2.3.4. Les prières durant le voyage
2.3.4. Prayers during a Journey
Dans ce chapitre, il y a deux sections. La première section traite du raccourcissement de la prière, et la deuxième de la réunion des prières.
In this chapter there are two sections. The first section is about curtailing the prayer and the second is about combining prayers.
2.3.4.1. Section 7 : Abréger les prières (en voyage)
2.3.4.1. Section 7: Curtailing prayers (while travelling)
Le voyage est un motif efficace pour raccourcir (quadruple) les prières à quatre rakaʿāt141, selon l'accord des savants, et il est un motif efficace pour regrouper les prières, avec divergence d'avis.
Travelling is effective in curtailing (quadruple)141 prayers, by agreement, and is effective in combining prayers, with disagreement.
Les juristes se sont accordés sur le raccourcissement des prières, à l'exception d'une opinion déviante, celle de ʿĀ'isha, qui soutenait que le raccourcissement des prières n'est pas permis, sauf pour celui qui est en état de crainte, en raison des paroles du Très-Haut : « Et lorsque vous voyagez sur terre, nulle faute ne vous incombe à raccourcir votre prière, si vous craignez que ceux qui ont mécru ne vous attaquent. Les mécréants sont vraiment pour vous un ennemi déclaré ». 142 Ils ont dit que le Prophète ﷺ raccourcissait ses prières parce qu'il était en état de crainte.
The jurists agreed about the curtailment of prayers, except for a deviant opinion, which is the opinion of cA5isha, who maintained that curtailing prayers is not permitted, except for one in a state of fear, because of the words of the Exalted, “And when ye go forth in the land, it is no sin for you to curtail [your] worship if ye fear that those who disbelieve may attack you. In truth the disbelievers are an open enemy to you”.142 They isaid that the Prophet (God’s peace and blessings be upon him) shortened his prayers for he was in a state of fear.
Ils (la majorité) divergèrent sur ce point en cinq aspects. Premièrement, au sujet du statut légal (Hukm) de l'abrègement des prières. Deuxièmement, au sujet de la longueur du voyage auquel s'applique l'abrègement. Troisièmement, le type de voyage qui justifie l'abrègement. Quatrièmement, le moment à partir duquel le voyageur peut commencer à accomplir les prières abrégées. Cinquièmement, la durée pendant laquelle il est permis au voyageur de continuer à abréger ses prières, s'il est resté dans un même lieu.
They (the majority) differed over this on five points. First, about the hukm of curtailing prayers. Second, about the length of the journey to which curtailment applies. Third, the kind of journey that justifies curtailment. Fourth, the point from which the traveller may commence shortened prayers. Fifth, the duration in time for which it is permissible for the traveller to continue curtailing prayers, if he has stayed on at one place.
En ce qui concerne le statut légal (Hukm) de la prière raccourcie (qasr), les savants ont exprimé quatre avis différents. Certains ont considéré que le raccourcissement de la prière est une obligation pour le voyageur et qu'il lui est imposé. D'autres ont estimé que le raccourcissement et l'accomplissement complet sont tous deux obligatoires pour lui, à titre d'option, à l'instar de l'option existant en matière d'expiation (kaffara). D'autres encore ont considéré que le raccourcissement est une sunna, tandis que d'autres ont été d'avis qu'il s'agit d'une dispense (rukhsa), et que l'accomplissement complet de la prière a un mérite supérieur. Le premier avis était celui d'Abu Hanifa, de ses disciples et des Kufiens dans leur ensemble, c'est-à-dire qu'il s'agit d'une obligation ferme. Le deuxième avis était celui de certains disciples de ash-Shafi'i. Le troisième, selon lequel il s'agit d'une sunna, était celui de Malik, dans la narration la plus connue de lui. Le quatrième, selon lequel il s'agit d'une dispense, était celui de ash-Shafi'i, dans la narration la plus connue de lui, et il est soutenu par ses disciples.
2.3.4.2. Section 2\ Combining prayers (jam* Note : la traduction reproduit le texte tel quel, avec la numérotation et la mise en forme d'origine.
2.3.4.2. Section 2\ Combining prayers (jam*
Trois questions sont liées au sujet de la réunion des prières. La première concerne sa licéité. La deuxième concerne la manière de réunir les prières. La troisième concerne les choses permises lors de la réunion.
Three issues are related to the topic of combining prayers. First is its permissibility. Second, the manner of combining prayers. Third, things permissible in combining.
2.3.4.2.I. Question 1 : La permissibilité de combiner les prières
2.3.4.2.I. Issue 1: The permissibility of combining prayers
Concernant la permissibilité de combiner les prières, les juristes sont tombés d'accord sur le fait que combiner la prière de zuhr et celle de 'asr au moment de zuhr à 'Arafa (pour le pèlerin) est une sunna, et que combiner la prière de maghrib et celle de 'icha' au moment de 'icha' à Muzdalifa est également une sunna. Ils ont divergé en ce qui concerne la combinaison des prières en dehors de ces occasions. La majorité l'a permise, mais ils ont divergé quant aux circonstances dans lesquelles cela est permis et à celles dans lesquelles cela ne l'est pas. Abu Hanifa et ses disciples l'ont interdite de manière absolue.
About the permissibility of combining prayers, the jurists agreed that combining zuhr and <asr at the time of zuhr at *Arafa (by a pilgrim) is a sunna, and combining maghrib and Hsh& at Muzdalifa at the time of %sha> is also a sunna. They disagreed^ about combining prayers on occasions other than these. The majority permitted it, but disagreed as to the occasions on which this is permitted and those on which it is not. Abu Harnfa and his disciples prohibited this absolutely.
La raison de leur désaccord provient de leur différend concernant l'interprétation des traditions citées à l'appui de la combinaison des prières et de leur emploi comme preuve juridique de la licéité du jam*. Toutes comportent des actes et non des paroles, et les actes sont sujets à une interprétation plus large que les paroles. Deuxièmement, il existe un différend sur l'authenticité des traditions. Troisièmement, il y a un désaccord sur la licéité de l'emploi du raisonnement par analogie en la matière. Ainsi, il y a trois raisons de désaccord, comme vous pouvez le constater.
The reason for their disagreement arises from their dispute about the interpretation of the traditions that are cited in support of combining prayers and their employment as legal evidence for the permissibility of jam*. All of them comprise acts and not words, and acts are subject to wider interpretation more than are words. Second, there is a dispute about the authenticity of the traditions. Third, there is a disagreement about the permissibility of employing analogy in this. Thus, there are three reasons for disagreement, as you can see.
Les traditions sur l'interprétation desquelles ils se sont opposés comprennent la tradition d'Anas, authentique de l'accord de tous et rapportée par al-Bukhari et Muslim. Il a dit : « Lorsque le Messager d'Allah ﷺ voyageait avant le déclin du soleil, il retardait la prière de zuhr jusqu'au moment de la prière de 'asr, puis il descendait (de sa monture) et réunissait les deux prières. Si toutefois le soleil avait décliné avant le début du voyage, il priait zuhr puis montait sa monture. » Elles comprennent également la tradition d'Ibn Umar, rapportée elle aussi par les deux Cheikhs (al-Bukhari et Muslim). Il a dit : « J'ai vu le Messager d'Allah ﷺ, lorsqu'il hâtait son voyage (pour une raison quelconque), retarder la prière de maghrib afin de la réunir avec la prière de 'isha ». La troisième est la tradition d'Ibn 'Abbas, rapportée par Malik et Muslim. Il a dit : « Le Messager d'Allah ﷺ a prié zuhr et 'asr réunis, et maghrib et 'isha réunis, en l'absence de crainte ou de voyage. » Ceux qui soutiennent la licéité de la réunion des prières ont interprété cette tradition comme signifiant qu'il retardait la prière de zuhr jusqu'au moment fixé pour 'asr, puis réunissait les deux. Les Kufiens ont soutenu qu'il priait zuhr à son dernier moment et à son premier moment, conformément à ce qui est rapporté au sujet de l'imamat de Jibril ﷺ. Ils ont dit qu'il convient d'interpréter ainsi la tradition d'Ibn 'Abbas, car il y a consensus sur le fait qu'en l'absence d'une excuse valable, deux prières ne doivent pas être accomplies dans le temps fixé pour l'une d'elles. Ils ont également argumenté en faveur de leur interprétation sur la base de la tradition d'Ibn Mascud, qui a dit : « Par Celui en dehors duquel il n'y a pas de dieu, le Messager d'Allah ﷺ n'a jamais accompli une prière autrement que dans son temps prescrit, à l'exception des deux prières qu'il a réunies : le zuhr et l'asr à 'Arafa, et le maghrib et le 'ichaa à Muzdalifa [jam'] ». Ils ont également dit : « Il est possible d'interpréter ces traditions dans le sens de ce que nous avons dit ou dans le sens de ce que vous avez dit. Or, les horaires fixes des prières et leur accomplissement dans ces horaires ont été établis, et il n'est pas permis de s'écarter d'un principe établi pour une question sujette à interprétation ».
23.4.2.2. Question 2 : La manière de combiner les prières
23.4.2.2. Issue 2: The method of combining prayers
Ceux qui ont retenu la possibilité de combiner les prières pendant le voyage ont divergé quant à sa manière. Certains ont dit qu'il est préférable de différer la première prière et de l'accomplir avec la seconde, cependant, si elles sont combinées dans le temps de la première, cela est également permis. Tel est un récit de Malik. D'autres ont estimé que les deux méthodes sont équivalentes, c'est-à-dire que la seconde peut être avancée au temps de la première, ou inversement. C'est l'avis de ash-Shafi'i et un récit de Malik par l'intermédiaire des juristes de Médine, tandis que le premier a été rapporté par Ibn al-Qasim de sa part. Ce type de combinaison (différer la première jusqu'au temps de la seconde) est préférable selon Malik, car il a été établi par la tradition d'Anas. Ceux qui considéraient les deux méthodes comme équivalentes se sont fondés sur le principe selon lequel la préférence ne se fait pas sur la base de la ʿadala, c'est-à-dire que la ʿadala d'un rapporteur n'est pas préférée à celle d'un autre pour déterminer l'obligation d'agir selon la tradition. Cela signifie que si la tradition de Muʿadh est prouvée authentique, il est obligatoire d'agir selon elle, de même qu'il est obligatoire d'agir selon la tradition d'Anas, si la ʿadala des rapporteurs des deux traditions est établie, et ce même si la ʿadala des rapporteurs de l'une des traditions est plus forte que celle de l'autre.
Those who .upheld the combining of prayer during a journey differed about its manner. Some of them said that it is preferable to delay the first prayer and offer it with the second prayer, however, if they are combined within the timing of the, first this is also permitted. This is one narration from Malik. Some of them deemed the two equal, that is, the second may be advanced to the timing of the first or it may be the other way round. This is akShafWs opinion and is a narration from Malik through the jurists of Medina, while the first has been related by Ibn akQasim from him. This kind of combination (delaying the first to the time of the second) is preferable according to Malik, as it has been established through the tradition of Anas. Those who considered the two methods as equal relied on the principle that preference is not undertaken on the basis of ^adala, that is, one <adala is not be preferred over another <adala for determining the obligation of acting upon the tradition. This means that if the tradition of Mu<adh is proved authentic it is obligatory to act upon it, just as it is obligatory to act upon the tradition of Anas, if the 'addla of the transmitters of both traditions is established, and even if the ^addla of the transmitters of one tradition is stronger than that of the other.
23.4.23. Question 3 : Les causes qui permettent de combiner les prières
23.4.23. Issue 3: The causes permitting the combining of prayers
Ceux qui ont admis la licéité de réunir les prières ont convenu que le voyage fait partie des causes qui permettent de les réunir. Ils ont divergé sur la réunion des prières à l'intérieur d'une agglomération, ainsi que sur les conditions du voyage qui la permet : certains ont considéré que tout type de déplacement, quelle que soit sa nature, constitue une cause valable de réunion des prières, tandis que d'autres ont posé la condition d'une forme particulière de voyage et d'un genre particulier de prière. Malik fait partie de ceux qui exigent une forme particulière de voyage, selon le récit d'Ibn al-Qasim de sa part. Il a dit que le voyageur ne doit pas réunir les prières à moins que le voyage ne devienne pénible pour lui. Al-Shafi'i fait partie de ceux qui ne posent pas cette condition, et c'est aussi un récit de Malik. Ceux qui ont adopté cet avis (celui de Malik) se sont appuyés sur la parole d'Ibn 'Umar : « J'ai vu le Messager d'Allah ﷺ, lorsqu'il pressait son voyage (pour une raison quelconque), retarder la prière du maghrib afin de la réunir avec la prière du 'isha' ». Ceux qui n'ont pas retenu cet avis se sont fondés sur le sens apparent des traditions rapportées par Anas et d'autres.
Those who upheld the permissibility of combining prayers agreed that travel is one of the causes permitting the combining of prayers. They disagreed about combining prayers within a settlement and also about the conditions of travel that permits it, as some of them considered any kind of journey, whatever its nature, to be a valid cause for combining prayers, while others stipulated a particular form and a particular kind of prayer. Malik is one of those who stipulate a particular form of journey, according to the narration of Ibn ak Qasim from him. He said that the traveller is not to combine prayers unless the journey becomes cumbersome for him. Al-ShafiT is among those who did not stipulate this, and this is also one narration from Malik. Those who adopted this opinion (Malik’s) relied on the saying of Ibn TJmar “I have seen the Messenger of Allah (God’s peace and blessings be upon him), when he was hastening his journey (for some reason), delaying maghrib so that he would combine it with Sshff”. Those who did not hold this opinion adopted the apparent meaning of the traditions of Anas and others.
De même, ils étaient en désaccord, comme nous l'avons dit, sur le type de voyage dans lequel la réunion (des prières) est permise. Certains ont dit qu'il s'agit d'un voyage motivé par la piété, comme le pèlerinage (Hajj) ou la guerre (jihad), et tel est le sens apparent du récit d'Ibn al-Qasim. D'autres ont dit qu'il s'agit d'un voyage licite (motivé par la piété ou entrepris dans un but légitime quelconque), par opposition à un voyage entrepris dans des buts illicites. C'est l'opinion d'al-Shafi'i et le sens apparent du récit des habitants de Médine d'après Malik. La raison de leur désaccord à ce sujet est la même que celle de leur désaccord sur le voyage pendant lequel la prière est raccourcie, bien que dans ce cas le sens soit général, car le raccourcissement a été rapporté à la fois par des paroles et par des actes (du Prophète ﷺ), alors que la réunion n'a été rapportée que par des actes. Ceux qui l'ont restreinte aux types de voyage pendant lesquels le Messager d'Allah ﷺ réunissait ses prières ne l'ont pas permise dans d'autres types de voyage, tandis que ceux qui la considéraient comme une sorte de dispense (rukhsa) accordée au voyageur l'ont jugée valable pour d'autres voyages également.