Ce qui a aidé al-Shafi’i à établir la science de l'usul fut qu'il est apparu à une époque où la jurisprudence islamique (Fiqh) avait commencé à s'épanouir considérablement. Dans les terres islamiques, des groupes juridiques d'interprètes qualifiés (Mujtahidin) ont commencé à prendre forme et ils ont commencé à se constituer en mazhabs (écoles). Le débat entre les interprètes qualifiés (Mujtahidin) et les partisans des mazahibs a pris diverses perspectives en matière de jurisprudence islamique (Fiqh) et de preuves. Ainsi, il s'est plongé dans les débats avec ceux qui s'y engageaient ; ces discussions furent ce qui l'a guidé à réfléchir à des principes généraux et exhaustifs en tant que critères réglementaires devant constituer la base de l'étude et de l'inférence. Il a rassemblé ces principes en un corps de connaissances unique qui fut la science des fondements de la jurisprudence (Usul al-Fiqh). Ce qui est impressionnant dans l'usul d'al-Shafi’i, c'est qu'il aborde la discussion de l'usul d'une manière législative et non logique. L'un des plus grands dangers pour l'étude, et en fait pour le renouveau de la communauté (Ummah), particulièrement en jurisprudence islamique (Fiqh) et en usul, est la voie de la logique. Al-Shafi’i s'est clairement distancé de la voie de la logique et s'est attaché à la voie législative. Il ne s'intéressait pas aux méthodes théoriques ou aux suppositions. Il voulait réglementer des questions réelles et existantes, c'est-à-dire qu'il prenait les textes de la charia et s'arrêtait à la limite du texte et à la limite de la réalité que le texte indiquait et que les gens eux-mêmes avaient constatée. Concernant la question de l'abrogation (nasikh wal mansukh), il a établi les principes de l'abrogation à partir des questions qui, pour lui, avaient été prouvées comme contenant des abrogations, tirées de ce qui a été mentionné dans le verset (Ayah) ou le hadith lui-même, ou de l'indication (dalala) de l'abrogation, ou de ce qui a été rapporté concernant le Messager ﷺ en termes de hadith indiquant l'abrogation, ou de tout ce qui a été rapporté concernant les compagnons (Sahabah) du Messager d'Allah ﷺ en termes de rapports et de jugements. Pas comme beaucoup de ceux qui sont venus après lui qui, lorsqu'ils voyaient une contradiction entre deux versets (Ayah) ou hadiths, s'empressaient de dire que l'un avait abrogé l'autre, au point de commettre de terribles erreurs. Lorsque al-Shafi’i est arrivé avec un principe, il ne l'a pas tiré d'une prémisse logique (muqaddima mantiqiyya), mais il a plutôt montré les sources dont il l'avait extrait, soit d'un rapport concernant le Prophète ﷺ, soit des fatwas des compagnons (Sahabah). Son approche dans la dérivation de principes réglementaires (qawa’d dabita) était pratique, s'appuyant sur la réalité, les preuves et l'application de celles-ci sur des faits tangibles. L'aspect le plus saillant par lequel l'usul de Shafi'i se distingue est qu'il contient des principes généraux pour la déduction (istinbat) des règles, quelle que soit sa méthodologie spécifique. Au contraire, son usul est adapté à toute méthodologie, aussi différente puisse-t-elle être. Ainsi, c'est une mesure par laquelle on peut savoir quelles opinions sont correctes et lesquelles ne le sont pas. C'est une loi complète qui doit être respectée lors de la déduction de nouvelles règles, quelle que soit la méthodologie qu'une personne s'impose, afin de juger les opinions et de réguler l'inférence des règles par une loi globale. L'usul d'al-Shafi’i n'était pas destiné à être l'usul de son mazhab (école) uniquement, même si le mazhab s'y est attaché. Il n'a pas été écrit pour défendre son mazhab et clarifier son point de vue. Au contraire, il contient des principes généraux et exhaustifs pour l'istinbat (inférence). Le motif n'était pas une tendance vers un mazhab particulier, mais plutôt un désir de réguler les procédures de l'effort d’interprétation (Ijtihad) et de mettre en place des limites et des directives pour les interprètes qualifiés (Mujtahid). Il était sincère dans ses intentions et possédait la compréhension correcte lors de l'élaboration de la science des fondements de la jurisprudence (Usul al-Fiqh), influençant ainsi, sans exception, les interprètes qualifiés (Mujtahid) et les savants (Ulama) qui sont venus après al-Shafi’i, qu'ils s'opposent ou soutiennent ses opinions. Jusqu'à ce que, malgré leurs différentes tendances, ils se considèrent comme suivant la voie empruntée par al-Shafi’i, en ce qui concerne l'établissement de principes globaux (qawa’id kulliyya) et la progression en matière de jurisprudence islamique (Fiqh) et d'istinbat (déduction) de manière réglementée selon des lois exhaustives et des principes généraux. La jurisprudence islamique (Fiqh) après lui s'est fondée sur des bases établies et non plus comme un assemblage de fatwas et de jugements individuels (aqdiya) comme c'était le cas avant lui. Bien que tous les savants (Ulama) suivent les traces d'al-Shafi’i en ce qui concerne la notion d'usul al-Fiqh, la manière dont ils ont reçu ce qu'al-Shafi’i avait établi différait selon leurs différentes approches juridiques. Certains ont suivi ses opinions et ont commencé à les expliquer, à les développer et à en diverger, à l'instar des partisans d'al-Shafi’i lui-même. D'autres ont adopté la majeure partie de ce qu'al-Shafi’i avait apporté malgré leur désaccord sur certains détails de l'usul, mais non sur le corps même de l'usul. Car ils n'avaient pas de désaccords concernant le corps, le cadre et la direction de l'usul d'al-Shafi’i, comme les Hanafis et ceux qui ont suivi leur méthode. Et il y avait ceux qui divergeaient d'al-Shafi’i dans cet usul, comme les Zahiris et les Chiites. Ceux qui ont suivi al-Shafi’i dans ses opinions étaient les Hanbalis. Ils ont adopté l'usul d'al-Shafi’i bien qu'ils aient affirmé que le seul consensus (Ijma’) reconnu est celui des compagnons (Sahabah). Les Malikites qui sont venus après al-Shafi’i ont combiné leur méthodologie avec une grande partie de ce qui se trouvait dans l'usul d'al-Shafi’i, bien qu'ils aient pris la pratique des gens de Médine comme preuve et aient divergé de lui sur certains détails. Quant à ceux qui ont procédé selon sa méthode et ont embrassé ses opinions, ce sont les partisans de son mazhab qui furent très actifs dans la science de l'usul al-Fiqh et écrivirent abondamment sur le sujet. Des livres ont été écrits selon la méthodologie d'al-Shafi’i en usul al-fiqh, lesquels étaient, et sont toujours, les piliers et le soutien de cette science. Parmi les trois livres les plus importants connus pour avoir été écrits par les anciens : premièrement, le livre al-Mu’tamad d'Abu al Husayn Muhammad ibn al-Basri (mort en 413 A.H.), deuxièmement, le livre al-Burhan d'‘Abd al-Malik ibn’ Abd Allah al-Juwayni, communément connu sous le nom d'imam al-Harāmayn (mort en 478 A.H.), et troisièmement, le livre al-Mustasfa d'Abu Hamid al-Ghazali (mort en 505 A.H.). Après eux vint Abu al-Husayn ‘Ali, autrement connu sous le nom d'al-Amidi. Il a rassemblé les trois livres et les a développés dans son livre al-ihkam fi usul al-ahkām, qui fut l'une des œuvres les plus importantes écrites sur les fondements de la jurisprudence (Usul al-Fiqh) ; quant à ceux qui ont adopté la majeure partie de ce qu'al-Shafi’i a apporté tout en divergeant sur certains détails, ce sont les Hanafis. Cela s'explique par le fait que leur méthode d'istinbat (déduction) concordait avec les usul d'al-Shafi’i, bien que la manière dont ils abordaient la science de l'usul ait été influencée par les furu’ (branches de la jurisprudence islamique (Fiqh)). Ils ont étudié les principes de l'usul afin de soutenir les furu’. Ils ont donc fait des furu’ la base. Les principes généraux étaient fondés sur eux et conçus pour les soutenir. Peut-être que ce qui les a poussés vers cette approche est que leur étude de l'usul avait pour but de soutenir leur mazhab et non de produire des principes selon lesquels leur école devrait déduire des règles. Cela est dû au fait qu'Abu Hanifa, qui avait précédé al-Shafi’i, est mort l'année même de la naissance d'al-Shafi’i. Et ses déductions n'étaient pas conformes à des principes généraux et exhaustifs. De même, après lui vinrent ses étudiants Abu Yusuf, Muhammad et Zufar. Ils ne se sont pas souciés d'écrire sur les fondements de la jurisprudence (Usul al-Fiqh), mais il est revenu aux savants (Ulama) du mazhab hanafite par la suite de poursuivre la déduction de principes qui serviraient les furu’ du mazhab hanafite. Les principes sont venus après les furu’ et ne les ont pas précédés. Néanmoins, l'usul hanafi a été, dans l'ensemble, extrait de l'usul d'al-Shafi’i. Et ce sur quoi ils ont divergé avec les Shafi’is concernant le ‘aamm (général) étant qat’i (définitif) comme le khas (spécifique),
What helped al-Shafi’i to lay down the science of usul was that he came at a time when Islamic jurisprudence had started to greatly flourish. In the Islamic lands juristical groups of mujtahidin began to take shape and they began to form into mazhabs (schools). The debate between the Mujtahidin and the proponents of mazahibs took various perspectives in fiqh and the evidences. So he plunged into debates with those who engaged in the debate, these discussions were what guided him to think about general and comprehensive principles as regulatory criterions which should be the basis of study and inference. He brought together these principles as one body of knowledge which was the science of usul al-fiqh. The impressive thing about the usul of al-Shafi’i is that he proceeds in the discussion of usul in a legislative and not in a logical manner. One of the greatest dangers for study, in fact for the Ummah’s revival especially in fiqh and usul is the path of logic. Al-Shafi’i clearly distanced himself from the course of logic and adhered to the legislative course. He was not interested in theoretical methods or suppositions. He wanted to regulate real and existing issues i.e, he took the Sharī’ah texts and stopped at the limit of the text and at the limit of the reality which the text indicated and the people themselves witnessed. Regarding the issue of abrogation (nasikh wal mansukh), he established the principles of abrogation from the issues which, for him, had been proven to contain abrogations, taken from what has been mentioned in the ayah or hadīth itself, or from the indication (dalala) of abrogation, or what has been narrated about the Messenger in terms of hadīth which indicate abrogation or whatever has been reported about the Companions of the Messenger of Allah in terms of reports and judgements. Not like many who came after him when they saw a contradiction between two verses or ahadīth they immediately moved to say that one has abrogated the other, to the extent that they ended up making terrible blunders. When al-Shafi’i came with a principle he did not bring it from a logical premise (muqaddima mantiqiyya) rather he showed the sources from which he took it, either from a report about the Prophet or from legal verdicts (fatwas) of the Sahabah. His approach in deriving regulatory (qawa’d dabita) principles was a practical one in which he relied on the reality, the evidences, and on the application of those things on tangible facts. The most prominent aspect by which Shafi’is usul is distinguished is that it contains general principles for the deduction (istinbat) of rules, regardless of what his specific methodology was. Rather, his usul is suitable for any methodology however different it may be. Thus, it is a measure by which one can know which opinions are correct and which are not correct. It is a comprehensive law which must be adhered to when deducing new rules, whatever methodology a person may set himself, in order to judge opinions and regulate the inference of rules by a comprehensive law. The usul of al-Shafi’i was not intended to be an usul for his mazhab (school) only, even though the mazhab adhered to it. It was not written to defend his mazhab and clarify its viewpoint. Rather, it contains general and comprehensive principles for istinbat (inference). The motive was not a trend towards a particular mazhab but rather it was a desire to regulate the procedures of Ijtihād and put in place limits and guidelines for the mujtahidin. He was sincere in his intentions and he had the correct understanding when devising the science of usul al-fiqh, thereby influencing, without exception, those mujtahidin and ‘Ulamā that came after al-Shafi’i, whether they opposed or supported his opinions. Until, despite their different tendencies, they saw themselves proceeding according to the path al-Shafi’i had taken, in terms of setting out comprehensive principles (qawa’id kulliyya) and proceeding in fiqh and istinbat (inference) in a regulated manner according to comprehensive laws and general principles. Fiqh (Islamic jurisprudence) after him came to be based on established foundations not as an assortment of fatwas and individual judgements (aqdiya) as was the case before him. Even though all of the ‘Ulamā proceed in the footsteps of al-Shafi’i in terms of the notion of usul al-fiqh, however the way in which they received what al-Shafi’ had arrived at was different according to their different juristic approaches. Some followed his opinions and began to explain and expand on them and disagree with them, like the followers of al-Shafi’i himself. And some took the major part of what al-Shafi’i had brought despite their disagreement with certain details of usul and but not the actual body of usul. Since they had no disagreements in terms of the body, framework and course of al-Shafi’is usul, like the Hanafis and those who followed their method. And there were those who disagreed with al-Shafi’i in this usul, like the Zahiris and Shi’a. Those who followed al-Shafi’i in his opinions were the Hanbalis. They adopted the usul of al-Shafi’i even though they said the only (recognised) ijma’ (consensus) is that of the Sahabah. The Malikis who came after al-Shafi’i combined their methodology with much of what was in al-Shafi’i’s usul though they took the practise of the people of Madina as a proof and differed with him in certain details. As for those who proceeded according to his method and embraced his opinions they are the followers of his mazhab who were very active in the (study of) the science of usul al-fiqh and wrote prolifically about the subject. Books were written according to the methodology of al-Shafi’i in usul al-fiqh which were, and still are, the pillars and support of this science. Of the most important three books that are known to be written by the ancients: First, the book al-Mu’tamad of Abu al Husayn Muhammad ibn al-Basri (d.413 A.H.), Second, the book al-Burhan of ‘Abd al-Malik ibn’ Abd Allah al-Juwayni commonly known as imam al-Harāmayn (d.478 A.H.) and third, the book al-Mustasfa of Abu Hamid al-Ghazali (d.505 A.H). After them came Abu al-Husayn ‘Ali otherwise known as al-Amidi. He brought together all three books and expanded on them in his book al-ihkam fi usul al-ahkām, which was one of the most important works written on usul al-fiqh, as for those who adopted the major part of what al-Shafi’i brought and differed in some of the details, they are the Hanafis. That is because their method of istinbat (inference) agreed with the usul of al-Shafi’i though the way in which they approached the science of usul was influenced by the furu’ (branches of fiqh). They studied the principles of usul in order to support the furu’. So they made the furu’ the basis. The general principles were based on it and made to support it. Perhaps what pushed them towards this approach was that their study of usul was for the purpose of supporting their mazhab and not in order to produce principles according to which their school should deduce rules. That is because Abu Hanifa who had preceded al-Shafi’i, died the year in which al-Shafi’i was born. And his inferences were not according to general and comprehensive principles. Likewise after him came his students Abu Yusuf, Muhammad and Zufar. They did not concern themselves with writing about usul al-fiqh but it fell to the scholars of the Hanafi mazhab afterwards to pursue the inference of principles which would serve the furu’ of the Hanafi mazhab, The principles came later than the furu’ and did not precede it. Nevertheless, the Hanafi usul on the whole has been extracted from the usul of al-Shafi’i. And what they differed on with the Shafi’is in terms of the ‘aamm (general) being qat’i (definite) like the khas (specific),