ijmaa’ of Muslim scholars in any age as valid and binding on Muslims.
4. L'opinion individuelle des compagnons (Sahabah)
4. Individual Opinion Of The Sahaabah
S'il y avait des opinions divergentes parmi les compagnons (Sahabah) sur un point de droit particulier et qu'aucun consensus (Ijma’) n'était ensuite établi, Abu Haneefah choisissait l'opinion qui semblait la plus appropriée au cas en question. En établissant cela comme un principe vital de son Madh-hab, Abu Haneefah accordait à nouveau plus de poids aux opinions des compagnons (Sahabah) qu'aux siennes.129
If there were different opinions among the Sahaabah on a particular point of law and no Ijmaa’ was subsequently formed, Abu Haneefah would choose the opinion which appeared most appropriate to the case in question. In establishing this as a vital principle of his Madh-hab, Abu Haneefah again gave more weight to the opinions of the Sahaabah than to his own.129
Cependant, il a appliqué son propre raisonnement dans une mesure limitée en choisissant l'une de leurs diverses opinions.
However, he did apply his own reasoning in a limited sense by choosing one of their various opinions.
5. Raisonnement par analogie (Qiyas)
5. Qiyaas (Analogical Deduction)
Abu Haneefah ne se sentait pas obligé d'accepter les déductions des étudiants des compagnons (Sahabah) (Taabi’oon) dans les domaines où aucune preuve claire n'était disponible parmi l'une des sources mentionnées ci-dessus.
Abu Haneefah felt no obligation to accept the deductions of the students of the Sahaabah (Taabi’oon) in areas where no clear proof was available from any of the above mentioned sources.
Il se considérait comme l'égal des Taabi’oon et effectuait son propre effort d’interprétation (Ijtihad) basé sur les principes du raisonnement par analogie (Qiyas) qu'il et ses étudiants avaient établis.
He considered himself the equal of the Taabi’oon and would make his own Ijtihaad based on the principles of Qiyaas which he and his students established.
6. Istihsaan (Préférence)
6. Istihsaan (Preference)
L'Istihsaan, en bref, est la préférence d'une preuve sur une autre parce qu'elle semble plus appropriée, même si la preuve préférée peut être techniquement plus faible que celle par rapport à laquelle elle est préférée.
Istihsaan, in short, is the preference of one proof over another proof because it appears more suitable, even though the preferred proof may be technically weaker than the one it is preferred to.
Cela peut impliquer la préférence d'un hadith spécifique sur un hadith général, ou cela peut même impliquer la préférence d'une loi plus appropriée sur celle déduite par le raisonnement par analogie (Qiyas).
This may involve the preference of a Hadeeth which is specific over a general one, or it may even involve the preference of a more suitable law over the one deduced by Qiyaas.
7. ‘Urf (Coutume locale)
7. ‘Urf (Locar Custom)
Les coutumes locales ont reçu une force juridique dans les zones où il n'existait pas de coutumes islamiques contraignantes. C'est par l'application de ce principe que diverses coutumes, présentes dans la multiplicité des cultures au sein du monde islamique, sont entrées dans le système juridique et ont été classées à tort comme étant islamiques.130
Local customs were given legal weight in areas where there were no binding Islamic customs available. It was through the application of this principle that various customs found in the multiplicity of cultures within the Islamic world entered the legal system and became mistakenly classified as Islamic.130
Les principaux étudiants du Madh-hab Hanafi
Main Students Of The Hanafee Madh-hab
Les plus célèbres des étudiants d'Abu Haneefah étaient Zufar ibn al-Hudhayl, Abu Yoosuf et Muhammad ibn al-Hasan.
The most famous of Abu Haneefah’s students were Zufar ibn al-Hudhayl, Abu Yoosuf and Muhammad ibn al-Hasan.
Zufar Ibn Al-Hudhayl (732-774 de l'ère chrétienne)
Zufar Ibn Al-Hudhayl (732-774 CE)
Zufar faisait partie de ceux qui suivirent l'exemple d'Abu Haneefah et refusèrent d'accepter une nomination en tant que Qaadee, bien que de nombreuses offres attrayantes lui aient été faites. Il préférait enseigner, ce qu'il fit jusqu'à sa mort à l'âge précoce de 42 ans à Basrah.
Zufar was one of those who followed Abu Haneefah’s example and refused to accept appointment as Qaadee even though many attractive offers were made to him. He preferred to teach, which he did until he died at the early age of 42 in Basrah.
Abu Yoosuf Ya’qoob Ibn Ibraaheem (735-795 de l'ère chrétienne)
Abu Yoosuf Ya’qoob Ibn Ibraaheem (735-795 CE)
Abu Yoosuf est né dans une famille pauvre à Kufah. Il a étudié le hadith de manière approfondie jusqu'à devenir un savant du hadith de premier plan, puis il a étudié la jurisprudence islamique (Fiqh) à Kufah pendant neuf ans auprès de l'imam Ibn Abee Lailaa (mort en 765 CE) dont le père était un célèbre Sahaabee de Madeenah. Abu Yoosuf a ensuite étudié auprès d'Abu Haneefah pendant neuf ans, et lorsque Abu Haneefah est mort, il s'est rendu à Madeenah et a étudié pendant une courte période auprès de l'imam Maalik. Abu Yoosuf fut nommé juge en chef de l'État par les califes abbassides, al-Mahdee (775-785 CE), al-Haadee (785-786
Abu Yoosuf was born into a poor family in Kufah. He studied Hadeeth extensively until he became a noteworthy Hadeeth scholar then studied Fiqh in Kufah for nine years under Imaam Ibn Abee Lailaa (died 765 CE) whose father was a famous Sahaabee from Madeenah. Abu Yoosuf later studied under Abu Haneefah for nine years, and when Abu Haneefah died, he went to Madeenah and studied for a short period under Imaam Maalik. Abu Yoosuf was appointed chief judge of the state by the ‘Abbaasid caliphs, al-Mahdee (775-785 CE), al-Haadee (785-786
... et Haroon ar-Rasheed (786-809 apr. J.-C.). En sa qualité de juge en chef, il avait l'habitude de nommer des juges pour les diverses villes et tous ses nommés étaient des adeptes du Madh-hab Hanafee. Ainsi, il joua un rôle déterminant dans la propagation de cette école de pensée à travers l'empire musulman. 131
CE) and Haroon ar-Rasheed (786-809 CE). In his capacity as chief judge, he used to appoint judges for the various cities and all his appointees were followers of the Hanafee Madh-hab. Thus, he was instrumental in the spread of this school of thought throughout the Muslim empire. 131
Muhammad Ibn Al-Hasan, Ash-Shaybaanee (749-805 apr. J.-C.)
Muhammad Ibn Al-Hasan, Ash-Shaybaanee (749-805 CE)
L'imam Muhammad est né à Wasit, mais a grandi à Kufah. Comme Abu Yoosuf, ses premières études portaient également sur le hadith. Il a brièvement étudié auprès d'Abu Yoosuf, puis a voyagé à Madeenah où il a étudié auprès de l'imam Maalik pendant trois ans. Durant cette période, il est devenu l'un des principaux narrateurs du livre de hadith de Maalik, al-Muwatta’. L'imam Shaafi’ee figurait parmi les nombreux savants qui ont étudié plus tard sous la direction de Muhammad ibn al-Hasan à Baghdad.
Imaam Muhammad was born in WSasit, but grew up in Kufah. Like Abu Yoosuf, his early studies were also in Hadeeth. He studied briefly under Abu Yoosuf and later travelled to Madeenah where he studied under Imaam Maalik for three years. During this period he became one of the main narrators of Maalik’s Hadeeth book al-Muwatta’ Imaam Shaafi’ee was among the many scholars who later studied uner Muhammad ibn al-Hasan in Baghdad.
Muhammad ibn al-Hasan accepta également la nomination en tant que Qadee durant le règne du Calife Haroon ar-Rasheed, mais y renonça bientôt en raison des nombreux compromis que cela exigeait, et retourna à son poste d'enseignant à Baghdad.
Muhammad ibn al-Hasan also accepted appointment as Qadee during the reign of Caliph Haroon ar-Rasheed, but soon gave it up because of the many compromises which it demanded, and returned to his teaching post in Baghdad.
Les adeptes du Madh-hab Hanafi
Followers Of The Hanafee Madh-hab
Ceux qui suivent aujourd'hui l'école juridique (Madhhab) hanafite se trouvent principalement en Inde, en Afghanistan, au Pakistan, en Irak, en Syrie, en Turquie, au Guyana, à Trinité et au Suriname, et dans une certaine mesure en Égypte. Lorsque les dirigeants ottomans ont codifié la loi islamique selon l'école juridique (Madhhab) hanafite au XIXe siècle de l'ère commune et en ont fait une loi d'État, tout savant aspirant à devenir juge était obligé de l'apprendre. En conséquence, le Madhhab s'est propagé dans tout l'État islamique ottoman durant la dernière partie du XIXe siècle.
Those who now follow the Hanafee Madh-hab are found mostly in India, Afghanistan, Pakistan, Iraq, Syria, Turkey, Guyana, Trinidad, and Surinam and to some extent Egypt. When the ottoman rulers codified Islamic law according to the Hanafee Madh-hab in the nineteenth century CE and made it state law, any scholar who aspired to be a judge was obliged to learn it. As a result, the Madhhab spread throughout the Ottoman Islamic State during the last Part of the nineteenth century.
129 Muhammad Yoosuf Moosaa, Taareekh al-Fiqh al-Islaamee, (Le Caire : Daar al-Kitaab al-Arabee, 1955), vol. 3, p. 62.
129 Muhammad Yoosuf Moosaa, Taareekh al-Fiqh al-Islaamee, (Cairo: Daar al-Kitaab al-Arabee, 1955), vol. 3, p. 62.
131 Waleeallaah ad-Dahlawee, al-Insaaf fee Bayaan Asbaab al-Ikhtilaaf, (Beyrouth, Liban : Daar an-Nafaais, 2ème éd. 1978), p. 39.
131 Waleeallaah ad-Dahlawee, al-Insaaf fee Bayaan Asbaab al-Ikhtilaaf, (Beirut, Lebanon: Daar an-Nafaais, 2nd ed. 1978), p. 39.