10.7 Stratégies de judaïsation, d'hébraïsation et de biblicisation
10.7 Judaisation, Hebraicisation And Biblicisation Strategies
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10.7 Judaisation, Hebraicisation And Biblicisation Strategies
La colonie sioniste de Gedera, située à 13 kilomètres au sud de Rehovot, fut fondée par des colons russes en 1884. Comme les colonies de Rehovot, d'Afula et de Hadera, l'achat de ses terres auprès de propriétaires terriens palestiniens fit intervenir Yehoshua Hankin. L'Association coloniale juive donna à Gedera un nom à consonance hébraïque (en hébreu : « mur »), en référence à un site prétendument mentionné dans la Bible hébraïque. Le nom de Hadera, en revanche, tire clairement son origine de al-Khadra, et de al-Khdeira dans le dialecte palestinien local, mot arabe signifiant « vert ». Bien que cette colonie sioniste clé (aujourd'hui une grande ville israélienne)
The Zionist colony of Gedera, located 13 kilometres south of Rehovot, was founded by Russian settlers in 1884, and like the colonies of Rehovot, Afula and Hadera, the purchase of its lands from Palestinian landlords involved Yehoshua Hankin. The Jewish Colonial Association gave Gedera a Hebrew-sounding name (Hebrew: ‘wall’) after a site supposedly mentioned in the Hebrew Bible. The name Hadera, on the other hand, clearly originated from al-Khadra, and al-Khdeira in local Palestinian dialect, Arabic for ‘green’. Although this key Zionist colony (today a major Israeli city)
fut doté d'un nom à consonance hébraïque, un nom sioniste qui n'a absolument aucun sens en hébreu (Bar On 1996 : 38). Les terres de la colonie de Gedera avaient été acquises avec l'aide du consul de France à Jaffa, Poliovierre.
was given a Hebrew-sounding name, this Zionist name makes absolutely no sense in Hebrew (Bar On 1996: 38). The lands of the colony of Gedera had been purchased with the help of the French consul in Jaffa, Poliovierre.
Les habitants palestiniens de Qatra cultivaient la terre en tant que fermiers locataires lorsque les colons juifs sont arrivés, et ils ressentaient de l'amertume face à cette intrusion sur ce qu'ils considéraient encore comme leur terre. Qatra était un ancien centre palestinien d'autorité politique et économique qui, avec trente autres sites urbains des régions bordant la mer Méditerranée, était entré dans une période de déclin à la fin de l'âge du bronze (Zevit 2003 : 94), mais qui prospéra tout au long de la période islamique. Les fouilles archéologiques menées à Tel Qatra ont mis au jour un atelier de poterie destiné à la fabrication de jarres de Gaza.
Local Palestinians of Qatra had been cultivating the land as tenant farmers when the Jewish settlers arrived, and they resented the intrusion onto what they still thought of as their land. Qatra was an ancient Palestinian centre of political and economic authority that along with thirty other urban sites in regions bordering the Mediterranean Sea had entered a period of decline in the late Bronze Age (Zevit 2003: 94) but flourished throughout the Islamic period. Archaeological excavations at Tel Qatra discovered a pottery workshop for the manufacture of Gaza jars.
La dénomination de Gedera par les premiers colons sionistes suivit de près la géographie scripturaire chrétienne et l'archéologie biblique du XIXe siècle, qui procédaient à partir des récits de la Bible. Le « lieu biblique » fut d'abord proposé par Victor Guérin (1868‒1880, 1881–1883), archéologue biblique et géographe scripturaire français qui visita la Palestine à plusieurs reprises et dont les travaux renvoyaient souvent à des passages de la Bible hébraïque et à des sources juives telles que la Mishna et le Talmud, ainsi qu'aux travaux d'explorateurs scripturaires contemporains comme Edward Robinson. Ceux-ci, à l'instar des Croisés et pèlerins médiévaux décrits par Maurice Halbwachs dans La Topographie légendaire des évangiles en terre sainte : étude de mémoire collective (1941), s'appuyant sur les récits bibliques, décidèrent, largement par spéculation, que plus d'une centaine de noms de lieux bibliques en Palestine étaient à l'origine des noms arabes utilisés par les fellahin palestiniens (Robinson et al. 1860 ; Davis 2004 ; Macalister 1925). Guérin associa le nom de Gedera au village palestinien de Qatra (Fischer et al. 2008), qui fut dépeuplé et détruit par les forces juives en 1948. Pendant le Mandat britannique sur la Palestine, les Palestiniens locaux l'appelaient Qatrat Islam afin de le distinguer de la colonie juive de Qatrat Yahud (Qatra juive), ou Gedera, nom que lui donnaient les colons sionistes eux-mêmes. Dans les années 1950, un quartier appelé Oriel (lumière de Dieu) fut établi sur les terres de l'ancienne Qatra arabe, destiné aux nouveaux immigrants juifs atteints de déficiences visuelles.
Etymologically the naming of Gedera by early Zionist settlers closely followed Christian scriptural geography and biblical archaeology of the 19th century which worked from the narratives of the Bible. The ‘biblical location’ was first suggested by Victor Guérin (1868‒1880, 1881–1883), a French biblical archaeologist and scriptural geographer who visited Palestine several times and whose works often referred to passages from the Hebrew Bible and Jewish sources such as the Mishna and Talmud as well as works by contemporary scriptural explorers such as Edward Robinson, who – like the medieval Crusaders and pilgrims in Maurice Halbwachs’ La Topographie légendaire des évangiles en terre sainte: étude de mémoire collective (1941) – using the biblical narratives, decided, largely through speculation, that in more than a hundred biblical place names in Palestine, these were the origins of Arabic names used by the Palestinian fallahin (Robinson et al. 1860; Davis 2004: Macalister 1925). Guérin linked the name Gedera to the Palestinian village of Qatra (Fischer et al. 2008) which was depopulated and destroyed by Jewish forces in 1948. During the British Mandate of Palestine it was referred to by local Palestinians as Qatrat Islam to distinguish it from the Jewish colony of Qatrat Yahud (Jewish Qatra) or Gedera, as it was called by the Zionist settlers themselves. In the 1950s, a neighbourhood called Oriel (light of God) was established on the lands of Arab Qatra for new Jewish immigrants with visual impairments.
Au cœur de la construction de la mémoire collective sioniste – et, par la suite, de l’identité israélienne – fondée sur la « mémoire biblique » se trouvait le projet de toponymie commémorative du Yishuv, lancé dans les années 1920 pour « restaurer » l’hébreu biblique ou créer de nouveaux noms d’apparence biblique (Ra’ad 2010 : 189). Le Comité des noms du FNJ comme le Comité gouvernemental israélien des noms des années 1950 s’inspiraient généralement de la géographie biblique de Victor Guérin (1868‒1880, 1881‒1883) et des Biblical Researches in Palestine, Mount Sinai and Arabia Petraea (1841) d’Edward Robinson, dans lesquels celui-ci avait soutenu que les noms de lieux de villages et de sites palestiniens, qui semblaient arabes, étaient des transcriptions arabes modernes d’anciens noms hébraïques.
Central to the construction of Zionist collective memory – and subsequently Israeli identity – based on ‘biblical memory’ was the Yishuv’s memorialising toponymy project which was established in the 1920s to ‘restore’ biblical Hebrew or to create new biblical-sounding names (Ra’ad 2010: 189). Both the JNF Naming Committee and the Israeli Governmental Names Committee of the 1950s were generally guided by the biblical geography of Victor Guérin (1868‒1880, 1881–1883) and Edward Robinson’s Biblical Researches in Palestine, Mount Sinai and Arabia Petraea (1841), in which he had argued that the place names of Palestinian villages and sites, seemingly Arab, were modern Arabic renderings of old Hebraic names.
Une part importante de l'identité du « nouvel hébreu » tenait à la toponymie hébraïque sioniste et aux cartes israéliennes qui ont progressivement remplacé les noms arabes palestiniens (Cohen et Kliot 1981, 1992 ; Kliot 1989 ; Azaryahu et Golan 2001 ; Azaryahu et Kook 2002).
An important part of the ‘New Hebrew’ identity was the Zionist Hebrew toponymy and the Israeli maps which gradually replaced the Palestinian Arabic names (Cohen and Kliot 1981, 1992; Kliot 1989; Azaryahu and Golan 2001; Azaryahu and Kook 2002).