5.1 La poésie arabe classique et la Palestine byzantine : Al-Nabighah Adh-Dhubyani
5.1 Arabic Classical Poetry And Byzantine Palestine: Al-nabighah Adh-dhubyani
535-604-ad -لنابغة الذبيان
535-604-ad -لنابغة الذبيان
Dans l'ensemble, la société arabe païenne était illettrée, cultivant d'immenses et riches traditions orales et auditives, ainsi que des récits épiques, et prisant en particulier la poésie orale raffinée, la plus ancienne forme de littérature arabe. En outre, pendant de nombreux siècles avant l'islam, la diffusion de l'arabe dans la culture essentiellement orale de l'Arabie et au-delà, ainsi que l'arabisation de certaines parties du Levant et de l'Irak, se sont réalisées par la mémorisation des traditions orales et auditives, des épopées, de la poésie arabe et des poèmes classiques (par exemple, les mu'allaqat). Cette poésie préislamique est devenue une source majeure pour la langue et la rhétorique arabes, ainsi qu'une riche archive historique de la vie politique et culturelle de l'époque. Cette transmission de puissantes traditions orales et auditives préislamiques et de poésie, ainsi que la mémorisation des épopées, s'effectuait non seulement par les poètes et les rawis (conteurs), mais aussi par les marchands arabes itinérants, à l'occasion du pèlerinage annuel à La Mecque préislamique et des concours de poésie tenus dans les marchés littéraires saisonniers (un exemple célèbre était le souk de 'Ukâdh, près de Ta'if, dans le Hijaz). Dans cette culture arabe préislamique, le poète jouait le rôle d'historien oral, de conteur, de critique social, d'intellectuel public, de devin et d'agitateur politique.
By and large Arab pagan society was illiterate, cultivating immensely rich oral/aural traditions and epic stories and prizing, in particular, exquisite oral poetry, the oldest form of Arabic literature. Furthermore, for many centuries before Islam the spread of Arabic in the predominantly oral culture of Arabia and beyond, and the Arabisation of parts of the Levant and Iraq, were carried out through the memorisation of oral/aural traditions, epics, Arabic poetry and classic poems (for instance, the mu’allaqat). This pre-Islamic poetry became a major source for the Arabic language and rhetoric and a rich historical record of the political and cultural life of the time. This communication of powerful pre-Islamic oral/aural traditions and poetry and the memorisation of epics were transmitted not only by poets and rawis (storytellers) but also by travelling Arab traders, through the annual pilgrimage to pre-Islamic Mecca and poetry competitions at seasonal literary markets (a famous example was Souq ‘Ukath, near Ta’if in the Hijaz). In this pre-Islamic Arab culture the poet played the role of oral historian, storyteller, social critic, public intellectual, soothsayer and political agitator.
La poésie arabe, l'alphabétisation arabe et le passage d'une culture à dominante orale et auditive, avec ses traditions orales, vers un univers arabe davantage lettré et une culture du livre, furent profondément influencés par la diffusion du christianisme hellénistique, puis par l'essor de l'islam et par ce que l'islam désigne sous le nom de « gens du Livre » (ahl al-kitab). Fait capital, ce mouvement graduel de l'analphabétisme et des traditions orales et auditives vers la lettrisation et la culture écrite fut également encouragé par les cours arabes chrétiennes des phylarques ghassanides de Palestine. Ces cours patronnèrent généreusement les arts, en particulier la poésie arabe. Ce mouvement vers la lettrisation, joint à la grande tradition de mémorisation des épopées et de la poésie arabe classique, continua de prospérer avec la diffusion de l'islam, mais il s'accompagna surtout de la lecture et de la mémorisation du saint Coran, qui servirent à répandre l'arabe standard, à établir l'arabisation et à faire de l'arabe la lingua franca du nouvel empire islamique. Les Arabes de la Provincia Palaestina et de l'ancienne Provincia Arabia, dont la culture était à dominante orale et auditive, furent eux aussi influencés par la vie littéraire des Arabes aux Ve et VIe siècles, ainsi que par la tradition de mémorisation de la poésie arabe classique pratiquée par les poètes, les rawis et les gens ordinaires.