1.2 Le nom « Cana'an » à la fin de l'âge du bronze
1.2 The Name ‘ Cana’an’ In The Late Bronze Period
L'Ancien Testament repose sur l'imagination de l'époque de l'exil et de l'après-exil, sur l'invention littéraire et la fiction, et non sur des faits. Ses récits mythiques doivent être lus comme de la fiction, de la théologie et de la littérature, et non comme des faits avérés. Les « Cananéens » sont en réalité identiques aux Phéniciens. L'alphabet des Phéniciens des régions côtières de la Palestine et du Liban – communément appelé alphabet proto-cananéen – a été transmis au grec, à l'araméen, à l'arabe et à l'hébreu. Cependant, les termes de l'Ancien Testament « Cananéens » et « Israélites » en Palestine ne désignent pas nécessairement, ni ne décrivent, deux ethnies distinctes.
The Old Testament is based on exilic and post-exilic imagination, literary invention and fiction not facts. Its myth-narratives should be read as fiction, theology and literature, not proven facts. The ‘Cana’anites’ are in fact identical to the Phoenicians. The alphabet of the Phoenicians of the coastal regions of Palestine and Lebanon – conventionally known as the proto-Canaanite alphabet – was given to Greek, Aramaic, Arabic and Hebrew. However, the Old Testament terms ‘Canaanites’ and ‘Israelites’ in Palestine do not necessarily refer to or describe two distinct ethnicities.
Niels Peter Lemche, spécialiste de l'Ancien Testament à l'Université de Copenhague, dont les centres d'intérêt incluaient les premiers Israélites et leur rapport à l'histoire, à l'Ancien Testament et à l'archéologie, a suggéré que le récit vétérotestamentaire des « Israélites » et des « Cananéens » doit être lu comme des constructions idéologiques de l'autre (en tant que non-Juifs) plutôt que comme une référence à un groupe ethnique historique réel : « Les Cananéens [de Palestine] ne savaient pas qu'ils étaient eux-mêmes des Cananéens. Ce n'est que lorsqu'ils avaient, pour ainsi dire, "quitté" leur foyer d'origine … qu'ils ont reconnu avoir été des Cananéens » (Lemche 1999 : 152).
Niels Peter Lemche, an Old Testament scholar at the University of Copenhagen, whose interests included early Israelites and their relationship with history, the Old Testament and archaeology, has suggested that the Old Testament narrative of the ‘Israelites’ and ‘Canaanites’ must be read as ideological constructs of the other (as the non-Jews) rather than as a reference to an actual historical ethnic group: ‘The Canaanites [of Palestine] did not know that they were themselves Canaanites. Only when they had so to speak “left” their original home … did they acknowledge that they had been Canaanites’ (Lemche 1999: 152).
L'invention littéraire, et le fait que les auteurs de l'Ancien Testament de l'époque de l'exil aient forgé de manière imaginative le terme « Cananéens » – une construction religio-idéologique de ces auteurs – n'indique pas nécessairement qu'il y ait eu un conflit entre les Israélites historiques et les Cananéens en Palestine.
Literary invention and the fact that exilic Old Testament authors imaginatively coined the term ‘Canaanites’ – a religio-ideological construct by these authors – does not necessarily indicate that there was a conflict between historical Israelites and Canaanites in Palestine.
Cependant, à l'époque moderne (à partir de la fin du XIXe siècle)
However, in the modern era (beginning with the late 19th century)
Des dirigeants sionistes européens se sont approprié les récits de l'Ancien Testament en les présentant comme des comptes rendus historiques, et les ont utilisés de manière instrumentale pour justifier leur projet de colonisation et leur conflit avec le peuple autochtone de Palestine. Néanmoins, le conflit israélo-palestinien est un conflit moderne, et il ne doit pas être confondu avec la Palestine réelle, historique et ancienne, ni avec les constructions religio-idéologiques ultérieures issues des récits de l'Ancien Testament.
European Zionist leaders appropriated the Old Testament narratives as historical accounts and used them instrumentally to justify their settler project and their conflict with the indigenous people of Palestine. Nevertheless, the Israeli‒Palestinian conflict is a modern conflict and should not be confused with the real, historical, ancient Palestine or any subsequent religio-ideological constructs of the Old Testament narratives.
Historiquement, le nom de Cana’an était effectivement utilisé à l’âge du Bronze récent.
Historically the name Cana’an was indeed used in the Late Bronze Age.
Mais ce nom ne désignait pas toujours la région cisjordanienne, qui s'étend de Gaza au fleuve Litani. Il n'était pas non plus le seul terme employé pour cette zone (entre le Wadi Gaza et le Litani). D'autres noms, comme Palestine, ainsi que des appellations plus anciennes, telles que Retenu et Djahi, ont également servi à désigner cette région (y compris, parfois, les régions de l'intérieur de la Palestine occidentale et de la Transjordanie) à un moment donné de l'âge du bronze récent. Canaan désignait une région géographique de taille variable, située le long de la côte méditerranéenne du Liban, de la Palestine et de la Syrie (et pas seulement de la Palestine). Elle incluait parfois des régions de l'intérieur des terres. Au Ier millénaire, cependant, la Phénicie (le Liban actuel) était le nom le plus courant pour la région côtière septentrionale, qui avait été antérieurement appelée Canaan, tandis que le nom de Philistie, issu de l'assyrien, était surtout utilisé, dans un premier temps, pour la côte méridionale, puis plus tard pour l'ensemble de la Palestine. Le nom Canaan figure dans des inscriptions du Proche-Orient ancien non seulement pour désigner la zone spécifique de la Palestine, mais aussi, et c'est crucial, la Syrie, du XVe siècle av. J.-C. au début du IXe siècle av. J.-C. La première mention certaine du nom Canaan se trouve en cunéiforme sur la statue d'Idrimi, provenant d'Alalakh, dans le nord de la Syrie (vers 1500 av. J.-C.), sous la forme Kinahhu.
But the name did not always refer to the Cisjordan area from Gaza to the Litani River. Nor was it the only term used in connection with this area (between the Wadi Gaza and the Litani). Other names such as Palestine, as well as earlier names, such as Retenu and Djahi, were also used for this area (including, at times, the inland regions of western Palestine and the Transjordan) at some point in the course of the Late Bronze Age. Cana’an referred to a geographical region of varying size, along the Mediterranean coast of Lebanon, Palestine and Syria (and not just Palestine). At times this included regions inland. In the first millennium, however, Phoenicia (modern Lebanon) was the most common name used for the northern coastal region, which had earlier been referred to as Cana’an, while the Assyrian-derived name of Philistia was most often used initially for the southern coast and later for Palestine as a whole. The name Cana’an is found in ancient Near Eastern inscriptions with reference not just to the specific area of Palestine but crucially to Syria from the 15th century BC to the early 9th century BC. The first certain reference to the name Cana’an is found in cuneiform on the statue of Idrimi from Alalakh in northern Syria (c. 1500 BC) in the form Kinahhu.
Le nom de Cana’an est également attesté seize fois dans les textes égyptiens ; parmi celles-ci, douze proviennent du Nouvel Empire (Hasel 2009 : 8–17). Le nom apparaît sur certaines tablettes d’Amarna sous la forme kn’ny, soit environ trente ans vers le milieu du XIVe siècle av. J.-C. Dans ces inscriptions, l’ancienne cité portuaire d’Ougarit elle-même n’appartient pas à Cana’an, mais Qadesh, si. Le nom figure également dans les inscriptions égyptiennes sous la forme k3n‘n‘ dans les inscriptions de Hattusa du XIIIe siècle, de Ramsès II et de Merenptah (cette dernière datant d’environ 1205 av. J.-C.). Sur la stèle de Merenptah, la ville de Gaza est désignée comme « l’embouchure de (c’est-à-dire “l’ouverture vers” k3n‘n‘ ».
The name Cana’an is also found sixteen times in Egyptian texts; of these, twelve are from the New Kingdom (Hasel 2009: 8–17). The name is found on some of the Amarna tablets in the form kn’ny – about thirty years from the middle of the 14th century BC. In these inscriptions, the ancient port city of Ugarit itself does not belong to Cana’an, but Qadesh does. The name also occurs in Egyptian inscriptions in the form k3n‘n‘ from the 13th century Hattusa, Ramesses II and Merneptah inscriptions (this last from c. 1205 BC). On the Merneptah Stele, the town Gaza is referred to as ‘the mouth of (that is, “the opening to” k3n‘n‘’.