7.6 Les mosaïques de la Palestine historique : continuités et transformations : l'industrie palestinienne du verre d'Al-Khalil et l'école de mosaïque d'Al-Quds
7.6 The Mosaics Of Historic Palestine, Continuities And Transformation: The Palestinian Glasswork Industry Of Al-khalil And The School Of Mosaics Of Al-quds
Le terme arabe pour désigner les mosaïques est fusayfisaa. Ce terme arabe est une translittération du terme grec byzantin Ψηφιδωτό, et l'art de la mosaïque a connu un essor spectaculaire pendant l'Empire byzantin. Des mosaïques de style byzantin ornaient les églises, les synagogues et les temples de la Provincia Palaestina (Prima, Secunda et Tertia) qui, à partir du IVe siècle, furent magnifiquement ornés de mosaïques murales, de plafond et de sol. L'Église Nea (Νέα Ἐκκλησία) à Aelia Capitolina (Jérusalem), érigée par Justinien Ier (527–565),3 ainsi que l'Église de la Nativité à Bethléem, construite comme une grande basilique constantinienne, étaient décorées de mosaïques. Le sol en mosaïque d'origine de l'Église de la Nativité, avec ses motifs géométriques romains typiques, est aujourd'hui partiellement préservé. Comme nous l'avons déjà montré, le nom même du pays, Palaestina, en grec (Παλαιστινη), figure sur la célèbre Carte en mosaïque de Madaba, datée de 560‒565 apr. J.-C., dans une ville qui faisait alors partie de la province byzantine de Palaestina Prima. Des mosaïques arabes de style byzantin similaires ont été découvertes au palais omeyyade de Hisham (Qaṣr Hisham) à Khirbat al-Mafjar, un site archéologique islamique ancien et important situé à 5 kilomètres au nord de la ville de Jéricho. Beaucoup d'objets issus des fouilles du site sont aujourd'hui conservés au Musée Rockefeller (anciennement Musée archéologique de Palestine), dans l'Est de Jérusalem occupé.
The Arabic term for mosaics is fusayfisaa. The Arab term is a transliteration of the Byzantine Greek term Ψηφιδωτό and mosaic art spectacularly flourished during the Byzantine Empire. Byzantine-style mosaics decorated the churches, synagogues and temples of Provincia Palaestina (Prima, Secunda and Tertia) which, from the 4th century onwards, were exquisitely embellished with wall, ceiling and flour mosaics. Both the Nea Church (Νέα Ἐκκλησία) in Aelia Capitolina (Jerusalem), erected by Justinian I (527–565),3 and the Church of the Nativity in Bethlehem, built as a great Constantinian basilica, were decorated with mosaics. The original mosaic floor of the Church of the Nativity, with its typical Roman geometric motifs, is partially preserved today. As we have already shown, the very name of the country Palaestina, in Greek (Παλαιστινη), was found on the famous Madaba Mosaic Map, dated 560‒565 AD, in a town which at the time was part of the Byzantine province of Palaestina Prima. Similar Arab Byzantine-style mosaics were found at the Umayyad Hisham’s Palace (Qaṣr Hisham) at Khirbat al-Mafjar, an important early Islamic archaeological site located 5 kilometres north of the town of Jericho. Many of the finds from the excavations at the site are now held in the Rockefeller Museum (formerly Palestine Archaeological Museum) in occupied East Jerusalem.
L'industrie palestinienne de la mosaïque (murs, plafonds et sols) s'est également épanouie et développée davantage sous l'impulsion des programmes de construction ayyoubides et mamelouks à Jérusalem. La réorientation et le recentrage de la Palestine, à l'époque post-croisée, par les Ayyoubides et les Mamelouks vers l'intérieur du pays, ainsi que la renaissance des villes de la montagne (al-Khalil, al-Quds, Naplouse, Safed) qui en a résulté, se reflètent dans l'œuvre de Mujir al-Din al-ʿUlaymi, *L'Histoire glorieuse d'al-Quds et d'al-Khalil*. Mujir al-Din ne se contente pas de faire référence à plusieurs reprises au terme Filastin ; il met aussi en évidence l'évolution des identités sociales et culturelles régionales en Palestine, et en particulier des arts et de l'identité régionale palestiniens liés aux villes d'al-Khalil (et à la région du Jabal al-Khalil) et d'al-Quds (la région du Jabal al-Quds). Ces liens sociaux, économiques, culturels et artistiques étroits entre les deux villes, qui se sont formés et ont prospéré aux époques ayyoubide, mamelouke et ottomane, ont perduré pendant des siècles et ont survécu jusqu'à l'époque moderne ; ils témoignent de la manière dont les facteurs internes palestiniens ont contribué à la formation de fortes identités régionales au sein de la Palestine, identités qui, à l'instar des œuvres des écrivains et qadis musulmans palestiniens – Mujir al-Din au XVe siècle, et Khair al-Din al-Ramli et al-Tumurtashi au XVIIe siècle – ont grandement contribué au concept de Palestine en gardant vivantes l'histoire et la mémoire de Filastin.