6.3 L'étendue de la province arabe de Jund Filastin : de Marj Ibn ‘Amer à la mer Rouge
6.3 The Extent Of The Arab Province Of Jund Filastin: From Marj Ibn ‘amer To The Red Sea
Pendant plusieurs siècles, Aylah, l'actuelle ville portuaire jordanienne d'al-ʿAqabah sur la mer Rouge, faisait partie de la province administrative islamique de Jund Filastin, dont les gouverneurs (walis) étaient également chargés de veiller à la sécurité des caravanes de pèlerins musulmans qui se rendaient de La Mecque à Damas et au-delà en passant par Aylah et al-Ramla. Les témoignages numismatiques et épigraphiques omeyyades montrent qu'Aylah était une ville islamique des premiers temps dans la province de Jund Filastin. Initialement une ville romaine et byzantine appelée Aelas, les ruines d'Aylah se trouvent aujourd'hui à l'intérieur de la ville portuaire d'al-ʿAqabah (Ramadan 2010b). « Aylah en Filastin » (« Aelas en Palaestina byzantine ») fut également, dans le cadre du projet toponymique des colons israéliens après 1948, la raison pour laquelle la nouvelle colonie israélienne voisine fut appelée Eilat.
For several centuries Aylah, the present-day Jordanian port city of al-ʿAqabah on the Red Sea, was part of the Islamic administrative province of Jund Filastin, whose governors (walis) were also in charge of looking after the safety of the caravans of Muslim pilgrims from Mecca through Aylah and al-Ramla to Damascus and beyond. Umayyad numismatic and epigraphic evidence shows that Aylah was an early Islamic town in the province of Jund Filastin. Originally a Roman and Byzantine town called Aelas, now the ruins of Aylah lie within the present-day port city of al-ʿAqabah (Ramadan 2010b). ‘Aylah in Filastin’ (‘Aelas in Byzantine Palaestina’) was also the reason, within the Israeli settler toponymic project post-1948, for calling the nearby new Israeli settlement Eilat.
Aelas méridionale, dans la Palestine byzantine, devenue « Aylah » dans le Jund Filastin islamique, doit être clairement distinguée de l'« Ilya-Filastin » septentrionale (Jérusalem) sous l'islam (Aelia Capitolina sous les Romains et les Byzantins). Aylah (Aelas) était une ville portuaire palestinienne dynamique, aussi bien sous les Byzantins que sous les musulmans, et se trouvait au cœur du commerce des épices entre l'Inde et l'Arabie du Sud. Devenue importante après les conquêtes islamiques, Aylah-Filastin, située de manière stratégique sur la mer Rouge – également connue des géographes européens médiévaux sous le nom de Mare Mecca, ou mer de La Mecque, et de Sinus Arabicus, ou golfe d'Arabie – se développa en une grande ville portuaire commerciale et tira un immense profit des caravanes annuelles de pèlerins musulmans allant vers La Mecque et en revenant (Lev 2006 : 591), ainsi que de la liaison entre la région d'al-Sham et la péninsule Arabique et l'océan Indien. Apparemment, des monnaies umayyades « Aylah en Filastin » furent également frappées à Iliya-Filastin pour être utilisées dans la ville de la mer Rouge et au-delà (Ramadan 2010a, 2010b), et le géographe palestinien du Xe siècle al-Maqdisi, après avoir visité Aylah-Filastin, la décrivit comme « un port de Palestine sur la mer de Chine » (Ramadan 2010a, 2010b). La combinaison des sources écrites arabes, des preuves numismatiques et épigraphiques umayyades et des sources byzantines nous donne une bonne idée de la manière dont la grande province arabe du Jund Filastin émergea de la fusion de deux provinces, la Palaestina Prima et la Palaestina Tertia. À cet égard, il convient de noter que l'historien palestinien Procope de Césarée Maritime avait déjà écrit en 560 apr. J.-C. :