0.4 De le terme géopolitique « Palestine » au concept de Palestine : cartographie, toponymes et mémoire sociale
0.4 From The Geo-political Term Palestine To The Concept Of Palestine: Cartography, Place Names And Social Memory
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0.4 From The Geo-political Term Palestine To The Concept Of Palestine: Cartography, Place Names And Social Memory
Pour des raisons pratiques, l'évolution historique des termes et des noms de lieux précède et suit souvent celle des concepts. Bien que le terme géopolitique Palestine remonte à l'âge du bronze final et aux Philistins, peuple autochtone, la consolidation du concept de Palestine remonte à Hérodote et aux autres historiens, ethnographes et géographes grecs de l'Antiquité classique. La présente étude entend relier la Palestine de l'âge du bronze et la Palestine de l'Antiquité classique aux temps modernes, et explorer l'étymologie des toponymes de la Palestine – le terme dérive des mots grecs topos (« lieu ») et onoma (« nom ») – ainsi que leurs transformations au fil du temps et à travers les espaces.
For practical reasons, the historical evolution of terms and place names often precedes and follows the evolutions of concepts. Although the geo-political term Palestine can be traced to the late Bronze Age and the indigenous Philistines, the consolidation of the concept of Palestine can be traced to Herodotus and other Greek historians, ethnographers and geographers of Classical Antiquity. This study intends to link Bronze Age Palestine and Classical Antiquity Palestine with modern times and explore the etymology of Palestine toponyms – the term derives from the Greek words topos (‘place’) and onoma (‘name’) – and their changes through and across time.
La mémoire collective palestinienne moderne et les toponymes ont évolué depuis le Néolithique jusqu'à l'époque moderne en intégrant de multiples traditions et en préservant le patrimoine commun et multicouche de la terre. Dans une société largement paysanne, dotée de l'une des terres les plus fertiles du Croissant fertile, de nombreux toponymes arabes palestiniens étaient fondés sur des aliments végétaux (tels que diverses variétés de haricots et de lentilles), des arbres fruitiers (olivier, figuier, vigne) et des sites géographiques naturels (collines, prairies, sources, ruisseaux, oueds, vallées et montagnes).
Modern Palestinian collective memory and place names have evolved from the Neolithic Age into the modern period by embracing multiple traditions and preserving the shared and multi-layered heritage of the land. In a largely peasant society with one of the most fertile lands in the Fertile Crescent, many Palestinian Arab toponyms were based on plant foods (such as varieties of beans, lentils), fruit trees (olive, fig, vine) and natural geographical sites (hills, meadows, springs, streams, wadis, valleys and mountains).
Dans l'ensemble, les noms des villages et des villes de Palestine étaient très stables, tandis que les noms des provinces et des districts évoluaient.
By and large the names of Palestinian villages and towns were very stable, but names of provinces and districts were evolving.
La Palestine figure sur les plus anciennes cartes connues du monde, à partir de l'Antiquité tardive, ainsi que sur la célèbre « carte en mots » de Claude Ptolémée (100–c.
Palestine is found on the earliest known world maps beginning with Late Antiquity and the famous ‘word map’ of Claudius Ptolemy (100–c.
170 apr. J.-C.). Bien sûr, la cartographie est une science pratique, et depuis que Ptolémée a dressé une carte du monde connu de la société hellénistique au IIe siècle, la cartographie n'a jamais été une représentation « objective » de la réalité. Au Moyen Âge, la cartographie fut développée par des géographes musulmans tels qu'al-Khawarizmi, et mise au service de l'État abbasside ainsi qu'à des fins pratiques, comme le commerce musulman international, la navigation et le pèlerinage. À l'époque moderne, la cartographie et le renommage furent également au cœur de l'expansion du commerce européen et de la construction des empires (Bassett 1994 :
170 AD). Of course, cartography is a practical science and since Ptolemy produced a map of the world known to Hellenistic society in the 2nd century cartography has never been about ‘objective’ representation of reality. In the Middle Ages cartography was developed by Muslim geographers such as al-Khawarizmi and deployed in the service of the Abbasid state and for practical purposes such as international Muslim trade, navigation and pilgrimage. In modern times cartography and renaming were also central to expanding European trade and empire-building (Bassett 1994:
316–335).
316–335).
Les noms de lieux (y compris les établissements humains tels que villages, villes, cités, rues et pays, ainsi que les lieux naturels tels que montagnes, collines, vallées, rivières, sources et oueds) sont censés « fournir des indices sur le patrimoine historique et culturel des lieux et des régions » (Kearns et Berg 2002 : 284). Pourtant, en réalité, les noms de lieux ne sont pas de simples repères spatiaux ; ils sont enracinés dans des rapports de pouvoir et dans des luttes pour la terre et les ressources, ainsi que dans les identités des populations qui habitent ces lieux (Kearns et Berg 2002).
Place names (including human settlements such as villages, towns, cities, streets and countries and natural places such as mountains, hills, valleys, rivers, springs and wadis) are meant ‘to provide clues as to the historical and cultural heritage of places and regions’ (Kearns and Berg 2002: 284). Yet in reality place names are not just spatial references; they are rooted in power relations and struggles over land and resources and the identities of the people that inhabit these places (Kearns and Berg 2002).
Les conflits autour de la terre, des toponymes, de la dénomination et de la rebaptisation opposant les peuples autochtones aux colons sont courants. Parmi les exemples figurent le Zimbabwe (Rhodésie), les îles Malvinas (les îles Falkland), Istanbul (Constantinople), l'Irlande du Nord (Ulster ; les Six Comtés), l'Azanie (Afrique du Sud), Aotearoa (Nouvelle-Zélande), la Palestine (Israël), al-Quds (Jérusalem) (Masalha 2007, 2012, 2013 ; Benvenisti 2002 ; Zerubavel 1995, 1996 ; Yacobi 2009 ; Gann 1981 ; Nyangoni 1978 ; Abu El-Haj 2001 ; Ra‘ad 2010 ; Berg et Kearns 1996 ; Berg et Vuolteenhaho 2009 ; Nash 1999 ; Housel 2009 ; Kadmon 2004). À l'époque moderne, la volonté de rebaptiser les sites géographiques relève également de la revendication d'un pays. Cette focalisation sur les noms de lieux dans le contexte du nationalisme montre comment les élites politiques hégémoniques et les autorités de l'État utilisent le processus toponymique pour construire une nouvelle mémoire collective et « inventer des traditions » (Hobsbawm et Ranger 1996), comme tactique d'accaparement des terres ainsi que comme retour idéologique à un « âge d'or » prétendument ancien ou mythique. Les autorités étatiques déploient des stratégies de renommage pour effacer les réalités politiques, sociales et culturelles antérieures et pour construire de nouvelles notions d'identité nationale (Guyot et Seethal 2007 ; Nash 1999 ; Azaryahu et Kook 2002 ; Azaryahu 1996, 1997).
Struggles over land, toponyms, naming and renaming between indigenous peoples and settler-colonists are common. Examples include Zimbabwe (Rhodesia), Islas Malvinas (the Falkland Islands), Istanbul (Constantinople), Northern Ireland (Ulster; the Six Counties), Azania (South Africa), Aotearoa (New Zealand), Palestine (Israel), al-Quds (Jerusalem) (Masalha 2007, 2012, 2013; Benvenisti 2002; Zerubavel 1995, 1996; Yacobi 2009; Gann 1981; Nyangoni 1978; Abu El-Haj 2001; Ra‘ad 2010; Berg and Kearns 1996; Berg and Vuolteenhaho 2009; Nash 1999; Housel 2009; Kadmon 2004). In modern times the drive to rename geographical sites is also about staking claims to a country. This focus on place names in the context of nationalism shows how hegemonic political elites and state authorities use the toponymic process as a way of constructing a new collective memory and ‘inventing traditions’ (Hobsbawm and Ranger 1996) and as a tactic of land-grabbing as well as an ideological reversion to a supposedly ancient or mythical ‘golden age’. State authorities deploy renaming strategies to erase earlier political, social and cultural realities and to construct new notions of national identity (Guyot and Seethal 2007; Nash 1999; Azaryahu and Kook 2002; Azaryahu 1996, 1997).
Compte tenu du nettoyage ethnique sioniste de la majeure partie de la Palestine en 1948 et de la réalité actuelle de colonisateur et colonisé dans le pays, le slogan sioniste libéral selon lequel l'histoire de la Palestine moderne s'articule autour de l'idée d'« une terre, deux peuples » sonne creux. L'asymétrie de pouvoir en Palestine façonne les travaux de presque tous les « Nouveaux Historiens » israéliens. Le présent ouvrage, à l'inverse, remet en cause cette perspective fondée sur le « nationalisme sioniste » et plaide pour des méthodologies décoloniales ; il soutient que la perspective nationaliste sert à masquer le cœur du conflit en Palestine ; il affirme en outre que la question de la Palestine repose essentiellement sur le conflit profondément asymétrique opposant un mouvement colonial de peuplement européen à visée éliminatrice, soutenu par les grandes puissances occidentales (d'abord la Grande-Bretagne, aujourd'hui les États-Unis), et le peuple autochtone de Palestine. Par ailleurs, la cartographie de la dénomination des lieux et les explorations commanditées par l'État furent au cœur de la conquête européenne moderne de la planète, de la construction des empires et des projets de colonisation de peuplement, y compris l'entreprise sioniste. Les chercheurs supposent souvent que les toponymes fournissent des indices sur le patrimoine historique et partagé des lieux et des régions. Cet ouvrage recourt à la théorie de la mémoire sociale pour analyser les enjeux culturels de la dénomination des lieux en Israël. S'appuyant sur l'étude de Maurice Halbwachs consacrée à la construction de la mémoire sociale par les croisés latins et les pèlerins chrétiens médiévaux, l'ouvrage met en évidence les stratégies toponymiques des sionistes en Palestine : leur superposition de toponymes de l'Ancien Testament et du Talmud visait à effacer le patrimoine palestinien local et arabo-islamique du pays. Durant la période précédant la Nakba, les projets toponymiques sionistes s'appuyèrent sur les explorations occidentales du XIXe siècle portant sur les « noms » et les « lieux » de l'Ancien Testament, et s'approprièrent des toponymes palestiniens. Suite au nettoyage ethnique de la Palestine en 1948 et aux bouleversements de la Nakba, l'État israélien, désormais maître de 78 % du territoire, a accéléré son projet toponymique et a recouru à des méthodes dont les traits principaux relevaient du mémoricide. Prolongées après l'occupation de 1967, ces méthodes coloniales continuent de menacer la destruction du riche patrimoine culturel et historique de la terre.
In view of the Zionist ethnic cleansing of most of Palestine in 1948 and the current reality of coloniser/colonised in the country, the liberal Zionist slogan that the history of modern Palestine centres on the idea of ‘one land, two peoples’ rings hollow. The asymmetry of power in Palestine informs the works of nearly all Israeli ‘New Historians’. This work, by contrast, challenges this ‘Zionist nationalism’-based perspective and argues for decolonising methodologies; this work argues that the nationalism perspective serves to camouflage the heart of the conflict in Palestine; it argues further that at the heart of the question of Palestine is the vastly asymmetrical conflict between an eliminationist European settler-colonialist movement, backed by major Western powers (first Britain and now the US), and the indigenous people of Palestine. Furthermore, place-naming cartography and state-sponsored explorations were central to the modern European conquest of the earth, empire-building and settler-colonisation projects, the Zionist enterprise included. Scholars often assume that place names provide clues to the historical and shared heritage of places and regions. This work uses social memory theory to analyse the cultural politics of place-naming in Israel. Drawing on Maurice Halbwachs’ study of the construction of social memory by the Latin Crusaders and Christian medieval pilgrims, the work shows Zionists’ toponymic strategies in Palestine: their superimposition of Old Testament and Talmudic toponyms was designed to erase the local Palestinian and Arab Islamic heritage of the country. In the pre-Nakba period Zionist toponymic schemes utilised 19th century Western explorations of Old Testament ‘names’ and ‘places’ and appropriated Palestinian toponyms. Following the ethnic cleansing of Palestine in 1948 and the ruptures of the Nakba, the Israeli state, now in control of 78 per cent of the land, accelerated its toponymic project and pursued methods whose main features were memoricide. Continuing into the post-1967 occupation, these colonial methods continue to threaten the destruction of the diverse cultural and historic heritage of the land.
Les toponymes de la Palestine historique proviennent d'un large éventail de sources, dont le phénicien, le philistin, l'araméen, le grec, l'hébreu et l'arabe, toponymes qui témoignent de l'identité culturelle à plusieurs couches de la Palestine. L'importance sociale et culturelle de la mémoire toponymique et de la désignation géographique des lieux et des termes dans l'écriture historique est évidente dans de nombreuses histoires de la Palestine antique, médiévale et moderne. Un exemple classique est la mention du nom de la Palestine antique dans les Histoires (ou L'Histoire, 1987) d'Hérodote, rédigées entre les années 450 et 420 avant notre ère.
The toponyms of historic Palestine derive from a wide range of sources, including Phoenician, Philistine, Aramaic, Greek, Hebrew and Arabic – toponyms which are representative of the multi-layered cultural identity of Palestine. The social and cultural importance of toponymic memory and geographical rendering of sites and terms in historical writing is evident in many histories from antiquity, medieval and modern Palestine. One classical example is the listing of the name of ancient Palestine in Histories (or The History, 1987) by Herodotus, written from the 450s to the 420s BC.
Hérodote aurait visité la Palestine dans la cinquième décennie du Ve siècle av. J.-C. À l'instar de la tradition classique de l'historiographie grecque et romaine, l'œuvre d'Hérodote accordait la plus grande valeur au témoignage oral pour l'histoire contemporaine (Robinson, C. 2003 : 26). Hérodote fut le premier historien à désigner une région géographique qu'il appelait Palaistinê (Παλαιστίνη), bien plus vaste que l'ancienne Philistie. Il mentionne la Palestine, ou « Syrie », ou simplement « Palaistinê », cinq fois, pour désigner une zone englobant la région distincte située entre la Phénicie et l'Égypte (Rainey 2001 ; Jacobson 1999). Hérodote mentionne également la ville d'Ascalon (akkadien : Isqalluna ; grec : Ascalon ; arabe : ʿAsqalān ; latin : Ascalonia ; hébreu : Ashkelon), un grand port antique qui remonte au Néolithique. À l'époque d'Hérodote, la Palestine était profondément polythéiste ; en conséquence, contrairement aux récits mythiques de la Bible, Hérodote ne mentionne ni les Juifs ni le monothéisme, mais décrit Ascalon comme possédant un temple dédié à Aphrodite et une tradition polythéiste. Bien que les Histoires d'Hérodote soient aujourd'hui considérées comme une œuvre fondatrice de l'histoire dans la littérature occidentale, et qu'elles constituent un document clé sur les anciennes traditions, la politique, la géographie et les affrontements des différentes puissances connues en Grèce, en Asie occidentale et en Afrique du Nord, lorsqu'il s'agit de la Palestine et de la mémoire toponymique, les écrits chrétiens occidentaux s'appuient non pas sur les Histoires d'Hérodote, mais sur les récits mythiques de la Bible.
Herodotus is believed to have visited Palestine in the fifth decade of the 5th century BC. Like the classical tradition of Greek and Roman historiography, Herodotus’ work put the greatest value on oral testimony for contemporary history (Robinson, C. 2003: 26). Herodotus was the first historian to denote a geographical region he called Palaistinê (Παλαιστίνη), which was far wider than ancient Philistia. He refers to Palestine or ‘Syria’, or simply ‘Palaistinê’, five times, meaning an area encompassing the distinct region between Phoenicia and Egypt (Rainey 2001; Jacobson 1999). Herodotus also mentions the city of Ascalon (Akkadian: Isqalluna; Greek: Ascalon; Arabic: ‘Asqalan; Latin: Ascalonia; Hebrew: Ashkelon), a great ancient seaport city which dates back to the Neolithic Age. At the time of Herodotus Palestine was deeply polytheistic and consequently, in contrast to the myth-narratives of the Bible, Herodotus does not mention Jews or monotheism but describes Ascalan as having a temple for Aphrodite and its polytheistic tradition. Although Herodotus’ Histories is now considered a founding work of history in Western literature, and serves as a key record of the ancient traditions, politics, geography and clashes of various powers that were known in Greece, Western Asia and North Africa, when it comes to Palestine and toponymic memory Western Christian writing relies not on Herodotus’ Histories but on the myth-narratives of the Bible.
Il est intéressant de noter, cependant, que le toponyme grec de la Palestine et d'Ascalon ont été préservés dans la tradition arabe palestinienne autochtone et par les historiens, géographes et voyageurs arabes médiévaux, et que « Ascalon » fut connu des Arabes palestiniens à partir du VIIe siècle sous le nom d'« Asqalan ».
Interestingly, however, the Greek toponym for Palestine and Ascalan were preserved in indigenous Palestinian Arab tradition and by medieval Arab historians, geographers and travellers, and ‘Ascalon’ became known to the Palestinian Arabs from the 7th century as ‘Asqalan’.
L'accent de ce travail est mis sur l'indigène (individuel et collectif)
The emphasis of this work is on the indigenous (individual and collective)
la capacité d'action des peuples de Palestine et leur aptitude à emprunter, adapter, façonner et transformer les influences extérieures ainsi que leur propre environnement.
agency and the ability of the peoples of Palestine to borrow, adapt, shape and transform outside influences and their own environment.
En conséquence, l'usage superficiel du terme « hellénisation » en Palestine pose problème. Cet usage non critique marginalise l'action autonome des populations indigènes et surestime le côté hellénistique de la relation comme source première de pouvoir et de légitimité. Il existe toutefois des aspects de « l'hellénisation toponymique » des noms de lieux urbains palestiniens. L'« hellénisation toponymique » de la Palestine urbaine, qui commença avec la conquête d'Alexandre le Grand à la fin des années 330 av. J.-C. et se développa sur plusieurs siècles, s'accompagna nettement d'une croissance économique importante et d'un développement incluant l'urbanisme et la fondation de villes fortifiées bien construites. La distance, le commerce régional et une « hellénisation culturelle » progressive eurent un certain impact sur la Palestine, et cet impact se fit sentir dans les centres urbains et les grandes villes. Outre l'influence de l'hellénisation sur les villes historiques de Gaza, d'Ascalon, de Jérusalem et de Jaffa, l'hellénisation continue des noms de lieux et le renommage des villes palestiniennes touchèrent Scythopolis (Beisan), Ptolémaïs (Akka/Saint-Jean-d'Acre), Diospolis (Lydda), Éleuthéropolis (Beit Jibrin), Sepphoris (Diocésarée/Saffuriyah), Nicopolis (Emmaüs), Pétra (grec : rocher ; araméen : Raqmu ; arabe : al-Batra), Philadelphie (‘Amman), Antipatris (Surdi Fonts/Binar Bashi), Flavia Neapolis (Naplouse) et Sebastos (Sabastiyah). Sebastia (grec : Sevastee) est aujourd'hui un grand village palestinien, situé à environ 12 kilomètres au nord-ouest de la ville de Naplouse. Reconstruit en 63
Consequently, the superficial use of the term ‘Hellenisation’ in Palestine is problematic. This uncritical use marginalises the indigenous agency and over-emphasises the Hellenistic side of the relationship as the primary source of power and legitimacy. However, aspects of the ‘toponymical Hellenisation’ of Palestinian urban place names are evident. Toponymical ‘Hellenisation’ of urban Palestine, which began with the conquest by Alexander the Great in the late 330s BC and developed over several centuries, was markedly accompanied by extensive economic growth and development that included urban planning and the establishment of well-built fortified cities. Distance and regional trade and gradual ‘cultural Hellenisation’ had some impact on Palestine and this was felt in the urban centres and major cities. In addition to the impact of Hellenisation on the historic cities of Gaza, ‘Asqalon, Jerusalem and Jaffa, ongoing Hellenisation of place names and renaming of Palestinian cities affected Scythopolis (Beisan), Ptolemais (Akka/Acre), Diospolis (Lydda), Eleutheropolis (Beit Jibrin), Sepphoris (Diocaesaraea/Saffuriyah), Nicopolis (Emmaus), Petra (Greek: rock; Aramaic: Raqmu; Arabic: al-Batra), Philadelphia (‘Amman), Antipatris (Surdi fonts/Binar Bashi), Flavia Neapolis (Nablus) and Sebastos (Sabastiyah). Sebastia (Greek: Sevastee) is today a large Palestinian village, located some 12 kilometres north-west of the city of Nablus. Rebuilt in 63
Le nom de la ville dérive de Sebastos (« vénérable »), l'équivalent grec du latin Augustus, un nom choisi en l'honneur de l'empereur Auguste. Pendant de nombreux siècles, la ville fut le siège d'un évêque, d'abord en Palestine Première sous l'Empire byzantin, puis dans la province de Jund Filastin sous l'islam, et de nouveau un évêque latin dans le royaume franc de Jérusalem.
BC, its name derives from Sebastos (‘venerable’), the Greek equivalent of the Latin Augustus, a name chosen in honour of Emperor Augustus. For many centuries, the town was the seat of a bishop, first in Palaestina Prima under the Byzantine Empire, then in the province of Jund Filastin under Islam and again a Latin bishop in the Frankish Kingdom of Jerusalem.
La tradition orthodoxe originelle de Sébastia en Palestine fut rétablie après la défaite des croisés latins et se perpétua sous l'islam jusqu'à l'époque moderne. Depuis 2005, une personnalité publique arabe palestinienne de premier plan, Atallah Hanna (Théodosios), attachée avec force à l'identité nationale arabe palestinienne, est l'archevêque de Sébastia au sein du Patriarcat grec orthodoxe de Jérusalem, un titre religieux qui incarne les continuités et les mémoires sociales toponymiques profondément enracinées de la Palestine historique.
The original Palestine Orthodox tradition of Sebastia was restored after the defeat of the Latin Crusaders and continued under Islam into the modern era. Since 2005 a leading Palestinian Arab public figure, Atallah Hanna (Theodosios), with a strong commitment to Palestinian Arab national identity, has been the Archbishop Sebastia in the Greek Orthodox Patriarchate of Jerusalem, a religious title which embodies the continuities and the deeply rooted toponymic social memories of historic Palestine.
Quant au nom de la ville palestinienne de Naplouse, il dérive du nom gréco-romain Flavia Neapolis (Νεάπολις), la « nouvelle ville de l'empereur Flavius », qui lui fut donné par l'empereur romain Vespasien en 72.
As for the name of the Palestinian city Nablus, it derives from Greco- Roman name Flavia Neapolis (Νεάπολις) – the ‘new city of the Emperor Flavius’ – which was given to it by the Roman Emperor Vespasian in 72
AD. Ainsi, Naplouse partage son nom avec la ville italienne de Naples. Flavia Neapolis avait été fondée près de Tell Balatah, site des vestiges d'une ancienne cité palestinienne, Shechmu, traditionnellement identifiée à la cité samaritaine de Schechem. Le site de Balatah est l'un des lieux les plus anciens de Palestine, et les archéologues estiment que les tours et les bâtiments de ce site remontent à 4000 ans, aux âges chalcolithique et du bronze. Aujourd'hui, Tell Balatah figure au Patrimoine mondial de l'UNESCO, dans l'Inventaire des sites du patrimoine culturel et naturel de Palestine ayant une valeur universelle exceptionnelle potentielle. Les villes palestiniennes anciennes et modernes sont étroitement liées, non seulement par les souvenirs toponymiques. Les preuves archéologiques montrent les continuités historiques, les interruptions, les renaissances et la transformation continue des centres urbains de Palestine, de l'âge du bronze ancien jusqu'à la période moderne :
AD. Thus Nablus shares its name with the Italian city of Naples. Flavia Neapolis had been founded near Tell Balatah, the site of the remains of an ancient Palestinian city Shechmu, traditionally identified with the Samaritan city of Schechem. The site of Balatah is one of the most ancient localities in Palestine and archaeologists estimate that the towers and buildings at the site date back 4000 years to the Chalcolithic and Bronze Ages. Today Tell Balatah is listed by UNESCO as part of the Inventory of Cultural and Natural Heritage Sites of Potential Outstanding Universal Value in Palestine. Ancient and modern Palestinian cities are closely related not only in terms of toponymic memories. Archaeological evidence shows the historical continuities, interruptions, revival and continuous transformation of the urban centres of Palestine from the Early Bronze Age to the modern period:
Les données archéologiques nous conduisent au-delà de ces récits de batailles militaires, sous la surface et au-delà, pour entrevoir ce qu'était réellement la vie dans la Palestine hellénistique. Une présentation des vestiges architecturaux de la période, des changements dans les modes d'implantation et de la diversité des cultures matérielles nous aide à comprendre comment vivaient les habitants des différentes régions du pays et comment leur vie a évolué au cours de ces siècles décisifs. Des modes de vie paisibles, de plus en plus prospères et cosmopolites, émergent de la poussière qui voile la préoccupation des historiens pour les batailles. (Berlin 1997 : Résumé)
Archaeological data take us beneath and beyond such recitation [of military battles] to gain a glimpse of what life was actually like in Hellenistic Palestine. A presentation of the period’s architectural remains, changes in its settlement patterns, and the variety of its material cultures helps us understand how the inhabitants of various parts of the country lived and how their lives changed during the course of these momentous centuries. Peaceful and increasingly wealthy and cosmopolitan lifestyles emerge from the obscuring dust of the historian’s preoccupation with battles. (Berlin 1997: Abstract)
Les élites urbaines instruites et les espaces urbains prospères de la Palestine ont joué un rôle important dans la formation de l'idée initiale de la Palestine. Le latin et le grec koinè étaient tous deux les langues dominantes de l'Empire byzantin jusqu'au VIe siècle ; le latin est resté la langue officielle de l'administration au VIe siècle, tandis que la langue la plus répandue parmi les marchands, les agriculteurs, les marins et les citoyens ordinaires de Palestine était le grec. Par ailleurs, l'araméen, étroitement apparenté à l'arabe, était une langue répandue parmi la paysannerie palestinienne (à majorité chrétienne), qui constituait la majorité de la population du pays. En pratique, le grec et le latin étaient les langues dominantes des élites urbaines instruites de la Palestine byzantine, influençant l'éducation, le commerce, l'administration, les documents officiels, l'art et l'architecture, ainsi que les principaux noms de lieux à travers la Palestine et la Méditerranée orientale. Le grec devint toutefois la lingua franca de la Palestine byzantine tardive, peu avant l'avènement de l'islam. Par conséquent, l'hellénisation des toponymes palestiniens n'était pas rare dans l'Antiquité tardive. Un exemple bien connu d'hellénisation de l'Antiquité tardive est l'œuvre de Flavius Josèphe (Titus Flavius Josephus, 37 – v. 100 apr. J.-C.), historien et traducteur judéo-romain du Ier siècle, qui parlait l'araméen et le grec et devint citoyen romain. Lui comme le écrivain judéo-gréco-romain Philon d'Alexandrie employèrent le toponyme Palestine (Robinson, E. 1865 : 15). Josèphe croyait à la compatibilité du judaïsme et de la pensée gréco-romaine, souvent désignée sous le nom de judaïsme hellénistique. Il dressa la liste des toponymes palestiniens locaux et les rendit familiers aux publics gréco-romains. Dans ses œuvres La Guerre des Juifs (1981) et les Antiquités juives (2004), qui comprennent des éléments sur des individus, des groupes, des coutumes et des noms de lieux, Josèphe ne qualifie presque jamais de « scribes » les scribes juifs investis de l'autorité de la Torah ; il les désigne plutôt comme des sophistes et des anciens. De même, Josèphe désigne les « sectes » juives (terme chargé) comme des philosophies ou des écoles. Le terme qu'il utilisait pour désigner la Transjordanie, la Pérée (« le pays au-delà »), ne se trouve pas dans la Bible ; la ‘Amman moderne est désignée par son nom grec, Philadelphie. Les musulmans médiévaux et les Palestiniens modernes ont conservé des toponymes gréco-romains tels que Naplouse (grec : Neapolis, Νεάπολις), Palestine, Qaysariah (Césarée ; grec : Καισάρεια), mais pas Philadelphie. L'ouvrage d'Eusèbe du IVe siècle sur la topographie palestinienne, Onomasticon : Sur les noms de lieux dans les Écritures divines (Notley et Safrai 2004 ; Eusèbe 1971), mentionne « ‘Amman : c'est aujourd'hui Philadelphie ».
Palestine’s educated urban elites and thriving urban spaces played an important part in shaping the early idea of Palestine. Both Latin and Koine Greek were the dominant languages of the Byzantine Empire until the 6th century; Latin remained the official language of the government in the 6th century, whereas the prevalent language of merchants, farmers, seamen and ordinary citizens in Palestine was Greek. Also, Aramaic – closely related to Arabic – was a prevalent language among the (predominantly Christian) Palestinian peasantry which constituted the majority of population in the country. In practice, Greek and Latin were the prevalent languages of the educated urban elites of Byzantine Palestine, affecting education, trade, administration, official documents, art and architecture and key place names throughout Palestine and the Eastern Mediterranean. Greek, however, became the lingua franca of late Byzantine Palestine, shortly before the advent of Islam. Consequently, the Hellenisation of Palestinian toponyms was not uncommon in Late Antiquity. A well-known example of Hellenisation from Late Antiquity is the work of the 1st-century Romano-Jewish historian and translator Josephus (Titus Flavius Josephus 37‒c. 100 AD) who spoke Aramaic and Greek and who became a Roman citizen. Both he and Greco-Roman Jewish writer Philo of Alexandria used the toponym Palestine (Robinson, E. 1865: 15). Josephus believed in the compatibility of Judaism and Greco- Roman thought, often referred to as Hellenistic Judaism.11 He listed local Palestinian toponyms and rendered them familiar to Greco-Roman audiences. In his works The Jewish War (1981) and the Antiquities of the Jews (2004) which include material about individuals, groups, customs and place names, Josephus almost never refers to Torah-authority Jewish scribes as ‘scribes’; instead he refers to them as sophists and elders. Similarly, Josephus refers to Jewish ‘sects’ (a loaded term) as philosophies or schools. The term he used to refer to Transjordan, Peraea (‘the country beyond’), is not found in the Bible, modern ‘Amman is referred to by its Greek name, Philadelphia. Medieval Muslims and modern Palestinians preserved Greco-Roman toponyms such Nablus (Greek: Neapolis, Νεάπολις), Palestine, Qaysariah12 (Caesarea; Greek: Καισάρεια), but not Philadelphia. Eusebius’ 4th century work on Palestinian topography, Onomasticon: On the Place Names in Divine Scripture (Notley and Safrai 2004; Eusebius 1971), refers to ‘Amman: this is now Philadelphia’.
En plus de l'hellénisation de nombreux toponymes palestiniens par l'écrivain juif Flavius Josèphe, les Pères fondateurs du christianisme ont introduit des dimensions religio-politiques dans les noms de lieux palestiniens. Le rôle de cette mémoire religio-sociale dans l'influence sur la cartographie géographique et la mémoire toponymique de la Palestine a été largement reconnu au IVe siècle de notre ère dans deux œuvres célèbres : la traduction latine de la Vulgate par saint Jérôme et l'ouvrage ultérieur sur la topographie palestinienne, l'Onomasticon : Sur les noms de lieux dans les Écritures divines, d'Eusèbe de Césarée (Eusebius Caesariensis ; 260/265‒339/340 apr. J.-C.), historien d'origine grecque, topographe et exégète, l'un des Pères fondateurs, devenu évêque de Césarée vers 314 apr. J.-C. L'Onomasticon d'Eusèbe (Notley et Safrai 2004 ; Eusebius 1971), première tentative exhaustive de construire et de « localiser » ces lieux et ces noms à partir des récits bibliques, s'inspirait en partie de l'entreprise religio-impériale de Jérôme, motivée par le fait que le christianisme était devenu la religion officielle de l'Empire. Ce sont ces deux œuvres, dues à deux Pères fondateurs du christianisme, Jérôme et Eusèbe, plutôt que l'histoire réelle de la Palestine d'Hérodote, qui ont constitué la base de la mémoire toponymique religio-sociale occidentale et de la réinvention de la Palestine comme Terre sainte chrétienne (Sivan 2008 : 57). Dans l'Onomasticon, Eusèbe dresse une liste des noms de lieux de la Provincia Palaestina, accompagnée de commentaires géographiques, historiques et religieux fondés en partie sur les récits bibliques. Sa topographie de la Palestine fut ensuite traduite en latin. Saint Jérôme s'installa physiquement en Judée, dans la Provincia Palaestina, pendant qu'il travaillait à la traduction de la Vulgate. Jérôme, Père fondateur du christianisme et contributeur majeur à sa mémoire religieuse fondatrice, fut le premier à retourner aux sources et à traduire l'Ancien Testament de l'hébreu plutôt que de la Septante (ou « Ancien Testament grec »).
In addition to the Hellenisation of many Palestinian toponyms by the Jewish writer Josephus, the Founding Fathers of Christianity introduced religio-political dimensions to Palestinian place names. The role of this religio-social memory in influencing the geographical mapping and toponymic memory of Palestine was widely recognised in the 4th century AD in two famous works: St Jerome’s Vulgate translation into Latin and the subsequent work on Palestinian topography, Onomasticon: On the Place Names in Divine Scripture by Eusebius of Caesarea (Eusebius Caesariensis; 260/265‒339/340 AD) – a historian of Greek descent, a topographer and an exegete and one of the Founding Fathers who became the Bishop of Caesarea about AD 314. Eusebius’ work, Onomasticon (Notley and Safrai 2004; Eusebius 1971), the first comprehensive attempt to construct and ‘locate’ these places and names from the biblical narratives, was partly based on Jerome’s religio-imperial enterprise which was driven by the fact that Christianity had become an official religion of empire. It was these two works by two of the Founding Fathers of Christianity, Jerome and Eusebius, rather than Herodotus’ actual history of Palestine which formed the basis of Western religio-social toponymic memory and the reimagining of Palestine as a Christian Holy Land (Sivan 2008: 57). Eusebius, in Onomasticon, provides a list of place names of Provincia Palaestina, with additional geographical, historical and religious commentary partly based on biblical stories. His topography of Palestine was later translated into Latin. St Jerome relocated physically to Judaea in Provincia Palaestina while working on the Vulgate translation. Jerome, a founding father of Christianity and a major contributor to its seminal religious memory, was the first person to go back and translate the Old Testament from Hebrew rather than from the Septuagint (or ‘Greek Old Testament’).
L'identité et la conception de la Palestine, qui n'ont cessé d'évoluer et de se superposer depuis la fin de l'âge du bronze, revêtent des dimensions géopolitiques, séculières, administratives et juridiques. L'époque byzantine a ajouté à la conception géopolitique et séculière de la Palestine une couche religieuse, sous la forme de la « Terre sainte ». Les représentations religieuses et sacrées de la Palestine, la Terre sainte, la « terre de l'Évangile » en tant que mémoire religieuse et territoire sacré imaginé, ont été adoptées et célébrées par les populations autochtones de Palestine.
The evolving multi-layered identity and conception of Palestine since the late Bronze Age has geo-political, secular, administrative and legal connotations. The Byzantine era also added a religious layer to the geo-political, secular conception of Palestine, in the form of the ‘Holy Land’. The religio-sacred representations of Palestine, the Holy Land, the ‘land of the Gospel’ as religious memory and an imagined sacred territory have been embraced and celebrated by the indigenous people of Palestine:
Musulmans (issus des traditions coraniques), Samaritains (fondés sur le Pentateuque samaritain), Juifs (issus des traditions de l'Ancien Testament)
Muslims (from the Quranic traditions), Samaritans (based on the Samaritan Pentateuch), Jews (from the traditions of the Old Testament)
et les chrétiens (issus des traditions de l'Ancien et du Nouveau Testament). Cette identité multiconfessionnelle de la Palestine est universellement reconnue.
and Christians (from the traditions of the Old and New Testaments). This multifaith identity of Palestine is universally recognised.
Par ailleurs, la mémoire religieuse chrétienne occidentale médiévale des Terrae Sanctae, ainsi que le pèlerinage vers ces lieux, ont exercé une influence majeure sur la théorie moderne de la mémoire sociale du sociologue français Maurice Halbwachs (1877-1945), dont les écrits fondateurs sur la sociologie de la connaissance et la construction sociale de la mémoire ont pour titre La Mémoire collective (1980).
Furthermore, the medieval Western Christian religious memory of, and pilgrimage to, the Terrae Sanctae had a major influence on the modern social memory theory of French sociologist Maurice Halbwachs (1877‒1945), whose seminal writings on the sociology of knowledge and the social construction of memory was entitled Mémoire Collective (1980).
Dans son œuvre, Halbwachs a opposé la « mémoire sociale », structurée et évolutive, à l'histoire proprement dite, et a ainsi établi la « mémoire collective » à la fois comme concept et comme champ de recherche distinct. Le terme « mémoire collective » lui-même remonte au fondateur de la sociologie moderne, Émile Durkheim (1858–1917), qui a longuement écrit, dans Les formes élémentaires de la vie religieuse (2003), sur la religion organisée, la mémoire collective, le souvenir et les rituels commémoratifs. Halbwachs, élève de Durkheim et sociologue positiviste, oppose l'« histoire » à la « mémoire sociale », qui évolue, et soutient que les souvenirs d'un individu et sa compréhension du passé sont étroitement liés à ses appartenances de groupe, à la « mémoire collective » et à la conscience de groupe. Selon Halbwachs (1992), cette production de mémoire sociale dépend d'un « cadre » religieux ou politique, ainsi que du cadre dans lequel un groupe se situe au sein de la société.
In his work Halbwachs contrasted structured, evolving ‘social memory’ with actual history and thus established ‘collective memory’ both as a concept and as a distinct research field. The term ‘collective memory’ itself is traceable to the founder of modern sociology, Émile Durkheim (1858–1917), who wrote extensively in Les formes élémentaires de la vie religieuse (2003) about organised religion, collective memory, remembering and commemorative rituals. Halbwachs, a student of Durkheim and a positivist sociologist, contrasts ‘history’ with evolving ‘social memory’ and argues that an individual’s memories and understanding of the past are closely related to group memberships, ‘collective memory’ and group consciousness. According to Halbwachs (1992), this production of social memory is dependent upon a religious or political ‘cadre’ as well as the framework within which a group is situated within a society.
Les travaux de Halbwachs sur le cadrage social de la mémoire collective et sur la construction (et la reproduction) de la mémoire sociale ont commencé avec son étude majeure Les Cadres sociaux de la mémoire (1925, 1992) et La Topographie légendaire des évangiles en terre sainte : étude de mémoire collective (1941, 1992). Halbwachs s'intéressait particulièrement à la mémoire sociale religieuse et nationaliste. Son ouvrage La Topographie légendaire des évangiles en terre sainte porte sur les symboles commémoratifs, les rituels et les représentations accessibles au public. Il examine également la mémoire religieuse et sociale de générations successives de pèlerins chrétiens médiévaux et de croisés latins dans les Terrae Sanctae, ainsi que leur découpage géographique de la Palestine, de la Syrie et de l'Arabie, et la manière dont ces groupes ont « trouvé », puis « retrouvé » (reproduit).
Halbwachs’ work on the social framing of collective memory and the construction (and reproduction) of social memory began with his landmark study on Les Cadres Sociaux de la Mémoire (1925, 1992) and La Topographie légendaire des évangiles en terre sainte: étude de mémoire collective (1941, 1992). Halbwachs was preoccupied with religious and nationalist social memory. His work La Topographie légendaire des évangiles en terre sainte focuses on publicly available commemorative symbols, rituals and representations. It also examines the religio-social memory of successive generations of medieval Christian pilgrims and Latin Crusaders in the Terrae Sanctae and their geographical subdivision of Palestine, Syria and Arabia, and how these groups ‘found’ and then ‘found’ again (reproduced)
Je ne vois pas encore le texte à traduire. Vous m'avez seulement donné la phrase « particular place names from the Gospel narratives », qui n'est qu'une demande et non un passage d'ouvrage islamique. Si vous souhaitez que je traduise un extrait, veuillez le coller ici, et je le rendrai en français en respectant les règles convenues (ﷺ et (SWT) conservés, honorifiques en toutes lettres traduits en mots).
particular place names from the Gospel narratives.
Ce travail montrera comment la mémoire collective (religio-sociale) des savants occidentaux des Écritures, tels qu'Edward Robinson et Victor Guérin (à l'instar des croisés et pèlerins médiévaux), a « retrouvé » et (reconstruit)
This work will show how the collective (religio-social) memory of Western scriptural scholars such as Edward Robinson and Victor Guérin (like the medieval Crusaders and pilgrims) ‘found’ again and (reconstructed)
Au XIXe siècle, certains noms de lieux de Palestine tirés du récit biblique ont servi de base à des projets zionistes de substitution toponymique. Les noms de lieux, les sites géographiques et les paysages sont aussi, pour reprendre l'expression de l'historien français Pierre Nora, Les Lieux de mémoire (1996, 1997, 1998), des « lieux de mémoire » autour desquels des groupes sociaux construisent et entretiennent consciemment la mémoire sociale et culturelle ainsi que les identités individuelles et collectives. Fondé sur la théorie de la mémoire sociale de Halbwachs, de Nora et d'autres, cet ouvrage mobilise également d'autres approches.
in the 19th century particular place names in Palestine from the biblical narrative – place names which formed the basis of Zionist replacement toponymic projects. Place names, geographical sites and landscape are also – to borrow French historian Pierre Nora’s term, Les Lieux de mémoire (1996, 1997, 1998) – ‘sites of memory’ around which social groups consciously construct and cultivate social and cultural memory and individual and collective identities. Underpinned by the social memory theory of Halbwachs, Nora and others, this book also draws on other approaches:
l'exploration des documents d'archives historiques israéliens ; les récits de la mémoire et de l'histoire orale palestiniennes ; et la cartographie ainsi que la production culturelle des cartes en Palestine‒Israël.
the exploration of Israeli archival historical documents; Palestinian oral history and memory accounts; map-making and the cultural production of maps in Palestine‒Israel.
À l'époque moderne, et surtout pendant le mandat britannique sur la Palestine (1918‒1948), le terme « palestinien » servait à désigner toutes les personnes résidant en Palestine, quelle que soit leur religion ou leur origine ethnique, y compris les colons juifs européens à qui les autorités mandataires britanniques avaient accordé la citoyenneté. Auparavant, dans la seconde moitié du XIXe siècle, les Britanniques avaient créé le Palestine Exploration Fund (PEF) en tant que projet impérial. Fondé à Londres en 1865 sous le patronage de la reine Victoria, il forgea les expressions « Palestine occidentale » et « Palestine orientale » (le Survey of Western Palestine et le Survey of Eastern Palestine) et organisa, dans les années 1870, des expéditions cartographiques en Palestine. Parmi les nombreuses publications du PEF figure The Fauna and Flora of Palestine (Tristram, 1884). Le PEF ne mentionnait jamais l'expression « Terre d'Israël » ; celle-ci fut ensuite forgée par les pères fondateurs du sionisme juif.
In the modern period, and especially during the British Mandate of Palestine (1918‒1948), the term ‘Palestinian’ was used to refer to all people residing in Palestine, regardless of religion or ethnicity, including those European Jewish settlers granted citizenship by the British Mandatory authorities. Earlier, in the second half of the 19th century, the British had set up the Palestine Exploration Fund (PEF) as an imperial project. It was founded in London in 1865 under the patronage of Queen Victoria and coined the terms ‘Western Palestine’ and ‘Eastern Palestine’ (the Survey of Western Palestine and Survey of Eastern Palestine) and mounted geographical map-making expeditions in Palestine in the 1870s. The large number of publications by the PEF included The Fauna and Flora of Palestine (Tristram 1884). There was no mention of the expression ‘Land of Israel’ by the PEF – this was later coined by the founding fathers of Jewish Zionism.
Cependant, l'un des principaux objectifs religieux, politiques et stratégiques du PEF apparaissait clairement dans sa propre publication : Names and Places in the Old and New Testament and Apocrypha: with their Modern Identifications (Palestine Exploration Fund, 1889). Le PEF y recensait plus de 1 150 noms de lieux liés à l'Ancien Testament et 162 liés au Nouveau Testament. Peu après l'occupation militaire britannique de la Palestine en 1918, les autorités du Mandat britannique entreprirent de recueillir des informations toponymiques auprès des habitants palestiniens. Dans le prolongement du PEF, les autorités du Mandat supposèrent que les Arabes palestiniens (musulmans, chrétiens et juifs arabes) avaient également conservé la connaissance des anciens noms de lieux, susceptible d'aider à identifier les sites archéologiques et bibliques.
However, one of the key religio-political-strategic objectives of the PEF was clear from its own publication: Names and Places in the Old and New Testament and Apocrypha: with their Modern Identifications (Palestine Exploration Fund 1889). The PEF listed more than 1150 place names related to the Old Testament and 162 related to the New Testament. Shortly after the British military occupation of Palestine in 1918, the British Mandatory authorities set out to gather toponymic information from the local Palestinian inhabitants. Following the PEF, the Mandatory authorities assumed that the Palestinian Arabs (Muslim, Christian and Arab Jews) had also preserved knowledge of the ancient place names which could help identify archaeological and biblical sites.
En Palestine, la lutte entre le colonisateur et le colonisé pour la terre, la démographie, le pouvoir et la propriété s'est également centrée sur la représentation, la fausse représentation et l'auto-représentation. L'auto-représentation métaphorique du colon européen comme un « retour à l'histoire » vise à déraciner l'indigène et à le « détacher » de l'histoire. Le colon envahit l'espace et s'approprie le patrimoine des Palestiniens locaux, tout en se détachant simultanément du Palestinien colonisé et dépossédé. La production de savoir historique et de pouvoir par le colon sioniste ashkénaze – un ouroboros autoréférentiel – a abouti à la création d'une série de mythes fondateurs, de stratégies d'auto-indigénisation et d'auto-antiquisation, y compris les mythes de « l'exil et du retour » et du « retour à l'histoire ». Mais les « nombreux retours » du sionisme, comme l'a formulé l'universitaire israélien Gabriel Piterberg dans The Returns of Zionism (2008), ne se sont pas seulement manifestés dans le « retour à l'histoire » obsessionnel du colon européen venu reprendre possession de la terre ; ils ont également été construits autour de l'effacement, de la non-existence du peuple indigène de Palestine et du déracinement réel et physique des Palestiniens, ainsi que de leur détachement « de l'histoire ».
In Palestine, the struggle between the coloniser and colonised over land, demography, power and ownership also centred on representation, misrepresentation and self-representation. The metaphoric self-representation of the European settler-coloniser as a ‘return to history’ works to uproot and ‘detach’ the native from history. The settler-coloniser invaded the space and appropriated the heritage of the local Palestinians and simultaneously detached itself from the colonised and disinherited Palestinian. The production of historical knowledge and power by the Ashkenazi Zionist settler-coloniser – a self-referencing ouroboros – resulted in the creation of a range of foundational myths, self-indigenising and self-antiquating strategies, including the myths of ‘exile and return’ and ‘return to history’. But the ‘many returns’ of Zionism, as Israeli scholar Gabriel Piterberg put it in The Returns of Zionism (2008), did not just manifest themselves in the obsessive ‘return to history’ by the European settler coming to reclaim the land, they were also constructed around erasure, the non-existence of the indigenous people of Palestine and the actual, physical uprooting of the Palestinians and their detachment ‘from history’.
Depuis la cartographie et les explorations du PEF, et surtout depuis la création d'un État israélien ayant procédé à un nettoyage ethnique en 1948, la production de connaissances historiques et la lutte culturelle autour de la dénomination (et de la rénomination) des sites, villes, bourgades et villages de Palestine sont devenues des armes majeures des stratégies sionistes de nationalisme colonial de peuplement, de bibliquisation, d'hébraïsation et de judaïsation, qui visaient à détacher les Palestiniens de l'histoire du pays. La toponymie elle-même est une branche de l'onomastique ou onomatologie, l'étude de l'origine, de l'histoire et des usages des noms de toutes sortes. L'anthroponomastique (ou anthroponymie) est l'étude des noms de personnes. Le chapitre dix explorera les stratégies sionistes de toponymie, d'anthroponymie et d'autodésignation. Les projets éliminationnistes de colonisation de peuplement sioniste en Palestine ne se sont pas limités à l'accaparement des terres et au nettoyage ethnique du peuple autochtone de Palestine. Ces projets comprenaient également l'autoindigénisation, l'autoantiquisation, la bibliquisation et l'hébraïsation, en plus de la judaïsation de la terre.
Since the mapping and explorations of the PEF and especially since the establishment of an ethnically cleansing Israeli state in 1948, the production of historical knowledge and cultural struggle over the naming (and renaming) of Palestine sites/cities/towns and villages have become major weapons of Zionist settler-colonial nationalism, biblicisation, Hebrewisation and Judaisation strategies that sought to detach the Palestinians from the history of the country. Toponymy itself is a branch of onomastics or onomatology, the study of the origin, history and uses of names of all kinds. Anthroponomastics (or anthroponymy) is the study of personal names. Chapter ten will explore Zionist toponymic, anthroponymic and self-naming strategies. The eliminationist projects of Zionist settler-colonisation in Palestine did not just centre on land-grabbing and the ethnic cleansing of the indigenous people of Palestine. These projects also consisted of self-indigenisation, self-antiquation, biblicisation and Hebrewisation in addition to the Judaisation of the land.