5.1 Recherche experte (effort d’interprétation (Ijtihad))
5.1 Expert Research (ijtihād)
Linguistiquement, l'effort d’interprétation (Ijtihad) est l'effort maximal déployé par une personne pour réaliser une chose qui implique une certaine dose d'inconfort et de difficulté. Quant à la définition des savants de l'Usul, il s'agit spécifiquement du déploiement de ses énergies pour rechercher une opinion prépondérante (zann) concernant une question relative aux règles de la charia, d'une manière telle que l'interprète qualifié (Mujtahid) sent qu'il ne peut plus en fournir davantage.
Linguistically Ijtihād is the exertion of ones utmost effort to realise a matter which entails a measure of discomfort and difficulty. As for the definition of the Usuli scholars, it is specifically the expenditure of ones energies in seeking a preponderant opinion (zann) about a thing from the Sharī’ah rules in a manner the mujtahid feels unable to exert any more.
L'effort d’interprétation (Ijtihad) a été prouvé par le texte du hadith. Il a été rapporté que le Prophète ﷺ a dit à Abu Musa lorsqu'il l'a envoyé au Yémen :
Ijtihād has been proven by the text of the hadīth. It has been narrated about the Prophet that he said to Abu Musa when he sent him to Yemen:
« Jugez selon le Livre d'Allah (SWT) et si vous n'y trouvez pas (de solution), alors selon la sunna du Messager d'Allah ﷺ. Et si vous ne l'y trouvez pas, alors exercez votre propre effort d’interprétation (Ijtihad). »
“Judge by the book of Allah and if you do not find (solution there) then by the Sunnah of the Messenger of Allah. And if you do not find it there then exercise your own Ijtihād”
Et il a été rapporté à son sujet ﷺ qu'il a dit à Mu’az et Abu Musa al-Ash’ari, après les avoir envoyés au Yemen :
And it has been narrated about him that he said to Mu’az and Abu Musa al-Ash’ari having dispatched them to Yemen:
« Par quoi jugerez-vous ? » Ils dirent : « Si nous ne trouvons pas le statut légal (Hukm) dans le Kitab et la sunna, nous ferons une analogie entre deux questions. Ce qui sera le plus proche de la vérité, nous agirons selon cela. »
“By what will you judge?’ They said: If we do not find the hukm in the Kitab and the Sunnah we will make analogy between two issues. Whatever is closer to the truth we will act upon that”
Ce raisonnement par analogie (Qiyas) est un effort d’interprétation (Ijtihad) consistant à en déduire le statut légal (Hukm), et le Prophète ﷺ l'a accepté de leur part. Il a été rapporté à son sujet ﷺ qu'il a dit à Mu’az lorsqu'il l'a envoyé en tant que Wali (gouverneur) au Yémen :
This Analogy (qiyas) is Ijtihād by deriving the hukm and the Prophet accepted it from them. It has been reported about him that he said to Mu’az when he sent as Wali (governor) to Yemen:
« Par quoi jugerez-vous ? » Il répondit : Par le Livre d'Allah. Le Prophète ﷺ dit : Et si tu ne le trouves pas là-dedans ? Il répondit : Par la sunna du Messager d'Allah ﷺ. Il dit : Et si tu ne le trouves pas ? Il répondit : « Je ferai mon propre effort d’interprétation (Ijtihad) ». Il ﷺ dit : « Louange à Allah qui a fait que le messager du Messager d'Allah ﷺ soit en accord avec ce qu'Allah et Son Messager ﷺ aiment ».
“By what will you pass Judgement ?’ He said: By the Book of Allah. The Prophet said: If you do not find it there ? He said: By the sunnah of the Messenger of Allah . He said: And if you do not find it ? He said: ‘I will exercise my own Ijtihād’ He said: ‘Praise be to Allah who has made the messenger of the Messeneger of Allah to accord with what Allah and His Messenger loves”
Ceci est clair dans l'acceptation par le Prophète ﷺ de l'intention de Mu’az de pratiquer l'effort d’interprétation (Ijtihad), et nul ne conteste la légalité de l'effort d’interprétation (Ijtihad). De plus, un consensus (Ijma’) des compagnons (Sahabah) a eu lieu sur la question de juger selon une opinion qui a été déduite des preuves de la charia, c'est-à-dire qu'ils se sont accordés sur l'usage de l'effort d’interprétation (Ijtihad) pour tout incident qui survient pour lequel aucun texte (clair) n'a été trouvé. Et c'est ce qui nous est parvenu par des rapports successifs (tawatur) dont il n'y a aucun doute. L'un de ces rapports est la parole d'Abu Bakr lorsqu'il fut interrogé sur la Kalala. Il dit : « Je parlerai à ce sujet selon mon opinion. Si elle est correcte, elle vient d'Allah (SWT). Si elle est une erreur, elle vient de moi et du diable (Shaytan), et Allah (SWT) n'y est pour rien. La Kalala est celui qui n'a laissé ni enfants ni parents. » Sa déclaration : « Je parlerai à ce sujet selon mon opinion » ne signifie pas que cette opinion vient de lui. Cela signifie plutôt : je dirai selon ce que je comprends de l'expression « Kalala » dans le verset. La Kalala, dans la langue arabe, s'applique à trois types de personnes : celui qui n'a pas laissé d'enfant ou de parent, celui qui n'a ni fils ni père parmi ses descendants, et les parents autres que la lignée de l'enfant ou du père. Alors, lequel de ces sens s'appliquerait au mot kalala dans le verset ? Abu Bakr comprit qu'il avait l'un de ces sens dans Sa parole (SWT) :
This is clear in the Prophet’s acceptance of Mu’az’s intention to practise Ijtihād and there is no one who disputes the legality of Ijtihād. Furthermore, an ijma’ (consensus) of the Sahabah took place on the issue of judging by an opinion which has been deduced from the Sharī’ah evidence i.e, they have agreed on the use of Ijtihād on any incident that takes place for which no (clear) text has been found. And this is what has reached us in successive reports (tawatur) in which there is no doubt. One such report is the saying of Abu Bakr when he was asked about the Kalala. He said: ‘I will speak about it according to my opinion. If it is correct then it is from Allah . If it is a mistake then it is from me and from Shaytan and Allah has nothing to do with it. Kalala is the one who has no children or parents left.’ His statement: ‘I will speak about it according to my opinion’ does not mean this opinion is from him. Rather it means I will say according to what I understand from the expression ‘Kalala’ in the verse. Kalala in the Arabic language applies to three people; the one who did not leave a child or parent or the one who does not have a son or a father from his descendants and the relatives from other than the direction of the child or father. So which of these meanings would apply to the word kalala in the verse ? Abu Bakr understood it to have one of those meanings in His saying:
« Si l'homme ou la femme dont l'héritage est en question n'a laissé ni ascendants ni descendants » [TMQ Nisā’: 12]
“If the man or woman whose in hereitence is in question has left niether ascendents or descendents” [TMQ Nisā’: 12]
Kalala est l'attribut (khabar) du verbe « être » (kana), c'est-à-dire si l'homme ne laisse ni ascendants ni descendants pour l'hériter après lui. Il a probablement compris cela également à partir du deuxième verset :
Kalala is the predicate (khabar) of the verb ‘to be’ (kana) i.e, if the man leaves no ascendents or descendents to inherit after him. He probably understood this also from the second verse:
« Dis : "Allah prescrit au sujet d'al-Kalala (ceux qui ne laissent ni descendants ni ascendants comme héritiers). S'il s'agit d'un homme qui meurt sans laisser d'enfant" »
“Say: “ Allah directs (thus) about al-Kalala (those who leave niether descendents nor ascendents as heirs). If it is a man that dies leaving no child”
Et également d'après le hadith qui a été rapporté concernant la cause de verset :
And also from the hadīth which has been reported about the cause of the verse:
« Dis : "Allah ordonne ainsi." » [TMQ Nisā’: 176]
“Say: “ Allah directs (thus).” [TMQ Nisā’: 176]
Il a été rapporté que le Messager ﷺ a rendu visite à Jabir ibn ‘Abd Allah qui était malade. Il a dit : « Je ne laisse ni ascendants ni descendants. Que ferai-je de ma richesse ? » Ainsi le verset :
It has been reported that the Messenger visited Jabir ibn ‘Abd Allah who was ill. He said: I leave no ascendents or descendants. What shall I do with my wealth? Thus the verse:
« Si c'est un homme qui meurt » [TMQ Nisā’: 176]
“If it is a man that dies” [TMQ Nisā’: 176]
a été révélé en réponse à la question de Jabir. Cette opinion qu'Abu Bakr a énoncée est un effort d’interprétation (Ijtihad) et elle ne provient pas de lui-même. De plus, à partir de cet effort d’interprétation (Ijtihad), Abu Bakr a inclus la mère de la mère dans l'héritage à l'exclusion de la grand-mère paternelle. Certains des auxiliaires (Ansar) lui dirent :
was revealed in response to the question of Jabir. This opinion which Abu Bakr stated is an Ijtihād and it does not emanate from himself. Also from this Ijtihād Abu Bakr included the mothers mother in the inheritance to the exclusion of the father’s mother. Some of the Ansar said to him:
« Tu donnes un héritage à une femme de la part d'une personne décédée qui n'aurait pas hérité d'elle si elle était morte. Pourtant, tu as ignoré une femme qui, si elle était morte, il aurait hérité de tout ce qu'elle a laissé derrière elle. »
‘You give inheritance to a woman from a deceased person who would not inherit from her if she died. Yet you ignored a woman, who if she had died, he would have inherited everything she left behind.’
Ainsi, Abu Bakr a donné des parts égales aux deux grands-mères dans l'héritage. Abu Bakr avait également l'habitude de faire des cadeaux égaux aux Musulmans. ‘Umar lui dit à ce sujet :
So Abu Bakr gave both grandmothers equal shares in the inheritance. Abu Bakr also used to give equal gifts to the Muslims. ‘Umar said to him concerning this matter:
« ne mettez pas sur un pied d'égalité ceux qui ont émigré pour le Prophète ﷺ en laissant derrière eux leurs foyers et leurs richesses avec ceux qui ont embrassé l'Islam sous la contrainte. »
‘do not put those who emigrated for the Prophet and left their homes and wealth behind on an equal footing with those who embraced Islam under duress.’
Abu Bakr a répondu :
Abu Bakr answered:
« Ils ont embrassé l'Islam pour l'amour d'Allah (SWT), et la Dunya n'est rien d'autre qu'un message (Balagh). »
‘They embraced Islam for the sake of Allah , and the Dunya is nothing but a message (Balagh).’
De même, ‘Umar a dit :
Likewise ‘Umar said:
« Je juge concernant le grand-père paternel (le père du père) selon mon opinion et je l'états selon mon opinion, c'est-à-dire selon sa compréhension des textes. »
‘I judge concerning the paternal grandfather (father’s father) by my opinion and state concerning it according to my opinion. i.e. according to his understanding of the texts’
À l'époque du règne de ‘Umar , une femme décéda en laissant derrière elle un mari, une mère, deux frères utérins et deux frères paternels. ‘Umar pensa d'abord que les frères utérins devaient avoir le tiers comme droit, mais cela ne laissait rien aux frères paternels. Les frères paternels s'approchèrent de ‘Umar et lui dirent :
n the time of ‘Umars rule a woman passed away leaving behind a husband, mother, two maternal brothers and two paternal fathers. ‘Umar first thought that the maternal brothers should have the third as their right, but this left nothing to the paternal brothers. The paternal brothers approached ‘Umar and said to him:
« Supposons que notre père ne soit qu'un âne (dans d'autres narrations, une pierre) – ne sommes-nous pas toujours issus de la même mère ? »
‘Assume that our father is but a donkey (in other narrations, a stone) – are we still not of one mother?’
Ainsi, ‘Umar changea d'avis et accorda à tous les frères des parts égales dans le tiers, en dépit du fait que les compagnons (Sahabah) avaient jugé différemment. Ils avaient attribué au mari la moitié de l'héritage, un sixième de l'héritage était donné à la mère comme cela était décrété dans le texte, et le dernier tiers était donné aux frères utérins comme cela était également déterminé dans le texte, ne laissant ainsi rien pour les frères paternels. ‘Umar comprit que les frères utérins étaient les frères de l'homme du côté de sa mère, mais cela ne s'appliquait pas seulement aux frères utérins mais aussi aux frères paternels. La mère était le facteur commun entre eux tous, de sorte que lorsqu'il n'avait rien été laissé aux frères paternels, leur droit portait sur ce qu'ils méritaient de la part des frères utérins. Le reste des compagnons (Sahabah) voyait les choses différemment ; ils comprirent le texte et firent leur propre effort d’interprétation (Ijtihad). Considérez également le cas où un musulman, nommé Samrah, prit à un marchand juif une dixième portion d'alcool (selon les coutumes), l'embouteilla puis la vendit. Ainsi ‘Umar dit
So ‘Umar changed his mind and gave all the brothers equal shares in the third, in spite of the fact the Sahabah had judged differently. They had given the husband one half of the inheritance, one sixth of the inheritance was given to the mother as decreed in the text, and the final third was given to the maternal brothers as also determined in the text, thus leaving nothing for the paternal brothers. ‘Umar understood that the maternal brothers were brothers of the man from his mother’s side, but this applied not just to the maternal brothers but also to the paternal brothers. The mother was the common factor between them all, so when nothing had been left to the paternal brothers, their right was of what they deserved from the maternal brothers. The rest of the Sahabah saw it differently; they understood the text and made their own Ijtihād. Consider also the case when a Muslim, named Samrah took from a Jewish merchant a tenth portion of alcohol (as customs), bottled it and then sold it. So ‘Umar said
« Puisse Allah (SWT) combattre Samrah. Ne sait-il pas que le Prophète ﷺ a dit : "Qu'Allah (SWT) maudisse les Juifs. Le gras leur a été rendu illicite (Haram), alors ils l'ont orné et l'ont vendu." »
“May Allah fight Samrah. Does he not know that the Prophet said: ‘May Allah curse the Jews. The fat was made Haram upon them, so they ornamented it and sold it.’”
Dans ce cas, ‘Umar a établi une analogie entre l'alcool et la graisse, et que son interdiction signifiait l'interdiction de son prix de vente. Un autre exemple d’effort d’interprétation (Ijtihad) est ce qu’‘Ali a dit concernant la peine légale (Hudud) pour le crime de consommation d'alcool. Il a dit :
In this case, ‘Umar made the analogy between the alcohol and the fat, and that prohibition of it meant prohibition of its selling price. A further example of Ijtihād is what ‘Ali said regarding punishment (Hadd) for the crime of drinking alcohol. He said:
« Quiconque en boira tiendra des propos insensés, et celui qui l'a fait inventera des mensonges, je considère donc qu'il doit être puni comme l'inventeur de mensonges. »
‘Whoever drinks it will speak nonsense, and who did so would fabricate lies, so I see that he must be punished like the fabricator of lies.’
Tout comme ‘Umar dans l'exemple précédent, ‘Ali a établi une analogie entre le fait de boire et la fabrication de mensonges car il a compris de la Shar’a que ce qui est susceptible de se produire est traité de la même manière que ce qui se produit. Cela s'apparente au moment où la Shar’a a traité le sommeil de la même manière que l'impureté rituelle, et l'acte de rapport sexuel dans l'exigence de l'Iddah (période légale qu'une femme observe après un divorce avant de se remarier) de la même manière que si l'utérus était devenu occupé (enceinte). Tous ceux-ci sont des exemples d'effort d’interprétation (Ijtihad) par les compagnons (Sahabah) et le consensus (Ijma’) des compagnons (Sahabah) sur la question de l'effort d’interprétation (Ijtihad).
Like ‘Umar in the previous example, ‘Ali made an analogy between drinking and fabrication of lies because he understood from Shar’a that which is likely to happen is treated the same as that which happens. This is like when the Shar’a treated sleeping the same as ritual impurity, and the act of sexual intercourse in requiring the Iddah (legal period a woman waits after divorce for marriage) the same as if the womb had become engaged (pregnant). All these are examples of Ijtihād by the Sahabah and Ijma’a as-Sahaba on the issue of Ijtihād.
L'application d'un statut légal (Hukm) à des questions qui y sont classées n'est pas considérée comme un effort d’interprétation (Ijtihad), mais seulement comme la compréhension de la règle de la charia. Puisque l'effort d’interprétation (Ijtihad) est l'inférence d'un statut légal (Hukm) à partir du texte, que ce soit par sa formulation (mantooq), sa compréhension (mafhoom) ou son indication (dalalah).
The application of a hukm on issues which are classified under it is not considered Ijtihād rather but only as the comprehension of the Sharī’ah rule. Since Ijtihād is the inference of a hukm from the text whether from its wording (mantooq), understanding (mafhoom), from its indication (dalalah)
ou de la cause juridique (‘Illah) qui a été mentionnée dans le texte. Que l'inférence soit une inférence d'un statut légal global (hukm kulli) à partir d'une preuve globale (dalīl kulli) ; par exemple, l'inférence qu'une peine doit être imposée au voleur puisque le Législateur a fait de la coupe de la main une peine légale (Hudud) pour le vol. Ou l'inférence pourrait être celle d'un statut légal partiel (hukm juz’i) à partir d'une preuve partielle (dalīl juz’i) ; tel que la déduction du statut légal (Hukm) de l'embauche puisque le Prophète Muhammad ﷺ
or from the ‘illah which has been mentioned in the text. Whether the inference was an inference of a comprehensive hukm (hukm kulli) from a comprehensive evidence (dalīl kulli); for example, the inference that a punishment should be imposed on the thief since the legislator made the cutting of the hand a hadd punishment for theft. Or the inference could be of a partial hukm (hukm juz’i) from a partial evidence (dalīl juz’i); such as the deduction of the hukm of hiring since the Prophet PBUH
« (Le Prophète ﷺ) a engagé un travailleur de Bani al-Du’l comme guide expérimenté » [Rapporté par Bukhari] Et de Sa parole :
“(The Prophet PBUH) Hired a worker from Bani al-Du’l as an experienced guide” [Reported by Bukhari] And from His saying:
« Puis, s'ils allaitent les enfants pour vous, donnez-leur leur dû. » [TMQ Talaaq: 6]
“Then if they give suck to the children for you, give them their due payment” [TMQ Talaaq: 6]
Ou comme l'inférence du statut légal (Hukm) de verser au travailleur son salaire après qu'il a terminé son travail, en raison de la parole du Prophète ﷺ :
Or like the inference of the hukm of giving the worker his wage after he has finished his work due to the Prophet’s saying:
« Donnez l'ouvrier son salaire avant que sa sueur ne sèche » [Reported by Ibn Majah on Behalf of Abdullah Ibn Umar]
“Give the worker his wage before his sweat dries” [Reported by Ibn Majah on Behalf of Abdullah Ibn Umar]
C'est une preuve (Daleel) partielle pour un statut légal (Hukm) partiel. Ainsi, cette déduction d'un statut légal (Hukm) global à partir d'une preuve (Daleel) globale et la déduction d'un statut légal (Hukm) partiel à partir d'une preuve (Daleel) partielle, tout cela est considéré comme un effort d’interprétation (Ijtihad) car il s'agit d'adopter un statut légal (Hukm) à partir d'une preuve (Daleel), que le statut légal (Hukm) soit général, extrait d'une preuve (Daleel) générale, ou que le statut légal (Hukm) soit spécifique, extrait d'une preuve (Daleel) spécifique. Tout cela constitue le fait de déployer ses efforts les plus intenses pour comprendre le statut légal (Hukm) à partir de la preuve (Daleel). Quant à l'application du statut légal (Hukm) à de nouvelles questions qui entrent dans son sens ou qui sont classées parmi ses composantes, cela n'est pas considéré comme un effort d’interprétation (Ijtihad). Par exemple, Allah a interdit la charogne. Lorsqu'une vache est tuée en lui portant un coup sur la tête jusqu'à ce qu'elle meure, sa viande ne peut être consommée car elle est morte en tant que charogne et n'a pas été abattue légalement, et la chair de la charogne est illicite (Haram). Et le statut légal (Hukm) de la viande en conserve, provenant de la vache qui n'a pas été abattue légalement, est que son manger et sa vente sont illicites (Haram) dans la charia. Ce statut légal (Hukm) n'a pas été déduit ; il est plutôt classé sous le mot « charogne ». Par exemple, les animaux abattus par les Druzes ne sont pas consommés car ils n'ont pas été abattus par un musulman ou par une personne parmi les gens du Livre. Ainsi, ce statut légal (Hukm), c'est-à-dire l'interdiction de manger l'animal abattu par les Druzes, n'a pas été déduit. Plutôt, un statut légal (Hukm) déjà connu lui a été appliqué, qui est l'interdiction de manger les animaux abattus par les mécréants qui ne sont pas parmi les gens du Livre. Par exemple, la permission pour une femme d'être membre du majlis al-Shura est une règle de la charia. Ce statut légal (Hukm) n'a pas été déduit ; c'est plutôt le statut légal (Hukm) de la Wikala (représentation) qui lui a été appliqué. L'appartenance au majlis al-shura est la représentation d'une opinion. Il est permis à la femme de déléguer d'autres personnes pour présenter des opinions et elle peut représenter les autres dans leur opinion. Par exemple, la Zakah n'est donnée à personne d'autre qu'à celui qui est pauvre et dont la pauvreté est établie par des indications spéculatives pour lesquelles une preuve (Daleel) a été fournie pour sa considération licite. Le statut légal (Hukm) n'est pas rendu sans la déclaration d'une personne juste (‘adl) et sa fiabilité (‘adala) est connue par (le moins de) doute. Et de même, quelqu'un effectuant des recherches pour trouver la direction de la prière (Qiblah) jusqu'à ce que la direction de la prière (Qiblah) soit connue après l'enquête, et d'autres exemples de ce type. Toutes ces questions ne sont pas atteintes par voie d'effort d’interprétation (Ijtihad), qui est l'inférence de règles à partir des preuves de la charia, mais par la voie de l'application des règles sur les questions détaillées (juz’iyyat) ou par la compréhension des questions détaillées et l'application des règles sur celles-ci. Cette pratique relève du domaine de la magistrature (qadā’) et ne relève pas de l'effort d’interprétation (Ijtihad). Cette pratique n'est pas considérée comme un effort d’interprétation (Ijtihad) car elle ne détermine pas une règle spécifique de la charia, mais applique seulement une règle de la charia sur un incident qui a déjà été décidé et compris ; lorsqu'un autre incident de type similaire se produit, la règle lui est appliquée de manière similaire à l'incident initial, et ainsi elle n'est pas considérée comme un effort d’interprétation (Ijtihad). Les règles de la charia nécessitent une application après les avoir comprises à partir de la preuve (Daleel) et non par l'effort d’interprétation (Ijtihad), ce qui est contraire aux textes de la charia qui exigent l'effort d’interprétation (Ijtihad) afin d'adopter le statut légal (Hukm) de la charia. Par conséquent,
« L'effort d’interprétation (Ijtihad) légitime est l'effort maximal déployé pour comprendre les textes de la charia afin d'en déduire la règle. Il ne s'agit pas de l'effort maximal déployé pour appliquer les règles de la charia aux questions qui sont classées sous celle-ci. »
“The legitimate Ijtihād is exertion of ones utmost to understand the Sharī’ah texts in order to deduce the ruling from it. It is not the exertion of ones utmost in applying the Sharī’ah rules on the issues that are classified under it.”
Les textes de la charia islamique exigent que les musulmans accomplissent l'effort d’interprétation (Ijtihad). Cela est dû au fait que les textes de la charia ne sont pas venus de manière détaillée mais sont venus sous une forme ambivalente (mujmal), applicable à tous les incidents impliquant l'humanité. Les comprendre et en déduire le statut légal (Hukm) d'Allah (SWT) nécessite de déployer des efforts pour adopter le statut légal (Hukm) islamique (Shar’i) pour chaque incident. Même les textes qui sont venus de manière élaborée et traitent de détails sont, en fait, généraux (‘amm) et ambivalents (mujmal). Par exemple, les versets sur l'héritage sont venus de manière elucidative et traitent de détails minutieux, malgré le fait qu'en termes de règles partielles, ils nécessitent toujours une compréhension et une déduction dans de nombreuses questions, telles que la question de la kalala et les questions de déshéritage (hajab). Tous les interprètes qualifiés (Mujtahideen) soutiennent l'avis que l'enfant mâle ou femelle a la priorité en matière d'héritage sur les frères du défunt parce que le mot ‘walad’ (enfant) se réfère aux enfants des deux sexes. Ibn 'Abbas soutient l'avis que la fille n'a pas un tel rôle parce que le mot 'Walad' se réfère uniquement à un mâle. Cela montre que même les textes qui traitent diverses questions en détail sont venus de manière ambivalente (mujmal), et que la compréhension et la déduction d'un statut légal (Hukm) à partir d'eux nécessitent l'effort d’interprétation (Ijtihad). Cependant, ces textes qui traitent de détails nécessitent une application aux incidents nouveaux. Cette application n'est toutefois pas ce qui est entendu par l'effort d’interprétation (Ijtihad). Ce qui est visé est l'inférence d'un statut légal (Hukm) à partir de leur caractère ambivalent/équivoque (mujmaliha) ; même s'ils traitent de détails, ils sont généraux (‘amm) et ambivalents/équivoques (mujmal) et ils sont les textes législatifs. La nature des textes législatifs est d'être généraux et ambivalents/équivoques (mujmal) même s'ils approfondissent les détails. Les textes de la charia, qu'ils proviennent du Coran ou de la sunna, sont les meilleurs textes législatifs pour le domaine de la pensée, les plus larges en portée pour la généralisation, et le terrain le plus fertile pour cultiver des principes généraux. Et elles seules sont appropriées en tant que textes législatifs pour tous les peuples et toutes les nations. Quant au fait d'être les meilleurs textes pour le domaine de la réflexion, cela est observable par la manière dont ils englobent tous les types de relations. En effet, les relations de tous types, qu'il s'agisse de relations entre individus, de relations entre l'État et les citoyens, ou de relations entre États, peuples et nations. Aussi nouvelles et multifacettes que ces relations puissent être, la réflexion est capable d'en déduire des statuts légaux (Hukm) à partir de ces textes islamiques (Shar’i). Par conséquent, ils sont les meilleurs textes pour le domaine de la réflexion parmi tous les textes législatifs. Quant au fait de posséder la meilleure portée de généralisation, cela est clair à travers ses phrases, ses mots et son style de formulation (expressions) en termes de son englobement du texte explicite (mantuq), de la compréhension implicite (mafhum), du sens (dalāla) et de la justification (ta’leel) ainsi que de l'analogie à la cause juridique (Illah), ce qui rend l'inférence pour chaque action réalisable, permanente et inclusive. Cela garantit qu'elle est capable de tout englober, étant complète et générale. Quant au fait d'être le terrain le plus fertile pour cultiver des principes généraux, cela est apparent par l'abondance des sens généraux que ces textes contiennent et par la nature de ces sens généraux. C'est parce que le Coran et le hadith sont venus selon des lignes larges, même lorsqu'ils abordent des détails. La nature de ces lignes larges est qu'elles donnent au Kitab et à la sunna des sens généraux sous lesquels des questions générales et spécifiques peuvent être classées. Et c'est de là que provient l'abondance des sens généraux. De plus, ces sens généraux contiennent des questions réelles et perceptibles et non des questions hypothétiques qui auraient été atteintes de manière théorique ou logique. Et en même temps, ils sont là pour résoudre les problèmes de l'homme et non seulement pour des individus spécifiques, c'est-à-dire pour clarifier le statut légal (Hukm) de l'action des êtres humains, quelle que soit la manifestation instinctive qui puisse les avoir poussés à cette action. C'est pourquoi elles s'appliquent à des significations diverses et à de nombreux statuts légaux (Hukm). Ainsi, les textes de la charia sont le terrain le plus fertile pour produire les principes généraux (qawaid ‘Aammah).
« Si un juge rend un jugement et fait un effort d’interprétation (Ijtihad) et qu'il a raison, alors il aura deux récompenses. Et s'il commet une erreur, il en aura une seule. » [Rapporté par Bukhari & Muslim]
“If a judge passes judgment and makes Ijtihād and he is right then he will have two rewards. And if he makes a mistake he will have one.” [Reported by Bukhari & Muslim
Les compagnons (Sahabah) ont formé un consensus (Ijma’) selon lequel le péché est levé pour les Mujtahid dans les règles de la charia en ce qui concerne les questions jurisprudentielles spéculatives. Quant aux questions définitives, telles que l'obligation des actes d'adoration, l'interdiction de la fornication et du meurtre, il n'y a ni effort d’interprétation (Ijtihad) ni dispute à leur sujet. C'est pourquoi les compagnons (Sahabah) ont divergé sur les questions spéculatives et non sur les questions définitives.
The Sahabah formed an ijma’ (consensus) that the sin is taken off from the Mujtahiddin in the Sharī’ah rules in terms of the speculative fiqhi (jurisprudential) issues. As for the definite issues such as the obligation of the worships, prohibition of fornication and murder there is no Ijtihād or dispute with respect to them. That is why the Sahabah disagreed on the speculative issues and not on the definite issues.
L'interprète qualifié (Mujtahid) dans les questions spéculatives est dans le vrai dans ce qu'il a atteint par son effort d’interprétation (Ijtihad), même s'il est susceptible de commettre une erreur dans son avis. Cependant, être dans le vrai ne signifie pas qu'il a atteint la cible véritable, car cela ne concorde pas avec la réalité d'une règle spéculative puisque le Messager de Allah ﷺ l'a qualifié de *mukhti’* (celui qui a commis une erreur). Plutôt, ce que l'on entend par dire que l'interprète qualifié (Mujtahid) a raison se fait selon des termes qui n'excluent pas l'erreur, et non selon les termes de l'atteinte de la cible véritable (*isaba*) qui est l'opposé de l'erreur. Ainsi, décrire quelqu'un qui commet une erreur dans l'effort d’interprétation (Ijtihad) comme étant dans le vrai (*musib*) signifie que le texte récompense l'interprète qualifié (Mujtahid) même lorsqu'il commet une erreur, et non dans le sens où il n'a pas commis d'erreur. Par conséquent, tout interprète qualifié (Mujtahid) est dans le vrai selon ce qu'il pense être juste, ce qui n'exclut pas l'erreur. C'est en termes de bien faire et non en termes d'atteindre la cible véritable.
The mujtahid in the speculative issues is correct in what he has arrived at by his Ijtihād even if he is liable to make a mistake in his opinion. However, being correct does not mean that he has hit the true target because this does not agree with the reality of a speculative rule since the Messenger called him a mukhti’ (one who has made a mistake). Rather what is meant by saying that the mujtahid is right is in terms that do not rule out a mistake and not in terms of hitting the true target (isaba) which is the opposite of mistake. So describing someone who makes a mistake in Ijtihād as right (musib) is in the meaning that the text rewards the mujtahid even when he makes a mistake and not in the sense that he did not make a mistake. Therefore, every mujtahid is right according to what he thinks is right which does not rule out mistake. It is in terms of getting it right and not in terms of hitting the true target.