5.1 Chapitre premier : Le rôle de l'État
5.1 Chapter One The Role Of The State
Responsabilité de l'État concernant l'aumône obligatoire (Zakah)
State responsibility with regard to zakah
En tant qu'obligation confirmée par Dieu, l'aumône obligatoire (Zakah) n'est pas simplement une œuvre de bienfaisance laissée à l'appréciation des individus, et son accomplissement ne dépend pas de la générosité des riches. L'aumône obligatoire (Zakah) est plutôt une institution de protection sociale placée sous la supervision de l'État, et un impôt organisé, géré par un organisme public autonome.
As a confirmed obligation from God, zakah is not merely a charity left to individuals to implement, nor is its fulfillment dependent on the benevolence of the wealthy. Zakah is rather a social welfare institution supervised by the state, and an organized tax administered by an autonomous public organization.
Le rôle de l'État dans la collecte et la distribution de l'aumône obligatoire (Zakah) est le mieux étayé par le verset qui mentionne « les agents chargés de la zakat »¹ parmi les catégories de bénéficiaires auxquelles la zakat est distribuée. Ce verset constitue une preuve explicite de la nécessité d'une organisation spécialisée, dont les agents tirent leurs revenus du budget de cette organisation. De plus, Dieu dit : « Prélève sur leurs biens une aumône (Sadaqah) afin de les purifier et de les sanctifier »². Le verbe « prélève » s'adresse au Prophète ﷺ en tant que chef de l'État islamique, à tel point que lorsque Abou Bakr succéda au Prophète ﷺ à la tête de l'État, il continua à utiliser l'autorité de l'État et son corps chargé de l'application des lois pour collecter et distribuer la zakat. Les savants reconnaissent que le verbe « prélève » dans le verset ci-dessus s'adresse au Prophète ﷺ ainsi qu'à quiconque dirige les affaires des musulmans après lui.
The state's role in the collection and distribution of zakah is best supported by the verse that mentions "the workers on zakah"1 as one of the categories to whom zakah is distributed. This verse is explicit evidence that there should be a specialized organization with workers who derive their incomes from the budget of this organization. Moreover, God says, "Out of their wealth take a sadaqah so thou might purify and sanctify them".2 "Take" is addressed to the Prophet as head of the Islamic state, to the extent that when Abu Bakr succeeded the Prophet (p) as head of state, he continued using state authority and its law enforcement body to collect and distribute zakah. Scholars recognize that the verb "take" in the above verse is addressed to the Prophet (p) and to whoever runs the affairs of Muslims after him.
Quant à la Sunna, il existe des paroles qui confirment que la perception de l'aumône obligatoire (Zakah) fait partie des responsabilités de l'État islamique. Al Bukhari, Muslim et d'autres rapportent d'Ibn 'Abbas que le Prophète ﷺ dit à Mu'adh, lorsqu'il l'envoya au Yémen : « Informe-les que Dieu leur a rendu obligatoire une aumône (Sadaqah) sur leurs biens, à prélever sur les riches d'entre eux et à remettre aux pauvres d'entre eux. S'ils t'obéissent en cela, garde-toi soigneusement de leurs biens précieux . . . » Cette parole indique que l'aumône obligatoire (Zakah) est prélevée sur les riches et remise aux pauvres par l'État. Al Hafiz Ibn Hajar dit : « Cette parole prouve que l'État est l'autorité qui perçoit l'aumône obligatoire (Zakah) et la distribue. Ceux qui refusent de la payer y sont contraints. » Al Shawkani cite la même chose d'Ibn Hajar dans son Nail al Awtar. Par ailleurs, il existe plusieurs paroles qui donnent des instructions aux agents chargés de l'aumône obligatoire (Zakah), appelés al su'at ou al musaddiqin. La plupart de ces paroles sont mentionnées au chapitre deux de la quatrième partie. Il existe aussi de nombreuses paroles qui conseillent à ceux qui s'acquittent de l'aumône obligatoire (Zakah) sur leur conduite envers les percepteurs.
Avis des Compagnons sur le rôle de l'État
Companions' opinions on the role of the state
Sahl bin Abi Saleh rapporte que son père a dit : « J'ai accumulé une quantité de richesse soumise à l'aumône obligatoire (Zakah). J'ai demandé à Sa'd bin Abi Waqqas, Ibn 'Umar, Abu Hurairah et Abu Sa'id al Khudri s'il fallait que je distribue moi-même l'aumône obligatoire (Zakah) ou que je la remette au gouvernement. Ils m'ont tous ordonné de la payer au gouvernement, aucun d'eux n'a exprimé de désaccord. » Une autre version dit : « Je leur ai dit : ne voyez-vous pas ce que fait ce gouvernement ? » C'était à l'époque des Omeyyades. « Dois-je tout de même leur donner mon aumône obligatoire (Zakah) ? » Ils ont tous répondu : « Oui, tu dois le faire. » Ce hadith est rapporté par Sa'id bin Mansur dans son Musnad.15
Sahl bin Abi Saleh narrates that his father said "I accumulated a zakatable amount of wealth. I asked Sa'd bin Abi Waqqas, Ibn 'Umar, Abu Hurairah, and Abu Sa'id al Khudri whether I should distribute zakah myself or give it to the government. They all ordered me to pay it to the government non of them disagreed." Another version reads, "I said, don't you see what this government does? 'It was at the time of the Umayyads. Should I still give it my zakah? They all answered 'yes, you must.'" This is reported by Sa'id bin Mansur in his Musnad.15
Ibn 'Umar dit : « Donnez votre aumône (Sadaqah) à celui qui gère vos affaires. S'il fait le bien, c'est sa propre âme qui en sera récompensée, et s'il fait le mal, c'est sur lui-même que retombera ce mal. » Qaz'ah rapporte d'Ibn 'Umar : « Donnez-leur votre aumône obligatoire (Zakah), même s'ils boivent du vin. » Al Nawawi dit : « Ces deux propos sont rapportés par al Baihaqi par des chaînes de transmission authentiques ou bonnes. » Al Mughirah bin Shu'bah demanda un jour à un esclave à lui, qui gérait ses biens à al Taif : « Que fais-tu de l'aumône obligatoire (Zakah) sur ma richesse ? » Le gérant répondit : « J'en distribue une partie et je verse une partie au gouvernement. » Shu'bah dit : « Pourquoi fais-tu cela ? » Il répondit : « Ils achètent des terres et épousent des femmes avec ce que nous leur donnons. » Shu'bah dit : « Donne-la au gouvernement, car le Messager de Dieu ﷺ nous a bien ordonné de la leur donner. » Rapporté par al Baihaqi dans son al Sunan al Kabir.17
Ibn 'Umar says, "Pay your sadaqat to whoever runs your affairs. If he does right, it is his soul that will be rewarded, and if he does evil, it is on himself." Qaz'ah reports from Ibn 'Umar." Give them [the rulers] your zakah even if they drink wine. "Al Nawawi says "these two statements are reported by al Baihaqi via correct or good chains."16 Al Mughirah bin Shu'bah once asked a slave of his, who was managing his assets in al Taif "what do you do with the zakah on my wealth?" The manager said, "I distribute part of it and I pay part to the government." Shu'bah said, "Why do you do that?" He answered, "They buy land and marry women with what we give them." Shu'bah said, "Give it to the Government, for the Messenger of God (p) indeed ordains us to give it to them." Reported by al Baihaqi in his al Sunan al Kabir.17
Rationalisation de cette preuve
Rationalization of this evidence
Les versets, hadiths et avis des Compagnons mentionnés ci-dessus indiquent qu'en principe, l'aumône obligatoire (Zakah) doit être administrée par l'État islamique. C'est une responsabilité importante de l'État islamique et de l'organisme public chargé de l'aumône obligatoire (Zakah).
The above mentioned verses, sayings and opinions of Companions indicate that in principle, zakah must be administered by the Islamic government. It is an important responsibility of the Islamic state and the public zakah organization.
On pourrait se demander : si le but des religions est d'éveiller la conscience humaine, d'éclairer les gens par la vérité et de les inciter à se conduire de manière idéale, par l'amour de Dieu ou la crainte de Son châtiment, pourquoi l'Islam s'immiscerait-il dans l'organisation de la société au lieu de laisser cela aux autorités politiques ? Notre réponse est que cela peut concerner les religions autres que l'Islam, mais l'Islam est à la fois croyance et système, valeurs morales et lois, livre de guidance et État organisé.
One may ask, if the purpose of religions is to awaken human conscience, enlighten people with truth, and induce them to behave ideally by the drives of love of God or fear of His punishment, why should Islam interfere with the organization of society instead of leaving this to political authorities? Our answer is that this may be relevant to religions other than Islam, but Islam is both creed and system, moral values and laws, a guiding book and an organized state.
Du point de vue de cette religion, l'être humain ne peut être découpé en compartiments, l'un réservé à la religion et l'autre à la vie matérielle, pas plus que la vie elle-même ne peut être scindée entre une allégeance à César et une allégeance distincte à Dieu. La vie est une unité ; il en est de même de l'être humain ; il en est de même de l'univers tout entier, qui se soumet à Dieu, l'Unique et le Tout-Puissant. L'Islam apporte une orientation complète et universelle, qui accorde à l'individu liberté et dignité, ainsi qu'amélioration et bonheur à la société. Dans ce cadre unifié, le système de l'aumône obligatoire (Zakah) est mis en œuvre, la collecte et la distribution en étant confiées à l'État. L'Islam implante dans le cœur des croyants le désir de s'acquitter de la aumône obligatoire (Zakah), tout en confiant à l'État sa collecte et sa distribution, pour les raisons importantes suivantes :
From the point of view of this religion, human beings cannot be dissected into departments, one for religion and the other for worldly life, nor can life itself be partitioned into allegiance to Caesar and separate allegiance to God. Life is one unit; so is the human being; so is the whole universe, all submitting to God, the One and Mighty. Islam brings forth comprehensive and universal guidance which gives liberty and dignity to the individual as well as betterment and happiness to society. Within this unified framework, the system of zakah is enacted assigning the collection and distribution to the state. Islam implants the desire to pay zakah in the hearts of believers while entrusting the state with zakah collection and distribution, for the following important reasons:
Le trésor de l'aumône obligatoire (Zakah)
The treasury of zakah
Si l'aumône obligatoire (Zakah) est prise en charge par l'État, elle doit être gérée de manière indépendante, puisque Dieu en détermine la répartition dans le Coran. Ainsi, l'aumône obligatoire (Zakah) doit disposer d'une caisse distincte et d'un organe administratif placé sous la supervision de l'État islamique. Le verset relatif à la répartition de l'aumône obligatoire (Zakah) fait implicitement référence à cette autonomie en attribuant une part aux agents chargés de l'aumône obligatoire (Zakah). La pratique historique des musulmans, sous le règne de l'Islam, était d'établir plusieurs sous-caisses au sein de l'État. Quatre sous-caisses sont clairement identifiées et décrites par les Hanafites :
If zakah is handled by the state, it must be run independently since God determines its distribution in the Qur'an. Thus, zakah should have a separate treasury and administrative body supervised by the Islamic state. The verse on zakah distribution refers implicitly to this autonomy by assigning a share to the workers on zakah. The historical practice of Muslims during the reign of Islam was to establish several sub-treasuries in the state. Four sub-treasuries are clearly identified and described by Hanafites:
1. aumône obligatoire (Zakah).
1. Zakah.
2. Jizya et Kharaj.
2. Jiziah and Kharaj.
3. Butin de guerre et rikaz (le rikaz n'est pas une aumône obligatoire (Zakah), selon les Hanafites).
3. War booty and rikaz (rikaz is not zakah, according to Hanafites).
4. Biens perdus et trouvés.19
4. Lost and found assets.19
Biens apparents et biens non apparents
Apparent and non-apparent assets
Les juristes répartissent généralement les biens soumis à la zakat en deux catégories. Les biens apparents sont ceux qui sont visibles et que d'autres personnes que le propriétaire peuvent facilement dénombrer. Ils comprennent les cultures agricoles et le bétail. Les biens non apparents sont ceux que le propriétaire peut facilement dissimuler. Ils comprennent l'argent et les biens commerciaux.
Jurists usually divide zakatable assets into two groups. Apparent assets are those that are visible and can easily be counted by people other than the owner. They include agricultural crops and livestock. Non-apparent assets are those that can easily be hidden away by the owner. They include money and business assets.
Quant aux biens apparents, les juristes sont presque unanimes à considérer que la collecte et la répartition de leur aumône obligatoire (Zakah) doivent être assurées par l'État. Leur aumône obligatoire (Zakah) ne doit pas être laissée à la charge des individus, d'autant plus que nous disposons de nombreux rapports selon lesquels le Prophète ﷺ envoyait ses collecteurs pour prélever l'aumône obligatoire (Zakah) sur ces biens. Il est évident que l'État est chargé de faire respecter cette collecte et qu'il doit combattre, si besoin, ceux qui refusent de payer cette aumône obligatoire (Zakah), comme Abou Bakr l'a fait après la mort du Prophète ﷺ.20
As for apparent assets, jurists agree almost unanimously that the collection and distribution of their zakah must be undertaken by the state. Their zakah should not be left to individuals, especially since we have many reports that the Prophet (p) sent his collectors to take zakah on these assets. It is obvious that the state is responsible for enforcing this collection and must fight, if necessary, those who refuse to pay this zakah, as Abu Bakr did after the death of the Prophet.20
Quant aux biens non apparents, il est admis que l'État a le droit de percevoir et de répartir leur aumône obligatoire (Zakah). Toutefois, les juristes ont plusieurs avis quant à l'obligation de la verser à l'État.
As for non-apparent assets, it is agreed that the state has the right to collect and distribute their zakah. However, jurists have several opinions about enforcing its payment to the government.
Les hanafites soutiennent que la zakat sur les biens non apparents doit être laissée à la charge des propriétaires, qui la distribuent eux-mêmes. Ils ajoutent que, bien qu'en principe l'État ait le droit d'administrer ce type de zakat, depuis l'époque de 'Uthman cette tâche a été confiée aux détenteurs de richesses. Cette délégation n'annule pas l'autorité de l'État de superviser le paiement de la zakat sur les biens non apparents. Si l'État est informé que des détenteurs de richesses, dans certaines régions, ne s'acquittent pas de la zakat sur leurs biens non apparents, son paiement peut être imposé par l'autorité chargée de l'application du droit public.
Comparaison et pondération
Comparison and weighing
Avant de choisir l'une de ces opinions, je dois signaler que presque tous les juristes s'accordent sur deux points. Premièrement, l'État islamique a le droit de collecter et de distribuer la zakah sur tous les biens, apparents et non apparents. Ce droit est d'autant plus affirmé qu'il existe un soupçon selon lequel les gens ne sont pas si empressés à acquitter eux-mêmes leur aumône obligatoire (Zakah). Certains juristes affirment même que toutes les divergences concernant le rôle de l'État portent sur le cas où le gouvernement n'administre pas la zakah (Zakah), mais que, lorsqu'il le fait, ces juristes soutiennent qu'il existe un consensus (Ijma') sur l'obligation de remettre la zakah (Zakah) à l'État.32 Même ceux qui sont en désaccord acceptent le principe selon lequel, une fois la collecte de la zakah (Zakah) effectuée par l'État, la zakah (Zakah) doit lui être remise, car il s'agit d'une question controversée, et toute question controversée peut être tranchée par une décision politique, à l'instar des litiges juridiques qui sont tranchés par des jugements de tribunaux.33 Le second point d'accord est le suivant : si l'État néglige la collecte de la zakah (Zakah), les propriétaires de biens doivent distribuer eux-mêmes leur zakah (Zakah). Cela repose sur le fait que la zakah (Zakah) est une forme d'adoration et une obligation religieuse qui doit être accomplie par chaque individu, au point que, si un gouvernement osait dispenser les gens de l'acquittement de la zakah (Zakah), les musulmans devraient distribuer leur zakah (Zakah) de manière indépendante.
Before I select one of these opinions, I should mention that almost all jurists agree on two points. Firstly the Islamic state has the right to collect and distribute zakah on any and all assets, apparent and non-apparent. This right is emphasized if there exists suspicion that people are not so eager to pay their zakah by themselves. Some jurists even state that all differences with regard to the role of the state arise about the case in which the government does not administer zakah, but when it does, those jurists claim there is ijma' on the obligation of giving zakah to the state.32 Even those who disagree, accept the principle that once zakah collection is carried out by the state, zakah must be given to the state, because it is a disputed issue and any disputed issue can be settled by a political decision like legal disputes that are decided by court judgements.33 The second point of agreement is, if the state neglects zakah collection, owners of assets must distribute their own zakah. This is based on the fact that zakah is a form of worship and a religious obligation that must be fulfilled by each individual, to the extent that if a government dares to exempt people from paying zakah, Muslims must distribute their own zakah independently.
L'avis d'Abu 'Ubaid
The view of Abu 'Ubaid
Certains savants distinguent entre les richesses apparentes et les richesses non apparentes, en se fondant sur la pratique effective du Prophète ﷺ. Ils soutiennent qu'il ne nous parvient aucune preuve générale ou largement attestée montrant que le Messager d'Allah ﷺ envoyait des agents pour collecter et distribuer la aumône obligatoire (Zakah) sur l'argent et les biens commerciaux, comme il le faisait pour les richesses apparentes. En conséquence, certains savants de premier plan estiment qu'il est permis de remettre la aumône obligatoire (Zakah) due sur les richesses non apparentes à l'État, ou de la distribuer directement, à condition que cela se fasse avec droiture et sans discrimination entre les bénéficiaires. Abu 'Ubaid dit : « C'est, à mon avis, l'avis des savants sunnites tant du Hijaz que de l'Irak. En ce qui concerne l'or, l'argent et les biens commerciaux, les musulmans sont jugés dignes de confiance pour accomplir cette obligation, tandis que la aumône obligatoire (Zakah) sur le bétail, les céréales et les fruits ne doit être administrée que par le gouvernement islamique. Les propriétaires ne doivent pas cacher la aumône obligatoire (Zakah) due au gouvernement islamique. Si les propriétaires la distribuent eux-mêmes, cela ne satisfait pas l'obligation, et la aumône obligatoire (Zakah) doit à nouveau être remise à l'État. Les textes que nous avons de la sunna et des Compagnons justifient cette distinction. Nous voyons qu'Abu Bakr ﷺ... » I need to flag that the sentence about Abu Bakr is written in the source as a continuation, so I have translated it as the source gives it, and the rest of this passage follows below. Nous voyons qu'Abu Bakr combattit les apostats afin de collecter la aumône obligatoire (Zakah) due sur le bétail. Il ne fit pas de même pour la aumône obligatoire (Zakah) due sur l'or et l'argent. Abu 'Ubaid rapporte ensuite des récits à l'appui de cette position, mais un examen attentif de ses citations montre qu'elles concernent toutes des circonstances exceptionnelles, comme la corruption au sein du gouvernement et de son service de la aumône obligatoire (Zakah), et non des situations ordinaires. Cela ressort clairement du fait que de tels avis n'apparaissent qu'après les troubles politiques et les complots qui conduisirent à la mort de 'Uthman. Abu 'Ubaid rapporte, par sa propre chaîne de transmission, qu'Ibn Sirin dit : « La sadaqah était versée au Prophète ﷺ... »
A few scholars distinguish between apparent and non-apparent wealth on the grounds of the actual practice of the Prophet. They argue that no overwhelming or widespread evidence reaches us which shows that the Messenger (p) sent workers to collect and distribute zakah on money and business assets, as he did with respect to apparent wealth. Consequently, some leading scholars argue it is permissible either to give the zakah due on non-apparent wealth to the government or distribute it directly, provided that this is done with righteousness and without discrimination between recipients. Abu 'Ubaid says, "This is, I believe, the view of Sunnite scholars in both Hijaz and Iraq. As far as gold, silver, and trade assets are concerned, Muslims are trusted to fulfill this obligation, while zakah on livestock, grain, and fruits must only be administered by the Islamic government. Owners must not hide due zakah away from the Islamic government. If owners distribute the latter on their own, that does not satisfy the requirement, and zakah must again be given to the state. The texts we have from Sunnah and the Companions warrant this distinction. We see that Abu Bakr fought the apostates in order to collect zakah due on livestock. He did not do that for zakah due on gold, and silver."41 Abu 'Ubaid goes on to give a reports in support of this position, but upon close examination of his quoted statements, we find them all speak about exceptional circumstances, such as corruption in government and its zakah agency and not normal situations. This is obvious from the fact that such opinions come about only after political unrest and conspiracies that led to the killing of 'Uthman. Abu 'Ubaid reports, via his own chain, that Ibn Sirin says "The sadaqah was paid to the Prophet (p)
Qui est responsable de l'administration de la aumône obligatoire (Zakah) aujourd'hui ?
Who is responsible for administering zakah today?
Cette question est traitée par les professeurs Khallaf, al Hasan et Abu Zahrah dans leur conférence sur l'aumône obligatoire (Zakah) à Damas en 1952. Ils affirment : il est impératif que le gouvernement prenne en charge la collecte de l'aumône obligatoire (Zakah) sur toutes les richesses, apparentes comme non apparentes, pour deux raisons. Premièrement, beaucoup de gens ont aujourd'hui abandonné cette obligation pour toutes leurs richesses. Ils ne remplissent pas les conditions de la délégation accordée par Uthman et par les savants après lui, et les juristes énoncent que si les gens ne s'acquittent pas de l'obligation de distribuer l'aumône obligatoire (Zakah) due sur leurs richesses non apparentes, l'État peut à nouveau prendre en charge cette obligation, et que si les gens, dans leur ensemble, ne paient pas leur aumône obligatoire (Zakah), l'État doit les y contraindre.
This matter is discussed by the Professors Khallaf, al Hasan, and Abu Zahrah in their lecture on zakah in Damascus 1952. They say, It is imperative that the government take responsibility for collecting zakah on all wealth, apparent and non-apparent, for two reasons. Firstly, many people now abandoned this obligation on all their wealth. They do not fulfill the terms of agency given by Uthman and scholars after him, and jurists state that if people do not fulfill the obligation of distributing zakah due on their non-apparent wealth, the state may take charge of this obligation again, and that if people do not in general pay their zakah, the state must force them to do so.
Deuxièmement, la plupart des biens autrefois non apparents sont devenus apparents aujourd'hui, en particulier les stocks marchands et les avoirs monétaires, puisque les commerçants tiennent généralement une comptabilité de leurs affaires. Les mêmes règles qui s'appliquent au calcul des impôts sur le revenu et sur les bénéfices doivent être appliquées à l'égard de l'aumône obligatoire (Zakah) que Dieu a prescrite en faveur des pauvres et des démunis. L'argent et les avoirs monétaires sont pour la plupart déposés dans les banques, et connaître leurs soldes à la fin de l'année est chose aisée. Nous savons que les juristes s'accordent à dire que si des biens non apparents deviennent apparents, la responsabilité de la perception de leur aumône obligatoire (Zakah) revient à l'État. Le fait que l'institution d'al-Ashirin ait subsisté pendant et après la période d'Uthman appuie ce point, puisque al-Ashirin percevait l'aumône obligatoire (Zakah) sur les marchandises transportées d'un lieu à un autre. Ainsi, la possibilité d'atteindre et de dénombrer les biens non apparents signifie manifestement qu'ils doivent être traités comme les biens apparents.50
Secondly, most formerly non apparent items of wealth have become apparent today, especially trade inventory and monetary assets, since merchants usually keep accounting records for their businesses. The same rules that apply to calculating taxes on income and profit must be used with regard to zakah obligated by God for poor and deprived. Money and monetary assets are mostly deposited in banks, and knowing their balances at the end of the year is an easy matter. We know that jurists agree that if non-apparent items of wealth become apparent, responsibility for the collection of their zakah reverts to the state. The fact that the institution of al Ashirin remained during and after Uthman's period supports this point, since al Ashirin used to collect zakah on merchandise being transported from one place to another. Thus, the ability to reach and count non-apparent items, obviously means they should be treated like apparent items.50
Refus de payer et tromperie
Refusal to pay and cheating
Autoriser l'État à sanctionner ceux qui n'acquittent pas l'obligation d'aumône obligatoire (Zakah) et à prélever de force le montant dû constitue en soi une affirmation du rôle essentiel de l'État dans la collecte de l'aumône obligatoire (Zakah).
Authorizing the state to penalize those who do not fulfill the obligation of zakah and to take the due amount by force is itself an assertion of the state's vital role in zakah collection.
Les Hanafites estiment que les agents chargés de l'aumône obligatoire (Zakah) ne peuvent accepter les déclarations des payeurs que si celles-ci sont confirmées sous serment. Un payeur peut affirmer avoir versé son paiement à un autre agent, être endetté, ou invoquer tout autre élément qui réduit ou annule le paiement de l'aumône obligatoire (Zakah). Les Hanafites ajoutent que si l'on découvre, même des années plus tard, qu'une déclaration faite sous serment concernant le paiement de l'aumône obligatoire (Zakah) est invalide ou fausse, la Zakah due doit être perçue. Les agents chargés de l'aumône obligatoire (Zakah) ne doivent accepter aucune affirmation selon laquelle la Zakah sur les biens apparents aurait été versée directement par l'individu.51
Hanafites believe that zakah officers my only accept payers' disclosures if ascertained under oath. A payer may claim payment is made to another officer, being in debt, or any other factor that reduces or eliminates zakah payment. Hanafites add that if it is discovered, even years later, that a statement made under oath about the payment of zakah is invalid or false, the due zakah must be collected. Zakah officers must not accept any claim that zakah on apparent wealth was paid directly by the individual.51
Cependant, l'agent (officier) peut accepter une déclaration faite sous serment selon laquelle l'aumône obligatoire (Zakah) sur les biens non apparents a déjà été distribuée aux ayants droit par le payeur lui-même.52
However, the officer my accept a statement made under oath that zakah on non-apparent items was already distributed to deservants by the payer himself.52
Les malikites affirment qu'en cas de refus de payer, l'aumône obligatoire (Zakah) doit être prélevée par la force, dès lors qu'il est établi que le débiteur est riche, qu'il possède des biens apparents ou des biens non apparents. L'emprisonnement peut être la sanction dans certains cas de refus de s'acquitter de l'aumône obligatoire (Zakah). On dit aussi que le gouvernement islamique peut aller jusqu'à déclarer rebelles ceux qui refusent de payer l'aumône obligatoire (Zakah) et à les combattre jusqu'à ce que la Zakah due soit perçue.
Unanimité sur la sanction de ceux qui refusent de verser l'aumône obligatoire (Zakah)
Unanimity about penalizing those who refuse to pay zakah
Il est unanimement admis que ceux qui nient l'obligation de l'aumône obligatoire (Zakah) elle-même sont traités comme des apostats, à condition qu'ils n'aient pas d'excuse, comme le fait d'être très récemment entrés dans l'Islam et de ne pas encore avoir saisi toutes ses prescriptions. Il n'y a pas non plus de désaccord sur le fait que l'aumône obligatoire (Zakah) doit être prélevée par la force si ceux qui la doivent refusent de la donner sans recours à la force.56
It is agreed upon that those who deny the obligation of zakah itself are treated like apostates, provided they have no excuse, such as being very new to Islam, and therefore not having yet grasped all its requirements. There is no disagreement also that zakah must be collected by force if payers refuse to give it without use of force.56
Cependant, les savants ne s'accordent pas sur l'imposition d'une amende à ceux qui refusent de s'acquitter de l'aumône obligatoire (Zakah). Certains, parmi lesquels Ishaq, un rapport d'Ahmad, al-Awza'i et l'ancienne opinion d'al-Shafi'i, estiment qu'une amende égale à la moitié de la richesse du contribuable doit être prélevée en même temps que le montant dû, conformément à la parole mentionnée plus haut. Quant à la majorité, dont la dernière opinion d'al-Shafi'i, elle considère que seul le montant dû au titre de l'aumône obligatoire (Zakah) doit être prélevé. Cet avis repose sur trois points :
However, scholars do not agree about imposing a fine on those who refuse to pay zakah. Some, including Ishaq a report from Ahmad, al Awza'i, and the older opinion of al Shafi'i, believe a fine of half the payer's wealth must be collected along with the due amount, in accordance with the saying mentioned above. As for the majority, including the later opinion of al Shafi'i, only the due amount of zakah must be collected. This is based on three points:
A. La parole « Rien n'est obligatoire sur la richesse, à part l'aumône obligatoire (Zakah). »57
A. The saying "Nothing is obligated on wealth except zakah."57
B. L'aumône obligatoire (Zakah) est un acte d'adoration, et ne pas accomplir un acte d'adoration n'est pas une raison qui entraîne des amendes.
B. Zakah is a worship, and not fulfilling a worship is not a reason that incurs fines.
C. Beaucoup de gens refusèrent de verser l'aumône obligatoire (Zakah) du temps d'Abou Bakr. Bien qu'Abou Bakr ait combattu ceux qui refusaient de payer, il n'est rapporté ni de lui ni d'aucun des Compagnons qu'une amende financière ait été imposée à ceux qui étaient contraints de verser l'aumône obligatoire (Zakah).
Paiement de l'aumône obligatoire (Zakah) aux gouvernements oppressifs
Payment of zakah to oppressive governments
Les savants musulmans divergent quant au versement de l'aumône obligatoire (Zakah) aux gouvernements oppressifs. Certains estiment qu'elle est permise sans condition, d'autres la déclarent interdite en toutes circonstances, et il existe toute une gamme d'opinions intermédiaires entre ces deux extrêmes.
Muslin scholars differ on paying zakah to oppressive governments. Some believe it is unconditionally permissible, and others declare it prohibited in all cases, with whole spectrum of views between these two extremes.
Quant à ceux qui affirment qu'il est permis, sans condition, de verser l'aumône obligatoire (Zakah) aux gouvernements oppressifs, leur argument principal repose sur quelques propos mentionnés par l'auteur d'al-Muntaqa, qui sont les suivants :72
As for those who say it is unconditionally allowed to pay zakah to oppressive governments, their main argument is derived from a few sayings mentioned by the author of al Muntaqa as follows:72
A. Il est rapporté d'Anas qu'un homme a dit : « Ô Messager de Dieu ﷺ, si je donne mon aumône obligatoire (Zakah) à ton agent, m'en serai-je acquitté à l'égard de Dieu et de Son Messager ? » Le Prophète ﷺ a dit : « Oui, si tu la donnes à mon agent, tu t'en es acquitté à l'égard de Dieu et de Son Messager ; tu en obtiens la récompense, et le mal de l'avoir altérée retombe sur celui qui l'altère. »73
A. It is reported from Anas that a man said, "O Messenger of God, if I give my zakah to your commissioner would I be fulfilling it as far as God and His Messenger are concerned?" The Prophet said "Yes, if you give it to my commissioner, you have completed it from the point of view of God and His Messenger; you get its reward, and the evil of tampering with it is on whoever tampers with it."73
B. Il est rapporté d'Ibn Mas'ud que le Messager de Dieu ﷺ a dit : « Après moi, il y aura de l'égoïsme et des choses que vous désapprouverez. » Les gens demandèrent : « Ô Messager de Dieu, que nous ordonnes-tu alors de faire ? » Il répondit : « Acquittez-vous de l'obligation qui vous incombe et demandez à Dieu ce qui vous revient. »74
B. It is reported from Ibn Mas'ud that the Messenger of God said, "There shall be selfishness and matters you disapprove of after I am gone." People said, "O Messenger of God, what would you order us to do then?" He answered, "Fulfill the obligation that is on you and ask God for that which is yours."74
C. Il est rapporté de Wa'il bin Hajar : « J'ai entendu le Messager de Dieu ﷺ répondre, lorsqu'un homme lui demanda : "Que dirais-tu s'il nous arrivait d'avoir des dirigeants qui nous empêchent d'obtenir nos droits tout en réclamant leur propre droit ?" : "Écoutez et obéissez. Ils portent le fardeau de ce qu'ils font, et vous celui de vos actes." »75
1. Sourate Tawbah (repentir), 9:60.
1. Sura al Tawbah, 9:60.
2. Ibid, 9:103.
2. Ibid, 9:103.
3. Fath al-Bari, vol. 3, p. 23.
3. Fath al Bari, Vol. 3, p.23.
4. Nayl al-Awtar, vol. 4, p. 124.
4. Nail al Awtar, Vol. 4, p. 124.
5. Al Talkhis, vol. 2, p. 159-160.
5. Al Talkhis, Vol. 2, pp 159-160.
6. Tabaqat Ibn Sa'd, vol. 2, p. 160.
6. Tabaqat Ibn Sa'd, Vol. 2, p. 160.
7. Zad al-Ma'ad, vol. 2, p. 472.
7. Zad al Ma'ad, Vol. 2, p. 472.
8. Al Taratib al Idariyah, p. 398.
8. Al Taratib al Idariyah, p. 398.
9. Ibid, pp. 396-8.
9. Ibid, pp 396-8.
10. Zad al Ma'ad, op. cit.
10. Zad al Ma'ad, op. cit.
11. Al Majmu', vol. 6, p. 167, et al Rawdah, vol. 2, p. 210.
11. Al Majmu', Vol. 6, p. 167, and al Rawdah, Vol. 2, p. 210.
12. Rapporté par Mouslim.
12. Reported by Muslim.
13. Rapporté par Abu Daoud, selon Nayl al-Awtar, vol. 4, p. 155. Al-Munawi dit dans al-Faid : « Il ne fait aucun doute que le Prophète ﷺ n'a jamais nommé un agent injuste. Tous ses agents et les collecteurs de la aumône obligatoire (Zakah) étaient parmi les plus justes. Ils comptaient des personnes telles que 'Umar, 'Ali et Mu'adh. Ainsi, la parole doit signifier que vous aurez des collecteurs que vous pourriez juger injustes. » Al-Mazhari ajoute : « Cela peut faire référence à l'avenir, lorsque les collecteurs seront en effet injustes. Pourtant, le refus de leur verser les sommes dues pourrait entraîner un mécontentement général et perturber l'ordre public de tout l'État. »Voir Faid al-Qadir, vol. 1, p. 475.