Après cet examen des différents avis et textes concernant le transport de l'aumône obligatoire (Zakah) collectée, il apparaît que le principe général est que l'aumône obligatoire (Zakah) doit être distribuée dans la même région où elle est collectée. Les pauvres et les nécessiteux de cette terre sont prioritaires sur tous les autres, puisque l'aumône obligatoire (Zakah) est prélevée auprès de leurs voisins, de leurs proches et de leurs amis.
After this survey of the different opinions and texts on the transportation of collected zakah, it appears that the general principle is that zakah must be distributed in the same area where it is collected. The poor and needy in that land have priority over all others, since zakah is collected from their neighbors, kin, and friends.
Cependant, je ne trouve aucune raison pour laquelle ce principe général ne devrait pas comporter d’exceptions, surtout si l’exception est décidée par un gouvernement juste en consultation avec le conseil représentatif, eu égard aux intérêts publics des musulmans et de l’Islam. Comme Malik le formule admirablement : « Transporter la aumône obligatoire (Zakah) n’est pas permis, sauf lorsqu’on le fait par effort d’interprétation (Ijtihad) du gouvernement, eu égard à un besoin pressant »21. Ibn al-Qasim, disciple de Malik, ajoute : « Si cela est fait par nécessité, c’est acceptable »22. Il est rapporté que Suhnun a dit : « Si le gouvernement sait qu’une certaine terre est dans un besoin pressant, il peut légitimement y transporter une partie de l’aumône obligatoire (Zakah) collectée. Lorsqu’une calamité frappe, secourir ses victimes passe avant les autres emplois de l’aumône obligatoire (Zakah), car un musulman est le frère d’un autre musulman ; il ne l’abandonne pas et ne l’opprime pas. »23
However, I find no reason why this general principle should not have exceptions, especially if the exception is made by a just government in consultation with the representative council, in view of the public interests of Muslims and Islam. As Malik wonderfully puts it, "Transporting zakah is not permissible, except when done through the government's ijtihad, in view of pressing need."21 Ibn al Qasim, Malik's disciple adds, "If this is done out of necessity, it is all right."22 Suhnun is reported to say, "If the government knows a certain land has dire need, it can lawfully transport some of the collected zakah there. When catastrophe befalls, relieving its victims has priority above other uses of zakah, since a Muslim is a brother to a fellow Muslim; he does not let him down nor oppress him."23
Dans al-Mudawwanah, Malik rapporte que, l'année où la famine frappa Al-Madina, 'Umar écrivit à 'Amr ibn al-'As, qui se trouvait en Égypte : « Au secours, au secours pour les Arabes ! Envoie-nous une caravane dont la tête nous parvienne alors que sa queue est encore chez toi, chargée de farine enveloppée dans des vêtements. » Lorsque le secours arriva, 'Umar distribua la nourriture et les vêtements aux personnes affamées, et désigna des responsables pour aider à égorger les chameaux, en disant : « Les Arabes aiment les chameaux. Je crains qu'ils ne préfèrent les garder en vie. Faites égorger les chameaux, mangez leur viande et leur graisse, et donnez-leur les vêtements qui ont servi de sacs à farine, pour s'en vêtir. »24
In al Mudawwanah, Malik mentions that in the year when famine hit al Madinah, 'Umar wrote to Amr bin al 'As, who was in Egypt, "Help, help, to the Arabs. Send us a caravan whose beginning should reach me while its end is still at your place, loaded with flour wrapped in garments." 'Umar, when the relief arrived, divided food and clothes among the hungry people and appointed assignees to help slaughter the camels, saying, "Arabs love camels. I am afraid they may prefer to keep them alive. Have people slaughter the camels and eat their meat and fat, and give them the garments that are used as bags of flour, to wear."24
Cet avis est appuyé par les trois points suivants :
This opinion is supported by the three following points:
Premièrement, les différentes régions géographiques de l’État islamique forment un seul corps dont les membres doivent venir en aide à tout membre qui souffre. Cette unité et cette solidarité sont requises par l’islam et ne sauraient être négligées. Deuxièmement, il existe des catégories de bénéficiaires légitimes qui ne peuvent être évaluées et déterminées que par le gouvernement central, comme la réconciliation des cœurs et les dépenses dans la voie de Dieu. Le gouvernement central doit prélever une certaine part de la zakah pour les parts de ces bénéficiaires. À cet égard, al-Qurtubi rapporte que certains savants suggèrent que la collecte totale de la zakah soit divisée en segments, « de sorte que la part des pauvres et des nécessiteux soit distribuée localement, tandis que les autres parts puissent être transportées à la discrétion du gouvernement ».25 Cette question doit sans aucun doute être tranchée par l’effort d’interprétation (Ijtihad) du gouvernement islamique. Il est rapporté que ʿUmar ibn ʿAbd al-ʿAziz écrivit à ses commissaires : « Distribuez la moitié de la aumône obligatoire (Zakah) collectée et envoyez-moi l’autre moitié. » Puis il écrivit l’année suivante : « Distribuez-la tout entière. »26
Firstly, the different geographical areas in the Islamic state form one body whose members must come to the help of any member that is in pain. This unity and solidarity is required by Islam and cannot be neglected. Secondly, there are deserving categories that can only be assessed and determined by the central government, such as reconciling hearts and spending in the way of God . The central government must acquire a certain portion of zakah for the shares of these deservants. In this regard, al Qurtubi quotes some scholars as suggesting that the total collection of zakah should be divided into segments, "whereby the share of the poor and needy is distributed locally, while other shares may be transported at the discretion of the government."25 This matter is undoubtedly one that must be determined by the ijtihad of the Islamic government. It is reported that 'Umar bin 'Abd al 'Aziz once wrote to his commissioners "Distribute half of the collected zakah and send me the other half." Then he wrote in the following year "Distribute all of it".26
Thirdly, nous avons la preuve que le Prophète ﷺ invitait les bédouins arabes à envoyer leur aumône à Médine afin de la dépenser pour les pauvres parmi les émigrés et les auxiliaires (Muhajirin et Ansar). An-Nasa'i rapporte, d'après 'Abd Allah ibn Hilal ath-Thaqafi : « Un homme vint trouver le Messager d'Allah ﷺ et dit : "J'ai failli être tué pour ce qui équivaut à une corde ou à un mouton de l'aumône."» Le Prophète ﷺ dit : « Si ce n'était pour la donner aux pauvres émigrés, je ne l'aurais pas prise. » De même, le Prophète ﷺ dit à Qubaisah ibn al-Mukhariq, qui demandait de l'aide pour s'acquitter de la charge financière qu'il avait assumée en réconciliant deux groupes : « Reste jusqu'à ce que l'aumône arrive, nous t'aiderons ou nous prendrons à notre charge toute la somme pour toi. » Le Prophète ﷺ était prêt à lui donner de l'aumône du Hijaz, bien qu'il fût originaire du Najd. 'Adi ibn Hatim est connu pour avoir apporté à Abu Bakr l'aumône obligatoire (Zakah) collectée auprès de sa tribu après la mort du Prophète ﷺ. Par ailleurs, 'Umar dit à Ibn Abi Dhubab, lorsqu'il l'envoya comme percepteur juste après la grande famine : « Collecte l'aumône obligatoire (Zakah) due pour deux ans. »
Thirdly, we have evidence that the Prophet (p) used to invite bedouin Arabs to send their sadaqah to Madinah in order to spend on the poor migrants and helper [muhajirin and ansar] Al Nasa'i reports from 'Abd Allah bin Hilal al Thaqafi, "A man came to the messenger of God (p) and said, 'I was about to be killed for what amounts to a rope or a sheep of sadaqah'.The Prophet (p) said, 'If it were not to be given the poor migrants, I would not have taken it.'" Similarly, the Prophet (p) told Qubaisah bin al Mukhariq, who asked for help in paying financial burden he carried in reconciling two groups, "Stay until the sadaqah comes, We will either help you or carry the whole burden for you." The Prophet was prepared to give him from the sadaqah of Hijaz, although he was from Najd.27 'Adi bin Hatim is known to have carried the zakah collected from his tribe to Abu Bakr after the death of the Prophet (p).28 Also, Umar told Ibn Abi Dhubab when he sent him as collector right after the great famine," collect the zakah due for two years.
« Distribuez-en la moitié entre eux et envoyez-moi l'autre moitié. »29 Mu'adh dit aux gens du Yémen : « Apportez-moi des vêtements ou des étoffes, je les accepte de votre part en acquittement de l'aumône obligatoire (Zakah). C'est plus facile pour vous et plus bénéfique pour les Muhajirin à Médine. » Abu 'Ubaid commente : « Cela s'applique certainement à l'excédent au-delà de leurs besoins. »30 Mais l'explication d'Abu 'Ubaid n'est pas forcément exacte. Les besoins sont subjectifs et présentent différents niveaux, et le gouvernement a le droit de déterminer où les besoins sont les plus pressants et urgents.
Distribute half among them and send me the other half."29 Mu'adh told the people of Yemen, "Bring me garments or cloth, I accept them from you in fulfillment of zakah. It is easier for you and more beneficial to the migrants Madinah." Abu 'Ubaid comments, "This certainly applies to the excess above their needs."30 But Abu 'Ubaid's explanation is not necessarily true. Needs are subjective and have different levels, and the government has the right to determine where needs are more pressing and urgent.
Enfin, il faut souligner que le gouvernement ne doit pas transférer la totalité de l'aumône obligatoire (Zakah) collectée, sauf s'il n'existe aucun besoin local en fonds d'aumône obligatoire (Zakah).
Lastly, it must be emphasized that the government must not transport all the collected zakah unless there is no local need at all for zakah funds.
Il convient toutefois de noter que les Chafiites, qui sont les plus restrictifs en matière de transfert, ne désapprouvent pas le transfert de l'aumône obligatoire (Zakah) par le gouvernement ou son organisme chargé de la Zakah. Leur objection porte uniquement sur le cas où le payeur distribue lui-même l'aumône obligatoire (Zakah) due. Al Nawawi affirme : « Il faut bien comprendre que le gouvernement ou son organisme chargé de la Zakah est autorisé à transférer l'aumône obligatoire (Zakah). La discussion sur le transfert porte sur le cas où il est effectué par le payeur. » Al Rafi'i soutient cette position. On peut ajouter que, lorsqu'il n'existe pas d'État islamique ou lorsque l'État ne prélève pas l'aumône obligatoire (Zakah), les payeurs individuels peuvent assumer le même rôle et décider de transférer l'aumône obligatoire (Zakah) due à des proches dans le besoin, à des personnes dans une détresse extrême, pour des intérêts publics essentiels des musulmans, ou vers un projet islamique majeur dans un autre pays.
It must be noted, however, that Shafi'ites, who are most restrictive in the matter of transportation, do not disapprove of transporting zakah by the government or its zakah agency. They center their objection only on the case when the payer distributes due zakah himself. Al Nawawi says, "It must be realized that the government or its zakah agency is permitted to transport zakah. The discussion on transportation is centered on the case when it is done by the payer." Al Rafi'i supports this position.31 One may add that when there is no Islamic state or when the state does not collect zakah, individual payers can assume the same role and decide whether to transport due zakah to needy relatives, to people who are in dire need, for essential public interests of Muslims, or to a pivotal Islamic project in another country.