9.6 Changement de paradigme dans la Palestine ottomane tardive (1872‒1917) : continuités historiques et division administrative de la Palestine
9.6 Paradigm Shift In Late Ottoman Palestine (1872‒1917): Historical Continuities And Administrative Division Of Palestine
‘Abdul-Karim Rafeq, un historien syrien distingué qui fut le pionnier de l’utilisation des registres des tribunaux de la charia (loi islamique) (sijillat) comme sources pour l’histoire sociale et surtout urbaine, et qui a beaucoup écrit sur la Syrie et la Palestine ottomanes, a rencontré à plusieurs reprises le terme arabe Filastin (Rafeq 1990 ; Gerber 2008 : 51). Parmi les sources arabes de Rafeq sur la Palestine de la fin du XIXe siècle figurait un manuscrit arabe de 1879 de l’auteur damascène Nu’man al-Qasatli, intitulé : « al-Rawda al-Numaniyya dans le récit de voyage en Palestine et dans quelques villes syriennes » (Rafeq 1990 ; Gerber 2008 : 51), qui propose un panorama de la Palestine dans les années 1870. Cette augmentation de l’usage de la terminologie arabe de Falastin et Filastin dans la seconde moitié du XIXe siècle, ainsi que la perception croissante (locale, régionale et internationale) selon laquelle la Palestine moderne ou Terre sainte était distincte, sinon séparée, de la Syrie moderne, figuraient parmi les multiples indices du changement de paradigme dans la perception de la Palestine ottomane tardive. Cependant, s’agissant de l’« usage » textuel des termes Filastin, Filistin et Falastin dans les sources indigènes « littéraires et savantes » en arabe, il faut toujours garder à l’esprit le contexte d’une culture palestinienne essentiellement préмoderne, orale et auditive. Surtout, et c’est crucial, contrairement à l’introduction des presses à imprimer en Europe au XVe siècle, qui a progressivement conduit à l’alphabétisation de masse et aux publications de masse, la Palestine n’a eu ses premières presses à imprimer que cinq siècles plus tard, à la fin du XIXe siècle ; et une célèbre imprimerie de Jaffa fut par la suite appelée « Palestine Press », مطبعة فلسطين. Par conséquent, la production « littéraire et savante » en arabe sur la Palestine antérieure à la fin du XIXe siècle était inévitablement limitée (en comparaison des montagnes de sources en langues européennes).
‘Abdul-Karim Rafeq, a distinguished Syrian historian who pioneered the use of sharia (Islamic law) court records (sijillat) as sources for social and especially urban history and wrote extensively on Ottoman Syria and Palestine, came across the Arabic term Filastin on a number of occasions (Rafeq 1990; Gerber 2008: 51). Among Rafeq’s Arabic sources for late 19th century Palestine was an 1879 Arabic manuscript by Damascene author Nu’man al-Qasatli, entitled: ‘al-Rawda al-Numaniyya in the Travelogue to Palestine and some Syrian Towns’ (Rafeq 1990; Gerber 2008: 51), which provides an 1870s survey of Palestine. This increase in the use of the Arabic terminology of Falastin and Filastin in the second half of the 19th century and the growing perception (local, regional and international) that modern Palestine/Holy Land was distinct, if not separate, from modern Syria, were among the multiple indicators of the paradigm shift in the perception of late Ottoman Palestine. However, with reference to the textual ‘usage’ of the terms Filastin, Filistin and Falastin in indigenous ‘literary-scholarly’ sources in Arabic, the context of the predominantly pre-modern oral/aural culture of Palestine should always be kept in mind. Also, crucially, unlike the introduction of printing presses in Europe in the 15th century – which gradually led to mass literacy and mass publications – Palestine had its first printing presses five centuries later, in the late 19th century – and subsequently one famous printing press in Jaffa was called ‘Palestine Press’, مطبعة فلسطين‘ ’– therefore, inevitably the volume of ‘literary-scholarly’ output on Palestine in Arabic prior to the late 19th century (in comparison with the mountains of sources in European languages) was limited.