6.2 Les continuités et la transformation de la province de Jund Filastin
6.2 The Continuities And Transformation Of The Province Of Jund Filastin
Les historiens ont tendance à confondre les processus d'arabisation en Palestine avec l'établissement de l'arabe comme lingua franca pour la Palestine et le Proche-Orient. En réalité, l'arabisation et l'islamisation en Palestine, ainsi que les transformations des communautés religieuses du pays – y compris les trois provinces de Palestine : Prima, Secunda et Tertia – étaient des processus historiques distincts, qui ne doivent pas être automatiquement confondus ni synchronisés.
Historians tend to conflate Arabisation processes in Palestine with the establishment of Arabic as the lingua franca for Palestine and the Near East. In fact, Arabisation and Islamisation in Palestine and the transformations of religious communities of the country – including the three Palestine provinces: Prima, Secunda and Tertia – were distinct historical processes and should not be automatically conflated or synchronised.
Historiquement, les processus d'arabisation dans la Grande Palestine (y compris l'existence de chrétiens palestiniens arabophones) ont longtemps précédé les processus d'islamisation du pays, bien que l'établissement de l'arabe comme lingua franca de la Palestine soit allé de pair avec l'islamisation du pays.
Historically, Arabisation processes in greater Palestine (including the existence of Arabic-speaking Palestinian Christians) long preceded Islamisation processes in the country, although the establishment of Arabic as the lingua franca of Palestine went hand in hand with the Islamisation of the country.
Comme nous l'avons déjà vu, au cours de l'Âge du fer II (1000–6000
As we have already seen, over the course of the Iron Age II (1000–6000
Au Ve siècle av. J.-C., les villes commerçantes de l'ancienne Philistie (Gaza, Jaffa, ‘Aphek, Ekron, Ashdod, Ascalon) ont créé dans le sud de la Palestine un sud intégré et prospère, en travaillant étroitement avec les commerçants et marins arabes. Les Arabes étaient de puissants négociants qui reliaient le commerce lointain en provenance de l'Inde et d'Asie à la région orientale de la Méditerranée, par la mer Rouge, la Nabatène, le sud de la Palestine et les ports de la Philistie. Cette intégration du sud s'est maintenue sous les empires assyrien et perse, et au Ve siècle av. J.-C., Hérodote décrit en détail la présence d'Arabes dans le sud de la Palestine. Un siècle plus tard, les Arabes nabatéens, qui prospéraient grâce au commerce international et à l'agriculture locale, commencèrent à dominer le Naqab/Néguev à partir du IVe siècle av. J.-C., et fondèrent plusieurs villages et villes palestiniens, dont certains survécurent jusqu'à la Nakba palestinienne de 1948.
BC) the trading cities of old Philistia (Gaza, Jaffa, ‘Aphek, Ekron, Ashdod, Ascalon) created a flourishing integrated south in Palestine by working closely with Arab traders and sailors. The Arabs were powerful traders who linked the distant trade from India and Asia to the Eastern Mediterranean region via the Red Sea, Nabataea, southern Palestine and the seaports of Philistia. This integrated south was maintained under the Assyrian and Persian empires and in the 5th century BC Herodotus describes in detail the presence of Arabs in southern Palestine. A century later, the Nabataean Arabs, who flourished on international trade and local agriculture, began to dominate the Naqab/Negev from the 4th century BC onwards and founded several Palestinian villages and towns, some of which survived until the Palestinian Nakba of 1948.
Al-Khalasa, un village musulman palestinien situé à 23 kilomètres au sud-ouest de la ville de Beershiba et dépeuplé par Israël en 1948, fut fondé par les Arabes nabatéens au début du IVe siècle sous le nom arabe d'« al-Khalus », et la ville fit partie de la route de l'encens nabatéenne. L'historien et géographe gréco-romain Ptolémée l'identifie comme une ville d'Idumée. À la fin de la période romaine, elle devint la principale ville de la province romaine d'Arabie Pétrée, dans l'ouest.
Al-Khalasa, a Palestinian Muslim village located 23 kilometres south-west of the city of Beershiba and depopulated by Israel in 1948, was founded by the Nabataean Arabs in the early 4th century using the Arabic name ‘al-Khalus’, and the town became part of the Nabataean Arab incense route. The Greco-Roman historian and geographer Ptolemy identifies it as a town in Idumaea. In the late Roman period it grew to become the principal town of the western Roman Arabia Petraea province.
Sous les Byzantins, la ville de Palaestina Tertia fut connue sous le nom d'« Elusa », préservant ainsi le nom arabe. Elle servait également de centre administratif dans le désert du Naqab et abritait l'une des trois écoles classiques de rhétorique de la Palestine byzantine. Sous l'islam arabe, la ville demeura un centre urbain majeur et prit son nom arabe moderne d'al-Khalasa, mais elle fut abandonnée vers la fin de la période mamelouk, au XVe siècle de l'ère chrétienne. Elle fut repeuplée par des Bédouins palestiniens au début du XXe siècle. Après la destruction du village arabe en 1948, les Israéliens la rebaptisèrent Haluza (en hébreu : « pionnier »), un nom à consonance hébraïque fondé sur le toponyme arabe « al-Khalus » ; et plus récemment, l'UNESCO a déclaré le site archéologique patrimoine mondial, ironiquement en raison de son importance historique, mais sans reconnaître, en réalité, la place centrale de ce site dans les vingt-quatre siècles d'histoire et de patrimoine arabes en Palestine.
Under the Byzantines the Palaestina Tertia town became known as ‘Elusa’, preserving the Arabic name. It also served as an administrative centre in the Naqab desert and was the home of one of three classical schools of rhetoric in Byzantine Palaestina. Under Arab Islam the town continued to function as a major urban centre and became known by its modern Arabic name al-Khalasa, but was abandoned sometime during the late Mamluk period in the 15th century CE. It was repopulated by Palestinian Bedouins in the early 20th century. After the destruction of the Arab village in 1948 the Israelis renamed it Haluza (Hebrew: ‘pioneer’), a Hebrew-sounding name based on the Arabic toponym ‘al-Khalus’; and more recently UNESCO declared the archaeological site a World Heritage Site, ironically due to its historic importance but, in fact, without acknowledging the centrality of the site to the twenty-four centuries of Arab history and heritage in Palestine.
Dans les premiers temps de l'islam, la combinaison de considérations stratégico-militaires et administratives qui présida à la création du système des quatre, puis cinq, ajnads (provinces) musulmans de Bilad al-Sham fut influencée par la configuration stratégique byzantine antérieure de la région. Les origines du système des ajnads de Bilad al-Sham sous l'islam font l'objet de débats. Toutefois, Irfan Shahid (1986) y voit une origine byzantine. Les provinces, ou ajnads, conservaient des responsabilités civiles et administratives sur les districts qui les entouraient, notamment la perception des impôts (Walmsley 2000 : 273). Les gouverneurs arabes des cinq ajnads (sing. jund) de la région de al-Sham, Damas, Filastin, al-Urdun, Hims et Qinnasrin, étaient appelés émirs et, dans un cas, le gouverneur (wali) du jund de Filastin, Suleiman ibn ‘Abd al-Malik, devint calife omeyyade en 715.
In early Islam, the combination of strategic-military and administrative considerations for the creation of the four, and later five, Muslim ajnads (provinces) system in Bilad al-Sham were influenced by the previous Byzantine strategic configuration of the region. The origins of the ajnad system of Bilad al-Sham under Islam are in dispute. However, Irfan Shahid (1986) sees a Byzantine origin for this system. The provinces, or ajnad, retained civil and administrative responsibilities for their surrounding districts, including the raising of taxes (Walmsley 2000: 273). The Arab governors of the five ajnad (sing. jund) of al-Sham region, Damascus, Filastin, al-Urdun, Hims and Qinnasrin, were called amirs and, in one case, the Governor (wali) of Jund Filastin, Suleiman ibn ‘Abd al-Malik, became the Umayyad Caliph in 715.
La Palestine avait été entièrement intégrée au Califat islamique en 637‒638.
Palestine had been brought fully within the Islamic Caliphate in 637‒638.
Dans la théorie islamique du gouvernement, le calife était le souverain suprême, choisi par la communauté pour succéder au Prophète Muhammad ﷺ. En tant que chef politique de l'ensemble de la communauté musulmane, le calife disposait d'un cadre de référence islamique défini par le Coran et le hadith (les paroles et les actes du Prophète Muhammad ﷺ), et était tenu de gouverner par la shura (consultation, délibération, conseil). La shura, principe coranique, créait un espace qui permettait aux traditions islamiques de négocier le pluralisme social et les échanges interculturels à travers le vaste empire islamique. En pratique, cependant, de nombreux califes étaient des souverains héréditaires, et ne furent aussi forts que leurs armées et leurs alliances politiques le leur permettaient. Les fondateurs de la dynastie omeyyade étaient également conscients, pour reprendre le célèbre paradigme de Michel Foucault, du nexus pouvoir/savoir.
In the Islamic theory of governance, a Caliph was a supreme ruler who was chosen by the community to be a successor to the Prophet Muhammad. As political leader of the entire Muslim community, the Caliph was provided with an Islamic reference framework defined by the Quran and the Hadith (the sayings and actions of the Prophet Muhammad) and was obliged to govern through shura (consultation, deliberation, advice). The shura, a Quranic principle, created a space that enabled the Islamic traditions to negotiate social pluralism and inter-cultural exchanges throughout the vast Islamic empire. In practice, however, many Caliphs were hereditary rulers and they were only as strong as their armies and political alliances made them. The founders of the Umayyad dynasty were also acutely aware of the power/knowledge nexus, to echo Michel Foucault’s famous paradigm.
Ils étaient des califes puissants, perspicaces et pragmatiques, et ils recherchaient des conseils administratifs, la consultation politique (Shura), des connaissances scientifiques et une expertise technologique auprès de leurs sujets musulmans comme non musulmans. Une fois la souplesse de la tradition islamique solidement établie, en 661 de notre ère, les califes omeyyades prirent le contrôle de l'État islamique et firent de Damas la capitale du vaste empire islamique.
They were powerful, shrewd and pragmatic Caliphs and sought administrative advice, political shura, scientific knowledge and technological expertise from their Muslim and non-Muslim subjects alike. With the flexibility of the Islamic tradition firmly established, in 661 AD the Umayyad Caliphs took over the Islamic state and made Damascus the capital of the vast Islamic empire.
Les preuves matérielles, économiques, religieuses et politiques montrent que, sous les califes omeyyades marwanides1, qui parvinrent à étendre l'empire islamique à une taille sans précédent, les deux provinces (ajnad) de Dimashq et de Filastin étaient traitées comme des provinces centrales (أجناد) d'un vaste empire, pour des raisons de dogme religieux mêlées de realpolitik. Après tout, la Palestine avait une importance stratégique plus grande et était plus étroitement contrôlée par les souverains omeyyades que les déserts d'Arabie, de même que la Syrie, de sorte que la centralité et l'importance de la Palestine et de la Syrie sous les califes omeyyades marwanides demeurèrent primordiales. Le processus d'homogénéisation et d'arabisation du vaste empire fut également facilité par le fait que les paysans de Palestine parlaient une version locale de l'araméen, un dialecte beaucoup plus proche de l'arabe que toute autre langue, à l'exception de l'hébreu, lequel était pour l'essentiel éteint depuis des siècles ; le passage progressif mais constant à l'arabe comme lingua franca officielle en Palestine et au Proche-Orient ne fut donc ni difficile ni long.
Material, economic, religious and political evidence shows that under the Umayyad Marwanid Caliphs,1 who succeeded in expanding the Islamic empire to an unprecedented size, the two provinces (ajnad) of Dimashq and Filastin were treated as core provinces ( أجناد ) of a vast empire, for reasons of religious dogma mixed with realpolitik. After all, Palestine was more strategically important and more tightly controlled by the Umayyad rulers than the deserts of Arabia, as indeed was Syria, so that the centrality and importance of Palestine and Syria under the Umayyad Marwanid Caliphs remained paramount. It also helped the process of homogenisation and Arabisation of the large empire that the peasants of Palestine spoke a local version of Aramaic, a dialect much closer to Arabic than any other language but Hebrew, which had largely been extinct for centuries, so the gradual but steady move to Arabic as the official lingua franca in Palestine and the Near East was neither difficult nor protracted.
Par ailleurs, la révolution marwanide omeyyade, ainsi que l'ingéniosité et les innovations extraordinaires qui l'accompagnèrent, aboutirent également à la construction, par les califes omeyyades marwanides, d'un vaste ensemble de palais raffinés à Jérusalem, à al-Ramla, près de Jéricho et près de Tibériade, qui nous donnent un aperçu de la place centrale de la Palestine au sein de cet immense empire islamique. Le souverain réformateur marwanide 'Abd al-Malik ibn Marwan (r. 685‒705 apr. J.-C.)
Moreover, the Umayyad Marwanid revolution and extraordinary shrewdness and innovation also resulted in the construction by the Umayyad Marwanid Caliphs of a system of exquisite and large palaces in Jerusalem, al-Ramla, near Jericho and near Tiberias which give us a glimpse into the centrality of Palestine within this vast Islamic empire. The reforming Marwanid ruler ‘Abd al-Malik ibn Marwan (r. 685‒705 AD)
est crédité de la transformation de Jérusalem, de la construction du Dôme du Rocher dans la ville et des réformes monétaires, ainsi que de l'établissement de l'arabe comme langue officielle du Califat islamique (Ochsenwald et Fisher 2004 : 57). Pendant les six premières décennies de l'islam en Palestine, avant les réformes linguistiques et administratives d''Abd al-Malik, une grande partie du travail du gouvernement local en Palestine était consignée en grec koinè, et de nombreux postes importants dans le pays étaient occupés par des chrétiens, dont certains appartenaient à des familles qui avaient servi dans les administrations byzantines. La révolution linguistique qui débuta avec 'Abd al-Malik ibn Marwan et fut poursuivie par les califes marwanides suivants fit de l'arabe la lingua franca non seulement de la Palestine, mais de l'empire islamique, qui comptait alors plus de 30 pour cent de la population mondiale. Cette révolution linguistique, et le fait que l'arabe soit devenu l'unique lingua franca de dizaines de millions de personnes, de l'Espagne à l'Asie centrale, fut également au cœur de l'expansion du commerce mondial sous domination musulmane. Tout au long du Moyen Âge, comme dans l'Antiquité, le commerce régional et lointain resta une source essentielle de prospérité pour une Palestine stratégiquement située.
is credited with the transformation of Jerusalem, the construction of the Dome of the Rock in the city and the currency reforms, as well as the establishment of Arabic as the official language of the Islamic Caliphate (Ochsenwald and Fisher 2004: 57). For the first six decades of Islam in Palestine, prior to ‘Abd al-Malik’s linguistic and administrative reforms, much of the local government’s work in Palestine was recorded in Koine Greek and many prominent positions in the country were held by Christians, some of whom belonged to families that had served in Byzantine administrations. The linguistic revolution which began with ‘Abd al-Malik ibn Marwan and was maintained by subsequent Marwanid Caliphs meant that Arabic became the lingua franca not only of Palestine but the Islamic empire, which, at the time, included more than 30 per cent of the world’s population. The linguistic revolution and having Arabic as the single lingua franca for tens of millions of people from Spain to Central Asa was also central to the expansion of global trade under Muslim rule. Throughout the Middle Ages, as in ancient times, regional and distant trade remained a key source for the prosperity of a strategically located Palestine.
L'arabe et l'arabisation de la Palestine ont ajouté de nouvelles couches culturelles à l'identité déjà riche et complexe de la Palestine. L'arabisation de la Palestine a bénéficié du fait que la paysannerie chrétienne palestinienne, largement majoritaire, parlait un dialecte palestinien de l'araméen, une langue sémitique étroitement apparentée à l'arabe. Toutefois, si sous les Romains et les Byzantins le grec koinè était la langue de l'élite en Palestine et au Levant, et si l'hellénisation était étroitement associée au cosmopolitisme et à la haute culture, sous l'islam, l'arabe littéraire et l'arabisation sont devenus un vecteur de mondialisation. L'arabe littéraire et la traduction en arabe furent intimement liés à la recherche scientifique et à l'innovation culturelle, favorisant l'expansion du commerce international et du cosmopolitisme.
Arabic and the Arabisation of Palestine added more cultural layers to Palestine’s already rich and complex identity. The Arabisation of Palestine benefited from the fact that the predominantly Palestinian Christian peasantry spoke a Palestinian dialect of Aramaic, a Semitic language closely related to Arabic. However, if under the Romans and Byzantines Koine Greek was the elite language of Palestine and the Levant and Hellenisation was closely associated with cosmopolitanism and high culture, under Islam literary Arabic and Arabisation became a vehicle for globalisation. Literary Arabic and translation into Arabic became closely associated with scientific inquiry and cultural innovation, expanding international trade and cosmopolitanism.
De plus, la Palestine byzantine était minée par de profondes fractures de classe, reflétées dans des clivages linguistiques. Si la maîtrise du grec était un marqueur essentiel de l'identité de l'élite métropolitaine et urbaine, et si la maîtrise de l'araméen était un marqueur essentiel de l'identité du peuple ordinaire et de la paysannerie palestinienne dans la Palaestina byzantine à majorité chrétienne, l'arabe et l'arabisation ont favorisé l'égalitarisme en Palestine et sont devenus des marqueurs identitaires essentiels, tant pour les élites urbaines que pour la paysannerie palestinienne de plus en plus arabisée.
Furthermore, Byzantine Palestine had been bedevilled by deep class cleavages reflected in linguistic divisions. If speaking Greek was a key marker of metropolitan and urban elite identity and speaking Aramaic was a key marker of identity for ordinary people and Palestinian peasantry in Christian-majority Byzantine Palaestina, Arabic and Arabisation encouraged egalitarianism in Palestine and became key markers of identity for both urban elites and the increasingly Arabised Palestinian peasantry.
Sous l'islam, les métropoles de Damas, de Bagdad et du Caire se distinguaient comme centres impériaux, mais leurs liens commerciaux et stratégiques, par voies terrestres et maritimes, les rattachaient à un archipel de villes de l'arrière-pays en al-Sham et en Palestine, ainsi qu'à l'ensemble de la région d'al-Sham, notamment al-Ramla, Gaza, ʿAsqalan, al-Lajjun, al-Quds, Naplouse, Acre et Tibériade. Naturellement, l'arabisation et l'islamisation suivirent le commerce et le pouvoir politique, et cette transformation culturelle et linguistique de la Palestine fut encouragée activement et avec constance après la conquête arabo-islamique de la Palestine. Les processus d'islamisation dans le pays suivirent le même mouvement. Filastin devint partie intégrante de l'État arabo-islamique à la suite de la bataille du Yarmouk (636 apr. J.-C.), au cours de la conquête musulmane de la Syrie et de la Palestine.
Under Islam, the metropolises of Damascus, Baghdad and Cairo stood out as imperial centres, but their trade and strategic linkages through overland and sea routes tied them to an archipelago of hinterland cities in al-Sham and Palestine and the whole al-Sham region, including al-Ramla, Gaza, ‘Asqalan, al-Lajjun, al-Quds, Nablus, Acre and Tiberias. Naturally Arabisation and Islamisation followed trade and political power, and this cultural and linguistic transformation of Palestine was promoted actively and assiduously after the Arab Islamic conquest of Palestine. Islamisation processes in the country followed suit. Filastin became part of the Arab Islamic state following the Battle of Yarmuk (636 AD) in the course the Muslim conquest of Syria and Palestine.
Bien que la conquête militaire arabo-islamique de la Palestine ait eu lieu en 638 apr. J.-C., l'islamisation pratique de la Palestine fut un processus graduel mais radical, qui se poursuivit pendant de nombreuses générations. Il existe également des indices d'une conversion massive des Samaritains à l'islam en Palestine au cours de la période musulmane primitive (voir Levy-Rubin 2000). Toutefois, l'influence arabo-musulmane puissante sur la Palestine s'est prolongée pendant près de 1400 ans, jusqu'à nos jours. La profonde transformation religieuse, sociale, culturelle et linguistique du pays sous l'islam est manifeste dans toute la contrée.
Although the Arab Islamic military conquest of Palestine took place in 638 AD, the practical Islamisation of Palestine was a gradual but radical process which went on for many generations. There is also some evidence of the mass conversion by Samaritans to Islam in Palestine in the course of the early Muslim period (see Levy-Rubin 2000). However, the powerful Arab Muslim impact on Palestine has continued for nearly 1400 years, to the present time. The profound religious, social, cultural and linguistic transformation of the country under Islam is evident throughout the land.
Mais les processus graduels d'arabisation, d'homogénéisation et d'islamisation du pays, passant d'un pays à majorité chrétienne et parlant en grande partie l'araméen à une population majoritairement musulmane et arabophone, et d'une religion monothéiste à une autre – ainsi que d'une langue sémitique à une autre, étroitement apparentée – furent moins traumatisants sur le plan culturel et moins douloureux socialement que la conversion soudaine d'une société païenne en une entité politique monothéiste.
But the gradual processes of Arabisation, homogenisation and Islamisation of the country, from a largely Aramaic-speaking majority Christian country to a predominantly Arabic-speaking Muslim majority, and from one monotheistic religion to another – as well as from one Semitic language to another closely related one – was less traumatic culturally and socially less painful than the sudden conversion of a pagan society into a monotheistic polity.
Les données archéologiques relatives aux premiers siècles de l'islam en Palestine démentent la perception courante et le mythe insidieux selon lequel la conquête musulmane de la Palestine au VIIe siècle aurait entraîné un déclin du nombre de localités et de la prospérité générale du pays (Magness 2003 : 1‒3).
The archaeological evidence on the early history of Islam in Palestine debunks the common perception and insidious myth that the Muslim conquest of Palestine in the 7th century caused a decline in the number of localities and the overall prosperity of the country (Magness 2003: 1‒3).
Au contraire, les Arabes musulmans inaugurèrent une période de prospérité, de tolérance religieuse et d'autonomie religieuse et culturelle pour les communautés religieuses chrétiennes et juives (arabe : millah) en Palestine, et permirent la poursuite de l'organisation administrative antérieure (The Encyclopaedia of Islam 1965, Vol. II : 911). Les États islamiques, à l'instar des empires romain et byzantin, appliquèrent également un système de patronage et de clientèle en Palestine, et ce système de patronage permit l'émergence d'un certain degré d'autonomie locale et de puissantes élites urbaines.
On the contrary, the Muslim Arabs ushered in a period of prosperity and religious toleration and religious and cultural autonomy for Christian and Jewish religious communities (Arabic: millah) in Palestine and permitted the previous administrative organisation to continue (The Encyclopaedia of Islam 1965, Vol. II: 911). The Islamic states, like the Roman and Byzantine empires, also applied a patron‒client system in Palestine and this patronage system allowed the emergence of a degree of local autonomy and powerful urban elites.
Pour des raisons militaires et stratégiques, principalement défensives, la Grande Palestine sous l'islam fut reconfigurée et reconstituée à partir de deux des « trois Palestines » byzantines (Blankinship 1994). Cette reconfiguration et réorganisation militaro-stratégique se reflète également dans le nom même du pays : Jund Filastin, la « province administrative/militaire de Palestine ». Cette reconfiguration visait aussi à remédier à certaines faiblesses fondamentales de la pensée stratégique byzantine pour la défense des « trois Palestines » et des autres régions de la Syrie. Le commandement militaire byzantin avait son quartier général dans la ville côtière de Césarée Maritime et s'appuyait largement sur les alliés arabes ghassanides de l'arrière-pays, qui contrôlaient de fait la Palaestina Secunda et la Palaestina Tertia. Les commandants arabes musulmans, tout en continuant à employer de nombreux soldats chrétiens ghassanides dans leurs armées, préféraient s'appuyer sur des commandants musulmans.
For largely defensive military-strategic reasons greater Palestine under Islam was reconfigured and reconstituted from two of the ‘Three Palestines’ of the Byzantines (Blankinship 1994). This military-strategic reconfiguration and reorganisation was also reflected in the actual naming of the country: Jund Filastin, the ‘administrative/military province of Palestine’. This reconfiguration was also aimed at addressing some of the fundamental weaknesses of the Byzantine strategic thinking for defending the ‘Three Palestines’ and other regions in Syria. The Byzantine military was headquartered in the coastal city of Caesarea Maritima and relied extensively on the Ghassanid Arab allies of the hinterland who had effectively controlled Palaestina Secunda and Palaestina Tertia. The Muslim Arab commanders, while still using many Ghassanid Christian troops in Muslim armies, preferred to rely on Muslim commanders.
La réduction du Jund Filastin, qui passait des trois initiaux à « deux Palestines » (Palaestina Prima et Palaestina Tertia), avait également du sens sur le plan militaire et stratégique.
Reducing Jund Filastin from the original Three to ‘Two Palestines’ (Palaestina Prima and Palaestina Tertia) also made sense in military-strategic terms.
La réorganisation administrative de la Palestine durant les débuts de l'islam fit de la Palestine byzantine une combinaison d'une province de Jund Filastin relativement vaste et d'une petite province de Jund al-Urdun (province de Jordanie). Gouverné depuis Tibériade, en Galilée, le Jund al-Urdun ne doit pas être assimilé à la Jordanie actuelle. Avec la consolidation de la domination arabo-musulmane sur la Palestine et le Levant au milieu du VIIe siècle, la région fut divisée en Filastin, al-Urdun et Dimashq (Damas).
The administrative reorganisation of Palestine during early Islam meant that Byzantine greater Palestine became a combination of a relatively large Jund Filastin province and a small Jund al-Urdun (Jordan province). Governed from Tiberias in Galilee, Jund al-Urdun should not be equated with modern-day Jordan. With the consolidation of Arab Muslim rule in Palestine and the Levant in the mid-7th century, the region was divided into Filastin, al-Urdun and Dimashq (Damascus)
et les Arabes (comme les Romains) ont opté pour une administration décentralisée.
and the Arabs (like the Romans) opted for a decentralised administration.
Pendant la période omeyyade (661‒750 apr. J.-C.), la région de al-Sham était divisée en junds, c'est-à-dire en provinces militaires et administratives. Le Jund Filastin fut organisé peu après la conquête musulmane de la Palestine, dans les années 630. Les Omeyyades adoptèrent un grand nombre des traditions byzantines en matière de toponymie, de monnaie et d'administration, et ce processus d'adaptation apparut clairement dans de nombreux aspects de la province du Jund Filastin.
During the Umayyad period (661‒750 AD) the al-Sham region was divided into junds or military/administrative provinces. Jund Filastin was organised soon after the Muslim conquest of Palestine in the 630s. The Umayyads adapted many of the Byzantine toponymic, monetary and administrative traditions and this process of adaptation was evident in many aspects of the province of Jund Filastin.