2.2.3 La direction de la prière (Qiblah)
2.2.3 The Qibla
Les juristes musulmans sont tombés d'accord pour dire que se tourner vers la direction de la Maison sacrée est l'une des conditions de validité de la prière, en vertu de la parole du Très-Haut : « Et d'où que tu sortes [pour la prière, ô Muhammad ﷺ], tourne ton visage vers la Mosquée sacrée. Et c'est la vérité venant de ton Seigneur. »99 Si toutefois le fidèle peut voir la Maison sacrée, alors l'obligation est de faire face à la Maison elle-même, et il n'y a sur ce point aucune divergence. Les juristes divergent sur deux questions lorsque la Ka‘ba n'est pas en vue. Premièrement, l'obligation est-elle de faire face à la Ka‘ba elle-même ou de faire face à sa direction ? Deuxièmement, l'obligation est-elle d'être exact en la matière ou bien faut-il estimer la direction, c'est-à-dire être exact quant à la Ka‘ba elle-même ou quant à la direction générale ?
The Muslim jurists agreed that turning toward the direction of the House is one of the conditions for the validity of prayer, because of the words of the Exalted, “And whencesoever thou comest forth [for prayer, O Muhammad] turn thy face toward the Inviolable Place of Worship. Lol it is the Truth from thy Lord”.99 If, however, the worshiper can see the House, then the obligation is to face the House itself, and there is no dispute about this. The jurists disagree about two issues, when the KaQ^a is not in sight. First, whether the obligation is to face the Ka^a itself or to face in its direction. Second, whether the obligation is to be exact about it or estimate the direction, that is, being exact about the KaTia itself or about the general direction?
2.2.3.1. Question 1
2.2.3.1. Issue 1
Certains juristes ont soutenu que l’obligation consiste à faire face à la Ka‘ba elle-même, tandis que d’autres ont soutenu qu’elle consiste à faire face à sa direction. La raison de leur désaccord tient à la question de savoir si, dans les paroles du Très-Haut : « Et d’où que tu sortes [pour la prière, ô Muhammad], tourne ta face vers la Mosquée sacrée », il faut sous-entendre un mot, de sorte qu’on lise : « Et d’où que tu sortes [pour la prière, ô Muhammad], tourne ta face dans la direction de la Mosquée sacrée », ou si les mots doivent être lus tels qu’ils sont. Ceux qui ont admis un mot sous-entendu ont soutenu que l’obligation consiste à faire face dans sa direction, tandis que ceux qui n’ont pas admis de mot sous-entendu ici ont dit que l’obligation est de faire face à la Ka‘ba elle-même. Il est nécessaire d’interpréter les mots selon leur sens propre, à moins qu’une preuve n’indique qu’ils doivent être compris au sens métaphorique. On soutient toutefois que la preuve d’un mot sous-entendu se trouve dans les paroles du Prophète (que la paix et les bénédictions de Dieu soient sur lui) : « Tout ce qui se trouve entre l’orient et l’occident est une qibla, si tu prends la direction de la Maison. » Ils ont dit que l’accord des juristes musulmans au sujet d’une longue rangée de fidèles s’étendant au-delà des limites de la Ka‘ba est une preuve que l’obligation n’est pas de faire face à la Ka‘ba elle-même, c’est-à-dire lorsque la Ka‘ba n’est pas visible. Pour ma part, je dirais que si l’obligation avait consisté à viser la Ka‘ba elle-même, cela aurait entraîné une difficulté, et le Très-Haut a dit : « Il vous a choisis et n’a mis sur vous aucune gêne dans la religion. » Viser directement une chose n’est pas possible sans s’en approcher au moyen de la géométrie et de l’observation astronomique, et encore le résultat reste approximatif ; alors, comment est-il possible, sans ces moyens, de déterminer la direction par voie d’ijtihad ? Nous ne sommes pas tenus de découvrir, au moyen de la géométrie fondée sur l'observation astronomique, la longueur et la largeur totales de la terre à partir desquelles elle pourrait être déduite.
Some Jurists maintained that the obligation is for facing the Ka<ba itself, while others maintained that it is for facing its direction. The reason for their disagreement is whether in the words of the Exalted, “And whencesoever thou comest forth [for prayer, O Muhammad] turn thy face toward the Inviolable Place of Worship”, an implied word is to be assumed, so as to read, “And whencesoever thou comest forth [for prayer, O Muhammad] turn thy face in the direction of the Inviolable Place of Worship”, or whether the words are to be read as they are. Those who assumed an implied word maintained that the obligation is for facing in its direction, while those who did not assume an implied word here said that the obligation is to face the Ka<ba itself. It js necessary to interpret the words in their actual meanings, unless an evidence indicates their construction in the metaphorical meaning. It is, however, maintained that the evidence for an implied word here is to be found in the words of the Prophet (God’s peace and blessings be upon him), “.Whatever is between the east and the west is a qiblay if you take the direction of the House”. They said that the agreement of the Muslim jurists about a long row of worshipers extending beyond the boundary of the Ka<ba is an evidence that the obligation is not to face the Ka^a itself, that is when the Ka<ba is not in sight. What I would say is that if the obligation had been to aim at the Ka<ba itself it would have amounted to hardship, and the Exalted has said, “He hath chosen you and hath not laid upon you in religion any hardship”.100 Aiming directly at a thing is not possible without approaching it by the use of geometry and (astronomical) observation, and yet the result is approximate; then, how is it possible without these to determine the direction by way of ijtihad? We are not under the obligation of discovery by means of geometry based upon astronomical observation from which the whole length and breadth of the land may be derived.
Il s'agit du numéro 2 : 2.2.3.2.
2.2.3.2. Issue 2
L'obligation de celui qui s'efforce de déterminer la direction de la Qiblah (direction de la prière) consiste-t-elle à atteindre l'exactitude, ou seulement à fournir l'effort de la découvrir ? Ainsi, si nous disons que l'obligation est de la déterminer avec exactitude, il doit prier à nouveau s'il découvre qu'il s'est trompé (dans la détermination de la véritable direction). Si nous maintenons que l'obligation ne porte que sur l'effort, il n'a pas à prier à nouveau s'il commet une erreur, de même s'il a prié avant d'avoir fourni un effort pour découvrir la direction. Al-Shafi'i pensait que l'obligation était la détermination exacte, et que s'il devient évident pour la personne qu'elle s'était trompée, elle doit prier à nouveau, dans tous les cas. Un groupe de juristes a dit qu'elle ne prie pas à nouveau si elle a terminé sa prière, à moins qu'elle ne l'ait fait intentionnellement (c'est-à-dire qu'elle a prié dans la mauvaise direction) ou qu'elle ait prié sans fournir d'effort pour découvrir la direction. Telle était l'opinion de Malik et d'Abu Hanifa, à ceci près que Malik recommandait de prier à nouveau s'il restait encore du temps.
Is the obligation of a person striving to determine the qibla (the attainment of) accuracy or is it just the exercise of effort to discover it? Thus, if we say that the obligation is to accurately determine it, he is to pray again if he discovers that he made a mistake (in determining the true direction). If we maintain that the obligation is only for exerting effort, he does not have to pray again if he makes an error, and also if he had prayed before an effort to discover the direction. Al-ShafiT thought that the obligation was for accurate determina tion, and if it becomes obvious to the person that he had made a mistake, he was to pray again, always. A group of jurists said that he does not pray again if he has finished praying, unless he did so intentionally (that is, prayed in the wrong direction) or prayed without making an effort to discover the direction. This was the opinion of Malik and Abu Harnfa, except that Malik i recommended praying again if there was still time.
La raison du désaccord dans ce point réside dans le conflit entre une tradition et le raisonnement par analogie, ainsi que dans une controverse sur l'authenticité de la tradition. L'analogie repose sur la ressemblance entre (l'obligation de faire face à) la direction et le temps, c'est-à-dire le moment de la prière. Ils s'accordent (au sujet du temps) sur le fait que l'obligation incombe au fidèle de tomber juste sur l'heure. Si la personne se rend compte qu'elle a prié avant l'heure, sa prière devient invalide et elle doit la refaire, sans exception. Il est toutefois rapporté une légère divergence d'Ibn ʿAbbas et d'al-Shāfiʿī, ainsi qu'un rapport de Mālik selon lequel, si un voyageur ignore l'heure et prie la ʿishāʾ avant la disparition du crépuscule, découvrant ensuite qu'il a prié avant ce moment, sa prière demeure valide. Le fondement de la ressemblance entre les deux cas est que ce sont là les limites du temps, de même que celles-là sont les limites de la direction.