8.3 Histoire des élites urbaines face à l'histoire « par le bas » : nouveau leadership, commerce du coton de la Palestine avec l'Europe et la révolution industrielle
8.3 History Of Urban Elites Versus History ‘from Below’: New Leadership, Palestine’s Cotton Trade With Europe And The Industrial Revolution
Au XVIIIe et au XIXe siècle, les expéditions de blé et de coton depuis le port palestinien d'Acre vers l'Italie, le sud de la France (Beheiry 1981 : 67) et l'Angleterre contribuèrent à sauver la population croissante de la France de la famine, et alimentèrent la révolution industrielle anglaise ainsi que l'essor du capitalisme marchand en Europe. Cela favorisa l'émergence d'une bourgeoisie locale dans les villes palestiniennes (à Acre, Nazareth, Tibériade, Naplouse, Jérusalem et Jaffa).
In the 18th and 19th centuries, wheat and cotton shipments from the Palestinian port of Acre to Italy, southern France (Beheiry 1981: 67) and England helped save the growing population of France from famine and fuelled the English Industrial Revolution and the rise of commodity capitalism in Europe. This brought about the rise of a local bourgeoisie in urban Palestine (in Acre, Nazareth, Tiberias, Nablus, Jerusalem and Jaffa)
ainsi qu'une économie paysanne orientée vers l'exportation vers l'Europe, ce marché étant devenu le plus lucratif. Ce tournant du XVIIIe siècle transforma l'agriculture et l'industrie palestiniennes, les faisant passer d'une production de subsistance à une production destinée au marché international, et instaura une nouvelle relation entre les villes (plus grandes) et les bourgs, ainsi que les centaines de villages où vivait et travaillait la majorité de la population. Ce commerce international croissant, lié au capitalisme européen en expansion et à la demande insatiable de coton de la Grande-Bretagne pour ses filatures, ouvrit également la voie aux premières formes de modernité en Palestine. La sagesse conventionnelle sur la modernité dans le monde arabe met l'accent sur la politique des notables de l'élite (a'ayan), l'invasion napoléonienne ou les faiblesses de l'État ottoman, comme un ensemble de facteurs à l'origine de la modernisation de la région (Baram 2007a : 16). En outre, la sagesse conventionnelle avancée par les historiens veut que les premières formes de modernité en Palestine aient d'abord été importées par les missionnaires européens et les explorateurs bibliques au XIXe siècle, ou diffusées par des élites urbaines formées dans des écoles de style européen ou dans des écoles placées sous le patronage ottoman. Les Tanzimat ottomanes (littéralement « réorganisations »), une période de réformes majeures « par le haut » commencée en 1839 et achevée avec la première ère constitutionnelle ottomane de 1876, ainsi que leur impact sur la Palestine et l'ensemble de l'Orient arabe, ont reçu la plus grande attention scientifique. Pourtant, les nouvelles données contredisent les approches élitistes, orientalistes romantiques et bibliques de l'histoire palestinienne moderne. Ces éléments montrent, premièrement, que le début des modernités remonte au XVIIIe siècle en Palestine ; deuxièmement, que l'invasion napoléonienne de la Palestine et le siège d'Acre en 1799 ont suivi, plutôt que précédé, la culture matérielle et les marchandises européennes (y compris les textiles européens) qui se sont largement répandues dans une grande partie de la Palestine urbaine et rurale sous les règnes d'al-ʿUmar et d'al-Jazzar (Baram 2007a, 2007b) ; troisièmement, que la « nouvelle » économie et les nouveaux outils agricoles de la Palestine du milieu du XVIIIe siècle étaient déjà largement intégrés au commerce international moderne et à l'économie capitaliste européenne, qui avait été inaugurée par les révolutions technologique et industrielle britanniques.