11. Sources de l'exégèse (Tafsir)
11. Sources Of Tafsīr
L'expression « sources de l'exégèse (Tafsir) » ne désigne pas les disciplines sur lesquelles les mufassirun s'appuyaient pour expliquer le Coran selon l'approche qu'ils adoptaient, telle que l'unicité (Tawhid), la jurisprudence islamique (Fiqh), la rhétorique (balaagha), l'histoire, etc. Ce ne sont pas là les sources de l'exégèse (Tafsir). Il s'agit plutôt de domaines qui ont influencé le mufassir, l'amenant à privilégier un aspect spécifique dans l'exégèse (Tafsir). Ce que l'on entend par « sources de l'exégèse (Tafsir) », ce sont les sources faisant autorité que les mufassirun ont citées. Ce qu'ils ont cité, ils l'ont consigné dans leurs exégèses (Tafsir), indépendamment de leur orientation dans l'exégèse (Tafsir). Si nous étudions les sources de l'exégèse (Tafsir), nous constatons qu'elles se limitent à trois :
The word “sources of Tafsīr” does not mean the disciplines the mufassirun used to rely on when explaining the Qur’ān according to the idea they carried such as tawheed, jurisprudence (fiqh), rhetorics (balaagha), history etc. These are not the sources of tafsīr. Rather, they are matters which had an effect on the mufassir which led him to lean towards a specific matter in tafsīr. What is intended by 'sources of tafsīr' are the authoritative sources that the mufassirun qouted. What they quoted they wrote down in their tafsīrs, irrespective of their orientation in tafsīr. If we study the sources of tafsīr we find that they are confined to three:
Premièrement : l'exégèse (Tafsir) qui a été transmise du Messager d'Allah ﷺ, telle que le récit selon lequel le Messager ﷺ a dit :
First: Tafsīr which has been transmitted from the Messenger of Allah such as the narration that the Messenger said:
« La prière médiane (salat al-wusta) est la prière de l'après-midi (salat al-'asr) » [Reported By tirmidhi on behalf of Ibn Masood]
“The median prayer (salat al-wusta) is the afternoon prayer (salat al-'asr)” [Reported By tirmidhi on behalf of Ibn Masood]
Par exemple, ce qui a été rapporté d' 'Ali ﷺ qu'il a dit :
For instance what has been narrated by 'Ali that he said:
« J'ai interrogé le Messager d'Allah ﷺ au sujet du grand jour du pèlerinage (Hajj) (yawm al-hajj al-akbar). Il a dit : c'est le jour du sacrifice (yawm al-nahr) » [Reported by Tirmidhi]
“I asked the Messenger of Allah about the great day of Hajj (yawm al-hajj al-akbar). He said (it is) the day of sacrifice (yawm al-nahr)” [Reported by Tirmidhi]
Et ce qui a été rapporté ;
And what has been reported ;
« Concernant les deux ajāl, lequel des deux ajāl Mūsā a-t-il accompli ? Il ﷺ a dit : Il a accompli celui qui était l'ajāl le plus long et le meilleur. » [Reported by Bukhari]
“Of the two ajals which ajāl did Musa complete. He said: He completed the one the longer and better ajāl.' [Reported by Bukhari]
Cependant, ce genre d'exégèse (Tafsir) ne peut être considéré comme une source de transmission, si ce n'est pour ce qui a été rapporté dans les livres de Sihah (livres de hadith tels que Bukhari et Muslim), car les conteurs et les faussaires ont considérablement ajouté au contenu. C'est pourquoi ce type de matériel source doit être examiné en raison du grand nombre de mensonges attribués au Messager d'Allah ﷺ. L'examen de ce genre d'exégèse (Tafsir) par les pieux prédécesseurs (Salaf) a atteint un point tel que beaucoup d'entre eux ont rejeté ce genre de manière catégorique... Ils soutenaient qu'aucune exégèse (Tafsir) n'avait été transmise du Messager d'Allah ﷺ. Il a été rapporté qu'Ahmad bin Hanbal a dit :
However this genre of tafsīr cannot be relied upon as a source of transmission save what has been reported in the books of Sihah (books of hadīth such as Bukhari and Muslim) because the storytellers and fabricators greatly added to the material. That is why this type of source material has to be investigated due to the great number of lies against the Messenger of Allah . The scrutiny of the Salaf (early generations of scholars) of this genre of tafsīr reached the point where many of them rejected the whole genre altogether...They held that no tafsīr had been transmitted from the Messenger of Allah . It has been reported about Ahmad bin Hanbal that he said:
« Trois (catégories de rapports) n'ont aucun fondement : l'exégèse (Tafsir), les batailles (malahim) et les campagnes militaires (maghazi). »
'Three (categories of reports) have no basis; tafsīr, battles (malahim) and military campaigns (maghazi).'
C'est pourquoi nous constatons que les mufassirun, en raison de leur manque de confiance envers ce qui est mentionné, ne se sont pas arrêtés à la limite de ce qui a été rapporté. Au contraire, ils ont complété cela par ce qu'ils ont atteint par leur propre effort d’interprétation (Ijtihad). Ils ne se sont pas arrêtés à la limite du texte. Ce qui a été mentionné concernant les compagnons (Sahabah) en termes d'exégèse (Tafsir) a été ajouté aux hadiths concernant le Messager d'Allah ﷺ. Cela a commencé avec l'exégèse (Tafsir) transmise et de la même manière avec l'exégèse (Tafsir) des successeurs (Tabi’un). Ce genre d'exégèse (Tafsir) transmise est devenu immense et a commencé à inclure ce qui a été transmis concernant le Messager d'Allah ﷺ, les compagnons (Sahabah) et les successeurs (Tabi’un). Chacun est devenu suffisant en tant qu'exégèse (Tafsir). Presque tous les livres d'exégèse (Tafsir) écrits aux premiers âges étaient restreints à cette manière d'exégèse (Tafsir).
That is why we find the mufassirun due to their lack of trust for what is mentioned did not stop at the limit of what has been reported. Rather, they followed that with what they reached through their own Ijtihād. They did not stop at the limit of the text. What has been mentioned about the Sahabah in terms of tafsīr was added to the ahadīth about the Messenger of Allah . It began with the transmitted tafsīr and likewise with the tafsīr of the tabi'un. This genre of transmitted tafsīr became huge and it began to include what has been transmitted about the Messenger of Allah , the Sahabah and Tabi'un. Each one came to suffice as a tafsīr. Nearly all the books of tafsīr written in the early ages were restricted to this manner of tafsīr.
Deuxièmement : l'une des sources de l'exégèse (Tafsir) est l'opinion (ra'y) ou ce que l'on appelle l'effort d’interprétation (Ijtihad) en exégèse (Tafsir). Cela est dû au fait que le mufassir connaît la parole des Arabes et leurs usages dans la langue parlée. Il connaît les expressions arabes et leurs significations en étant familiarisé avec des éléments similaires dans la poésie jahili, la prose, etc. Et il se familiarise avec ce qu'il juge correct concernant la cause de la révélation d'un verset. En utilisant ces outils, il explique les versets coraniques conformément à ce qu'il a atteint par son effort d’interprétation (Ijtihad). L'exégèse (Tafsir) par opinion ne signifie pas dire tout ce que l'on veut au sujet du verset ou tout ce que nos propres désirs exigent. Au contraire, l'opinion selon laquelle l'exégèse (Tafsir) s'opère dépend de la littérature jahili en termes de poésie, de prose, des coutumes et de la parole des Arabes. En même temps, elle s'appuie sur les événements qui se sont produits aux jours du Messager de Allah ﷺ et sur tout ce que le Prophète ﷺ a affronté en termes d'hostilité, de conflits, d'émigration (Hijrah), de guerres et d'afflictions. Ainsi que tout ce qui est arrivé durant cette période et qui nécessitait des hukms et exigeait la révélation du Qur’ān. Par conséquent, ce que l'on entend par l'accomplissement de l'exégèse (Tafsir) par opinion est de comprendre les phrases en comprenant leurs significations qui sont indiquées par les informations dont le mufassir dispose en termes de langue et d'événements. Quant à ce qui a été rapporté au sujet de sayyidina 'Ali ibn Abi Talib, qu'il a dit :
« Le Qur’ān est ouvert à (plusieurs) points de vue ».
'The Qur’ān is open to (many) viewpoints'.
Cela ne signifie pas que le Qur’ān est ouvert à n'importe quel point de vue que vous souhaiteriez utiliser pour l'expliquer. Il s'agit plutôt de dire que chaque expression ou phrase est ouverte à un certain nombre de points de vue dans l'exégèse (Tafsir), mais que ces points de vue sont restreints aux sens auxquels l'expression ou la phrase est ouverte, sans outrepasser cette limite. Par conséquent, l'exégèse (Tafsir) par opinion signifie la compréhension d'une phrase dans les limites des sens auxquels ses expressions sont ouvertes. C'est pourquoi ils l'ont appelée exégèse (Tafsir) par effort d’interprétation (Ijtihad).
This does not mean that the Qur’ān is open to any viewpoint you wish to explain it from. Rather, what is meant is that any one expression or sentence is open to a number of viewpoints in tafsīr but the viewpoints are restricted to the meanings the expression or sentence is open to, which does not overstep that limit. Consequently, tafsīr by opinion means the understanding of a sentence within the limits of the meanings its expressions are open to. That is why they called it tafsīr by Ijtihād.
La grande majorité des mufassirun parmi les compagnons (Sahabah) avaient l'habitude d'expliquer le Coran par l'opinion et de s'y appuyer au premier degré lors de la réalisation de l'exégèse (Tafsir). Ils avaient l'habitude de diverger dans l'exégèse (Tafsir) même dans l'explication d'un seul mot, ce qui indique qu'ils avaient l'habitude de s'appuyer sur leur propre compréhension particulière, comme une grande partie de ce qui a été rapporté au sujet d'Ibn 'Abbas, Ibn Mas'ud, Mujahid et d'autres. Par exemple, ils avaient l'habitude d'expliquer le mot Tur dans Sa parole (SWT) en disant :
The great majority of the mufassirun from the Sahabah used to explain the Qur’ān by opinion and rely on it in the first degree while performing tafsīr. They used to disagree in tafsīr even in the explanation of a single word which indicates that they used to rely on their own particular understanding like much of what has been reported about Ibn 'Abbas, Ibn Mas'ud, Mujahid and others. For example they used to explain the word Tur in His saying:
« Et (Ô Enfants d'Israël, souvenez-vous) lorsque Nous avons pris votre engagement et que Nous avons élevé au-dessus de vous le Tur » [TMQ Baqarah: 63]
“And (O Children of Israel, remember) when We took your covenant and We raised above you the Tur” [TMQ Baqarah: 63]
avec différentes explications. Mujahid a expliqué que Tur est le nom d'une montagne, Ibn 'Abbas l'a expliqué comme étant la montagne elle-même et certains ont dit que le Tur est ce qui émane de la montagne, et quant à ce qui ne se propage pas, ce n'est pas le Tur. Cette différence dans l'exégèse (Tafsir) est le résultat d'une divergence d'opinion et n'est pas attribuable à une différence dans ce qui a été transmis. Bien que l'expression soit linguistique, qu'en est-il lorsque l'opinion concerne le sens de la phrase et non le sens d'une expression ? C'est pourquoi, en plus de leur désaccord sur le sens des expressions, ils ont également divergé quant au sens des versets. Il apparaît, à l'étude des exégèses (Tafsirs) des compagnons (Sahabah), et particulièrement des mufassirins célèbres, qu'ils s'appuyaient globalement sur l'opinion (individuelle) pour faire l'exégèse (Tafsir). Quant à ce qui a été rapporté sur certains d'entre eux, disant qu'ils s'abstennaient de faire l'exégèse (Tafsir) par opinion et se limitaient à l'exégèse (Tafsir) par ce qui a été transmis (manqul), cela se rapporte à l'opinion de quelqu'un qui n'a pas acquis les outils de l'exégèse (Tafsir), tels que la connaissance de l'expression arabe, le désir de clarifier, et la connaissance des événements auxquels les versets ont été révélés. Cela ne signifie pas qu'il faille s'abstenir de comprendre le Coran, puisqu'il a été révélé pour que les gens puissent le comprendre et non pour qu'ils se restreignent à la limite de l'exégèse (Tafsir) transmise. Par conséquent, nous ne pouvons pas dire que les compagnons (Sahabah) étaient divisés en deux groupes, l'un s'abstenant de dire quoi que ce soit sur le Coran par opinion et l'autre parlant du Coran selon son opinion. Au contraire, tous s'exprimaient sur le Coran avec leur opinion. Ils étaient vigilants à l'égard de quiconque dirait quoi que ce soit sur le Coran par son opinion sans avoir une connaissance certaine de l'expression expliquée et de la phrase élucidée parmi les versets (Ayah) du Coran. De même, cette était la position des successeurs (Tabi’un). Cependant, après eux, il y eut des personnes qui apprirent l'existence de ces paroles et les comprirent comme une mise en garde contre le fait de parler du Coran selon sa propre opinion, de sorte qu'elles évitèrent de dire quoi que ce soit sur le Coran selon leur propre opinion. Il y eut également des personnes qui se familiarisèrent avec l'exégèse (Tafsir) des compagnons (Sahabah) par opinion et qui prônèrent l'exégèse (Tafsir) par opinion. C'est pourquoi les savants ultérieurs se divisèrent en deux groupes concernant l'exégèse (Tafsir). Un groupe évitait de dire quoi que ce soit selon sa propre opinion et se restreignait à ce qui avait été transmis, tandis qu'un autre groupe donnait ses propres opinions. Quant aux compagnons (Sahabah) et aux successeurs (Tabi’un), ils n'étaient pas deux groupes. Au contraire, ils parlaient du Coran avec ce qu'ils savaient en termes de narrations et d'opinion, s'abstenant de ce qu'ils ne savaient pas, et ils mettaient les gens en garde contre le fait de parler du Coran selon leurs propres opinions sans avoir de science.
« Nous avons donc dit : Frappez-le avec un morceau de cela » [TMQ Baqarah: 73]
“So we said: Strike him (dead man) with a piece of it” [TMQ Baqarah: 73]
Ils s'enquired sur la nature de la pièce avec laquelle ils avaient frappé le mort ? Lorsqu'ils lurent :
They inquired as to what was that piece with which they struck the dead man? When they read:
« Puis ils trouvèrent l'un de Nos serviteurs à qui Nous avions accordé une miséricorde de Notre part et à qui Nous avions enseigné une science de Notre part » [TMQ Kahf: 65]
“Then they found one of Our slaves, unto whom We had bestowedmercy from Us, and whom We had taught knowledge from Us” [TMQ Kahf: 65]
Ils nous ont demandé qui était le serviteur vertueux que Musa avait rencontré et qu'il avait prié de lui enseigner. C'est de là que naquit l'histoire de Khidr. Ainsi, chaque fois qu'une histoire leur parvenait, ils s'en enquéraient. Ils ont donc interrogé sur le garçon que le serviteur vertueux avait tué, sur le bateau qu'il avait endommagé et sur le village qui ne l'avait pas accueilli. Ils se sont enquiri de l'histoire de Musa et Shu'ayb, de la taille de l'arche de Noah, etc. Ce qui répondait à ces questions et étanchait leur soif pour ce genre d'informations était la Torah et ses commentaires et son exégèse (Tafsir). Et toutes les fables qui furent insérées, lesquelles leur furent transmises par les Juifs, que ce soit avec une bonne ou une mauvaise intention ; certains chrétiens ayant embrassé l'Islam insérèrent certains récits et rapports de la Bible, mais cela était peu comparé à ce que les Juifs avaient interpolé. De cette manière, le volume de récits et de rapports s'est considérablement accru jusqu'à dépasser les rapports de l'exégèse (Tafsir) transmise. De nombreux livres d'exégèse (Tafsir) finirent par être chargés de quantités massives d'israiliyyat, de récits et d'autres rapports. Ceux qui insérèrent la plus grande quantité d'israiliyyat et les plus célèbres étaient Ka'b al-Ahbar, Wahb ibn Munabbih, 'Abd Allah ibn Salam et bien d'autres. En raison de cette activité, ces israiliyyat, récits et autres rapports devinrent l'une des sources de l'exégèse (Tafsir) pour les mufasssrun.
They asked us, who is the righteous servant that Musa met and requested to teach him. From here the story of Khidr arose. So whenever a story would reach them they would ask about it. So they asked about the boy the righteous servant had killed and the boat he had scuttled and about the village that did not entertain him. They inquired about the story of Musa and Shu'ayb and the size of Noah's ark etc. What answered these questions and satiated their greed for this kind of information was the Torah and its commentaries and exposition. And whatever fables were inserted which were transmitted to them by the Jews whether through good or bad intention, some Christians who had embraced Islam inserted certain stories and reports from the Bible but that was little compared to what the Jews had interpolated. In this manner the volume of stories and reports expanded greatly until it exceeded the reports of the transmitted tafsīr. Many books of tafsīr came to be loaded with huge amounts of israilyyat, stories and other reports. The ones who inserted the greatest amount of israilyyat and the most famous were Ka'b al-Ahbar, Wahb ibn Munabbih, 'Abd Allah ibn Salam and many others. Due to this activity these israilyyyat, stories and other reports became one of the sources of tafsīr for the mufasssrun.