Al-Fath (La Victoire)
Al-Fath (Victory)
Prologue
Prologue
Cette sourate appartient à la période médinoise. Elle a été révélée peu après la signature du traité de paix d'al-Hudaybiyah, en la sixième année du calendrier islamique. Elle commente les événements qui ont précédé la signature de ce traité important, et décrit également la situation dans laquelle se trouvait alors la communauté musulmane. Entre la révélation de cette sourate et la sourate 47, Muhammad ﷺ, qui la précède dans l'ordre coranique, s'est écoulé un intervalle de trois ans, marqué par des évolutions qui ont eu des effets profonds sur la vie de la communauté musulmane à Médine.
This surah belongs to the Madman period, revealed as it was shortly after the signing of the peace treaty at al-Hudaybiyah in year 6 of the Islamic calendar. It comments on the events leading to the momentous signing of this treaty as also describes the situation in which the Muslim community found itself at that time. Between the revelation of this surah and Surah 47, Muhammad, which precedes it in the Qur’anic order, there was a lapse of three years which witnessed developments that had far-reaching effects on the life of the Muslim community in Madlnah.
Ces évolutions ont impliqué des changements dans les attitudes de la communauté musulmane et de ses opposants, et des changements encore plus profonds dans le cadre psychologique et mental de la communauté musulmane. À cet égard, elle est devenue bien plus mûre dans sa compréhension et sa mise en pratique de la foi.
These involved changes in the attitudes of both the Muslim community and its opponents, and even greater changes in the Muslim community’s psychological and mental framework. In this respect, it became far more mature in its understanding and implementing of faith.
Avant de discuter de la sourate et de son message, il nous faut toutefois revenir sur l'événement majeur qu'a constitué la signature du traité de paix, afin de comprendre les circonstances qui prévalaient alors lorsque la communauté musulmane reçut cette nouvelle révélation.
Before we discuss the surah and its message, however, we need to review the major event that was the signing of the peace treaty so as to understand the circumstances then prevailing as the Muslim community received this new revelation.
Le Prophète ﷺ vit en rêve qu'il entrait dans la Mosquée sacrée de La Mecque avec ses Compagnons, certains d'entre eux ayant rasé leurs têtes et d'autres ayant les cheveux coupés court. Les mécréants de La Mecque les avaient empêchés d'entrer à La Mecque depuis leur émigration à Médine. Ils ne leur permirent même pas d'entrer pendant les quatre mois sacrés que tous les Arabes honoraient à l'époque préislamique, déposant leurs armes et considérant le combat durant ces périodes comme un énorme péché.
The Prophet saw himself in a dream entering the Sacred Mosque in Makkah together with his Companions, some of them having shaven their heads and some with their hair cut short. The unbelievers in Makkah had prevented them entry into Makkah since their migration to Madlnah. They did not even allow them entry during the four sacred months that all Arabs honoured in the pre-Islamic period, laying down their arms and regarding fighting during these times as a great enormity.
Entrer à La Mecque durant ces quatre mois était libre pour tous, dans une parfaite sécurité. Même les personnes impliquées dans des meurtres par vengeance se rencontraient en paix à ce moment-là. Un homme pouvait croiser le meurtrier de son père ou de son frère sans lever le petit doigt contre lui, ni tenter de l'empêcher d'entrer dans la Mosquée sacrée. Néanmoins, les idolâtres de La Mecque violèrent leurs traditions bien établies, empêchant le Prophète ﷺ et les musulmans d'entrer à La Mecque pendant les six années qui suivirent leur migration à Médine. Au cours de la sixième année, le Prophète ﷺ eut ce rêve et le rapporta à ses Compagnons, qui s'en réjouirent, sachant qu'un rêve d'un prophète se réaliserait certainement.
Entry into Makkah during these four months was free for all, in perfect safety. Even people involved in vengeance killings would meet in peace at this time. A man would come across the killer of his father or brother without raising a finger against him, or trying to prevent his entry into the Sacred Mosque. Nevertheless, the idolaters in Makkah violated their well-established traditions, preventing the Prophet and the Muslims from entering Makkah throughout the six years that followed their migration to Madlnah. In year 6, the Prophet had this dream and reported it to his Companions who were delighted with it, realizing that a dream by a prophet would certainly come true.
Pour plus d'informations sur ces événements, nous nous appuierons principalement sur le récit rapporté par Ibn Hisham, car il est plus détaillé que la plupart des autres et offre également un tableau plus complet. Il concorde par ailleurs, de manière générale, avec les récits contenus dans les deux recueils de hadiths de l'imam al-Boukhari et de l'imam Ahmad, ainsi qu'avec le résumé donné par Ibn Hazm dans son ouvrage Jawami' al-Sira, et avec les récits d'autres savants.1
For further information about these events we will mainly rely on the report given by Ibn Hisham as this is more detailed than most and also provides a fuller picture. It is also generally in agreement with reports in the two Hadlth anthologies of Imam al-Bukharl and Imam Ahmad, as well as the summary given by Ibn Hazm in his book Jawdmi( al-Sirah, and with reports by other scholars.1
Le Prophète ﷺ annonça à ses Compagnons ainsi qu'aux tribus arabes des environs de Médine qu'il avait l'intention de se rendre à La Mecque pour honorer la Kaaba et y accomplir l'adoration. Il les invita tous à se joindre à lui.
The Prophet announced to his Companions and to the Arabian tribes around Madlnah that he intended to visit Makkah to honour the Ka'bah and to worship there. He invited them all to join him.
La plupart des tribus arabes qui n'avaient pas encore embrassé l'islam se montrèrent très réticentes à rejoindre cette expédition pacifique, car elles craignaient que les Quraych ne résistent aux musulmans et ne les empêchent d'entrer à La Mecque. Si les Quraych étaient déterminés à arrêter les musulmans, un conflit armé pourrait éclater. Ces tribus arabes voulaient donc rester à l'écart. Les musulmans, en revanche, furent très heureux de rejoindre le Prophète ﷺ, qui marchait à la tête d'environ 1 400 de ses compagnons.2
Most of the Arabian tribes which had not yet accepted Islam were highly reluctant to join this peaceful expedition because they feared that the Quraysh were bound to resist the Muslims and prevent them from entering Makkah. If the Quraysh were determined to stop the Muslims, an armed conflict might erupt. Hence, those Arabian tribes wanted to stay out of it. The Muslims, however, were very glad to join the Prophet, who marched at the head of some 1,400 of his followers.2
Le Prophète ﷺ, cependant, poursuivit sa marche jusqu'à arriver à un lieu appelé Ghadir al-Ashtat, où Bishr ibn Sufyan lui fit son rapport : les Quraych se mobilisaient et cherchaient l'aide d'autres tribus pour le combattre et l'empêcher d'entrer à La Mecque.3
The Prophet, however, marched on until he arrived at a place called Ghadir al-Ashtat where Bishr ibn Sufyan gave him his report that the Quraysh were mobilizing and seeking the help of others to fight him and prevent him from entering Makkah.3
Le Prophète fut affligé par cette nouvelle. Il dit : « Qu'il est mal conseillé, le peuple des Quraych ! Que perdraient-ils à me laisser tranquille pour transmettre mon message au reste de l'Arabie ? Si ces Arabes me tuaient, les Quraych obtiendraient ce qu'ils désirent. Et si je suis victorieux, ils devront soit accepter l'islam sans avoir subi aucune perte, soit me combattre avec leurs forces intactes. Que pensent-ils ? Par Dieu, je continuerai à lutter pour le message que Dieu m'a confié, jusqu'à ce qu'il triomphe ou que je meure. » Réfléchissant à la nouvelle situation, après avoir appris que les Quraych se préparaient à un conflit armé, le Prophète ﷺ décida de tenter d'éviter une telle éventualité. Il demanda donc si quelqu'un parmi son entourage était capable de les guider par un chemin qui les éloignerait des Quraych, afin qu'ils puissent éviter un affrontement armé avec leur avant-garde. Un homme de la tribu des Aslam s'avança et les conduisit par un itinéraire très accidenté, extrêmement difficile pour les musulmans. Finalement, ils se retrouvèrent dans une zone dégagée, facile à traverser. Le Prophète ﷺ leur ordonna de prendre la route de droite jusqu'à ce qu'ils parviennent enfin à la plaine de al-Hudaybiyah, au sud de La Mecque, qui n'était qu'à une journée de marche de la Cité sainte.
The Prophet was distressed at this report. He said: “How ill-advised is the Quraysh! What would they lose if they were to leave me alone addressing my message to the rest of Arabia? If those Arabs were to kill me, the Quraysh would have what they wish. If I am to be the victorious, they must either accept Islam without having suffered any losses, or fight me with their forces intact. What do they think? By God, I will continue to strive for the message God has given me until it is triumphant or I die.” Reflecting on the new situation after he had learnt that the Quraysh were preparing for armed conflict, the Prophet decided to try to avoid such an eventuality. Hence, he asked whether anyone in his camp was able to lead them through a route which took them away from the Quraysh, so that they could avoid an armed conflict with their advance force. A man from the tribe of Aslam came forward and led them through a very rough route which was very hard for the Muslims. Eventually, they found themselves in an open area which was easy to cross. The Prophet commanded them to take the right-hand route until they finally arrived at the plain of al-Hudaybiyah, to the south of Makkah, which was only a days walk from the Holy City.
1. Je cite ici ma propre version des événements. Elle est fidèle au récit d'Ibn Hisham, n'omettant que quelques détails qu'un lecteur peu familier des récits historiques arabes rédigés il y a plus de mille ans trouverait difficiles, et ajoutant quelques phrases explicatives. Je ne m'écarte toutefois pas du récit tel que le donne l'auteur. - Note de l'éditeur.
1. Iam quoting here my own version of the events. It is faithful to the report by Ibn Hisham, omitting only a few details that a reader who is unfamiliar with historical Arabic reports written more than 1,000 years ago would find difficult, and adding a few explanatory sentences. I do not, however, divert from the narrative as given by the author. - Editors note.
2. Salahi, Adil, Muhammad : Man and Prophet, The Islamic Foundation, Leicester, 2002, p. 497.
2. Salahi, Adil, Muhammad: Man and Prophet, The Islamic Foundation, Leicester, 2002, p. 497.
3. Ibid., p. 499.
3. Ibid., p. 499.
Une déclaration de paix
A Declaration Of Peace
Soudain, la chamelle du Prophète s'assit. Les gens crièrent pour la faire se relever, mais elle ne bougea pas. Certains suggérèrent qu'elle refusait d'avancer. Le Prophète ﷺ leur dit qu'un tel refus n'était pas dans sa nature. Il dit : « Elle est retenue pour la même raison qui a retenu l'éléphant. » Il faisait ainsi référence à un événement qui avait eu lieu près de soixante ans plus tôt, lorsque Abrahah, le souverain du Yémen, chevauchait un éléphant à la tête d'une grande armée, dont le but était de détruire la Kaaba.
Suddenly, the Prophets she-camel sat down. People shouted at her to make her rise again, but she would not move. Some people suggested that she refused to go forward. The Prophet told them that such a refusal was not in her nature. He said: “She is held back for the same reason which held back the elephant.” This was a reference to an incident which took place nearly 60 years earlier when Abrahah, the ruler of the Yemen, was riding an elephant at the head of a large force, whose aim was to destroy the Ka'bah.
Peu avant d'arriver à La Mecque, l'éléphant s'arrêta net et refusa d'avancer ; il était prêt à faire demi-tour. Peu après, l'armée d'Abraha fut attaquée par des oiseaux qui lancèrent des pierres sur l'armée et la détruisirent. Cet événement est mentionné dans une courte sourate du Coran intitulée « L'Éléphant », qui peut se traduire ainsi : « Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. N'as-tu pas vu comment ton Seigneur a traité les gens de l'Éléphant ? N'a-t-Il pas réduit à néant leur ruse perfide, et envoyé contre eux des volées d'oiseaux qui les criblaient de pierres d'argile durcie ? Ainsi Il les a rendus semblables à des tiges de feuilles dévorées. » (105 : 1-5)
Shortly before arriving in Makkah, the elephant sat still and would not move forward; it was ready to go back. Shortly afterwards, Abrahah’s army was attacked by birds which threw stones at the army and destroyed it. The story is mentioned in a short surah of the Qur’an entitled, The Elephant, and which may be translated as follows: “In the name of God, the Beneficent, the Merciful. Are you not aware how your Lord dealt with people of the Elephant? Did He not utterly confound their treacherous plan, and send against them flocks of birds, which pelted them with stones of sand and clay? Thus He made them like stalks of devoured leaves.” (105: 1-5)
Le Prophète déclara alors : « Par Celui qui tient mon âme dans Sa main, j'accepterai favorablement toute proposition que les Quraych me feront aujourd'hui qui favorise l'établissement de bonnes relations et garantisse le respect des sanctuaires de Dieu. » ﷺ Il ordonna ensuite à ses Compagnons de dresser le camp.
The Prophet then declared: “By Him Who holds my soul in His hand, I shall respond favourably to any proposal the Quraysh puts to me today which helps establish good relations and guarantees respect to God’s sanctuaries.” He then ordered his Companions to encamp.
Émissaires successifs
Successive Emissaries
Lorsque les Quraych réalisèrent que le Prophète ﷺ avait réussi à échapper à leurs forces d'avant-garde et qu'il s'était installé à al-Hudaybiyah, ils décidèrent de lui envoyer un messager. Ils savaient aussi que, s'ils parvenaient à empêcher Muhammad ﷺ d'entrer à La Mecque, alors qu'il était venu dans le seul but de visiter la Mosquée sacrée, leur action ne resterait pas sans être remise en question par les autres Arabes. Leur prestige tenait au fait qu'ils étaient les gardiens de la Maison sacrée et qu'ils n'empêchaient personne d'y adorer. Le premier émissaire qu'ils envoyèrent fut Budayl ibn Waraqa' de la tribu des Khuza'ah, qui partit accompagné d'un groupe de ses compatriotes de la tribu. La tribu des Khuza'ah avait toujours été favorable au Prophète ﷺ. Certains de ses hommes avaient embrassé l'islam, mais même ceux qui ne l'avaient pas fait étaient loin d'être hostiles au message de l'islam.
When the Quraysh realized that the Prophet had managed to evade their advance forces and that he was encamped at al-Hudaybiyah, they decided to send a messenger to him. They were also aware that should they succeed in stopping Muhammad from entering Makkah, when he had come with no purpose other than to visit the Sacred Mosque, their action would not go unquestioned by the other Arabs. Their prestige was derived from the fact that they were custodians of the Sacred House and that they prevented no one from worshipping there. The first emissary they sent was Budayl ibn Waraqa' of the tribe of Khuza'ah, who went with a group of his fellow tribesmen. The tribe of Khuza(ah was always sympathetic towards the Prophet. Some of its men had embraced Islam, but even those who had not were far from hostile to the message of Islam.
Budayl s'entretint avec le Prophète ﷺ et lui rapporta que les Quraysh étaient déterminés à l'empêcher d'entrer à La Mecque. Le Prophète ﷺ lui assura qu'il n'avait nullement l'intention de combattre qui que ce soit. Il voulait seulement visiter la Ka'bah et montrer la reconnaissance des musulmans envers sa sainteté. Le commentaire du Prophète ﷺ sur l'attitude des Quraysh fut formulé en ces termes : « Les Quraysh sont aujourd'hui dans un tel état qu'ils ne peuvent penser qu'à la guerre. Je suis prêt à conclure une trêve avec eux, s'ils le désirent. Je ne leur demande qu'une chose : me laisser tranquille pour parler aux gens. Si je réussis et que d'autres me suivent, alors à eux de faire de même. S'ils refusent, ils auront préservé leur force. S'ils sont déterminés à m'arrêter, je jure par Dieu que je combattrai pour cette cause jusqu'à ma mort, et même alors, ils ne pourront empêcher ce que Dieu veut. » Budayl retourna auprès des Quraysh et leur dit : « Nous sommes venus à vous après avoir vu cet homme et entendu ce qu'il dit. Voulez-vous entendre ce qu'il nous a dit ? » Certains crièrent : « Nous ne souhaitons rien entendre de ce qu'il dit. » Quelques personnes plus sages leur demandèrent de rapporter ce qu'ils avaient entendu. Lorsqu'il eut terminé son récit, il les supplia, leur disant qu'ils étaient téméraires dans leur attitude, car Muhammad ﷺ n'avait pas l'intention de les combattre. Il voulait seulement visiter la Ka'bah.
Le Quatrième Émissaire
The Fourth Envoy
Ayant rejeté les conseils des trois envoyés, qui proposaient de laisser Muhammad ﷺ entrer à La Mecque et adorer au Ka'bah, les Quraych décidèrent d'envoyer un quatrième émissaire. Aucun des récits existants n'éclaire les raisons qui ont poussé les Quraych à penser qu'envoyer un autre émissaire parler au Prophète ﷺ amènerait un changement de la situation. On ignore ce que les Quraych espéraient obtenir en envoyant ces émissaires, alors qu'ils n'étaient pas disposés à écouter leurs conseils. Peut-être était-ce simplement la marque de la confusion des Quraych. D'un autre côté, il se peut qu'il s'agît d'un exercice d'autojustification.
Having rejected the advice of all three envoys to allow Muhammad to enter Makkah and worship at the Ka 'bah, the Quraysh decided to send a fourth emissary. None of the existing reports throws any light on the reasons which made the Quraysh feel that sending another envoy to speak to the Prophet would bring about any change in the situation. It is not known what the Quraysh hoped to achieve by sending these envoys when it was not prepared to listen to their advice. Perhaps it was all a mark of the Qurayshs confusion. On the other hand, it may have been an exercise in self-justification.
Les Quraysh voulaient peut-être pouvoir dire qu'ils avaient tout tenté pour parvenir à un accord avec Muhammad ﷺ. Quoi qu'il en soit, l'homme que les Quraysh choisirent cette fois fut 'Urwah ibn Mas'ud, un chef de la tribu de Thaqif, qui vivait dans la ville de Ta'if. 'Urwah voulut toutefois d'abord s'assurer que, à son retour, il ne subirait pas le même traitement dur que les autres émissaires envoyés par les Quraysh, s'il revenait avec un avis que les Quraysh pourraient ne pas apprécier. Il s'adressa donc aux gens des Quraysh :
The Quraysh might have wanted to be able to say that they tried all they could to reach accommodation with Muhammad. Be that as it may, the man the Quraysh chose this time was 'Urwah ibn Mas'ud, a leader of the tribe ofThaqif, which lived in the town of Ta’if. 'Urwah, however, wanted first to make sure that on his return he would not receive the same harsh treatment as the other envoys the Quraysh sent, should he come back with advice the Quraysh might not like. He, therefore, addressed the people of the Quraysh:
« J'ai bien noté le genre d'insultes que vous avez déversées sur ceux que vous avez envoyés à Muhammad ﷺ. Vous savez que pour moi vous êtes comme des parents et que je suis votre fils. Lorsque j'ai appris vos ennuis, j'ai rassemblé ceux de mon peuple qui ont obéi à mes ordres et je suis venu vous apporter mon soutien. » Les Quraych répondirent : « Cela est certainement vrai, et nous n'avons aucun doute à ton sujet. » Lorsqu'il s'assit pour parler au Prophète ﷺ, il dit :
“I have noted what sort of abuse you have poured on the heads of those you have sent to Muhammad. You know that to me you are parents and that I am your son. When I heard of your trouble, I gathered those of my people who obeyed my orders and have come to give you support.” The Quraysh answered: “This is certainly true, and we have no doubts about you.” When he sat down to speak to the Prophet, he said:
L'Envoyé du Prophète ﷺ
The Prophet’s Envoy
Considérant la situation, et le fait qu'il avait reçu quatre émissaires des Quraysh sans aucun signe que les Quraysh adoucissaient leur opposition à l'entrée des musulmans à La Mecque, le Prophète ﷺ pensa qu'il pourrait être utile d'exercer une certaine pression sur les Quraysh. Il décida donc de leur envoyer un émissaire pour les assurer que son seul objectif était d'accomplir le culte auprès de la Ka'bah, et non de chercher querelle à qui que ce soit. L'émissaire était Kharrash ibn Umayyah, de la tribu de Khuza'ah. Dès que Kharrash arriva à La Mecque, cependant, son chameau fut blessé par les gens des Quraysh, qui voulurent aussi le tuer. Il fut sauvé par la tribu des Habshl, dont le chef, al-Hulays, était l'un des émissaires des Quraysh auprès du Prophète ﷺ.
Considering the situation and the fact that he had received four emissaries from the Quraysh without any sign that the Quraysh were mellowing their opposition to the Muslims’ entry to Makkah, the Prophet thought it might be useful to bring some pressure to bear on the Quraysh. He therefore decided to send them an envoy to assure them that his objective was only to worship at the Ka ‘bah, not to pick a fight with anyone. The envoy was Kharrash ibn Umayyah of the tribe of Khuza‘ah. As soon as Kharrash arrived in Makkah, however, his camel was wounded by the Quraysh people, who also wanted to kill him. He was saved by the Habshl tribe, whose chief al-Hulays was one of the Quraysh’s envoys to the Prophet.
Le traitement réservé à Kharrash allait à l'encontre des traditions diplomatiques séculaires, qui accordaient l'immunité aux messagers et aux envoyés. Le Prophète ﷺ, cependant, ne voulait pas que cet incident fasse obstacle à sa tentative de parvenir à une solution pacifique au problème. Il passa donc sur l'affaire et se concentra sur le maintien du contact avec les Quraych. Il pensa que l'envoi d'une figure plus éminente parmi ses Compagnons pourrait être plus utile.
The treatment Kharrash received was against the age-honoured traditions of diplomacy, which gave immunity to messengers and envoys. The Prophet, however, did not wish to allow this incident to be an obstacle in his attempt to reach a peaceful solution to the problem. He therefore overlooked the matter and concentrated on maintaining contact with the Quraysh. He thought that sending a more prominent figure from among his Companions might be more useful.
Le Prophète ﷺ avait d'abord pensé à ‘Umar ibn al-Khattab comme messager approprié. ‘Umar, cependant, fit remarquer que son propre clan, les Bani ‘Adi, n'avait plus aucune influence à La Mecque. Personne ne le protégerait s'il lui arrivait malheur. Il suggéra que ‘Uthman ibn ‘Affan, de la branche omeyyade des Quraych, était mieux placé pour agir en tant qu'ambassadeur du Prophète ﷺ.
The Prophet first thought of ‘Umar ibn al-Khattab as a suitable messenger. ‘Umar, however, pointed out that his own clan, Bani (Adly, no longer had any influence in Makkah. No one would protect him should he come to any harm. He suggested that 'Uthman ibn ‘Affan of the Umayyad branch of the Quraysh was better placed to act as the Prophet’s ambassador.
Un engagement à combattre et à mourir
A Pledge To Fight And Die
Profondément blessé et très triste, le Prophète ﷺ estima qu'en tuant Uthman, son Compagnon et envoyé, les Quraysh avaient fermé la porte à tous les efforts visant à parvenir à un règlement pacifique.
Deeply hurt and very sad, the Prophet felt that by killing (Uthman, his Companion and envoy, the Quraysh had closed the door on all efforts which aimed at reaching a peaceful settlement.
L'autre option était celle qu'il avait tout fait pour éviter.
The other alternative was the one which he had tried hard to avoid:
à savoir la guerre. Il appela ses Compagnons à lui prêter serment de combattre les Quraych jusqu'au bout. Il se tenait sous un arbre lorsqu'il demanda ce serment, et ses Compagnons se hâtèrent de lui accorder ce qu'il leur demandait. Chacun d'eux jura qu'il combattrait et ne prendrait jamais la fuite au combat, même si cela devait entraîner sa propre mort. Le Prophète ﷺ fut satisfait des réponses de ses Compagnons.
namely, war. He called on his Companions to give him a pledge to fight the Quraysh to the bitter end. He was standing underneath a tree when he requested that pledge, and his Companions rushed to give him what he asked of them. Every one of them pledged that he would fight and never flee from battle even if that meant his own death. The Prophet was pleased with his Companions’ responses.
Il prêta également serment au nom d'Uthman : « Uthman est en mission confiée par Dieu et Son Messager ﷺ. Je prête donc serment en son nom. » Il joignit ses mains et dit :
He also made a pledge on behalf of ‘Uthman: ‘“Uthman is on a mission given him by God and His Messenger. I, therefore, make a pledge on his behalf.” He clasped his hands together and said:
« Ceci concerne ‘Uthman. » À propos de ce serment d’allégeance, le Coran dit : « Dieu était vraiment satisfait des croyants lorsqu’ils te prêtèrent allégeance sous l’arbre. Il connaissait ce qu’il y avait dans leurs cœurs, et Il fit descendre sur eux la tranquillité, et les récompensa par une victoire prochaine et par de nombreux butins de guerre qu’ils prendraient. Dieu est Puissant, Sage. » (48 : 18-19)
“This is for ‘Uthman.” In comment on this pledge, the Qur’an says: “ God was indeed well pleased with the believers when they pledged their allegiance to you under the tree. He knew what was in their hearts and so He sent down tranquillity upon them, and rewarded them with a speedy victory and with many war gains for them to take. God is Almighty, Wise.” (48: 18-19)
Une délégation pour la paix
A Delegation For Peace
Certains hommes plus sages parmi les Quraych ont sans doute suggéré qu'un règlement pacifique préserverait mieux la dignité des Quraych que la guerre, même si celle-ci s'achevait à leur avantage. Les avis de leurs envoyés précédents, en particulier ceux d'al-Hulays de la tribu des Habshi et de ‘Urwah ibn Mas'ud de la tribu des Thaqif, commencèrent à apparaître comme parfaitement fondés. De plus, si les Quraych poussaient les choses jusqu'à l'embrasement, leur action pourrait signifier un combat près de la Maison sacrée et pendant le mois sacré. Cela reviendrait, en somme, à créer un précédent qui ne pouvait manquer de causer aux Quraych plus de tort que de bien. Dès lors, les arguments en faveur de la modération se mirent soudain à paraître beaucoup plus pesants. Une délégation conduite par Suhayl ibn ‘Amr fut donc dépêchée pour négocier avec le Prophète ﷺ les termes d'un accord de paix.
Some wiser men among the Quraysh must have suggested that achieving a peaceful settlement might preserve the Quraysh’s dignity better than war, even if the war ended in its favour. The views of its earlier envoys - particularly those of al-Hulays of the Habshi tribe and ‘Urwah ibn Mas'ud of the Thaqlf - began to appear highly valid. Moreover, should the Quraysh push matters to the point of flare-up, their action might mean a fight near the Sacred House and in the sacred month. This would, in effect, be setting a precedent which was certain to do more harm than good to the Quraysh. Hence the arguments for moderation suddenly began to appear much weightier. A delegation headed by Suhayl ibn (Amr was, therefore, dispatched to negotiate the terms of a peace settlement with the Prophet.
Le Prophète ﷺ accueillit bien Suhayl ibn ʿAmr et sa délégation.
The Prophet received Suhayl ibn ‘Amr and his delegation well.
Il ordonna à ses Compagnons de montrer leurs animaux de sacrifice et d'élever la voix en prononçant des formules exprimant qu'ils étaient venus uniquement en réponse à l'appel de Dieu pour honorer la Maison sacrée.
He instructed his Companions to show their sacrificial animals and to raise their voices with phrases expressing the fact that they had come only in response to Gods call to honour the Sacred House.
Les pourparlers entre les deux parties n'ont pas été faciles. Bien que le Prophète ﷺ fût désireux de parvenir à un règlement de paix, les négociations ont dû traiter plusieurs questions de fond. Les sujets comprenaient : la visite du Prophète ﷺ à la Maison sacrée ; la détermination des Quraych à ne pas paraître avoir cédé à la force ; la possibilité de convenir d'une trêve de longue durée entre les deux parties, mettant fin à leurs fréquents affrontements militaires ; le type de relations qui devait exister entre les deux parties ; et la liberté de chaque partie de mener des démarches politiques dans l'horizon plus large de l'ensemble de l'Arabie.
Malaise dans le camp musulman
Unease In The Muslim Camp
L'attitude du Prophète ﷺ a suscité un émoi dans le camp musulman. Ils n'étaient pas habitués à voir le Prophète ﷺ adopter une attitude aussi douce.
The Prophets attitude caused a stir in the Muslim camp. They were not used to seeing the Prophet taking such a very soft attitude.
Cela fut également surprenant pour les négociateurs de Quraysh eux-mêmes. Non seulement le Prophète ﷺ accepta toutes les conditions posées par Quraysh, mais il ne consulta pas ses Compagnons à ce sujet, contrairement à sa pratique habituelle. De plus, les termes de l'accord de paix furent extrêmement surprenants pour les musulmans, car ils tendaient à présenter le camp musulman comme beaucoup plus faible que Quraysh. Pour les musulmans, accepter de telles conditions n'était ni utile ni nécessaire. Certains d'entre eux ne purent cacher leur mécontentement. C'est ce qu'illustre l'attitude de 'Umar ibn al-Khattab. Lorsque les termes de l'accord de paix furent arrêtés et sur le point d'être couchés par écrit, 'Umar vint trouver Abu Bakr et dit : « Abu Bakr, n'est-il pas le Messager de Dieu ﷺ ? » Abu Bakr répondit par l'affirmative. 'Umar demanda encore : « Ne sommes-nous pas les musulmans ? » Lorsque Abu Bakr donna la même réponse, 'Umar poursuivit : « Ne sont-ils pas les idolâtres ? » Abu Bakr répondit de nouveau : « Si. » 'Umar lui demanda alors : « Pourquoi donc devrions-nous accepter l'humiliation dans les affaires de notre foi ? » Abu Bakr répondit par un conseil, disant à celui qui l'interrogeait : « Suis-le en tout ce qu'il fait, 'Umar. Je crois qu'il est le Messager de Dieu ﷺ. » Mais 'Umar était toujours troublé et dit : « Et moi aussi je crois qu'il est le Messager de Dieu ﷺ. » L'argument de 'Umar était que, puisque ce qui séparait les deux camps était en réalité une seule et même question, le bien contre le mal, la foi contre l'absence de foi, ceux qui se trouvaient du côté du bien et de la vérité ne devaient pas céder à ceux qui défendaient la cause du mal et de la fausseté. Les croyants ne devaient jamais accepter une quelconque forme d'humiliation lorsqu'il s'agissait de questions relatives à la foi. Ils devaient bien plutôt toujours faire preuve de fierté envers leur religion. Ainsi, 'Umar ne se laissa pas dissuader. Il alla trouver le Prophète ﷺ et lui posa les mêmes questions : « N'es-tu pas le Messager de Dieu ﷺ ? Ne sommes-nous pas les musulmans ? Ne sont-ils pas les idolâtres ? » À toutes ces questions, le Prophète ﷺ répondit par l'affirmative. La dernière question posée par ‘Umar était à nouveau la même : « Pourquoi, alors, devrions-nous accepter l’humiliation dans les affaires de notre foi ? » La réponse du Prophète ﷺ révéla la clé de son attitude : « Je suis le serviteur et le Messager de Dieu. Je ne Lui désobéirai pas, et Il ne m’abandonnera jamais. » Le Prophète ﷺ suivait en effet les ordres divins qu’il avait dû recevoir à ce moment-là.
It was also surprising for the Quraysh negotiators themselves. Not only did the Prophet accept all the terms the Quraysh stipulated, he did not consult his Companions in the matter, contrary to his normal practice. Moreover, the terms of the peace agreement were extremely surprising to the Muslims, because they tended to cast the Muslim side as much weaker than the Quraysh. To the Muslims, accepting such terms was neither useful nor necessary. Some of them could not hide their dissatisfaction. This is epitomized by the attitude of 'Umar ibn al-Khattab. When the terms of the peace agreement were finalized and were about to be written down, 'Umar came to Abu Bakr and said: “Abu Bakr, is he not God’s Messenger?” Abu Bakr answered in the affirmative. 'Umar again asked: “Are we not the Muslims?” When Abu Bakr gave the same answer, 'Umar went on: “Are they not the idolaters?” Abu Bakr again answered: “Yes.” 'Umar then asked him: “Why then should we accept humiliation in matters of our faith?” Abu Bakr answered with a piece of advice, saying to his questioner: “Follow him whatever he does, ‘Umar. I believe that he is Gods Messenger.” But ‘Umar was still perturbed and said: “And I too believe that he is Gods Messenger.” ‘Umars argument was that since what separated the two sides was really a single issue - right against wrong, faith against lack of faith - those who were on the side of right and truth must not give in to those who championed the cause of wrong and falsehood. The believers must never accept any sort of humiliation when it came to matters relating to faith. Indeed, they should always show pride in their religion. Hence, ‘Umar was not to be deterred. He went to the Prophet and put to him the same questions: “Are you not Gods Messenger? Are we not the Muslims? Are they not the idolaters?” To all these questions, the Prophet answered in the affirmative. The final question ‘Umar put was again the same: “Why, then, should we accept humiliation in matters of our faith?” The Prophets answer provided the clue to his attitude: “I am Gods servant and Messenger. I shall not disobey Him and He will never abandon me.” The Prophet was indeed following Divine orders which he must have received at that time.
Une dure épreuve des intentions du musulman
A Hard Test Of Muslim Intentions
Voici les termes de l'accord de paix. Lorsqu'ils furent rédigés, des témoins des deux parties furent invités à signer le document. À ce moment-là, un événement survint pour éprouver la patience des croyants et leur offrir une nouvelle occasion de prouver la solidité de leur foi. Un homme de La Mecque arriva, menottes aux poignets et jambes enchaînées. Il était retenu prisonnier là-bas parce qu'il était musulman. Cet homme n'était autre que le propre fils de Suhayl, Abu Jandal. C'est son père qui l'avait emprisonné et lui avait fixé les entraves. Néanmoins, il avait réussi à s'échapper et à emprunter un itinéraire inconnu à travers les montagnes entourant La Mecque, jusqu'à atteindre al-Hudaybiyah. Lorsque les musulmans le virent, ils se réjouirent beaucoup de son évasion et lui réservèrent un accueil chaleureux.
These were the terms of the peace agreement. When they were written down, witnesses from both sides were asked to sign the document. At that moment, something happened to test the patience of the believers and to give them another opportunity to prove the strength of their faith. A man from Makkah arrived in handcuffs and with his legs in chains. He was being kept prisoner there because he was a Muslim. This man was none other than Suhayl’s own son, Abu Jandal. It was his father who imprisoned him and fastened his shackles. Nevertheless, he had been able to escape and to take an unfamiliar route through the mountains surrounding Makkah until he arrived at al-Hudaybiyah. When the Muslims saw him, they were very glad that he had escaped and gave him a fine reception.
Pendant que l'accord de paix était rédigé, Suhayl était trop occupé pour remarquer quoi que ce soit. Lorsqu'il fut terminé, Suhayl leva les yeux et vit son fils parmi les musulmans. Il s'avança vers lui, le frappa au visage et le saisit par le col. Abu Jandal s'écria à haute voix :
While the peace agreement was being written down, Suhayl was too busy to notice anything. When it was finished, Suhayl looked up and saw his son among the Muslims. He went up to him, hit him in the face and took him by the collar. Abu Jandal cried aloud:
« Mes frères musulmans, vais-je être renvoyé chez les mécréants pour qu'ils tentent de me détourner de ma foi ? » Ces paroles furent très douloureuses pour les musulmans, dont certains se mirent à pleurer.
“My fellow Muslims, am I to be returned to the unbelievers to try to turn me away from my faith?” Those words were very painful to the Muslims, some of whom started to cry.
Suhayl ibn ‘Amr, cependant, resta inflexible. Il dit à l’Envoyé de Dieu ﷺ : « C’est là le premier dont je réclame la cause. Tu dois me le rendre. » Le Prophète ﷺ fit remarquer qu’Abu Jandal était arrivé avant que l’accord ne fût conclu : « Nous n’avons pas encore fini de rédiger le document. » Suhayl répliqua : « Alors je n’ai convenu avec toi d’aucune condition. » Le Prophète ﷺ le supplia :
Tuez votre père
Kill Your Father
Umar ibn al-Khattab fut de nouveau indigné par la situation.
Umar ibn al-Khattab was again outraged by the situation.
Il ne pouvait pas comprendre pourquoi les musulmans devaient accepter de telles conditions humiliantes, ni rester sans rien faire alors qu'un de leurs frères était soumis à un traitement cruel sans autre raison que le fait qu'il croyait en Dieu et en Son Messager ﷺ. Comme Abu Jandal était emmené, ‘Umar s'approcha de lui et marcha à ses côtés. Il lui parla : « Patience, Abu Jandal. Ces gens sont des mécréants. Ils ne valent rien. Le sang de n'importe lequel d'entre eux n'a pas plus de prix que le sang d'un chien. » Tout en marchant aux côtés d'Abu Jandal et en lui parlant, il continuait à pousser vers lui la poignée de son épée, espérant qu'Abu Jandal prendrait l'épée de ‘Umar et tuerait son père. Abu Jandal ne voulait peut-être pas tuer son père, ou bien il ne comprit pas ou ne remarqua pas le geste de ‘Umar. Il se soumit à son sort, jusqu'à ce que Dieu lui vienne en aide pour obtenir sa libération. Il fut emmené, les fers aux pieds et aux mains. En voyant cela, les musulmans avaient le cœur plein d'angoisse, car ils étaient incapables de lui venir en aide.
He could not understand why the Muslims should accept such humiliating terms or stand idle when a brother of theirs was subjected to harsh treatment for no reason other than the fact that he believed in God and His Messenger. As Abu Jandal was being led away, ‘Umar went up to him and walked by his side. He spoke to him: “Be patient, Abu Jandal. These people are unbelievers. They are worthless. The blood of anyone of them is no more precious than the blood of a dog.” As he was walking by Abu Jandals side and talking to him, he continued to move the handle of his sword towards Abu Jandal, hoping that Abu Jandal would take ‘Umars sword and kill his father. Abu Jandal either did not wish to kill his father or did not understand or notice ‘Umars gesture. He submitted to his fortune until God would help him get his release. He was led away in his shackles and chains. As the Muslims looked at him, their hearts were full of agony because they were unable to help him.
Lorsque le document détaillant les termes de la paix fut rédigé, le Prophète ﷺ demanda à plusieurs de ses Compagnons d'en être témoins, en plus des témoins du côté des Quraych.
When the document detailing the peace terms was written down, the Prophet asked a number of his Companions to witness the agreement, in addition to witnesses from the Quraysh side.
Les témoins musulmans étaient Abu Bakr, ‘Umar ibn al-Khattab, ‘Ali ibn Abi Talib, ‘Abd al-Rahman ibn ‘Awf, Sa‘d ibn Abi Waqqas, Mahmud ibn Maslamah et ‘Abdullah ibn Suhayl, un autre fils du négociateur en chef des Quraych lui-même. Mikraz ibn Hafs et Huwaytib ibn ‘Abd al-‘Uzza étaient les témoins des Quraych. Une fois la rédaction des témoignages enfin achevée, la délégation des Quraych retourna chez elle.
Annulation de l'acte d'adoration projeté
Cancellation Of Intended Worship
Le Prophète dit à ses Compagnons : « Sacrifiez vos bêtes, rasez-vous et sortez de l'état d'ihram. » Personne ne montra le moindre signe de volonté d'obéir à cet ordre. Le Prophète ﷺ répéta son commandement trois fois, et personne ne voulut encore faire ce qui lui était ordonné. Le Prophète ﷺ fut très en colère. Il entra dans sa tente, où Umm Salamah, son épouse qui l'accompagnait dans cette expédition, l'attendait. Elle remarqua immédiatement à quel point il était en colère. Elle lui demanda la raison de cette colère, et il répondit : « Les musulmans sont en train de se perdre. Je leur ai donné un ordre, et ils ne m'ont pas obéi. » Il lui expliqua comment ses Compagnons avaient accueilli ses ordres avec indifférence, et comment pas un seul d'entre eux n'était disposé à obéir. Elle tenta de l'apaiser : « Messager de Dieu, ne les blâme pas. Ils ont subi une grande pression à cause de tous les efforts que tu as consentis pour parvenir à cet accord de paix, et parce qu'ils réalisent maintenant qu'ils doivent prendre le long chemin du retour sans avoir atteint leur but. » Elle lui donna alors un conseil très judicieux : elle lui dit de sortir, d'immoler ses propres bêtes de sacrifice et de se raser, sans parler à aucun d'entre eux. Le Prophète ﷺ suivit le conseil de son épouse, sortit et sacrifia ses chameaux. Il appela ensuite quelqu'un pour lui raser la tête.
The Prophet said to his Companions: “Slaughter your animals and shave and release yourselves from ihram.” No one showed any sign of willingness to comply with this order. The Prophet repeated his command three times and still no one was willing to do as he was told. The Prophet was very angry indeed. He went into his tent where Umm Salamah, his wife who accompanied him on this expedition, was waiting. She immediately noticed how angry he was. She asked him the reason why and he answered: “The Muslims are ruining themselves. I have given them a command and they have not obeyed.” He explained to her how his Companions received his orders with indifference and how not one of them was willing to obey. She tried to pacify him: “Messenger of God, do not blame them. They have been under great pressure because of all the trouble you have taken to achieve this peace settlement and because they now realize that they have to take the long way home without achieving their purpose.” She then gave him a very sound piece of advice: she told him to go out and slaughter his own sacrificial animals and shave, without speaking to any one of them. The Prophet acted on his wife’s advice and went out and slaughtered his camels. He then called someone to shave his head.
Lorsque ses Compagnons ont vu ce qu'il avait fait, ils se sont empressés de faire de même. Certains d'entre eux ont aidé d'autres à se raser, et ils se sont profondément reprochés de ne pas avoir obéi aux ordres du Prophète ﷺ dès le départ.
When his Companions witnessed what he did, they rushed to do likewise. Some of them helped others to shave and they were extremely unhappy with themselves for not responding to the Prophet’s orders in the first place.
L'atmosphère générale
The General Atmosphere
Telle était l'atmosphère au sein de la communauté musulmane avant la révélation de cette sourate. Le Prophète ﷺ était certain de ce que Dieu lui avait inspiré. Par conséquent, il ne s'accordait aucun droit de regard sur le cours des événements, si ce n'est ce que cette inspiration divine indiquait. Il se référait à cette inspiration à chaque étape et avant de prendre la moindre décision. Ni les incroyants, ni les pressions de ses Compagnons, qui étaient exaspérés par l'hostilité des incroyants, ne le feraient changer de voie. Finalement, Dieu mit la tranquillité dans les cœurs des musulmans, qui furent rassurés et acceptèrent sans hésitation ce que le Prophète ﷺ leur disait, tout comme leurs frères qui n'avaient jamais eu le moindre doute. Le plus bel exemple en était Abou Bakr, dont la sérénité ne fut jamais mise en doute, pas même un bref instant.
Such was the atmosphere in the Muslim community prior to the revelation of this surah. The Prophet was certain of what God had inspired him. Therefore, he allowed himself no say in the drift of events other than what such divine inspiration pointed to. He referred to this inspiration at every point and before taking any step. Neither the unbelievers nor pressure by his Companions, who were infuriated by the unbelievers hostility, would make him change his course. Eventually, God put tranquillity in the Muslims’ hearts and they were reassured, accepting without hesitation what the Prophet told them, just like their brethren who never entertained any doubt in the first place. The prime example of these was Abu Bakr whose reassurance was never in doubt, not even for a brief moment.
Ainsi, le début de la sourate apporte au Prophète ﷺ une bonne nouvelle qui réjouit profondément son cœur : « Nous t'avons accordé une victoire éclatante, afin que Dieu te pardonne tes fautes passées et futures, parachève sur toi Son bienfait et te guide dans une voie droite, et que Dieu t'accorde un puissant secours » (versets 1 à 3). Le début évoque aussi la quiétude accordée aux croyants, en reconnaissant qu'ils étaient de vrais croyants et en leur promettant le pardon de leurs péchés, une récompense et un secours venu d'en haut : « C'est Lui qui a fait descendre la quiétude dans les cœurs des croyants, afin qu'ils accroissent leur foi. À Dieu appartiennent les armées des cieux et de la terre ; Dieu est certes Omniscient, Sage. Il fera entrer les croyants et les croyantes dans des jardins où coulent des ruisseaux, pour y demeurer éternellement, et Il effacera leurs mauvaises actions. Tel est, auprès de Dieu, un immense succès. » (versets 4 et 5) En revanche, leurs ennemis, hypocrites et idolâtres, encourent le déplaisir de Dieu et un châtiment dans la vie future : « Dieu châtiera aussi les hypocrites et les polythéistes, hommes et femmes, qui nourrissent de mauvaises pensées sur Dieu. Le malheur les enveloppera de toutes parts, et ils encourront la colère de Dieu. Il les a maudits et leur a préparé la Géhenne, une bien mauvaise destination. » (verset 6)
Une communauté atteint sa maturité
A Community Attains Maturity
En examinant la sourate dans son ensemble et en la comparant à celle qui la précède dans l'ordre coranique, on mesure le profond changement survenu dans l'attitude générale de la communauté musulmane pendant les trois années qui, nous le croyons, séparent la révélation de ces deux sourates. On perçoit les effets que le Coran a eu sur cette communauté et le bénéfice qu'elle a tiré de l'éducation attentive que le Prophète ﷺ lui a dispensée, lui permettant d'assumer sa position unique et de jouer le rôle incomparable qui fut le sien dans l'histoire de l'humanité.
Looking at the surah as a whole and comparing it to the one that precedes it in the Quranic order reveals the profound change in the general attitude of the Muslim community over the three years we believe to have separated the revelation of these two surahs. We realize the effects the Qur’an had on that community and how it benefited by the careful education the Prophet imparted to it, enabling it to assume its unique position and play its unparalleled role in human history.
Il ressort clairement de l'ambiance générale de cette sourate et des sentiments qu'elle suscite que la communauté musulmane avait atteint sa maturité, atteint un niveau de foi élevé et cohérent, acquis l'assurance quant à ses devoirs, et n'avait plus besoin de fortes incitations pour s'acquitter de devoirs exigeant le sacrifice de la vie et des biens. Elle avait désormais besoin d'une influence modératrice qui lui permette de considérer les choses avec calme et d'accepter la décision de la plus haute autorité du message islamique d'observer une trêve temporaire dans son affrontement avec l'ennemi.
It is clear from the general ambience of this surah and the feelings it generates that the Muslim community had attained maturity, achieved a coherently high standard of faith, become reassured about its duties and no longer needed strong incentives in order to discharge such duties that required sacrificing life and property. It now needed a restraining influence so that it could look at things calmly and accept the decision of the Highest Leadership of the Islamic message to observe a temporary truce in its confrontation with the enemy.
La communauté musulmane n'a plus besoin d'une directive de ce type :
No longer does the Muslim community need a directive of the type:
« Ne faiblissez donc pas et n'appelez pas à la paix. C'est vous qui avez le dessus, et Dieu est avec vous. Il ne laissera jamais vos œuvres se perdre. » (47:35)
“ Therefore, do not lose heart or sue for peace. It is you who have the upper hand, and God is with you. He will never let your deeds go to waste." (47:35)