9.4 Ambitions stratégiques et la croisade pacifique britannique : science, empire et cartographie de la Palestine par le Palestine Exploration Fund (1865–1877)
9.4 Strategic Ambitions And The British Peaceful Crusade: Science, Empire And The Mapping Of Palestine By The Palestine Exploration Fund (1865–1877)
Nous avons là-bas [en Palestine] une terre regorgeant de fertilité et riche en histoire, mais presque sans habitant – un pays sans peuple, et voyez ! Dispersé à travers le monde, un peuple sans pays. (Lord Shaftesbury, président du Palestine Exploration Fund, Palestine Exploration Fund, Quarterly Statement for 1875, Londres, 1875, p. 116)
We have there [in Palestine] a land teeming with fertility and rich in history, but almost without an inhabitant – a country without a people, and look! Scattered over the world, a people without a country. (Lord Shaftesbury, Chairman of the Palestine Exploration Fund, Palestine Exploration Fund, Quarterly Statement for 1875, London, 1875, p. 116)
Au cœur du revivalisme crusader « pacifique » victorien du XIXe siècle, et de l'ouverture réussie de la « Terre sainte » à la pénétration géopolitique et culturelle-religieuse de l'Europe, se trouvent le British Palestine Exploration Fund et la « Ordnance Survey of Western Palestine », entre 1871 et 1877. Les avancées scientifiques et technologiques britanniques en matière de cartographie et de cadastre furent pleinement mises au service de l'empire et de l'expansionnisme impérial au Moyen-Orient.
Central to the Victorian ‘peaceful’ Crusader revivalism of the 19th century and the successful opening of the ‘Holy Land’ to Europe’s geo-political and cultural-religious penetration was the British Palestine Exploration Fund and ‘Ordnance Survey of Western Palestine’ between 1871 and 1877. British scientific and technological advances in cartography and cadastral mapping were fully harnessed for empire and imperial expansionism in the Middle East.
Ordnance Survey (OS) est l'agence nationale de cartographie de la Grande-Bretagne et l'un des plus grands producteurs de cartes au monde. Le nom de cette agence officielle britannique indique ses objectifs militaires et stratégiques d'origine, et ses origines remontent à la cartographie de l'Écosse au lendemain du soulèvement jacobite de 1745, alors que l'on ne disposait ni de cartes militaires ni d'une connaissance détaillée des Highlands écossaises. Les Britanniques n'ont pas été les premiers à mener une cartographie stratégique instrumentale de la Palestine. Les premières cartes modernes de la Palestine, fondées sur une étude instrumentale et utilisant les instruments scientifiques les plus avancés de l'époque, avaient déjà été réalisées par le colonel Pierre Jacotin, cartographe français et directeur du Corps militaire français de topographie pendant l'expédition de Napoléon en Égypte et en Palestine. En 1799, sur ordre de Napoléon, il prépara des dizaines de cartes secrètes de l'Égypte, du Sinaï et de la Palestine. Six de ces cartes représentent des parties de la Palestine, en particulier les régions traversées par l'armée de Napoléon de février à juin 1799. Jacotin poursuivit le travail sur ces cartes après son retour en France, et elles furent finalement publiées en 1826, devenant largement connues sous le nom d'« Atlas de Jacotin ». Elles désignaient la Palestine en français et en arabe sous les noms de « Palestine ou Terre sainte » / « terre de al-Quds » (فلسطين أو أرض قدس) (voir aussi Khatib 2003 ; Karmon 1960 : 155–173, 244–253).