36. Les fondements de la jurisprudence (Usul al-Fiqh)
36. Usul Al-fiqh
Sur le plan linguistique, le terme « ‘asl » désigne ce sur quoi l'on construit, incluant à la fois la construction matérielle, comme la construction de murs sur une fondation, et la construction rationnelle, comme la construction (analogique) d'une règle [ma’lūl] sur une cause juridique [‘Illah] ou d'une règle [madlūl] sur une preuve (Daleel). Ainsi, les fondements de la jurisprudence (Usul al-Fiqh) sont les principes [qawā’id] sur lesquels la jurisprudence islamique (Fiqh) est bâtie.
Linguistically ‘asl’ refers to that which is constructed upon, inclusive of both material construction, like the construction of walls upon a foundation, and rational construction, like the (analogical) construction of a ruling [ma’lūl] upon an effective cause [‘illah] or of a ruling [madlūl] upon an evidence [dalīl]. Thus usūl al-fiqh is the principles [qawā’id] upon which fiqh is built.
Quant à la jurisprudence islamique (Fiqh), elle désigne linguistiquement la compréhension [fahm], comme dans la parole d'Allah :
As for fiqh, linguistically it refers to understanding [fahm], as in the saying of Allah:
« Nous ne comprenons pas beaucoup de ce que vous dites... » [Hud: 91], et dans la terminologie des savants, la jurisprudence islamique (Fiqh) est la connaissance des règles pratiques de la charia (qui sont) dérivées des preuves détaillées. L'intention ici de la « connaissance des règles » concernant le savant [‘ālim] n'est pas la simple connaissance, mais plutôt l'atteinte de la maîtrise des ahkām islamiques (Shar’i), c'est-à-dire que cette connaissance et sa compréhension profonde atteignent un degré tel qu'elles confèrent à la personne qui connaît ces ahkām une maîtrise sur eux. L'acquisition d'une telle maîtrise suffit pour qu'une personne soit considérée comme un juriste (Faqih), même si elle ne connaît pas tous les ahkām. Cependant, il est nécessaire de connaître un ensemble de règles juridiques branches par la délibération [nadhar] et la déduction/mise en preuve [istidlāl] ; connaître une ou deux règles n'est pas appelé jurisprudence islamique (Fiqh). De même, la connaissance de la formation de différents types de preuves en démonstrations n'est pas appelée jurisprudence islamique (Fiqh). Le mot jurisprudence islamique (Fiqh) se réfère donc à l'ensemble des règles pratiques branches, dérivées des preuves détaillées. Ainsi, lorsqu'on dit que « ceci est un livre de jurisprudence islamique (Fiqh) », cela signifie que ce livre contient des règles pratiques branches ; lorsque la jurisprudence islamique (Fiqh) est mentionnée, l'intention est un ensemble de décisions pratiques branches. Il est important de noter que cela est exclusif aux règles pratiques, car selon la définition conventionnelle, les règles relatives à la croyance [ahkām al-i’tiqādi] ne font pas partie de la jurisprudence islamique (Fiqh), car la jurisprudence islamique (Fiqh) est particulière aux ahkām pratiques branches, c'est-à-dire les règles qui établissent les actions, et non les croyances.
“We do not understand much of what you say…” [Hud: 91], and in the terminology of the legal scholars ‘fiqh’ is the knowledge of the practical shari’ah rules (which are) derived from the detailed evidences. The intent here of ‘knowledge of the rules’ with regards to the scholar [‘ālim] is not mere knowledge, rather it is the attainment of mastery of the shar’i ahkām, that is, that this knowledge and deep understanding of it reaches to the extent that it gives the person who knows these ahkām a mastery over them. Acquiring such a mastery suffices one to be considered a faqīh, even if he does not know all the ahkām. However it is necessary to know a collection of the branchial legal rulings through deliberation [nadhar] and deduction/evidencing [istidlāl]; knowing one or two rules is not called fiqh. Nor is knowledge of forming different types of evidences into proofs called fiqh. The word fiqh then is refers to the collection of the practical branchial rules, derived from the detailed evidences. Thus when it is said that ‘this is a book of fiqh’, it means that this book contains branchial practical rules; when fiqh is mentioned, the intent is a collection of practical branchial rulings. Importantly this is exclusive to the practical rules, because by the conventional definition, rules to do with belief [ahkām al-i’tiqādi] are not part of fiqh, because fiqh is particular to the branchial practical ahkām, that is, the rules which establish the actions, not beliefs.
Par conséquent, le sens de l'usūl al-fiqh (fondements de la jurisprudence) est les principes [qawā’id] sur lesquels repose l'acquisition de la maîtrise des règles pratiques (dérivées) des preuves (Daleel) détaillées. Ainsi, l'usūl al-fiqh (fondements de la jurisprudence) est défini conventionnellement comme la connaissance des principes par lesquels la dérivation [istinbāt] des statuts légaux (Hukm) islamiques (Shar’i) à partir des preuves (Daleel) détaillées est atteinte ; et ces principes eux-mêmes sont également nommés usūl al-fiqh (fondements de la jurisprudence). Un livre d'usūl al-fiqh (fondements de la jurisprudence) est un livre qui contient ces principes. L'étude de l'usūl al-fiqh (fondements de la jurisprudence) est une étude des principes et des preuves (Daleel), c'est-à-dire du statut légal (Hukm), des sources du statut légal (Hukm), et de la méthodologie de dérivation du statut légal (Hukm) à partir de ces sources. L'usūl al-fiqh (fondements de la jurisprudence) inclut les preuves générales [adillah ijmāliyyah] et les manières dont celles-ci indiquent les règles islamiques (Shar’i), car il inclut, de manière générale, l'état de celui qui effectue la déduction [mustadil] ; c'est-à-dire (il inclut) la connaissance de l'effort d’interprétation (Ijtihad). Il inclut également la méthodologie de dérivation : la mise en balance [ta’ādul] et la préférence [tarjīh] entre les preuves (Daleel). En effet, l'effort d’interprétation (Ijtihad) et la préférence [tarjīh] dépendent de la connaissance des preuves (Daleel) et des manières dont celles-ci indiquent les statuts légaux (Hukm). Par conséquent, les preuves (Daleel) et la manière dont elles indiquent les statuts légaux (Hukm) sont les deux fondements de l'usūl al-fiqh (fondements de la jurisprudence), avec l'étude du statut légal (Hukm) lui-même et des questions qui s'y rapportent.
Therefore the meaning of usūl al-fiqh is the principles [qawā’id] upon which the acquisition of the mastery of the practical rules (derived) from the detailed evidences is built. Hence usūl al-fiqh is defined conventionally as the knowledge of the principles whereby the derivation [istinbāt] of the shar’i rulings from the detailed evidences is attained; and these principles themselves are also termed usūl al-fiqh. A book of usūl al fiqh is a book which contains these principles. The study of usūl al-fiqh is a study of the principles and of the evidences, that is, of the ruling [hukm], the sources of the ruling, and the methodology of deriving the ruling from these sources. Usūl al-fiqh includes the general evidences [adillah ijmāliyyah] and the ways in which these indicate upon the shar’i rules, as it includes, generally, the state of the one doing the deduction [mustadil]; that is, (it includes) the knowledge of ijtihād. It also includes the methodology of derivation: weighing [ta’ādul] and giving preference [tarjīh] between evidences. Indeed, ijtihād and tarjīh depend upon knowledge of the evidences and the ways in which these indicate upon the rulings. Therefore the evidences and the way in which they indicate upon the rulings are the two foundations of usūl al-fiqh, together with the study of the ruling itself and matters related to it.